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INTRODUCTION
Aujourd'hui,
la plupart des gens pensent que le marxisme
est compliqué ; cette impression est d'ailleurs
renforcée
par les adversaires du socialisme. De plus beaucoup
d’intellectuels qui se disent « marxistes
»
encouragent ce mythe : ils cultivent
délibérément
des phrases obscures et de mystiques expressions qui donnent
l’impression qu’ils possèdent une
connaissance qui
serait refusée aux autres.
Il est ainsi à peine surprenant que beaucoup de socialistes,
qui
travaillent 40 heures par semaine à l'usine, dans les mines
ou
au bureau pensent qu'ils n'auront ni le temps ni
l'opportunité
de le comprendre.
En fait, les idées de base du marxisme sont
extrêmement
simples. Elles permettent de comprendre, comme aucune autre
théorie, la société dans laquelle nous
vivons.
Elles expliquent les crises économiques, pourquoi il y a
tant de
pauvreté au milieu de l'abondance, les coups
d'États et
les dictatures militaires, pourquoi les merveilleuses innovations
technologiques envoient des millions de personnes au chômage,
pourquoi les " démocraties " soutiennent les tortionnaires.
Pendant ce temps, les idéologues bourgeois, qui
dénaturent tant les idées marxistes, tournent en
rond
dans un monde qu'ils ne comprennent pas et expliquent encore moins.
Cependant, si le marxisme n'est pas difficile, il y a un
problème pour quiconque essaie de lire Marx pour la
première fois. Il écrivait il y a plus d'un
siècle. Il utilisait le langage de l'époque, avec
des
références aux événements
et personnes de
cette période, qui étaient alors familiers
à
pratiquement tout le monde mais qui ne sont connus que par des
historiens spécialisés. Je me rappelle mon
désarroi lorsque, encore à
l’école, j'ai
essayé de lire sa brochure " Le 18 Brumaire de Louis
Bonaparte ".
Je ne savais ni ce qu'était Brumaire ni qui était
Louis
Bonaparte. Combien de socialistes ont abandonné l'espoir de
comprendre le marxisme après de telles
expériences ?
C'est la raison d’être de ce livre : fournir une
introduction aux idées marxistes. Cela rendra la
tâche
plus facile aux socialistes pour comprendre ce que disait Marx, ainsi
que le développement du marxisme à travers des
personnes
comme Engels, Luxemburg, Lénine, Trotsky et d'autres moins
connus.
A la fin de cette brochure, il y a une liste de classiques de la
tradition marxiste qui permettent d'aller plus loin.
1
- POURQUOI
AVONS-NOUS BESOIN DE LA THEORIE MARXISTE ?
Pourquoi aurions-nous besoin d'une théorie ? On sait qu'il y
a
la crise, qu'on se fait voler par nos patrons. On sait qu'on est tous
en colère. On sait qu'on a besoin du socialisme. Tout le
reste,
c'est pour les intellectuels.
On entend souvent ce genre de discours chez les militants socialistes
et syndicaux. Ce point de vue est fortement encouragé par
les
antisocialistes, qui essaient de donner l'impression que le marxisme
est une doctrine obscure, compliquée et ennuyeuse.
Les idées socialistes, disent-ils, sont 'abstraites'. Elles
semblent géniales en théorie, mais la
réalité est complètement
différente.
Le problème avec ce genre d'argument est que ceux qui le
mettent
en avant ont en général leur propre
'théorie',
même s'ils refusent de le reconnaître. Posez-leur
n'importe
quelle question sur la société, ils essaieront
d'y
répondre avec une généralisation ou
une autre.
Quelques exemples :
'Les gens sont naturellement égoïstes'
'En bossant assez dur, tout le monde peut arriver au plus haut niveau'
'S'il n'y avait pas les riches, il n'y aurait pas assez d'argent pour
fournir du travail aux autres'
'Si seulement on pouvait éduquer les travailleurs, la
société changerait'
'Si le pays est dans un tel État c'est parce qu'on a perdu
toute
valeur morale'
Au cours de n'importe quelle discussion, dans le bus ou à la
cantine, vous pourrez entendre des dizaines de phrases de ce genre.
Tout le monde a dans la tête des idées sur
pourquoi la
société est ce qu'elle est, et comment
améliorer
sa propre situation. Ces idées sont toutes des
'théories'
de la société.
Quand quelqu'un dit qu'il n'a pas de théorie, ce qu'il veut
dire
en réalité, c'est qu'il n'a pas
clarifié ses
idées.
C'est particulièrement dangereux pour quiconque veut changer
la
société, car les journaux et la
télévision
remplissent sans cesse nos esprits de tentatives d'explication de cette
société. Ils espèrent que l'on va
accepter ce
qu'ils disent sans se poser de questions.
Mais on ne peut se battre de manière efficace, pour changer
la
société, sans savoir ce qui est faux dans tous
ces
arguments.
Cela a été montré pour la
première fois, il
y a 150 ans. Dans les années 1830 et 1840, le
développement de l'industrie, dans des zones comme le
nord-ouest
de l'Angleterre, entraîna des centaines de milliers d'hommes,
de
femmes et d'enfants vers des boulots misérablement
payés.
Ils étaient contraints d'endurer des conditions de vie d'une
incroyable difficulté.
Ils commencèrent à se défendre
à travers
les premières organisations de masse de travailleurs - les
premiers syndicats, et en Angleterre le premier mouvement pour les
droits politiques des travailleurs, le Chartisme. Aux
côtés de ces mouvements, apparurent les premiers
petits
groupes de personnes décidées à se
battre pour le
socialisme.
Immédiatement, se posa le problème de savoir
comment le
mouvement des travailleurs pouvait atteindre ses objectifs.
Certaines personnes pensaient qu'il était possible, avec des
moyens pacifiques, de persuader les dirigeants de la
société de changer les choses. La force 'morale'
de la
masse, des mouvements non-violents permettraient des
améliorations pour les travailleurs. Des centaines de
milliers
de personnes s'organisèrent, manifestèrent,
travaillèrent à la construction d'un mouvement se
basant
sur de telles conceptions - pour terminer vaincues et
démoralisées.
D'autres reconnurent le besoin d'utiliser la 'force physique', mais
pensèrent qu'elle devait être utilisée
par de
petits groupes de conspirateurs détachés du reste
de la
société. Ces conceptions, elles aussi,
amenèrent
à la défaite et à la
démoralisation, des
dizaines de milliers travailleurs.
D'autres encore croyaient que les travailleurs pouvaient gagner
grâce à des actions économiques sans se
confronter
à l'armée et à la police. Encore une
fois ces
arguments conduisirent à des actions de masse. En
Angleterre, en
1842, eut lieu la première grève
générale
de l'histoire du monde, dans les zones industrielles du nord. Des
dizaines de milliers de travailleurs ont résisté
pendant
quatre semaines jusqu'à ce que la faim et les privations les
forcent à retourner au travail.
Ce fut à la fin de la première période
des luttes
des travailleurs, en 1848, que le socialiste allemand Karl Marx exposa
ses idées en totalité, dans le Manifeste du parti
communiste.
Ses idées ne tombaient pas du ciel. Elles essayaient de
fournir
une base de réponse aux questions soulevées par
les
mouvements de travailleurs de l'époque.
Les idées que Marx a développées sont
toujours
d'actualité. Il est stupide de dire, comme beaucoup de
personnes
le font, qu'elles doivent être
dépassées parce que
Marx les écrivit, il y a plus de 150 ans. En fait, toutes
les
notions sur la société contre lesquelles Marx
polémiquait sont actuellement toujours très
répandues. Comme les Chartistes qui défendaient
la 'force
morale' contre la 'force physique', les socialistes
débattent
aujourd'hui de la 'voie parlementaire' ou de la 'voie
révolutionnaire'. Parmi les révolutionnaires, les
débats pour ou contre le ‘terrorisme’
sont aussi
vivants qu'ils l'étaient en 1848.
Les
Idéalistes
Marx
ne fut pas la seule personne à essayer de
décrire ce qui n'allait pas dans la
société. A
l'époque où il écrivait, de nouvelles
inventions
dans les usines permettaient de créer des richesses
à une
échelle inimaginable pour les
générations
précédentes. Pour la première fois, il
semblait
que l'humanité avait les moyens de se défendre
contre les
calamités naturelles qui furent la plaie des
générations passées.
Pourtant, cela ne signifia pas une quelconque amélioration
dans
la vie de la majorité de la population. Au contraire. Les
hommes, les femmes et les enfants qui peuplaient les nouvelles usines,
vivaient dans de bien pires conditions que leurs grands-parents qui
avaient trimé au champ. Leurs salaires leur permettaient
à peine de survivre ; et des périodes de
chômage de
masse aggravaient encore plus leur situation. Ils étaient
entassés dans de misérables bidonvilles
dépourvus
de service sanitaire et exposés à des
épidémies monstrueuses.
Le développement de la civilisation, au lieu d'apporter un
bonheur et un bien-être général, donna
naissance
à une plus grande misère.
Tout cela fut observé non seulement par Marx, mais aussi par
d'autres grands penseurs de l'époque - les poètes
anglais
Blake et Shelley, les Français Proudhon et Fourier, les
philosophes allemands Hegel et Feuerbach.
Hegel et Feuerbach appelèrent l'État de malheur
dans
laquelle l'humanité se trouvait, 'l'aliénation' -
un
terme encore souvent employé. Par aliénation,
Hegel et
Feuerbach entendaient que les hommes et les femmes se trouvaient
continuellement opprimés et dominés par ce
qu'eux-mêmes avaient fait dans le passé. Ainsi,
concluait
Feuerbach, les gens développèrent
l'idée de Dieu -
et ainsi, s'y sont soumis, se sentant misérables parce
qu'ils ne
pouvaient vivre conformément à ce qu'ils avaient
fait.
Plus la société avançait, plus les
gens se
sentaient misérables, 'aliénés'.
Dans son premier écrit, Marx reprit cette notion
'd'aliénation', et l'appliqua à la vie de ceux
qui
créaient les richesses de la société :
« Le travailleur devient d'autant plus pauvre qu'il produit
plus
de richesses, que sa production croît en puissance et en
volume.
La dépréciation du monde des hommes augmente, en
proportion directe, de l'augmentation de valeur du monde des choses...
L'objet que le travail produit, l'affronte comme un être
étranger, comme une puissance indépendante du
producteur... ».
Au temps de Marx, les explications les plus populaires de ce qui
n'allait pas dans la société, étaient
du type
religieux. La misère de la société,
entendait-on,
venait de l'échec des gens à faire ce que Dieu
voulait
qu'ils fassent. Si seulement ils 'renonçaient tous au
péché', tout irait bien.
Une vue similaire est très répandue de nos jours,
bien
qu'elle ne se veuille plus religieuse. Elle affirme que 'pour changer
la société, on doit se changer soi-même
d'abord'.
Si seulement, les hommes et les femmes pouvaient, individuellement, se
guérir eux-mêmes de
'l'égoïsme' ou du
'matérialisme', alors la société irait
immédiatement beaucoup mieux.
Une autre position, du même type, disait qu'il faudrait non
plus
changer tous les gens, mais seulement quelques-uns, ceux qui exercent
le pouvoir. L'idée était de rendre les riches et
les
puissants 'raisonnables'.
L'un des premiers socialistes anglais, Robert Owen, commença
par
essayer de convaincre des chefs d'entreprises d'être plus
raisonnables avec leurs travailleurs. La même idée
est
toujours dominante, au sein des partis socialiste et communiste, y
compris leur aile gauche. Notez comment ils appellent toujours les
crimes des patrons, des 'erreurs', comme si un peu de discours pouvait
persuader la haute finance de relâcher son étau
sur la
société.
Marx appela ces positions des positions 'idéalistes'. Non
parce
qu'il était contre les gens qui ont des 'idées',
mais
parce que ces positions affirment que les idées existent
indépendamment des conditions dans lesquelles les gens
vivent.
Les idées des gens sont intimement liées aux
conditions
dans laquelle ils vivent. Prenons, par exemple,
'l'égoïsme'. La société
capitaliste actuelle
nourrit l'égoïsme - même si des gens
essaient, sans
arrêt, de faire preuve de solidarité. Un
travailleur qui
veut le meilleur pour ses enfants, qui veut pour ses parents les
meilleures conditions de retraite, se trouve dans l'obligation de se
battre continuellement avec les autres - pour avoir un meilleur
travail, plus d'heures-sups, pour être le premier
à
l'embauche. Dans ce genre de société, on ne peut
se
débarrasser de 'l'égoïsme' ou de
'l'avarice', en
essayant de changer les esprits des gens.
C'est même encore plus ridicule, de parler de changer la
société en changeant les idées des
'personnes haut
placées'. Imaginez que vous réussissez
à gagner un
grand patron aux idées du socialisme et qu'il
arrête
d'exploiter ses travailleurs. Il perdra tout simplement contre des
employeurs rivaux, et sera éjecté des affaires.
Même pour ceux qui dirigent la société,
ce ne sont
pas les idées qui importent, mais la structure de la
société dans laquelle ils défendent
ces
idées.
Pour le dire autrement, si ce sont les idées qui changent la
société, d'où viennent alors les
idées ?
Nous vivons dans un certain type de société. Les
idées mises en avant par la presse, la
télévision,
le système scolaire etc. défendent cette
société. Comment quelqu'un aurait-il pu
développer
des idées complètement différentes ?
Parce que
leurs expériences quotidiennes entrent en contradiction avec
les
idées officielles de notre société.
Par exemple, on ne peut expliquer pourquoi il y a beaucoup moins de
personnes croyantes aujourd'hui qu'il y a 100 ans, simplement en termes
de succès de la propagande athée. On doit
expliquer
pourquoi les gens, aujourd'hui, sont réceptifs aux
idées
athées, alors qu'ils ne l'étaient pas il y a 100
ans.
De la même manière, si on veut expliquer l'impact
des
'grands hommes', on doit pouvoir expliquer pourquoi d'autres personnes
ont accepté de les suivre. On ne peut pas dire, par exemple,
que
Napoléon ou Lénine changèrent
l'histoire, sans
expliquer pourquoi des millions de personnes acceptèrent de
faire ce qu'ils suggéraient. Après tout, ils
n'étaient pas hypnotiseurs de masse. Quelque chose dans la
vie
de la société, à un certain moment,
conduisait les
gens à penser que ce qu'ils disaient semblait correct.
