(le texte en pdf)
Nous devons combattre
toutes les formes
d'oppression
Texte original
paru sur le site de la revue Marx21, 14 mars 2008
Traduction Yannalan
La
déclaration d'indépendance
du Kosovo provoqué une crise grave au sein du gouvernement
serbe. Le socialiste serbe Vladimir Unkowski-Korica s'entretient avec
le rédacteur de Marx21, Yaak Pabst, au sujet du Kosovo, de la
politique des grandes puissances et des défis pour la gauche
dans les Balkans.
Comment
considères-tu la
situation après la déclaration d'indépendance du
Kosovo ?
La
gauche dans les Balkans a des jours
difficiles devant elle. Le soutien des USA au Kosovo et de la Russie
à la Serbie conduisent à un durcissement des
dispositions nationalistes. Serbes et Albanais se sentent encouragés
à se tromper les uns les autres parce qu'ils jouissent du
soutien de grandes puissances. La région est depuis longtemps
le point chaud de la concurrence ente les USA et l'Union Européenne
d'un côté, et la Russie de l'autre, la déclaration
d'indépendance unilatérale du Kosovo marque une
nouvelle étape de ces tensions.
Peux-tu
expliquer cela plus
précisément ?
Les
USA et les puissances dirigeantes
de l'UE, Royaume-Uni, France et Allemagne, ont été »
les forces motrices de l'indépendance du Kosovo. Elle
voulaient faire reculer l'influence de la Russie dans la région.
L'ouest suit ce but depuis l'éclatement du Pacte de Varsovie.
Un but plus lointain aussi, la sécurisation des conduites de
gaz et de pétrole de l'Asie Centrale et la consolidation de
l'indépendance énergétique par rapport à
la Russie et à ses réserves.
Pour
atteindre ces buts, les USA ont
dit clairement dans le passé qu'ils étaient les seuls
en mesure de rétablir l'ordre dans les Balkans après la
guerre civile et assurer la sécurité à long
terme. Les USA sont intervenus en Bosnie en 1995 et ont bombardé
la Serbie pendant la « guerre du Kosovo ». Ils
ont maintenant reconnu l'indépendance du Kosovo et rompu la
promesse qu'ils avaient faite dans la Résolution de l'ONU
après la fin de la guerre de 1999.
D'un
autre côté, la Russie
cherche à s'affirmer contre ces efforts. Le gouvernement russe
pensait avoir de bonnes chances de renforcer son influence dans la
région. Tout d'abord à cause de la religion semblable
et de l'histoire. Mais surtout le mécontentement surgi chez
les Serbes après l'intervention US dans la guerre de 1999. La
Russie a utilisé ses considérables ressources
énergétiques pour s'assurer une influence plus grande
dans la région. Elle a conclu un traité sur un
pipe-line avec la Grèce et la Bulgarie et a racheté en
fait l'industrie pétrolière serbe. La déclaration
d'indépendance du Kosovo &tait impensable sans le soutien
occidental. C'est l'expression de la concurrence aggravée des
grandes puissances.
De
nombreux habitants du Kosovo
nourrissaient de grands espoirs au sujet de l'indépendance du
Kosovo. Le gouvernement allemand aussi a reconnu cette indépendance.
Qu'en penses-tu ?
Après
neuf ans de gouvernement
de l'ONU au Kosovo, l'occupation par les troupes de l'OTAN et la
crise économique profonde il était presque évident
que les Albanais du Kosovo demanderaient à se gouverner
eux-mêmes. Mais celui qui croit que les USA et l'UE ont
abandonné tout contrôle sur le Kosovo se trompe. En
1999,les USA avaient pour ainsi dire confié le gouvernement de
la province à l'ONU. Le pouvoir colonial de l'ONU va être
transféré au pouvoir colonial de l'UE. Et finalement,
le pouvoir suprême restera aux mains de l'ICR, le représentant
civil nommé par l'UE. Ce dernier a le pouvoir d'annuler des
décisions ou des lois du gouvernement et de limoger les hauts
fonctionnaires. Le Kosovo ne sera indépendant en aucune façon.
La
reconnaissance précipitée
de l'indépendance devrait aussi servir à soutenir le
gouvernement pro-occidental au Kosovo même. Car sous le
gouvernement de l'ONU s'est formé un mouvement radical
national de protestation, nommé Vetevendosje! (en albanais :
autodétermination) qui combat la domination étrangère
par les puissances occidentales. Les USA ont décrit ce groupe
comme « ennemi de l'avenir du Kosovo »
Tu
pourrais nous en dire plus sur
Vetevendosje! ?
L'organisation
s'est construite pendant
les rassemblements pacifiques contre la répression serbe dans
les années 99. Vetevendosje! combat pour une indépendance
totale vis à vis de la Serbie. Autrement, il parle de thèmes
sociaux et s'est prononcé contre la privatisation des
organismes de santé. Le thème central de l'organisation
est l'opposition à ce qu'ils appellent, le gouvernement
néo-colonial par les puissances étrangères.
Vetevendosje! a par exemple décrit la déclaration d
'indépendance comme un pas en avant-trois pas en arrière.
Dans leur explication, ils disent encore : « le Kosovo
sera encore un pays gouverné par une mission non démocratique,
choisie par l'étranger et non élue par lui.
