(le texte en pdf)
Les
clameurs d'Olympie et la
puissance chinoise
Alex
Callinicos
Socialist
Worker 2114, 16 août 2008
(traduit
de l'anglais par
JM Guerlin)
Lorsque
je suis de très bonne humeur, je trouve les Jeux Olympiques
agaçants. Deux semaines de célébration,
sponsorisée par McDonald, Coca-Cola et autres, d'un ramassis
de crétins bardés de muscles, ça n'est vraiment
pas ma tasse de thé.
Mais
l'orgie de dénonciations de la Chine entourant les Jeux de
Pékin donne, elle, une véritable envie de vomir. C'est
vrai, la Chine est dirigée par un régime stalinien
autoritaire qui réprime sans état d'âme les
oppositionnels.
Bien
sûr, le peuple du Tibet a droit à l'autodétermination
nationale, même si lorsqu'il l'aura j'espère qu'il ne
l'utilisera pas pour réinstaller au pouvoir le clergé
bouddhiste.
Ce
sont les certificats de démocratie de nombreux censeurs de la
Chine qui ne résistent pas à un examen sérieux.
George
Bush a dit, peu avant d'arriver à Pékin :
« L'Amérique est fermement opposée à
la détention par la Chine de dissidents politiques, d'avocats
des droits de l'homme et d'activistes religieux. Nous parlons en
faveur de la liberté de la presse, de la liberté de
réunion, et des droits des travailleurs, non pour accuser les
dirigeants chinois, mais parce que faire suffisamment confiance à
son peuple pour lui accorder plus de liberté est la seule voie
qui permettra à la Chine de développer tout son
potentiel. »
De
qui se moque-t-on? Les Etats-Unis sont étroitement liés
au régime égyptien, dont le respect pour « la
liberté de réunion et les droits des travailleurs »
a été démontré par la sauvage répression
des grèves de Mahalla, et à la famille royale
saoudienne, qui écrase sans sourciller la moindre expression
de sentiments démocratiques.
Mais
Bush n'a pas eu le culot d'inclure dans sa liste de revendications le
droit à un procès équitable. On pourrait lui
parler de Salim Ahmed Hamdan, l'ancien chauffeur d'Ossama Ben Laden.
Même
lorsqu'il aura purgé la peine de cinq ans et demi de réclusion
qui lui a été infligée la semaine dernière
par un tribunal militaire aux ordres, il pourrait ne pas être
libéré, selon le New York Times, 'parce que
l'administration Bush dit qu'elle peut maintenir en détention
les détenus [de Guantánamo] jusqu'à la fin de la
guerre contre le terrorisme'.
Le profit
Les
critiques de Bush sont de l'hypocrisie pure. Mais, pourrait-on se
demander, comme les multinationales occidentales extorquent un profit
de la main d'œuvre bon marché fournie par le régime
chinois répressif, quel est le sens de toute cette agitation ?
La réponse est que la Chine n'est pas n'importe quelle vieille
dictature.
Sa
croissance économique accélérée
déstabilise l'équilibre actuel de la puissance. Mesurée
à l'aune des taux de change du marché, la part chinoise
du revenu mondial est passée de 2,6 % en 1980 à
près de 6 % aujourd'hui.
En
utilisant une méthode de mesure qui prend mieux en compte la
taille absolue des économies nationales, la part de la Chine
est plutôt de l'ordre de 11 %.
On
est encore très loin du niveau des Etats-Unis, qui, selon les
mêmes méthodes de calcul, représentent 25 et 21 %
du produit économique global. Cela dit, c'est vrai que la
croissance économique chinoise modifie la donne des relations
entre Etats.
Par
exemple, des Etats du tiers monde qui produisent des matières
premières dont la Chine a besoin n'ont plus à aller
solliciter, la casquette à la main, des prêts à
la Banque mondiale (contrôlée par les Etats-Unis) et à
accepter des conditions abusives, exigeant d'eux qu'ils remodèlent
leur économie et leur politique selon les normes néolibérales.
Cela
ne signifie pas que les investissements de la Chine en Afrique ou en
Amérique latine sont désintéressés. Il
s'agit d'un pays capitaliste étroitement contrôlé
par l'Etat assurant la sécurité de ses
approvisionnements en ressources naturelles.
En
réalité, la plus grande partie des hurlements contre la
Chine sont bien moins motivés par des soucis humanitaires, ou
le Tibet, ou l'environnement, que par la peur qu'inspire la puissance
chinoise.
Bush
a dit au Washington Post qu'il « est
important
de se mesurer aux Chinois » mais le message semble
être aussi : souviens-toi qui est le patron et ne joue pas
les gros bras.
Mais
dans tout cela, on dirait que les puissances occidentales prennent
leurs désirs pour des réalités. Elles se
comportent comme si on était toujours dans la période
qui a suivi la chute de l'Union soviétique, quand les
Américains et leurs alliés pouvaient faire ce qu'ils
voulaient.
Les
choses ont changé. La puissance américaine est en
déclin. L'Occident fait face à des rivaux qui ont de
plus en plus confiance en eux. Si on les bouscule trop, comme le
montrent les combats du Caucase, ils peuvent se retourner et mordre.
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