On ne peut comprendre comment les idées changent l'histoire
que
si l'on comprend d'où viennent ces idées et
pourquoi les
gens les ont acceptées. Cela impose de regarder
au-delà
des idées et s'intéresser aux conditions
matérielles de la société
où elles
apparaissent. C'est pour cela que Marx insistait : " Ce n'est pas la
conscience qui détermine les êtres, mais
l'être
social qui détermine la conscience ".
2
-
COMPRENDRE L'HISTOIRE
Les idées, par elles-mêmes, ne peuvent pas changer
la
société. C'était l'une des
premières
conclusions de Marx. Comme un certain nombre de penseurs avant lui, il
insista sur le fait que pour comprendre la
société, on
doit voir les êtres humains comme faisant partie du monde
matériel.
Les comportements humains sont déterminés par les
forces
matérielles, comme les comportements de n'importe quel autre
objet naturel. L'étude de l'humanité faisait
partie de
l'étude scientifique du monde naturel. Les penseurs de ce
type
étaient appelés les matérialistes.
Marx vit dans le matérialisme une énorme
avancée
par rapport aux différentes notions idéalistes et
religieuses de l'histoire. Cela signifiait que l'on pouvait discuter,
scientifiquement, du changement des conditions sociales. On ne
dépendait plus des prières à Dieu ou
d'un
'changement spirituel' de la population.
Le remplacement de l'idéalisme par le
matérialisme fut le
remplacement du mysticisme par la science. Mais les explications
matérialistes du comportement humain ne sont pas toutes
correctes. Tout comme il y eut des théories scientifiques
erronées en biologie, en chimie ou en physique, il y eut des
tentatives erronées pour développer des
théories
scientifiques de la société. En voici quelques
exemples :
Une vision très répandue, matérialiste
et
non-marxiste, soutient que tous les hommes sont des animaux, qui se
comportent 'naturellement'. Comme il est naturel aux loups de tuer ou
aux agneaux de rester placides, il est naturel à l'homme
d'être agressif, dominateur, compétitif et cupide
(et cela
implique, pour les femmes d'être douces, soumises,
déférentes et passives).
Une formulation de cette opinion se trouve dans le best-seller, Le
Singe Nu. Les conclusions tirées de ce genre d'analyse, sont
presque invariablement réactionnaires. Si les hommes sont
naturellement agressifs, dit-on, alors il n'y a pas d'espoir de changer
la société. Les choses reviendraient toujours au
même. Les révolutions seraient toujours
condamnées
à l'échec.
Mais la 'nature humaine' varie en fait, d'une
société
à l'autre.
Par exemple, la compétition, prise pour acquis dans notre
société, existait à peine dans
beaucoup de
sociétés antérieures. Quand des
scientifiques
cherchèrent à faire passer des tests de QI
à des
amérindiens Sioux, ils se sont aperçus que les
Indiens ne
comprenaient pas pourquoi ils ne devaient pas s'entraider pour
répondre aux questions. Ils vivaient dans une
société de coopération intime, non de
compétition.
De même pour l'agressivité. Quand les esquimaux
rencontrèrent pour la première fois des
européens,
ils ne comprenaient pas la signification du mot 'guerre'.
L'idée
qu'un groupe de personnes essaie d'en tuer un autre leur semblait
complètement folle.
Dans notre société, il semble 'naturel' que les
parents
doivent aimer et protéger leurs enfants. Pourtant, en
Grèce Antique, dans la ville de Sparte, il était
tout
aussi 'naturel' de laisser leurs enfants dans la montagne, pour voir
s'ils survivaient au froid.
Les théories de 'l'immuable nature humaine' ne fournissent
aucune explication des grands événements de
l'histoire.
Les pyramides d'Egypte, les splendeurs de la Grèce Antique,
les
empires romains et incas, les cités industrielles modernes,
sont
mis au même niveau que les paysans illettrés du
début du Moyen Age. Tout ce qui importe c'est le 'Singe Nu'
-
pas les civilisations magnifiques que le singe a construites. Il
devient alors impossible de comprendre pourquoi certaines
sociétés réussirent à
nourrir les 'singes',
alors que d'autres les laissèrent mourir de faim par
millions.
Beaucoup de gens acceptent une théorie
matérialiste
différente, qui met en avant le fait qu'il est possible de
changer les comportements humains. Tout comme les animaux peuvent
être dressés pour se comporter
différemment dans un
cirque que dans la jungle, les comportements humains, de la
même
manière, peuvent être changés. Si
seulement les
bonnes personnes prenaient le contrôle de la
société, la 'nature humaine' pourrait alors
être
changée.
Cette théorie est certainement plus avancée que
le 'singe
nu'. Mais comme explication de la société dans
son
ensemble, elle est incorrecte. Si tout le monde est
complètement
conditionné dans notre société,
comment est-il
possible pour une personne de s'élever au-dessus de la
société et découvrir comment changer
les
mécanismes de conditionnement ? Y a-t-il une
minorité
choisie par Dieu, qui serait immunisée aux pressions qui
dominent toutes les autres personnes ? Si nous sommes tous des animaux
dans un cirque, qui est le dresseur de lions ?
Ceux qui défendent cette théorie en arrivent
à la
conclusion que, soit on ne peut rien faire (comme ceux du 'singe nu'),
soit il faut attendre un changement produit par quelque chose
d'extérieur à la société -
Dieu, un 'grand
homme', ou le pouvoir des idées individuelles. Leur
'matérialisme' se transforme en une nouvelle version de
l'idéalisme.
Comme Marx le signalait, cette doctrine amène
nécessairement à diviser la
société en deux
parties, dont une serait supérieure à la
société. Cette théorie
'matérialiste' est
souvent réactionnaire. L'un des adhérents actuels
les
plus connus, de cette théorie est le psychologue
américain de droite, Skinner. Il veut conditionner les gens
pour
qu'ils se comportent d'une certaine manière. Mais, puisque
lui-même est un produit de la société
américaine, son 'conditionnement' revient, surtout,
à ce
que les gens se conforment à cette
société.
Une autre théorie matérialiste explique toutes
les
souffrances dans le monde par la 'pression de la population'. Cette
théorie s'appelle communément, le malthusianisme,
développé pour la première foi par
Malthus, un
économiste anglais de la fin du XVIIIème. Mais
elle ne
peut expliquer pourquoi les États-Unis brûlent du
maïs pendant que les gens meurent de faim en Inde. Pas plus
qu'elle n'explique pourquoi il n'y avait pas assez de nourriture pour
nourrir 10 millions de personne, il y a 150 ans, aux
États-Unis,
alors qu'aujourd'hui, il y en a assez pour en nourrir 200 millions.
Cette théorie oublie que pour chaque bouche
supplémentaire à nourrir, il y a aussi une
personne
supplémentaire capable de travailler et de produire des
richesses.
Marx appela toutes formes erronées d'explications, des
formes de
matérialisme 'mécanique' ou 'vulgaire'. Elles
oublient
toutes que, en plus de faire partie du monde matériel, les
êtres humains sont aussi des créatures vivantes et
agissantes, dont les actions changent le monde.
L'interprétation
matérialiste de l'histoire.
« Les hommes peuvent être distingués des
animaux par
la conscience, la religion ou tout ce vous voulez. Ils commencent
eux-mêmes à se distinguer des animaux
dès qu'ils
produisent leurs moyens de subsistance - leur nourriture, abri et
vêtement ».
Avec ces mots, Karl Marx fit remarquer, d'abord, en quoi se distinguait
son explication du développement de la
société.
Les êtres humains sont des animaux descendants d'une
créature ressemblant à un singe. Comme les autres
animaux, leur premier souci est de se nourrir eux-mêmes et de
se
protéger du climat.
La façon dont les animaux le font dépend de leur
héritage biologique. Un loup reste en vie, en chassant et
tuant
sa proie, d'une manière déterminée par
des
instincts biologiques hérités. Il se tient au
chaud lors
de nuits froides grâce à sa fourrure. Il
élève sa progéniture selon une
procédure
héritée.
Mais la vie humaine n'est pas figée de cette
manière. Les
humains qui parcouraient la terre, il y a 10 000 ou 30 000 ans vivaient
une vie bien différente de la nôtre. Ils vivaient
dans des
grottes ou des trous dans le sol. Ils n'avaient aucun moyen de stocker
la nourriture ou l'eau, ils dépendaient de la collecte de
baies
ou de la viande d'animaux sauvages tués à coups
de
pierres. Ils ne savaient ni écrire, ni compter
au-delà de
leurs dix doigts. Ils n'avaient aucune connaissance autre que leur
voisinage immédiat ou de ce qu'avaient fait leurs
ancêtres.
Pourtant leur apparence physique était similaire il y a 10
000
ans à celle de l'homme moderne. Lavé,
rasé,
habillé, l'homme des cavernes pourrait marcher dans la rue
sans
que personne ne le remarque.
Comme l'archéologue Gordon Childe nota :
« Les squelettes les plus anciens de notre espèce
remontent à la fin de la dernière glaciation...
Depuis la
première apparition des squelettes d'homo sapiens dans les
archives géologiques... l'évolution physique de
l'homme
s'est presque arrêtée, alors que son
évolution
culturelle ne faisait que commencer ».
La même observation est faite par un autre
archéologue,
Leakey :
« Les différences physiques entre les hommes des
cultures
Aurignacienne et Magdalénienne (il y a 25000 ans) d'une
part, et
l'homme moderne d'autre part sont négligeables, alors que
les
différences culturelles sont incalculables ».
Par 'culture' les archéologues entendent les choses que les
hommes et les femmes apprennent et enseignent (comment faire des
vêtements à partir de fourrure et de laine,
comment
construire une maison, comment fabriquer des pots avec de l'argile,
comment faire du feu), à l'opposé des choses que
les
animaux font instinctivement.
La vie des tous premiers hommes était
déjà
grandement différente de celle des autres animaux. Ils
avaient
en effet la possibilité d'utiliser les capacités
particulières aux hommes - cerveau important, membres
supérieurs capables de manipuler des objets - pour commencer
à transformer leur environnement selon leurs besoins. Cela
signifiait que les hommes pouvaient s'adapter à de multiples
environnements différents, sans changer de forme biologique.
Les
humains ne réagissaient plus simplement aux conditions
extérieures. Ils pouvaient agir sur ces conditions,
commençant à les changer à leur propre
avantage.
Au départ, ils utilisaient des bâtons et des
pierres pour
attaquer des bêtes sauvages, ils allumaient des torches
grâce à des sources de feu naturelles pour avoir
de la
chaleur et de la lumière, ils s'habillaient avec de la
végétation et des peaux d'animaux. Sur plusieurs
dizaines
de milliers d'années, ils apprirent à faire du
feu
eux-mêmes, à tailler des pierres avec d'autres
pierres,
obtenir de la nourriture des grains qu'ils semaient, à la
stocker dans des pots d'argile, à domestiquer certains
animaux.
Relativement récemment - il y a 5000 ans, sur un
demi-million
d'années de l'histoire humaine - ils apprirent le secret de
la
transformation des minerais en métaux qui pouvaient
être
utilisés pour fabriquer des outils fiables et des armes
efficaces.
Chacune de ces avancées a eu un impact énorme,
non
seulement en rendant plus facile aux humains le fait de se nourrir et
de se vêtir, mais aussi en transformant l'organisation
même
de la vie humaine. Dès le départ, la vie humaine
était sociale. Seul l'effort collectif de plusieurs
personnes
pouvaient leur permettre de tuer des bêtes, de
réunir de
la nourriture et d'entretenir le feu. Ils devaient coopérer.
Cette coopération continuelle permit aussi de
développer
la communication, en émettant des sons et en
développant
le langage. Au départ, les groupes sociaux
étaient
simples. Il n'y avait pas assez de produits naturels pour permettre des
groupes d’une taille plus importante que peut-être
une
vingtaine de personnes. Tous les efforts servaient aux tâches
primaires d'obtenir de la nourriture, ainsi tout le monde faisait le
même travail et vivait la même vie.
Sans aucun moyen de stocker de la nourriture, il ne pouvait y avoir de
propriété privée, ni de classe
sociale, il
n’existait pas non plus de butin pour motiver la guerre.
Il y avait, jusqu'à récemment encore, des
centaines de
sociétés, dans différentes parties du
globe, qui
fonctionnaient comme cela - parmi certaines tribus indiennes
d'Amérique du Nord et du Sud, en Afrique
équatoriale et
dans l'océan pacifique, les Aborigènes
d'Australie.
Ces personnes n'étaient pas moins intelligentes que nous et
ne
possédaient de 'mentalité primitive'. Pour
survivre, les
Aborigènes australiens par exemple, devaient apprendre
à
reconnaître des milliers de plantes et les habitudes de
nombreux
animaux différents.
L'anthropologue Pr. Firth décrit comment :
« les tribus australiennes... connaissent les habitudes, les
marques, lieux de reproductions et les fluctuations
saisonnières
de tous les animaux, poissons et oiseaux de leur territoire de chasse.
Ils connaissent les propriétés externes et
certaines
moins visibles des roches, pierres, cires, gommes, plantes, fibres et
écorces ; ils savent faire du feu ; ils savent appliquer la
chaleur pour supporter la douleur, arrêter une
hémorragie
et limiter la putréfaction de la nourriture ; ils savent
aussi
utiliser le feu et la chaleur pour durcir certains bois et en adoucir
d'autres... Ils connaissent les phases de la lune, le mouvement des
marées, le cycle planétaire, et les successions
et
durée des saisons ; ils ont mis en corrélation
des
fluctuations climatiques, comme les vents, les variations annuelles de
température et d'humidité, et les flux de la
croissance
et la présence des espèces naturelles... En plus,
ils
font une consommation intelligente des animaux tués pour la
nourriture ; la chair du kangourou est mangée, les os des
jambes
servent à la fabrication d'outils en pierre ou comme
épingles, les tendons deviennent des attaches de javelots,
les
griffes sont montées en collier avec de la cire et des
fibres,
le gras mélangé à de l'ocre rouge pour
faire de la
peinture... Ils connaissent certains principes mécaniques
simples et tailleront un boomerang jusqu'à ce qu'il ait la
bonne
courbe... »
Ils étaient plus 'intelligents' que nous pour survivre dans
le
désert australien. Ce qu'ils n'avaient pas appris
était
à planter des graines et à cultiver leur propre
nourriture - ce que nos ancêtres apprirent, il y a 5000
années de cela, après avoir
été sur terre
pendant une période cent fois plus longue.
Le développement de nouvelles techniques pour
créer des
richesses - les moyens de la vie humaine - a toujours donné
naissance à de nouvelles formes de coopération
entre les
hommes, à de nouvelles relations sociales.
Par exemple, lorsque les gens apprirent pour la première
fois
à produire leur nourriture (en plantant des graines ou en
domestiquant des animaux) et à la stocker (dans des pots en
terre), il y eut une vraie révolution dans la vie sociale -
appelée par les archéologues 'la
révolution
néolithique'. Les hommes devaient coopérer pour
défricher la terre et faire la récolte, comme
pour
chasser les animaux. Ils pouvaient vivre en un nombre beaucoup plus
grand qu'avant, ils pouvaient stocker de la nourriture et commencer
à échanger des produits avec d'autres tribus.
Les premières villes pouvaient se développer.
Pour la
première fois, il y avait la possibilité pour
quelques
personnes de vivre sans que cela implique pour eux de chercher de la
nourriture en permanence : certains allaient se spécialiser
dans
la fabrication des pots, d'autres dans la recherche du silex et plus
tard du métal pour faire des outils, d'autres effectuant des
tâches administratives élémentaires
pour la tribu.
Plus insidieusement, les stocks de nourriture fournissaient un mobile
pour faire la guerre.
L'humanité avait trouvé une nouvelle
façon de
s'adapter au monde qui l'entourait, une nouvelle façon
d'adapter
le monde à leurs besoins. Mais en même temps, sans
s'y
attendre, les gens ont transformé la
société dans
laquelle ils vivaient et avec elle leurs propres vies. Marx
résuma ce procédé : un
développement des "
forces de production " change les " relations de production ", et ainsi
la société.
Il existes beaucoup d'autres exemples.
Il y a 300 ans, l'immense majorité des gens de ce pays
vivaient
toujours de la terre, produisant des richesses selon des
méthodes qui n'avaient pas changé depuis des
siècles. Leur horizon mental se bornait à leur
village et
leurs idées étaient fortement sous l'influence du
clergé local. La plupart d'entre eux ne savaient ni lire ni
écrire et n'apprendraient jamais à le faire.
Plus tard, il y a 200 ans, l'industrie commença à
se
développer. Des dizaines de milliers de personnes furent
envoyées à l'usine. Leurs vies furent
complètement
transformées. Maintenant, ils vivaient dans de grandes
villes,
non dans de petits villages. Ils avaient besoin de qualifications
inimaginables pour leurs ancêtres, comprenant entre autres la
lecture et l'écriture. Les chemins de fer et les bateaux
à vapeur rendirent possible les voyages sur la
moitié de
la terre. Les vieilles idées martelées par le
clergé ne correspondaient plus à la situation. La
révolution matérielle dans la production fut
aussi une
révolution de leur façon de vivre et de leurs
idées.
Des changements similaires affectent toujours de nombreuses personnes.
Prenons les personnes du d’Afrique, du Maghreb, du Bangladesh
ou
de la Turquie qui sont venues en France, en Angleterre et en Allemagne,
pour chercher du travail. Beaucoup trouvèrent que leurs
anciennes traditions et idées religieuses ne correspondaient
plus à leur nouvelle vie.
Ou encore, comment il y a 50 ans, la majorité des femmes
commencèrent à travailler hors de la maison, et
comment
cela les conduisit à s'affronter aux vieilles attitudes qui
faisaient d'elles, quasiment, la propriété de
leurs maris.
Les changements dans la façon dont les hommes produisaient
leur
nourriture, leurs vêtements et leurs abris,
amenèrent des
changements dans l'organisation de la société et
dans
l'attitude des gens. C'est le secret des changements sociaux -
historiques, que les penseurs avant Marx (et beaucoup d'autres depuis),
les idéalistes et les matérialistes
mécaniques, ne
pouvaient pas comprendre.
Les idéalistes voyaient le changement - mais, ils disaient
que
ça tombait du ciel. Les matérialistes
mécaniques
voyaient que l'homme était conditionné par le
monde
matériel, mais ne pouvaient comprendre comment les choses
pouvaient changer. Ce que Marx remarqua c'est que si les
êtres
humains sont conditionnés par le monde qui les entoure, ils
agissent et réagissent sur leur environnement, travaillant
à le rendre plus habitable. Ce faisant, ils changent aussi
les
conditions dans lesquelles ils vivent, et ainsi se changent
eux-mêmes.
La clé de la compréhension des changements
historiques
réside dans la compréhension des moyens
qu'utilisent les
êtres humains pour se nourrir, se vêtir, et trouver
un
abri. C'était le point de départ de Marx. Mais
cela ne
signifie pas que des améliorations technologiques produisent
automatiquement une meilleure société ou
même que
de nouvelles inventions technologiques changent automatiquement cette
société. Marx rejeta cela (parfois
appelé le
déterminisme technologique). Toujours et encore, dans
l'histoire, les gens ont rejeté de nouvelles
méthodes
pour améliorer la production parce qu'elles entraient en
conflit
avec les attitudes ou les formes de la société
qui
existaient déjà.
Par exemple, sous l'empire romain, il y eut beaucoup d'innovations pour
produire plus de blé sur une surface de terrain
donné,
mais les gens ne les utilisèrent pas car elles demandaient
aux
esclaves plus de dévotion au travail que ne pouvait leur
donner
le fouet. Quand l'Angleterre dirigeait l'Irlande, au
XVIIIème
siècle, elle essaya d'y stopper le développement
de
l'industrie, car il entrait en conflit avec les
intérêts
des hommes d'affaires de Londres.
Si quelqu'un propose de tuer toutes les vaches sacrées pour
éradiquer la famine en Inde, ou de nourrir tout le monde en
Angleterre avec de succulents steaks à base de viande de
rat, il
sera ignoré à cause de
préjugés
établis.
Les développements dans la production se heurtent aux
anciens
préjugés et aux anciennes méthodes
d'organisation
de la société, mais ils ne les renversent pas
automatiquement. Beaucoup d'êtres humains se battent contre
le
changement - et ceux qui veulent utiliser de nouvelles
méthodes
de production doivent se battre pour ce changement. Si ceux qui s'y
opposent gagnent, alors les nouvelles formes de production ne peuvent
être appliquées et la production stagne ou
même
recule.
Dans la terminologie marxiste : quand les forces de production se
développent, elles entrent en conflit avec les relations
sociales préexistantes et les idées qui
s'appuient sur
les anciennes forces de production. Soit les personnes qui
s'identifient avec les nouvelles forces de production gagnent ce
conflit, soit ce sont celles qui s'identifient avec le vieux
système. Dans le premier cas, la
société
progresse, dans l'autre elle stagne ou même
régresse.
3
- LA
LUTTE DE CLASSES
Nous vivons dans une société divisée
en classes,
dans laquelle une minorité de personnes possède
une
énorme partie de la propriété
privée, et la
plupart d'entre nous, quasiment rien. Naturellement, nous pensons tous
qu’il en fut toujours de même. Mais en
réalité, pendant la plus grande partie de
l'histoire
humaine, il n'y avait pas de classes, pas de
propriété
privée, pas d'armée, ni de police. Telle
était la
situation pendant les 50 000 ans du développement humain
jusqu'à il y a 5000 à 10 000 ans.
Tant que le travail d'un homme ne permettait pas de produire plus de
nourriture que ce dont il avait besoin pour vivre, il ne pouvait y
avoir de division en classes. En effet, quel était
l'intérêt d'avoir des esclaves si tout ce qu'ils
produisaient ne servaient qu'à les nourrir ?
Mais à partir d'un certain moment, les avancées
dans la
production rendaient les divisions de classes non seulement possibles
mais nécessaires. Suffisamment de nourriture pouvait
être
produite pour laisser un surplus après que les producteurs
immédiats en avaient pris assez pour rester en vie. Et les
moyens existaient pour la stocker et la transporter d'un endroit
à un autre.
Les gens, dont le travail produisait toute cette nourriture, auraient
pu simplement manger ce supplément de nourriture. Puisqu'ils
vivaient une vie assez misérable, ils pouvaient
être
fortement tentés. Mais cela les aurait laissés
à
la merci des ravages de la nature, qui pouvaient être la
famine
ou une inondation l'année suivante, et aux attaques de
tribus
affamées avoisinantes.
C'était, au début, un net avantage pour tout le
monde, si
un groupe spécial de personnes prenait en charge cette
richesse
supplémentaire, la stockait contre de futurs
désastres,
l'utilisait pour soutenir les artisans, construire des moyens de
défense et en échangeait une partie avec d'autres
tribus
contre des objets utiles. Ces activités
commencèrent
à se développer dans les premières
villes,
où des administrateurs, des marchands et artisans
apparurent. Du
besoin de noter, sur des tablettes, les traces des
différentes
sortes de richesses, apparut le développement de
l'écriture.
Ainsi furent les premiers balbutiements de ce qu'on appelle " la
civilisation ". Mais - et c'est un mais de taille, tout cela
était basé sur le contrôle des
richesses par une
petite minorité de la population. Et cette
minorité
utilisait cette richesse pour son propre bien autant que pour le bien
de la société dans son ensemble.
Plus la production se développait, plus les richesses
s'entassaient dans les mains de cette minorité - et plus
elle se
détacha du reste de la population. Les règles,
qui
existaient en tant que moyen pour permettre à la
société de vivre, devinrent les 'lois', insistant
sur le
fait que la richesse et la terre qui la produisait étaient
la
'propriété privée' de la
minorité. Une
classe dominante avait vu le jour et les lois défendaient
son
pouvoir.
On pourrait se demander s'il aurait été possible
pour la
société de se développer autrement,
s'il aurait
été possible pour ceux qui travaillaient la terre
de
contrôler ce qu'ils produisaient ?
La réponse doit être négative, pas
à cause
de la 'nature humaine', mais parce que la société
était toujours très pauvre. La
majorité de la
population terrestre était trop occupée
à gratter
le sol pour une vie de misère, pour avoir le temps de
développer l'écriture et la lecture, de
créer des
œuvres d'arts, de construire des bateaux pour le commerce, de
repérer le mouvement des étoiles, de
découvrir les
rudiments des mathématiques pour prévenir les
crues des
rivières ou comprendre comment des canaux d'irrigation
devaient
être construits. Toutes ces choses ne pouvaient
être
découvertes que si toutes les
nécessités de la vie
étaient prises en charge par la masse de la population, ce
qui
permettait à une minorité
privilégiée de ne
pas avoir à trimer du lever au coucher du soleil.
Cependant, cela ne signifie pas que la division de la
société en classes reste nécessaire
aujourd'hui.
Le dernier siècle a été le
témoin d'un
développement de la production inimaginable pour les
générations passées. La
pauvreté naturelle
a été dépassée - ce qui
existe, maintenant,
est une pauvreté artificielle, créée
par des
gouvernements qui détruisent des stocks de nourriture.
La société de classes, aujourd'hui, ne pousse
plus en
avant l'humanité, au contraire, elle la retient.
Ce ne fut pas seulement le premier changement d'une
société purement agricole en des
sociétés
urbaines qui donna naissance à de nouvelles divisions de
classes. Le même processus apparut chaque fois que de
nouvelles
façons de produire des richesses commencèrent
à se
développer.
Ainsi, en France, il y a 1000 ans, la classe dirigeante
était
composée de barons féodaux qui
possédaient la
terre et vivaient sur le dos des serfs. Mais quand le commerce se
développa à une large échelle, apparut
à
leur côté, dans les villes, une nouvelle classe
privilégiée de riches marchands. Et quand
l'industrie
commença à se développer à
une
échelle substantielle, leur pouvoir fut disputé
par les
propriétaires d'entreprises industrielles.
A chaque stade de développement de la
société, il
y eut une classe opprimée dont le travail physique
créait
la richesse, et une classe dominante qui contrôlait cette
richesse. Mais au cours du développement de la
société, les deux classes subirent des
changements.
Dans les sociétés esclavagistes de la Rome
Antique, les
esclaves étaient la propriété
personnelle de la
classe dirigeante. L'esclavagiste possédait les biens
produits
par l'esclave parce qu'il possédait l'esclave, de la
même
manière qu'il possédait le lait produit par sa
vache
parce qu'il possédait la vache.
Dans la société féodale du Moyen Age,
les serfs
possédaient leurs propres terres, et possédaient
ce
qu'ils en tiraient ; mais, en retour de la possession de leur terre,
ils devaient travailler un certain nombre de jours chaque
année
sur les terres du seigneur. Leur vie était
divisée -
peut-être la moitié du temps travaillaient-ils
pour le
seigneur et l'autre moitié pour eux-mêmes. S'ils
refusaient de travailler pour le seigneur, ce dernier pouvait les punir
(fouet, prison ou pire).
Dans la société capitaliste moderne, le patron ne
possède pas physiquement le travailleur et ne peut pas le
punir
physiquement si celui-ci ne veut pas travailler gratuitement pour lui.
Mais le patron possède les usines où le
travailleur doit
avoir un boulot s'il veut rester en vie. Ainsi, il lui est
très
facile de forcer les travailleurs à accepter un salaire qui
est
bien inférieur à la valeur des biens qu'ils
produisent.
Dans chaque cas, la classe dirigeante contrôle toutes les
richesses qui restent, une fois que les besoins les plus
élémentaires des travailleurs sont satisfaits.
L'esclavagiste veut garder sa propriété en bon
État, il nourrit donc son esclave de la même
manière que vous faites le plein de votre voiture. Mais tout
ce
qui reste comme richesses, après avoir nourri cet esclave,
l'esclavagiste s'en sert pour son propre bien-être. Le serf
doit
se nourrir et s'habiller grâce au travail qu'il fournit sur
sa
terre. Tout le travail supplémentaire fourni sur la terre du
seigneur va au seigneur.
Le travailleur moderne reçoit un salaire. Toutes les autres
richesses qu'il crée vont à ses employeurs sous
forme de
profits, intérêts ou rentes.
La
lutte de classes et l'État
Les
travailleurs ont rarement accepté leur sort sans
résister. Il y eut des révoltes d'esclaves en
Egypte
ancienne et en Rome antique, révoltes de paysans en Chine
Impériale, guerres civiles entre les riches et les pauvres
dans
les villes de la Grèce ancienne, à Rome et
pendant la
Renaissance en Europe.
C'est pourquoi Karl Marx commença Le Manifeste du parti
communiste en insistant : " l'histoire de toute
société
jusqu'à nos jours n'a été que
l'histoire de la
lutte de classes. " Le développement de la civilisation a eu
lieu par l'exploitation d'une classe par une autre, et ainsi par leurs
luttes.
Aussi puissants un pharaon d'Egypte, un empereur romain ou un prince
médiéval soient-ils, aussi luxueuses leurs vies
puissent
être et quelque soit la beauté de leurs palaces,
ils ne
pouvaient rien faire s'ils ne s'assuraient pas que les biens produits
par les paysans ou les esclaves les plus misérables passent
entre leurs mains. Ils ne pouvaient le faire que si, à
côté de la division en classes, ils ne
développaient pas quelque chose d'autre - un
contrôle sur
les moyens de la violence, par eux-mêmes ou par ceux qui les
soutenaient.
Dans les sociétés antérieures, il n'y
avait pas
d'appareil armé, pas de police et pas de gouvernement
séparés de la majorité de la
population.
Même il y a 50 ou 60 ans, dans certaines parties de
l'Afrique,
par exemple, il était possible de trouver des
sociétés qui fonctionnaient encore comme
ça. Une
grande partie des tâches accomplies par
l’État, dans
notre société, était accomplie,
simplement, sans
formalités, par toute la population ou une
réunion de
représentants.
De telles réunions jugeaient le comportement de telle ou
telle
personne qui était accusée d'avoir
brisé une
importante règle sociale. La punition était
appliquée par toute la communauté - par exemple
en
obligeant la personne à partir. Puisque tout le monde
était d'accord avec la punition, une police
séparée n'était pas
nécessaire pour rendre
le jugement effectif. Si la guerre arrivait, tous les jeunes hommes
allaient au combat avec des chefs élus pour l'occasion, une
fois
encore sans structure militaire séparée.
Mais, dans une société où une
minorité a le
contrôle sur presque toute la richesse, ces
méthodes
simples pour faire régner 'la loi et l'ordre' et pour faire
la
guerre ne peuvent plus être utilisées. Chaque
réunion de représentants ou chaque groupe de
jeunes
hommes en armes prendrait, à coup sûr, une
position de
classe.
Le groupe privilégié ne pouvait survivre que s'il
détenait le monopole de la création et de
l'amélioration des punitions, des lois, de l'organisation
des
armées, de la production d'armes. Ainsi la
séparation en
classes s'accompagna de l'apparition et du développement de
groupes de juges, de policiers et d'agents des services secrets, de
généraux, de bureaucrates - à qui la
classe
privilégiée donna une partie de ses richesses
pour qu'ils
protègent son règne.
Ceux qui servaient dans les rangs de cet 'État'
étaient
entraînés à obéir sans
hésitation aux
ordres de leurs 'supérieurs' et étaient
coupés de
tous liens sociaux avec la masse exploitée de la population.
L'État s'est développé en une machine
à
tuer dans les mains de la classe privilégiée. Et
il
pouvait être une machine hautement efficace.
Bien sûr, les généraux qui dirigeaient
cette
machine se détachaient souvent d'un empereur ou d'un roi, et
essayaient de prendre leur place. La classe dirigeante,
après
avoir armé un monstre, ne pouvait pas toujours le
contrôler. Mais puisque la richesse nécessaire
pour le
fonctionnement de la machine à tuer venait de l'exploitation
des
masses laborieuses, chaque révolte de ce type conduisait
à une société qui continuait
à fonctionner
selon les vieilles méthodes.
A travers l'histoire, ceux qui voulaient sincèrement changer
la
société se sont retrouvés
confrontés, non
seulement à la classe dominante, mais aussi à une
machine
armée, un État, qui servait ses
intérêts.
Les classes dominantes, et avec elles le clergé, les
généraux, les policiers et les lois,
émergèrent, au départ parce que, sans
elles, la
civilisation ne pouvait se développer. Mais ensuite, une
fois au
pouvoir, elles trouvèrent intérêt
à freiner
ce développement. Leur pouvoir dépend de leur
capacité à forcer ceux qui produisent les
richesses
à les leur céder. Elles sont alors
opposées
à de nouveaux modes de production, mêmes s'ils
sont plus
efficaces que les anciens, tant qu'ils n'en ont pas le
contrôle.
Elles craignent tout ce qui peut conduire les masses
exploitées
à développer leur initiative et leur
indépendance.
Elles craignent aussi de nouveaux groupes de
privilégiés,
suffisamment riches pour avoir des armes et des armées sous
leurs propres ordres. A partir d'un certain moment, elles n'aident plus
au développement de la production, mais au contraire
cherchent
à l'étouffer.
Par exemple, en Chine Impériale, le pouvoir de la classe
dirigeante reposait sur la possession des terres, son
contrôle
sur les canaux et les barrages qui servaient à l'irrigation
et
empêchaient les inondations. Ce type de contrôle
formait
les bases du développement d'une civilisation qui dura 2000
ans.
Mais à la fin de cette période, la production
n'était pas plus avancée qu'au début -
malgré la prospérité de l'art chinois,
la
découverte de l'imprimerie et de la poudre, alors qu'au
même moment l'Europe médiévale stagnait.
La raison était que, lorsque de nouvelles formes de
production
apparaissaient, cela se passait dans les villes, sur l'initiative des
marchands et artisans. La classe dominante craignait cette
montée en puissance de groupes sociaux qu'ils n'avaient pas
entièrement sous leur contrôle. Ainsi,
périodiquement, les autorités
impériales prirent
des mesures très dures pour écraser les
économies
naissantes des villes, pour réduire la production
à
zéro et détruire le pouvoir de ces nouvelles
classes
sociales.
Le développement de nouvelles forces de production - de
nouvelles façons de produire des richesses - entrait en
conflit
avec les intérêts de la vieille classe dirigeante.
Une
lutte se développait dont l'issue déterminait
l’avenir de la société tout
entière.
Parfois, comme en Chine, ces nouvelles formes furent dans
l'impossibilité de se développer, et la
société resta plus ou moins au même
niveau pendant
une longue période.
Certaines fois, comme ce fut le cas pour l'Empire romain,
l'incapacité pour les nouvelles formes de se
développer
signifia qu'il n'y avait pas assez de richesses produites pour
maintenir la société sur ses vieilles bases. La
civilisation s'effondra, les villes furent détruites et les
gens
retournèrent à une forme de
société,
agricole et arriérée.
Et d’autres fois, une nouvelle classe, celle qui
développait les nouvelles formes de production, fut capable
de
s'organiser et d'affaiblir et enfin se débarrasser de
l'ancienne
classe dirigeante, et avec elle ses lois, ses armées, son
idéologie, sa religion. Alors, la
société pouvait
progresser.
Dans chaque cas, que la société avance ou recule,
cela
dépend de qui gagne la guerre entre les classes. Et comme
dans
chaque guerre, la victoire n'est acquise d'avance pour aucun des camps,
tout dépend de l'organisation, de la cohésion et
de la
direction de chaque classe en présence.
4
- LES
ORIGINES DU CAPITALISME
L'un des arguments les plus ridicules que l'on entend, est que les
choses ne pourraient être différentes de ce
qu'elles sont
actuellement. Pourtant les choses ont été
différentes. Et pas dans un coin retiré du globe,
mais
dans ce pays, il n'y a pas si longtemps. Il y a 250 ans, les gens vous
auraient pris pour un fou, si vous aviez décrit le monde
dans
lequel nous vivons maintenant, ses immenses villes, ses grandes usines,
ses avions, ses expéditions dans l'espace - même
les
chemins de fer dépassaient les limites de leur imagination.
Car ils vivaient dans une société qui
était
presque exclusivement rurale, dans laquelle la plupart des gens
n'avaient jamais quitté leur village au delà
d’un
rayon de plus de dix kilomètres, dans laquelle le mode de
vie
était basé, et ce, depuis des milliers
d'années,
sur le rythme des saisons.
Mais déjà, il y a 700 ou 800 ans, un
développement
s'était amorcé qui devait remettre en question
tout le
système. Des groupes d'artisans et de marchands
commencèrent à s'établir dans les
villes, pas en
étant au service d'un seigneur quelconque comme
c'était
le cas pour le reste de la population, mais en échangeant
des
biens avec différents seigneurs et serfs contre de la
nourriture. De plus en plus, ils utilisèrent des
métaux
précieux comme moyens de mesurer ces échanges. En
peu de
temps, chaque échange devint l'occasion de
récupérer un peu plus de métal
précieux, de
faire un profit.
Au début les villes devaient jouer sur les
rivalités
entre les seigneurs pour survivre. Mais, avec les progrès
faits
par leurs artisans, elles gagnèrent en influence. Les
'burgers',
les 'bourgeois' ou les 'classes moyennes' devinrent une classe au
milieu de la société féodale du M
oyen âge. Cependant, ils obtenaient leurs richesses par un
moyen
radicalement différent de celui des seigneurs qui dominaient
la
société.
Un seigneur féodal vivait directement des produits agricoles
qu'il était capable d'obtenir en forçant les
serfs
à travailler sur sa terre. Il utilisait son pouvoir
personnel
pour les y obliger, sans avoir à les payer. Alors que les
classes les plus riches des villes vivaient de la vente de produits
non-agricoles. Ils payaient un salaire, tous les jours ou toutes les
semaines, aux travailleurs pour qu'ils produisent pour eux.
Ces travailleurs, souvent des serfs en fuite, étaient
'libres'
d'aller et venir à leur guise - une fois qu'ils avaient fini
le
travail pour lequel ils étaient payés. La 'seule'
obligation qu'ils avaient à travailler étaient
qu'ils
mouraient de faim s'ils ne trouvaient pas un travail. Les riches
pouvaient s'enrichir car plutôt que de mourir de faim, les
travailleurs 'libres' acceptaient moins d'argent pour leur travail que
la valeur des biens qu'ils produisaient.
Nous reviendrons sur cela plus tard. Pour l'instant, ce qui importe
c'est que les bourgeois et les seigneurs féodaux obtenaient
leurs richesses de façons différentes. Cela les
amenait
à concevoir la société de
manière
différente.
L'idéal du seigneur féodal était une
société dans laquelle il avait le pouvoir absolu
sur ses
propres terres, libéré de toute loi
écrite, sans
intrusion d'entité extérieure, avec
l'impossibilité pour ses serfs de s'enfuir. Il voulait que
les
choses restent comme elles l'étaient sous le
règne de son
père et de son grand-père, et que tout le monde
accepte
cette hiérarchie sociale dans laquelle il était
né.
Les membres de la nouvelle bourgeoisie riche voyaient,
nécessairement, les choses d'une autre manière.
Ils
voulaient réduire le pouvoir des seigneurs ou rois
d'interférer avec leur commerce ou voler leurs richesses.
Ils rêvaient d'y parvenir au moyen d'un ensemble fixe de
lois,
écrites et appliquées par leurs propres
représentants. Ils voulaient libérer les classes
les plus
pauvres du servage, pour les permettre de travailler (et d'augmenter
leur profit) dans les villes.
Comme eux-mêmes, leurs pères et
grands-pères
avaient souvent dû vivre sous le joug des seigneurs
féodaux et ils ne voulaient certainement pas que cela
continue.
En d'autres termes, ils voulaient révolutionner la
société. Leurs conflits avec l'ordre ancien
n'étaient plus seulement économiques, mais aussi
idéologiques et politiques. Idéologique
signifiait
religieux, dans une société
d'illettrés où
la source dominante des idées
générales sur le
monde était l'Eglise.
Puisque l'église médiévale
était
dirigée par des évêques et des
abbés qui eux
aussi étaient des seigneurs féodaux, elle
propageait des
positions pro-féodales, accusant de 'pécheresses'
la
plupart des activités des bourgeois urbains.
Ainsi, en Allemagne, Hollande, Angleterre et en France, au
XVIème et XVIIème siècles, la classe
moyenne se
rallia à sa propre religion : le protestantisme - une
idéologie religieuse qui prêchait
l'épargne, la
sobriété, l'effort (spécialement pour
les
travailleurs) et l'indépendance des congrégations
de la
classe moyenne par apport à la puissance des
évêques et des abbés.
La classe moyenne créa un Dieu à son image, en
opposition
au Dieu du Moyen âge.
Maintenant, on nous apprend à l'école ou
à la
télévision que les grandes guerres religieuses et
les
guerres civiles de cette époque n'étaient que des
guerres
à propos de divergences religieuses, comme si les gens
étaient suffisamment stupides pour se battre et mourir parce
qu'ils n'étaient pas d'accord au sujet du rôle du
sang et
du corps du Christ dans la Sainte Communion. Beaucoup plus
était
en jeu - le conflit entre deux formes de sociétés
complètement différentes, basées sur
deux
façons différentes d'organiser la production des
richesses.
En Angleterre, la bourgeoisie gagna. Aussi gênant que cela
puisse-t-être pour la classe dirigeante actuelle, leurs
ancêtres consacrèrent leur pouvoir en coupant la
tête d'un roi, en justifiant leurs actes par les
extravagances
des prophètes de l'Ancien Testament.
Mais, ailleurs, la première manche fut pour l'ancien
régime. En France et en Allemagne, les
révolutionnaires
bourgeois protestants furent balayés par les guerres civiles
(bien qu'une version féodale du protestantisme
survécut
en tant que religion dans le nord de l'Allemagne). La bourgeoisie dut
attendre deux siècles et plus pour savourer la victoire,
durant
la seconde manche qui eut lieu sans le prétexte religieux,
en
1789, à Paris.
Exploitation
et plus-value
Dans
les sociétés esclavagistes et
féodales, les classes supérieures devaient avoir
des
contrôles légaux sur la masse de la population
laborieuse.
Autrement, ceux qui servaient le seigneur féodal ou
l'esclavagiste se seraient enfuis, laissant la classe
privilégiée sans personne pour travailler pour
elle.
Mais le capitaliste n'a pas besoin, en général,
de tels
contrôles légaux sur les travailleurs. Il n'a pas
besoin
de les posséder, pourvu qu'il s'assure que le travailleur
qui
refuse de travailler pour lui mourra de faim. Au lieu de
posséder le travailleur, le capitaliste peut
prospérer
tant qu'il possède et contrôle la source de vie
des
travailleurs - les machines et les usines.
Les nécessités matérielles de la vie
sont
produites par le travail humain. Mais ce travail est à peu
près inutile sans outils pour cultiver la terre et raffiner
les
matières premières. Les outils peuvent varier
énormément - du simple instrument agricole tels
que les
faux et les charrues aux machines compliquées qu'on
rencontre
dans les usines automatisées modernes. Mais sans outils le
plus
compétent de tous les travailleurs est incapable de produire
les
choses utiles à la survie.
C'est le développement de ces outils -
généralement appelés 'les moyens de
production' -
qui sépare l'homme moderne de son lointain ancêtre
de
l'âge de pierre. Le capitalisme se base sur la
propriété de ces moyens de production par une
minorité. En Angleterre aujourd'hui, par exemple, 1% de la
population possède 84 % des stocks et des parts dans
l'industrie. Entre leurs mains se trouve concentré le
contrôle effectif sur une large majorité des
moyens de
production - les machines, les usines, les champs
pétroliers,
les meilleures terres agricoles. La masse de la population ne peut
survivre que si les capitalistes lui permettent de travailler avec ses
moyens de production. Cela donne aux capitalistes un immense pouvoir
pour exploiter le travail des autres personnes - même si au
regard de la loi 'tous les hommes sont égaux'.
Cela prit des siècles aux capitalistes pour construire leur
total monopole sur les moyens de production. En Angleterre, par
exemple, les parlements du XVIIème et XVIIIème
siècles, durent voter une succession de lois
baptisées
'Enclosure Acts', qui expulsèrent les paysans de leurs
propres
moyens de production, la terre qu'ils cultivaient depuis des
siècles. La terre devint la propriété
d'une
section de la classe des capitalistes et la masse rurale fut
obligée de vendre son travail aux capitalistes sous peine de
mourir de faim.
Une fois que le capitalisme réussit à monopoliser
les
moyens de production, il pouvait se permettre de laisser à
la
masse de la population une apparence de liberté et
d’égalité dans les droits politiques
avec les
capitalistes. Car quelque soit la 'liberté' qu'avaient les
travailleurs, ils devaient toujours travailler pour vivre.
Les économistes pro-capitalistes ont une explication simple
de
ce qui se passe. Ils disent qu'en payant des salaires, le capitaliste
achète le travail des travailleurs. Il doit payer un juste
prix
pour cela. Sinon, ce travailleur s'en ira travailler ailleurs. Le
capitaliste donne 'une journée de salaire
équitable'. En
retour, les travailleurs doivent donner 'une journée de
travail
équitable'.
Comment alors expliquent-ils les profits ? Ce sont,
prétendent-ils, une 'récompense' pour le
capitaliste pour
son 'sacrifice' c'est-à-dire en permettant l'utilisation de
ses
moyens de production (son capital). C'est un argument qui ne convaincra
guère un travailleur qui y réfléchit
un moment.
Prenons une compagnie qui annonce un ' taux net de profit' de 10 pour
cent. Cela veut dire que si le prix de toutes les machines, usines etc.
qu'elle possède est de 100 millions de francs, alors il
reste 10
millions de francs de bénéfice après
avoir
payé les salaires, les matières
premières et le
remplacement des machines usées pendant l'année.
Pas besoin d'être un génie pour s'apercevoir qu'au
bout de
10 ans, la compagnie aura un bénéfice total de
100
millions de francs - exactement l'investissement initial.
Si c'est ce 'sacrifice' qui est récompensé,
alors,
sûrement, après les dix premières
années,
tous les profits devraient cesser. Car après cette
période, les capitalistes auront
récupéré
la totalité de leur investissement initial. En fait, le
capitaliste est deux fois plus riche qu'avant. Il possède
toujours son investissement original et les profits
accumulés.
Les travailleurs, durant la même période, ont
sacrifié la plus grosse partie de leur énergie en
travaillant huit heures par jour, 47 semaines par an, à
l'usine.
Sont-ils devenus deux fois plus riches qu'ils étaient au
début ? Ce n'est certainement pas le cas. Même si
un
travailleur économise scrupuleusement, il ne sera pas
capable
d'acheter beaucoup plus qu'une télévision
couleur, un
chauffage bon marché ou une voiture d'occasion. Le
travailleur
ne pourra jamais réunir la somme nécessaire pour
acheter
l'usine dans laquelle il travaille.
La 'journée de travail équitable' pour une
journée
de salaire équitable a multiplié le capital du
capitaliste, tout en laissant le travailleur sans capital et sans autre
choix que de continuer à travailler pour à peu
près le même salaire. Les 'droits
égaux' des
capitalistes et des travailleurs ont augmenté
l'inégalité.
Une des grandes découvertes de Karl Marx fut l'explication
de
cette anomalie apparente. Il n'y a pas de mécanismes qui
forcent
le capitaliste à payer ses travailleurs la valeur totale du
travail qu'ils effectuent. Un travailleur employé, par
exemple,
dans l'industrie à l'heure actuelle, peut créer
4000
francs de richesse par semaine. Mais cela ne signifie pas qu'il ou elle
sera payé(e) cette somme. Dans 99 % des cas, ils seront
payés beaucoup moins.
L'alternative qu'ils ont au travail est la faim (ou les sommes
misérables donnés par les Assedic). Ainsi, ils ne
demandent pas la totalité de la valeur de ce qu'ils
produisent,
mais juste assez pour avoir un niveau de vie plus ou moins acceptable.
Le travailleur est payé juste assez pour pouvoir mettre
toutes
ses forces, toute sa capacité à travailler ( ce
que Marx
appelait sa force de travail ) à la disposition des
capitalistes
chaque jour.
Du point de vue du capitaliste, du moment que les travailleurs sont
suffisamment payés pour rester en bonne santé
pour
travailler et pour élever ses enfants qui seront une
nouvelle
génération de travailleurs, alors ils sont
payés
de manière équitable pour leur force de travail.
Mais le
montant des richesses nécessaires pour garder les
travailleurs
en bonne santé est considérablement
inférieur au
montant des richesses produites par leur travail - la valeur de leur
force de travail est considérablement inférieure
à
la valeur de leur travail.
La différence va dans la poche du capitaliste. Marx appela
cette
différence la 'plus-value'.
La
reproduction élargie du capital.
Dans
les écrits des économistes
pro-capitalistes, on remarque rapidement qu'ils partagent tous la
même croyance étrange. L'argent, si on les
écoute,
a des propriétés magiques. Il peut grandir comme
une
plante ou un animal.
Quand un capitaliste pose son argent à la banque, il
s'attend
à ce qu'il fructifie. Quand il investit dans des actions de
Promodès ou de Total, il s'attend à des
rentrées
d'argent frais, chaque année, sous la forme de dividendes.
Karl
Marx se rendit compte du phénomène, qu'il appela
" la
reproduction élargie du capital ", et chercha à
l'expliquer. Comme nous l'avons déjà vu, son
explication
ne commença pas par l'argent, mais par le travail et les
moyens
de production. Dans la société actuelle, ceux qui
sont
assez riches peuvent acheter des moyens de production. Ils peuvent
obliger tout le monde à leur vendre le travail
nécessaire
au fonctionnement de ces moyens de production. Le secret de la "
reproduction élargie du capital ", de la
propriété
miraculeuse qu'a l'argent à grossir pour ceux qui en ont
beaucoup, réside dans le fait de vendre et d'acheter cette
force
de travail.
Prenons l'exemple d'un travailleur, que nous appellerons Jean, qui a un
patron M.Dupont. Le travail que peut accomplir Jean en huit heures
créera un montant supplémentaire de richesses -
valant
peut-être 500 francs. Mais Jean acceptera d'être
payé beaucoup moins que ça, puisque l'alternative
sera
les prestations sociales. Les efforts des élus capitalistes,
souvent de droite, permettent de s'assurer qu'il n'aura que 120 francs
par jours de prestations pour se nourrir, lui et sa famille. Ils
expliquent que donner trop détruira 'la motivation pour
aller
bosser'.
Si Jean veut obtenir plus que 120 francs par jour, il doit vendre sa
capacité à travailler, sa force de travail,
même si
on lui offre beaucoup moins que les 500 francs qu'il peut produire
chaque jour. Il acceptera de travailler pour, peut-être, 300
francs par jour. La différence, les 200 francs, ira dans la
poche de M.Dupont. C'est la plus-value de M.Dupont.
Parce qu'il a eu assez d'argent pour s'acheter le contrôle
des
moyens de production, au départ, M.Dupont peut s'assurer de
devenir plus riche de 200 francs par jour et par travailleur qu'il
emploie. Son argent continue de grossir, son capital augmente, pas
à cause de curieuses lois de la nature, mais parce que ce
contrôle sur les moyens de production lui permet d'obtenir la
force de travail de quelqu'un d'autre à bon
marché.
Bien entendu, M.Dupont ne récupèrera pas
forcément
les 200 francs en totalité - il est possible qu'il loue
l'usine
ou le terrain, il a peut-être emprunté une partie
de sa
richesse initiale à d'autres membres de la classe
dirigeante.
Ils demandent en retour une part de la plus-value. Il perd
peut-être 100 francs sous formes de rentes,
d'intérêts ou de dividendes, le laissant avec
'seulement'
100 francs.
Ceux qui vivent de dividendes n'ont probablement jamais vu Jean de leur
vie. Néanmoins, ce n'est pas le pouvoir mystique de la
pièce de 1 franc qui leur donne leurs richesses, mais la
sueur
bien physique de Jean. Les dividendes, les
intérêts et les
profits viennent tous de la plus-value.
Comment décide-t-on combien Jean sera payé pour
son
travail ? Le patron essaiera de le payer le moins possible. Mais en
pratique, il y a des limites qu'il ne peut dépasser.
Certaines
de ces limites sont physiques - il n'est pas raisonnable de payer un
salaire si misérable aux travailleurs qu'ils souffrent de
malnutrition et qu'il soient incapables de travailler. Ils doivent
être capables d'aller et de revenir du travail, d'avoir un
endroit pour se reposer la nuit, de telle sorte qu'ils ne s'endorment
pas sur les machines.
De ce point de vue là, il vaut même mieux lui
permettre de
s'offrir quelques 'petits luxes' - comme quelques demis ou une
bouteille de vin chaque jour, la télévision, et
même des vacances. Cela permet de reconstituer le travailleur
et
de le faire travailler plus. Il faut qu'il
récupère sa
force de travail. Il est important de remarquer que là
où
les salaires sont 'maintenus trop bas' la productivité
diminue.
Le capitaliste doit s'inquiéter d'autre chose aussi. Sa
firme
existera pendant plusieurs années, bien après que
la
première génération de travailleurs
soit morte. La
firme aura besoin de la force de travail de leurs enfants. Ils doivent
payer aussi suffisamment les travailleurs pour qu'ils puissent
élever des gamins. Ils doivent, aussi, s'assurer que
l'État prenne en charge leur éducation et leur
qualification (la lecture et l'écriture par exemple),
grâce au système scolaire.
En pratique, un autre facteur intervient de même - ce que le
travailleur pense être un salaire décent. Un
travailleur
qui est payé moins que ce salaire décent,
négligera son travail, n'ayant pas peur de perdre son emploi
puisqu'il pense que celui-ci est 'inutile'.
Tous ces éléments, qui déterminent son
salaire,
ont un point en commun. Ils permettent de s'assurer qu'il a
l'énergie vitale, la force de travail, que le capitaliste
achètera à l'heure. Les travailleurs sont
payés ce
qu'il faut pour se maintenir en vie, eux-mêmes et leur
famille,
et pour être en forme pour travailler.
Dans la société capitaliste moderne, un autre
point doit
être abordé. D'énormes
quantités de
richesses sont dépensées pour la police et les
armes.
Elles sont utilisées par l'État pour les
intérêts de la classe capitaliste. En
réalité, elles appartiennent aux capitalistes,
même
si elles sont dirigées par l'État. La valeur
dépensée pour ces choses appartient aux
capitalistes, pas
aux travailleurs. Cela fait partie aussi de la plus-value.
Plus-value = profit + rente + intérêts +
dépenses
militaires, policières etc.
5
- LA
THEORIE DE LA VALEUR
«
Mais les machines, le capital produisent des
marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le
capital, tout comme, le travail, obtienne une part des richesses
produites. Chaque 'facteur de production' doit avoir sa
récompense ».
C'est comme cela que répond quelqu'un à qui on a
appris
un petit peu d'économie pro-capitaliste, à
l'analyse
marxiste de l'exploitation et de la plus-value. Et à
première vue, l'objection semble se tenir. Car,
assurément, on ne peut produire de richesse sans capital.
Les marxistes n'ont jamais dit le contraire. Mais notre point de
départ est bien différent. Nous
commençons par
demander : d'où vient le capital ? Comment les moyens de
production sont apparus pour la première fois ?
La réponse n'est pas difficile à trouver. Tout ce
que les
humains ont utilisé, au cours de l'histoire, pour
créer
des richesses - que ce soit une hache de pierre néolithique
ou
un micro-ordinateur - a, à un moment,
été
créé par du travail humain. Même si on
a eu besoin
d'outils pour faire la hache, ces outils viennent d'un travail
précédent.
C'est pourquoi, Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, "
de travail mort ". Alors que les hommes d'affaires se vantent du
capital qu'ils possèdent, en réalité,
ils se
vantent d'avoir acquis le contrôle d'une vaste
chaîne de
travail de générations
précédentes - ce qui
ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne
travaillaient pas plus qu'eux maintenant.
L'idée que le travail est la source des richesses- souvent
appelée la " théorie de la valeur " - n'est pas
une
découverte originale de Marx. Tous les grands
économistes
pro-capitalistes avant lui l'avaient acceptée.
Des personnes, comme l'économiste écossais Adam
Smith ou
l'économiste anglais David Ricardo, l'avaient
écrit quand
le système du capitalisme industriel était encore
jeune -
peu avant et peu après la révolution
française.
Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient
connaître
la source réelle de leur richesse s'ils devaient un jour
dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts
en leur
montrant que le travail créait la richesse, et pour
construire
leurs richesses, ils avaient besoin de 'libérer' le travail
du
joug des anciens dirigeants pré-capitalistes.
Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches
de la classe ouvrière commencent à retourner
l'argument
contre les amis de Smith et Ricardo : si le travail crée la
richesse, alors le travail crée le capital. Et les 'droits
du
capital' ne sont rien de plus que les droits du travail
usurpé.
Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital
décidèrent que la théorie de la valeur
était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs
arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre.
Allumez la radio. Ecoutez-la assez longtemps, et vous entendrez
quelqu'un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans
l'économie
française, c'est que 'les gens ne travaillent pas assez dur'
ou,
et c'est une autre manière de le dire, que 'la
productivité est trop faible'. Ne cherchons pas, un instant,
à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez
plutôt la façon dont ils sont
présentés. Ils
ne disent jamais 'les machines ne travaillent pas assez dur'. Non,
c'est toujours les gens, les travailleurs.
Ils prétendent que, si seulement les travailleurs
travaillaient
plus dur, plus de richesses pourraient être
créées,
et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de
nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d'arguments
l'ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail
créera plus de capital. Le travail est la source des
richesses.
Supposons que j'ai un billet de 50 francs, dans ma poche. Quelle
utilité cela a pour moi ? Après tout, ce n'est
qu'un
morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je
pourrai
obtenir, en échange, quelque chose d'utile qui a
été fabriqué par le travail de
quelqu'un d'autre.
Le billet de 50 francs n'est, en fait, que le droit de disposer des
produits d'une certaine quantité de travail. Deux billets de
50
francs seront le droit de disposer des produits de deux fois cette
quantité et ainsi de suite.
Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la
quantité de travail qui a été
nécessaire
pour la créer.
Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même
quantité, dans un temps donné. Si j'essayai, par
exemple,
de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq
à
six fois plus de temps qu'un charpentier. Mais personne, sain d'esprit,
ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par
le
charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la
quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi.
Supposons qu'il faut une heure à ce charpentier pour faire
une
table, on dira alors que la valeur de la table est
équivalente
à une heure de travail. Ce sera le temps de travail
nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de
technologie et des compétences de la
société.
C'est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de
quelque chose n'était pas, simplement, le temps que cela
prenait
à un individu pour le faire, mais le temps que cela
prendrait
à un individu travaillant avec le niveau de technologie
moyen et
les compétences moyennes - il appela ce temps moyen de
travail,
'le temps de travail socialement nécessaire'. Ce point est
essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations
technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu'il faut
de moins en moins de temps pour produire.
Par exemple, quand les radios étaient faites avec des
lampes,
elles étaient très chères, parce qu'il
fallait
vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher
etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait
être
fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps.
Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire
des
lampes pour radios, virent le prix de ce qu'ils produisaient
dégringoler, car la valeur des radios n'était
plus
déterminée par le temps de travail
nécessaire pour
les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des
transistors.
Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement -
jour après jour ou semaine après semaine. Ces
changements
peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps
nécessaire pour les produire.
Quand le gel tua tous les plants de café au
Brésil, le
prix du café explosa, parce qu'il y avait pénurie
dans
monde et que les gens étaient prêts à
payer plus.
Si, demain, une catastrophe quelconque venait à
détruire
tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun
doute
que le prix des télévisions exploserait de la
même
façon. Ce que les économistes appellent 'l'offre
et la
demande' explique de telles variations dans le prix.
Pour cette raison, beaucoup d'économistes pro-capitalistes
prétendent que la théorie de la valeur est sans
fondement. Ils disent que seules l'offre et la demande importent. C'est
cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient,
ils varient autour d'une valeur moyenne. La mer monte ou descend
à cause des marées, mais cela ne veut pas dire
que l'on
ne peut pas parler d'un point fixe autour duquel elle bouge, que nous
appelons, d'ailleurs, le niveau de la mer.
De la même manière, le fait que les prix montent
ou
baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu'il n'y a pas de valeurs
fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les
téléviseurs étaient
détruits, les premiers
fabriqués seraient très demandés et
très
chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu'il y en ait
de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les
autres, ce qui inévitablement baisserait les prix,
jusqu'à atteindre leur valeur en termes de travail
nécessaire pour les fabriquer.
Compétition
et accumulation.
Il
fut un temps où le capitalisme semblait être
un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande
partie de l'histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des
femmes ont été dominées par
l'esclavage et
l'exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu'il fit son apparition
au XVIIIème et XIXème siècles, ne
changea rien de
tout cela.
Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation
à profit pour un but utile. Plutôt que de
gaspiller des
montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates,
plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des
monarques
décédés, plutôt que
d'enclencher de futiles
guerres pour que le fils d'un empereur puisse gouverner un trou perdu,
il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de
produire encore plus de richesses. L'essor du capitalisme fut une
période de croissance de l'industrie, des villes et des
moyens
de transport, à une échelle inimaginable pour les
générations passées.
Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des
villes
comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient
des
endroits miraculeux. L'humanité n'avait jamais vu autant de
coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en
vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas
de
qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci
étaient plutôt des gens nocifs,
obsédés
uniquement par les richesses qu'ils pouvaient
récupérer
en payant le moins possible pour le travail effectué.
Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient
ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à
construire des
industries. Mais les capitalistes étaient
différents sur
deux points importants.
Le premier dont nous avons parlé - ils ne
possédaient pas
les travailleurs, ils les payaient à l'heure pour leur
capacité à travailler, leur force de travail. Ils
utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves.
Ensuite,
ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les
travailleurs
produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la
viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les
capitalistes vivaient de la vente à d'autres personnes des
biens
produits par les travailleurs.
Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour
faire
ce qu'il voulait que le possesseur d'esclaves ou le seigneur
féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire
au
plus bas coût possible. Le capitaliste possédait
l'usine
et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce
pouvoir
comme il le souhaitait. Il devait s'agenouiller devant les
impératifs de la compétition avec les autres
usines.
Revenons à notre capitaliste
préféré,
M.Dupont. Supposons qu'une certaine quantité de coton
produit
dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir,
mais
que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en
cinq
heures de travail. M.Dupont serait incapable d'obtenir, pour son
produit, l'équivalent de dix heures de travail. Aucune
personne
sensée ne paierait ce prix, alors qu'il y a moins cher de
l'autre côté de la rue.
Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait
s'assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais
ce n'est pas tout. Il devait aussi s'assurer que ses travailleurs
travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que
leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des
autres travailleurs dans d'autres usines. Le capitaliste qui voulait
survivre devait posséder de plus en plus grandes
quantités de moyens de production - ou, comme disait Marx,
accumuler du capital !
La compétition entre les capitalistes créa un
pouvoir, le
système du marché, qui les tenait tous sous son
emprise.
Il les poussa à accélérer les cadences
tout le
temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles
machines
( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe
à
côté ), et ils ne pouvaient se le permettre
qu'à
condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible.
Marx écrivit, dans son œuvre principale, Le
Capital, que
le capitaliste est un avare obsédé par
l'acquisition
incessante de plus en plus de richesses. Mais:
« Ce qui chez l'avare ne représente que de petites
manies,
est, chez le capitaliste le résultat d'un
mécanisme
social dont il n'est qu'un rouage. Le développement de la
production capitaliste a fait apparaître la
nécessité constante d'augmenter la
quantité de
capital utilisé dans une industrie donnée, et la
compétition oblige chaque capitaliste à se
conformer aux
normes immanentes de la production capitaliste sous peine de se voir
écrasé. Celles-ci l'obligent à
accroître
constamment son capital pour pouvoir le conserver. Mais il ne peut
l'accroître que par une progressive accumulation.
Accumulez, accumulez. Voici Moïse et ses prophètes
».
La production ne sert pas aux besoins de l'humanité -
mêmes à ceux des capitalistes - mais elle sert
à
permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec
un
autre. Les travailleurs, employés par chacun d'eux, voient
leurs
vies dominées par la tendance qu'ont leurs employeurs
à
accumuler plus rapidement que leurs rivaux.
Comme le Manifeste du parti communiste l'explique :
« Dans la société bourgeoise, le
travail vivant
n'est qu'un moyen d'accroître le travail
accumulé... le
capital est indépendant et personnel, tandis que l'individu
qui
travaille n'a ni indépendance, ni personnalité
».
L'obligation pour les capitalistes d’accumuler, en
concurrence
les uns avec les autres, explique les grandes avancées
industrielles des premières années du
système.
Mais quelque chose d'autre en résulta - les crises
économiques à répétition.
Les crises ne
sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système
lui-même.
6
- LES
CRISES ECONOMIQUES.
«
L'accumulation de richesses d'une part,
l'appauvrissement de l'autre ».
Voilà comment Marx résuma la tendance du
capitalisme.
Chaque capitaliste craint la compétition avec les autres, il
fait donc travailler ses employés le plus durement possible,
payant les salaires les bas possibles. Le résultat est une
disproportion entre la croissance massive des moyens de productions
d'une part, et la croissance limitée des salaires et du
nombre
de travailleurs employés d'autre part. Marx insista sur ce
fait
qui est la cause première des crises économiques.
Le meilleur moyen pour s'en apercevoir est de poser la question : qui
achète la quantité de biens en expansion ? Les
bas
salaires des travailleurs signifient qu'ils ne peuvent se payer les
biens produits par leur propre travail. Et les capitalistes ne peuvent
augmenter les salaires, parce que cela détruirait les
profits -
la force motrice du système. Mais si les firmes ne peuvent
vendre les biens qu'elles produisent, elles doivent fermer des usines
et licencier des travailleurs. Le montant total des salaires chute
d'autant, et plus de firmes n'arrivent plus à
écouler
leurs stocks. Une 'crise de surproduction' apparaît avec des
marchandises qui s'empilent et des gens qui ne peuvent se les payer.
C'est une caractéristique récurrente du
capitalisme
depuis les 160 dernières années.
Mais n'importe quel esprit agile, en faveur du système, fera
remarquer qu'il y aurait une solution simple à la crise. Il
suffirait que les capitalistes investissent leurs profits dans de
nouvelles machines et de nouvelles usines. Cela donnera du travail aux
travailleurs qui en retour pourront acheter les marchandises invendues.
Cela signifie que tant qu'il y a de nouveaux investissements, tous les
biens produits pourront être vendus et le système
permet
le plein-emploi. Marx n'était pas stupide et remarqua ce
fait.
En effet, comme nous l'avons déjà
signalé, il
réalisa que la pression due à la
compétition qui
poussait les capitalistes à investir, était
central pour
le système. Mais, se demanda-t-il cela signifie-t-il que les
capitalistes investiront tous leurs profits tout le temps ?
Le capitaliste n'investira que s'il pense que cela lui garantira un
profit 'raisonnable'. Et s'il ne le pense pas, il ne risquera pas son
argent dans un investissement. Il le mettra à la banque, et
le
laissera là-bas.
Avant d'investir le capitaliste évalue la situation
économique. Quand celle-ci semble bonne, tous les
capitalistes
vont se ruer pour tous investir au même moment, se marchant
dessus pour trouver des sites de constructions, acheter des machines,
parcourir la terre pour trouver des matières
premières,
payant au-dessus de la moyenne des travailleurs qualifiés.
C'est ce qu'on appelle un 'boom'.
Mais la compétition frénétique pour la
terre, les
matières premières et la force de travail
qualifiée, pousse à la hausse leur prix. Et
soudainement,
les entreprises s'aperçoivent que le coût est
monté
si haut que tous leurs profits ont disparus. La hausse des
investissements laisse place à une 'baisse' des
investissements.
Plus personne ne veut des nouvelles usines, les travailleurs du
bâtiment sont licenciés. Plus personne ne veut des
nouvelles machines - l'industrie des machines-outils entre en crise.
Plus personne ne veut de l'acier et du fer qui a
été
produit - l'industrie de l'acier fonctionne en
'sous-capacité et
devient 'non rentable'. Les fermetures d'usines se répandent
d'une industrie à une autre industrie, créant du
chômage - et avec lui, l'impossibilité pour les
travailleurs d'acheter les produits d'autres industries.
L'histoire du capitalisme est l'histoire de ce genre de crises
périodiques, des travailleurs au chômage mourrant
de faim
devant des usines fermées, pendant que les stocks non-vendus
pourrissent.
Le capitalisme crée ce genre de crise de surproduction
périodiquement, parce qu'il n'y a pas de planification, il
n'y a
aucun moyen d’arrêter ces mouvements de
ruée et de
fuite des capitaux qui se déroulent en même temps.
Les gens pensent que l'État pourrait empêcher
cela. En
intervenant dans l'économie, en augmentant l'investissement
public lorsque l'investissement privé est bas, puis le
diminuant
quand l'autre reprend, l'État permettrait de garder la
production à un niveau égal. Mais de nos jours,
l'investissement public suit les mêmes folles tendances.
Regardez British Steel. Il y a quelques années, quand elle
était encore nationalisée, on a
déclaré aux
métallurgistes que leurs boulots étaient
menacés
pour permettre l'installation de vastes fourneaux automatiques
conçus pour produire plus d'acier à meilleur
marché. Maintenant, on leur dit que plus de travailleurs
vont
être licenciés, parce que l'Angleterre
n'était pas
le seul pays à se lancer dans ce genre d'investissement. La
France, l'Allemagne, les États-Unis, le Brésil,
les Pays
de l'Est et même la Corée du Sud, firent tous la
même chose. Maintenant, il y a un surplus mondial d'acier -
une
crise de surproduction. Les investissements publics se sont
arrêtés.
Les métallurgistes en ont payé le prix par deux
fois.
Voilà le prix que continue de payer l'humanité
pour un
système où la production de richesse massive est
contrôlée par des petits groupes de
privilégiés intéressés
uniquement par le
profit. Cela ne fait pas de différence que ces groupes
possèdent les industries directement ou les
contrôlent
indirectement à travers l'État (comme pour
British
Steel). Pendant qu'ils utilisent ce contrôle pour se
concurrencer
les uns les autres pour la plus grande part du gâteau,
nationalement ou internationalement, ce sont les travailleurs qui
souffrent.
La dernière absurdité du système est
que 'la crise
de surproduction' n'est pas la surproduction du tout. Tout ce 'surplus'
d'acier par exemple, pourrait aider à résoudre le
problème de la faim dans le monde. Les paysans dans beaucoup
d'endroits du monde doivent récolter avec des outils en bois
-
des outils en acier augmenterait la production de nourriture. Mais les
paysans n'ont pas d'argent de toutes façons, donc le
système capitaliste n'est pas
intéressé - il n'y a
pas de profits à faire.
Pourquoi
les crises tendent à s'aggraver.
Les
crises ne font pas qu'apparaître avec une
régularité monotone. Marx a aussi
expliqué
qu'elles s'aggravaient avec le temps.
Même si l'investissement se faisait à un niveau
égal, sans soubresauts, cela n'arrêterait pas la
tendance
générale vers la crise. Cela parce que la
compétition entre les capitalistes (et entre les nations
capitalistes) les oblige à investir dans des
équipements
qui demandent moins de main d'oeuvre.
En France, de nos jours, presque tous les nouveaux investissements
servent à diminuer le nombre de travailleurs
employés.
Cela explique pourquoi il y a moins de travailleurs dans
l’industrie en France
qu'il y a dix ans même si le rendement a augmenté
durant
cette période.
Ce n'est qu'en 'rationalisant la production', en 'augmentant la
productivité' et en diminuant la force de travail, qu'un
capitaliste peut avoir une plus grosse part du gâteau que les
autres. Mais la conséquence pour le système dans
son
ensemble est dévastatrice. Car cela signifie que le nombre
de
travailleurs n'augmente pas du tout à la même
vitesse que
les investissements.
Pourtant c'est le travail qui est la source des profits, le combustible
qui entretient le système. Si vous faites des
investissements de
plus en plus gros, sans obtenir une augmentation correspondante de la
source de profit, vous aller droit à la catastrophe - aussi
sûrement que si vous essayiez de conduire une Jaguar avec
l'essence nécessaire pour conduire une 2CV.
C'est pourquoi Marx déclara il y a 130 ans que les
succès
du capitalisme à investir lourdement dans de nouveaux
équipements conduisaient à une 'baisse
tendancielle du
taux de profit' ce qui signifie une continuelle aggravation des crises.
Son argumentation s'applique très simplement au capitalisme
aujourd'hui. A la place des 'mauvaises périodes' faisant
place
aux 'bonnes périodes' - des crises aux booms - on a
l'impression
de vivre une crise continuelle. Chaque reprise, chaque baisse du taux
de chômage est limitée et courte.
Ceux qui défendent le système
déclarant que c'est
parce que l'investissement n'est pas assez élevé.
Sans
nouvel investissement, il n'y a pas d'emploi
créé, et
sans nouveaux emplois pas d'argent pour acheter les marchandises.
Jusque-là nous sommes d'accord - mais nous ne sommes pas
d'accord sur pourquoi cela arrive. Ils condamnent les salaires. Les
salaires sont trop élevés disent-ils ce qui racle
les
profits jusqu'à l'os. Les capitalistes ont peur d'investir
car
cela ne rapportera pas assez.
Mais la crise a continué pendant de longues
années
où les gouvernements ont diminué les salaires et
poussé les profits à la hausse. Par exemple, en
Angleterre, les années 1975-78 furent celles de la plus
grosse
perte de pouvoir d'achat des travailleurs de ce siècle,
alors
que les riches devinrent plus riches - les 10 % les plus riches
passèrent de 57,8 % du gâteau en 1974 à
60 % en
1976.
Il n'y a toujours pas assez d'investissement pour stopper la crise -
cela ne vaut pas seulement pour la France mais pour d'autres pays
où les salaires ont été
diminués,
l'Angleterre, l'Allemagne, le Japon.
Nous ferions mieux d'écouter ce que Marx disait il y a 130
ans
que d'écouter les économistes d'aujourd'hui.
Marx prédit qu'avec le vieillissement du capitalisme, ses
crises
s'aggraveront parce que la source du profit, le travail n'augmente pas
à la même vitesse que les investissements. Marx
écrivait cela quand la valeur d'une usine ou d'une machine
était peu élevée. Elle a
explosé depuis. La
compétition entre les capitalistes les oblige à
utiliser
des machines plus grosses et plus chères. On a atteint un
point
où dans la plupart des industries, on accepte le fait que de
nouvelles machines signifient moins d'ouvriers.
L'agence économique internationale, l'OCDE, a
prédit que
le nombre d'emplois allait diminuer dans les plus fortes
économies mondiales, même si, par miracle, des
investissements surgissent.
Ce qui n'arrivera pas. Parce que les capitalistes
s'inquiètent
pour leurs profits, si leur investissement quadruple mais leur profit
double seulement, ils s'angoisseront terriblement. Pourtant c'est ce
qui va se passer si l'industrie augmente plus vite que la source de
profit, le travail.
Comme Marx le soulignait, le taux de profit va tendre à
diminuer. Il prédit qu'on atteindrait un point où
chaque
nouvel investissement deviendrait une périlleuse aventure.
La
taille des dépenses pour construire une usine ou installer
de
nouvelles machines deviendrait colossale, mais le taux de profit serait
bas comme jamais. Une fois ce point atteint, chaque capitaliste (ou
chaque État capitaliste) fantasmera sur d'importants
nouveaux
investissements - mais sera effrayé de les faire de peur de
disparaître.
L'économie mondiale actuelle ressemble beaucoup à
cela.
Renault prévoit de nouvelles chaînes de production
mais a
peur de perdre de l'argent. British Steel rêve des grosses
usines
qu'elle avait prévues - mais doit les geler car elle
n'arrive
pas à écouler ses stocks. Les chantiers navals
japonais
ont abandonné l'idée de construire de nouveaux
sites - et
une partie des vieux sont en train de fermer. Les grandes
capacités du capitalisme à construire des
machines
toujours plus vastes et toujours plus productives l'ont conduit
à une apparente crise permanente.
Un point fut atteint dans les sociétés
esclavagistes
antiques et les sociétés féodales du
Moyen
âge où, soit une révolution
transformait la
société soit, elle entrait dans une crise
permanente qui
la ramènerait en arrière. Dans le cas de Rome, le
manque
de révolution conduisit exactement à
l'anéantissement de la civilisation romaine. Dans le cas de
certaines sociétés féodales -
l'Angleterre et plus
tard la France- la révolution détruisit l'ancien
régime ce qui permit de nouvelles avancées
sociales, sous
le capitalisme.
Maintenant, le capitalisme lui-même, doit choisir entre les
crises permanentes, qui plongeront sans aucun doute
l'humanité
dans la barbarie, ou alors une révolution socialiste.
7
- LA
CLASSE OUVRIERE.
Marx
commença le Manifeste du Parti Communiste par
l'affirmation : " l'histoire de toute société
jusqu'à nos jours n'a été que
l'histoire de la
lutte des classes. " Pour la classe dirigeante, la question cruciale
était d'obliger la classe opprimée à
lui produire
des richesses. A cause de cela, dans toutes les
sociétés
passées, il y eut d'énormes luttes entre les
classes qui
souvent culminaient en guerres civiles-la révolte des
esclaves
de la Rome Antique, les Jacqueries de paysans en Europe
Médiévale, les grandes guerres civiles et
révolutions des XVIIème et XVIIIème
siècles.
Dans toutes ces grandes luttes, la masse des forces
insurgées
était composée de la section la plus
opprimée de
la société. Mais, comme Marx s'empressait
d'ajouter,
à la fin de la journée, tous leurs efforts
servaient
uniquement à remplacer une minorité dirigeante
par une
autre. Ainsi, par exemple, en Chine Ancienne, il y eut plusieurs
révoltes victorieuses de paysans, mais elles
remplaçaient
un empereur par un autre. De même, ceux qui firent les
efforts
les plus importants durant la révolution
française furent
les 'bras nus', -les couches les plus pauvres de Paris, mais, au final,
la société n'était pas
dirigée par eux mais
par des banquiers et industriels à la place du roi et de ses
courtisans.
Il y avait deux raisons à l'impossibilité de la
classe
opprimée à garder le contrôle de la
révolution pour laquelle elle avait combattu. La
première
était que le niveau général de
richesses dans la
société était assez bas.
C'était uniquement
parce qu'une immense majorité de personnes était
contrainte à la pauvreté absolue qu'une petite
minorité avait le temps et le loisir de
développer les
arts et la science pour maintenir la civilisation. En d'autres termes,
la division de la société en classes
était
nécessaire pour son progrès.
Deuxièmement, le mode de vie de la classe
opprimée ne la
préparait pas à prendre le contrôle de
la
société. En majorité
illettrée, elle
n'avait que peu d'idées sur ce qui se passait
au-delà de
son environnement immédiat et par-dessus tout, la
façon
dont elle était organisée la divisait, dressant
les uns
contre les autres. Chaque paysan s'occupait de son propre lopin de
terre. Chaque artisan dans les villes s'occupait de son propre atelier
et était, d'une certaine manière, en concurrence
avec les
autres, et non pas pas unis à eux. Les révoltes
de
paysans démarraient par un vaste mouvement qui se soulevait
pour
diviser la terre du seigneur, mais, aussitôt celui-ci vaincu,
il
y avait un combat pour savoir comment cette terre allait être
partagée. Comme Marx le soulignait, les paysans
ressemblaient
à 'des patates dans un sac' : ils pouvaient se rassembler
sous
la pression d'une force extérieure, mais étaient
incapables de s'unir de façon permanente pour servir leurs
propres intérêts.
Les travailleurs qui créent les richesses sous le
capitalisme
moderne forment une classe différente de toutes les
précédentes.
Premièrement, la division de la
société en classes
n'est plus nécessaire pour le développement de
l'humanité. Il y a tellement de richesses
créées
que le capitalisme en détruit périodiquement une
énorme quantité par les guerres et les crises.
Ces
richesses pourraient être partagées
équitablement
et la société continuerait à
progresser dans les
sciences, les arts etc.
Deuxièmement, la vie sous le capitalisme prépare
les
travailleurs à prendre le contrôle de la
société, et ce de plusieurs façons.
Par exemple,
le capitalisme a besoin de travailleurs formés et
éduqués. De plus, il force des milliers de
personnes
à travailler dans des usines énormes, et
à habiter
dans des villes toujours plus grandes, où ils sont en
contact
rapproché, et où ils peuvent devenir une
puissante force
de changement de société.
Le capitalisme force les travailleurs à coopérer
au cours
de la production, au sein d'une usine. Cette coopération
peut se
retourner contre le système, comme lorsque les travailleurs
s'organisent dans un syndicat. Parce qu'ils sont massés en
d'importantes concentrations, il est beaucoup plus facile pour les
travailleurs d’exercer un contrôle
démocratique sur
de telles structures que ça ne l’était
pour les
précédentes classes opprimées.
De plus le capitalisme tend à transformer des groupes de
personnes qui s'estimaient 'au-dessus du lot' ( les cadres et les
techniciens) en travailleurs salariés qui sont
forcés de
s'organiser comme les autres travailleurs.
Enfin, le développement des communications - chemins de fer,
routes, transport aérien, systèmes postaux, les
téléphones, la radio et la
télévision -
permettent aux travailleurs de communiquer en dehors de leur propre
ville ou industrie. Ils peuvent s'organiser en tant que classe
à
une échelle nationale et internationale - ce qui
était
inimaginable pour les classes opprimées
précédentes.
Tous ces facteurs font que la classe ouvrière n'est pas
seulement une force qui se rebelle contre le système, mais
qu'elle peut s'organiser, élire ses propres
représentants, dans le but de changer la
société
dans ses propres intérêts et non plus pour
remettre au
pouvoir un empereur ou un groupe de banquiers.
Comme Karl Marx le disait :
« Tous les mouvements historiques ont
été,
jusqu'ici, accomplis par des minorités ou au profit des
minorités. Le mouvement prolétaire est le
mouvement
spontané de l'immense majorité au profit de
l'immense
majorité ».
8
-
COMMENT PEUT-ON CHANGER LA SOCIETE ?
En
France, la majorité écrasante des
socialistes et syndicalistes défendent
généralement l'idée que la
société
pourrait être transformée sans une
révolution
violente. Il suffirait, disent-ils, que les socialistes gagnent
suffisamment de soutien populaire pour gagner le contrôle des
institutions politiques 'traditionnelles' - parlement et conseils
municipaux. Alors les socialistes seraient en position de changer la
société en utilisant l'État existant -
le service
public, la justice, la police et les forces armées - pour
appliquer des lois qui limiteraient le pouvoir de la classe employeuse.
De cette manière, prétendent-ils, le socialisme
peut
être introduit graduellement et sans violence, en
réformant le système actuel.
Cette théorie est, généralement,
appelée le
'réformisme', bien qu'occasionnellement, on entende des
termes
comme 'révisionnisme' (parce que cela implique la
révision complète des idées de Marx),
'social-démocratie' (bien que, jusqu'en 1914, cela
signifiait
socialisme révolutionnaire) ou fabiennisme (
d'après la
société des Fabiens qui a longtemps
propagé des
idées réformistes en Angleterre). C'est une
vision
acceptée par la gauche comme par la droite du Parti
socialiste
comme du Parti communiste.
Le réformisme semble, à première vue,
très
crédible. Cela correspond avec ce que l'on apprend
à
l'école, dans les journaux ou à la
télévision - que le 'parlement' dirige le pays et
que 'le
parlement est élu, démocratiquement, selon la
volonté de la population'. Pourtant, malgré cela,
chaque
tentative pour introduire le socialisme par le parlement a
été un échec. Ainsi, il y eut
plusieurs
gouvernements de majorité de gauche en France depuis 1945 -
avec
une majorité absolue en 1981 - pourtant nous ne sommes pas
plus
près du socialisme qu'en 1945.
Les expériences ailleurs sont les mêmes. Au Chili
en 1970,
le socialiste Salvador Allende fut élu président.
Les
gens prétendirent que c'était une 'nouvelle
manière' d'avancer vers le socialisme. Trois ans plus tard,
les
généraux à qui on avait
demandé de
rejoindre le gouvernement renversèrent Allende et le
mouvement
ouvrier chilien fut détruit.
Il y a trois raisons, toutes intimement liées, qui
expliquent
pourquoi le réformisme ne peut jamais réussir.
Premièrement, pendant que les majorités
socialistes, aux
parlements, introduisent 'graduellement' des mesures socialistes, le
pouvoir économique réel reste entre les mains de
la
vieille classe dirigeante. Ils peuvent utiliser ce pouvoir
économique pour fermer des pans entiers de l'industrie, pour
créer du chômage, pour faire monter les prix par
la
spéculation, déplacer de l'argent à
l'étranger pour créer une crise des ' balances de
paiements', et pour lancer des campagnes de presse rejetant la faute
sur le gouvernement socialiste.
Ainsi, le gouvernement socialiste de François Mitterrand fut
forcé en 1982 d'abandonner des mesures
bénéficiant
aux travailleurs - à cause des fuites de capitaux
organisées par des riches et des compagnies.
Le gouvernement d'Allende au Chili dut faire face à d'encore
plus grandes attaques de la part de la haute finance. Deux fois, des
pans entiers de l'industrie furent fermés par des
'grèves
de patrons', pendant que la spéculation augmentait
énormément les prix et le contrôle des
stocks par
les hommes d'affaires obligea les gens à faire la queue pour
se
nourrir.
La deuxième raison pour laquelle le capitalisme ne peut
être réformé est que l'État
existant n'est
pas 'neutre', mais conçu, de haut en bas, pour
préserver
la société capitaliste.
L'État contrôle presque la totalité des
moyens de
la force physique, les moyens de la violence. Si les organisations de
l'État étaient neutres, et faisaient exactement
ce qu'un
gouvernement quelconque lui ordonnait, qu'il soit capitaliste ou
socialiste, alors l'État pourrait être
utilisé pour
stopper le sabotage de l'économie par la haute finance. Mais
si
on regarde comment la machine Étatique opère et
qui donne
réellement les ordres, on s'aperçoit qu'elle
n'est pas
neutre.
La machine Étatique ne se résume pas simplement
au
gouvernement. C'est une vaste organisation comprenant plusieurs
branches - la police, l'armée, la justice, le service
public,
ceux qui dirigent les entreprises nationalisées etc.
Beaucoup de
ceux qui travaillent dans ces différentes branches de
l'État viennent de la classe ouvrière - ils
vivent et
sont payés comme des travailleurs.
Mais ce ne sont pas ces personnes qui prennent les
décisions.
Les soldats de base ne décident pas dans quelle guerre ils
devront combattre ou quelle grève ils devront briser ;
l'assistante sociale aux Assedic ne décide pas de la somme
des
allocations chômages. La machine Étatique
entière
est basée sur le fait que quelqu'un à un niveau
donné de l'échelle doit obéir
à celui du
niveau supérieur.
C'est, essentiellement, le cas dans les sections de la machine
Étatique qui exercent la force physique -
l'armée, la
marine, l'armée de l'air, la police. La première
chose
que l'on apprend au soldat qui s'engage - bien avant de lui laisser
toucher une arme - est d'obéir aux ordres, sans se soucier
de
son avis concernant ces ordres. C'est pour cela qu'on lui apprend
à faire des maneuvres absurdes. S'il est capable de suivre
des
commandements grotesques au défilé, il est clair
qu'il
tirera sans se poser plus de questions.
Le crime le plus terrible dans l'armée est de refuser
d'obéir aux ordres - la mutinerie. Si terrible est cette
offense, que la mutinerie, en temps de guerre, est passible de mort.
Qui donne les ordres ?
Si on jette un oeil à la hiérarchie de
l'armée
française ( et les autres armées ne sont pas
différentes ), on trouve : général -
commandant de
brigade - colonel - lieutenant - soldat. A aucun moment n'interviennent
les représentants élus - que ce soit un
député ou un élu local. C'est aussi un
acte de
mutinerie pour un groupe de soldats, d'obéir à
leur
député plutôt qu'à
l'officier.
L'armée est une énorme machine à tuer.
Ceux qui la
dirigent - et qui ont le pouvoir de promouvoir d'autres soldats
à des positions dirigeantes- sont les
généraux.
Bien sûr, en théorie, les
généraux sont
responsables devant le gouvernement élu. Mais les soldats
sont
entraînés à obéir
à un
général, pas à des politiciens. Si les
généraux décident de donner des ordres
aux
soldats, qui ne sont pas ceux du gouvernement, celui-ci n'a aucun moyen
pour contrer ces ordres. Il ne peut qu'essayer de convaincre les
généraux de changer d'avis, si jamais il est au
courant
des ordres qui ont été donnés - parce
que les
affaires militaires sont toujours tenues secrètes, il est
très facile pour les généraux de
cacher leurs
activités aux gouvernements qu'ils n'apprécient
pas.
Cela ne signifie pas que les généraux ignorent,
toujours
ou très souvent, ce que leurs disent les gouvernements. En
général, en France, ils ont trouvé
plus utile de
suivre presque tout ce que suggérait les gouvernements.
Mais,
dans une situation de vie ou de mort, les
généraux sont
capables d'enclencher leur puissante machine à tuer sans
écouter le gouvernement, et il ne reste pas grand chose que
le
gouvernement puisse faire dans ces cas-là. C'est ce que
firent,
par exemple, les généraux, au Chili, quand
Allende fut
renversé.
Ainsi la question, 'qui dirige l'armée ?', revient
à,
'qui sont les généraux ?' En France, la plupart
des
officiers supérieurs viennent d'écoles
privées
('militaires' et payantes, St-Cyr, La Flèche et Ginette, par
exemple ) 'libres'- la même proportion qu'il y a 50 ans (ces
mêmes écoles ont formé, d'ailleurs, un
partie des
généraux africains). Ils sont en lien avec la
haute
finance, appartiennent aux mêmes clubs, ont la même
fonction sociale, partagent les mêmes idées (si
vous en
doutez, lisez la page courrier de quasiment n'importe quel exemplaire
du Figaro). Il en va de même pour les dirigeants du service
public, pour les juges, pour les commissaires.
Pensez-vous que ces personnes vont obéir aux ordres d'un
gouvernement pour enlever le pouvoir économique des mains de
leurs amis ou relations dans la haute finance, seulement parce que 500
personnes discutent dans les salons de la chambres des
députés ? Ne feront-ils pas, à la
place, comme les
généraux chiliens, qui sabotèrent les
ordres du
gouvernement pendant trois ans et, au moment venu, le
renversèrent ?
En pratique, la Constitution que nous avons en France permet
à
ceux qui contrôlent la machine Étatique de
liquider les
désirs d'un gouvernement de gauche élu sans avoir
à le liquider physiquement. Si un tel gouvernement
était
élu, il ferait face à un sabotage massif de
l'économie (fermetures d'usines, fuites de capitaux,
contrôle des stocks, inflation galopante). Si le gouvernement
essayait de répondre à ses sabotages en utilisant
les
'moyens constitutionnels' - en votant des lois - il se retrouverait les
mains liées dans le dos.
Le Sénat refuserait certainement de ratifier ces lois -
reportant leur vote au maximum. Les juges les
'interprèteraient'
de telle manière qu'elles seraient sans pouvoir. Les chefs
du
service public, les généraux, et les chefs de
police se
serviraient des décisions des juges et du Sénat
pour
justifier leur propre inaction à leur ministère.
Ils
seraient soutenus par quasiment toute la presse, qui
déclarerait
que le gouvernement se comporte 'illégalement'. Les
généraux se serviraient de ce langage pour
justifier les
préparatifs en vue de renverser un gouvernement
'illégal'.
Le gouvernement serait impuissant devant le chaos économique
-
sauf s'il a déjà agi inconstitutionnellement et a
appelé les soldats, la police à se retourner
contre leurs
supérieurs.
Pour celui qui pense que tout cela n'est que de la science-fiction,
j'ajouterai qu'il y a eu au moins deux occasions dans l'histoire
récente de l'Angleterre et de la France où des
généraux ont saboté les
décisions
gouvernementales qu'ils n'appréciaient pas.
En 1912, la chambre des Communes vota une loi qui permettait la
création d'un parlement 'indépendant' pour
diriger une
Irlande unie. Le dirigeant de droite, Bonar Law,
dénonça
immédiatement le gouvernement (Libéral!) et
l'accusa
d'être une 'junte' illégale qui avait 'vendu la
Constitution' La chambre des Lords retarda, évidemment,
l'application de cette loi aussi longtemps qu'elle put ( deux ans, dans
ce cas ), alors que l'ancien ministre de droite Edward Carson organisa
une force paramilitaire dans le nord de l 'Irlande pour
résister
à cette loi.
Lorsqu'on ordonna aux généraux qui commandaient
l'armée britannique en Irlande, de se diriger vers le nord
pour
affronter ces troupes, ils refusèrent et
menacèrent de
démissionner. C'est à cause de cette action,
couramment
appelé la 'Mutinerie Curragh', que l'Irlande du nord comme
du
sud, ne put avoir un seul parlement en 1914, et reste, encore
aujourd'hui, une nation divisée.
En 1961, lorsque la guerre en Algérie était sur
le point
d'être perdue par l'armée française,
une partie des
généraux refusa les accords permettant
l'indépendance de l'Algérie.
Désobéissant
à De Gaulle, ils s'apprêtèrent
à prendre le
pouvoir. Ils ne furent pas soutenus par leurs troupes qui
étaient en majorité des appelés (qui
écoutaient la radio et connaissaient la situation en
France). Le
putsch avorta. Cela n'a, néanmoins, pas
empêché la
police de tirer sur la foule qui elle aussi soutenait
l'indépendance de l'Algérie (sur les
Algériens en
octobre 61 puis sur des manifestants, à Charonne, en 62).
Si cela s'est passé, en 1912 comme en 1962, avec des
gouvernements du centre (ou de droite) prenant de timides mesures,
imaginez ce qui se passerait si un gouvernement de socialistes
militants était élu. Tous les
réformistes
sincères seraient rapidement dans l'obligation de faire un
choix
: ou bien abandonner les réformes et suivre les directives
de
ceux qui contrôlent l'industrie et les positions
Étatiques
clés ou se préparer à un conflit
généralisé, qui,
inévitablement, impliquera
l'utilisation de la force, contre ceux qui contrôlent ces
positions.
La troisième raison pour laquelle le réformisme
est une
impasse, est que la 'démocratie' parlementaire contient des
mécanismes internes permettant d'empêcher tous les
mouvements révolutionnaires d'y trouver leur expression.
Certains réformistes affirment que le meilleur moyen pour
prendre le pouvoir des mains de ceux qui contrôlent les
positions
clés de la machine Étatique est pour la gauche
d'obtenir
la majorité au parlement d'abord. Cet argument s'effondre
car
les parlements sous-évaluent toujours le niveau de
conscience
révolutionnaire de la masse de la population.
La masse des gens ne croira en sa capacité de prendre le
contrôle de la société que lorsqu'elle
le fera en
pratique, par la lutte. Ce n'est que lorsque des millions de gens
occupent leurs usines ou prennent part à une
grève
générale que les idées du socialisme
révolutionnaire deviennent, soudainement,
réalistes.
Mais un tel niveau de lutte ne peut se maintenir
indéfiniment
sauf si la vieille classe dominante est éjectée
du
pouvoir. Si elle y reste, elle attendra que les occupations et les
grèves diminuent, et, alors, utilisera son
contrôle sur
l'armée pour briser la lutte.
Une fois que les grèves et les occupations commencent
à
vaciller, le sentiment de confiance et d'unité au sein des
travailleurs commence à s'évanouir. La
démoralisation et l'amertume s'installent. Même
les plus
combatifs commencent à penser que le changement de
société n'est qu'un rêve fou.
Voilà pourquoi les employeurs
préfèrent toujours
que les votes de grèves se fassent lorsque les travailleurs
sont
à la maison, prenant leurs idées à la
télévision ou dans les journaux, et pas
lorsqu'ils sont
unis dans des meetings de masse, pouvant entendre les arguments des
autres travailleurs.
Voilà aussi pourquoi les lois antisyndicales contiennent
presque
toutes une clause obligeant les travailleurs à
arrêter la
grève, lors d’un vote à bulletin
secret. Ce genre
de clause s'appelle, à juste titre, celle des
périodes de
'refroidissement' - elles servent à verser de l'eau froide
sur
la confiance et l'unité des travailleurs.
Le système parlementaire prévoit, dans sa
structure, des
périodes de refroidissement et des votes à
bulletins
secrets. Par exemple, si un gouvernement est mis à genoux
par
une grève massive, il dira sûrement, 'OK,
attendons trois
semaines avant la tenue d'élections législatives
qui
résoudront la question démocratiquement'. Il
espère que d'ici là la grève sera
arrêtée. La confiance et l'unité des
travailleurs
vont alors se faner. Les employeurs pourront mettre les militants sur
une liste noire. La presse capitaliste et sa
télévision
pourront se remettre à fonctionner normalement, martelant
les
travailleurs d'idées pro-gouvernementales. La police peut
arrêter les 'fauteurs de troubles'.
Alors, lorsque l'élection a finalement lieu, le vote ne
reflètera pas le point culminant de la lutte des
travailleurs,
mais le plus bas niveau, après la grève.
En France, en 1968, le gouvernement du Général De
Gaulle
utilisa les élections, exactement, dans ce but. Les partis
réformistes ouvriers et les syndicats appelèrent
à
la fin de la grève, et De Gaulle gagna les
élections.
Le premier ministre Britannique, Edward Heath, essaya la même
ruse lors d'une grève de mineurs massivement soutenue, en
1974.
Mais cette fois, les mineurs n'ont pas été dupes.
Ils
restèrent en grève - et Heath perdit les
élections.
Si les travailleurs att |