Bien
que Vetevendosje! n'ait organisé
aucune opposition à l'intégration future dans l'UE, il
a été combattu par l'administration de l'ONU. Son
porte-parole principal Albin Kurti, est toujours en procès
parce qu'il est considéré comme un risque pour l'ordre
public alors que les policiers de l'ONU qui ont tué deux
manifestants ont eu l'autorisation de quitter le Kosovo. Dans de
telles conditions, ce n'est qu'une question de temps avant qu'un
mouvement de base comme celui-ci ne pose ouvertement la question de
l'impérialisme au Kosovo.
Quelle
est l'ambiance en Serbie
après la déclaration d'indépendance du Kosovo ?
Les
dirigeants politiques serbes sont
divisés sur la façon dont ils devraient réagir.
La coalition qui gouverne est tombée trois semaines après
que le Kosovo ait déclaré son indépendance et
maintenant on annonce de nouvelles élections. Elles auront
vraisemblablement lieu en Mai, pour coïncider avec les élections
municipales. Il y a deux fractions au Parlement. Les deux sont certes
en accord sur le fait que les Serbes ne devraient jamais reconnaître
un Kosovo indépendant. Mais une violente polémique a
éclaté sure le fait de savoir si la meilleure garantie
des intérêts serbes au Kosovo réside dans une
intégration plus rapide à l'UE ou dans des relations
plus renforcées avec la Russie. L'aile pro-occidentale est
dirigée par le parti Démocrate et l'aile pro-russe par
le parti radical. Les candidats des deux partis se sont affrontés
au deuxième tour des présidentielles début
février 2008. Le candidat pro-occidental l'a emporté de
moins de 3%. Mais la différence est que le parti du Premier
Ministre sortant, resté neutre pendant les élections
présidentielles, s'est prononcé contre l'UE. Sa
position est que la Serbie ne doit pas devenir membre de l'UE sans
que le Kosovo ne soit une partie de son territoire.
Les
enquêtes d'opinion prévoient
une course serrée. Elles montrent qu'une majorité
préférerait une adhésion rapide à l'UE si la reconnaissance du Kosovo
n'en était pas une condition 60%
sont toutefois en faveur de liens plus profonds avec la Russie et 68%
sont contre une affiliation à l'OTAN. Il arrive aussi que les
gens simples remarquent qu'ils ont de plus en plus à faire à
plus d'ingérences étrangères et plus de
privatisations. Cette politique a entraîné la Serbie
dans la misère Cela n'a rien d'extraordinaire que d'après
les enquêtes 57% de la population soient mécontents de
la situation dans leur pays.
Comment
ont réagi la gauche
et le mouvement ouvrier ?
Il
y a peu d'enthousiasme pour les
alternatives proposées par les partis parlementaires. Il n'y a
malheureusement pas de vraie gauche parlementaire. Le Parti
Socialiste de Serbie (SPS :le parti de l'ancien président
défunt Milosevic) est complètement discrédité
pour son rôle dans la guerre des années 90 et par son
soutien au gouvernement minoritaire néo libéral de 2003
au Printemps 2007 C'est pourquoi la plupart des travailleurs votent
pour le Parti Radical nationaliste pro-russe. Il se tourne vers les
pauvres et les exclus et leur donne l'espoir d'une stabilité
dans un monde chaotique.
La
participation à la
manifestation organisée par le gouvernement et soutenue par le
Parti Radical contre l'indépendance du Kosovo a pourtant été
faible. Il y a eu 200 000 participants, beaucoup moins qu'attendu. Il
y a plus de 800 000 chômeurs en Serbie il est remarquable que
seulement deux semaines après la déclaration
d'indépendance une vague d'occupations d'usines et de
protestations contre les privatisations aient éclaté
dans la ville industrielle de Kragujevac. La Confédération
des Syndicats a maintenant appelé à une manifestation
pour l'emploi le 1er Mai. Cela se passe dans un contexte de situation
explosive semblable dans la ville industrielle du Nord de Zrenjanin.
Là-bas les travailleuses et les travailleurs ont décidé
de créer leur propre parti « égalité ».
Le nouveau parti « égalité »
devrait se présenter aux prochaines municipales. La question
du Kosovo ne figure pas dans ses priorités, contrairement aux
questions sociales.
Comment
la gauche peut-elle
combattre le nationalisme ?
Nous
avons besoin d'un mouvement
d'ensemble, qui affronte les classes dirigeantes locales des Balkans
et leurs soutiens impérialistes. La gauche serbe doit
comprendre que depuis la conquête du Kosovo pendant la guerre
des Balkans en 1912-1913, la Serbie est vue par les albanais du
Kosovo comme un oppresseur. Pour créer une véritable
unité et la paix dans les Balkans, nous ne pouvons pas
négliger la colère et le deuil causés par les
événements du passé. En Serbie, il est important
que la gauche explique clairement que la classe ouvrière de
Serbie ne profite pas de la revendication du Kosovo. La gauche en
Serbie doit se construire contre la politique néo-libérale
de sa propre classe dirigeante et contre la résistance de la
Russie. Ainsi pouvons nous construire en même temps un pont
vers les albanais du Kosovo.. Mais cela ne veut pas dire que nous
croyons qu'un Kosovo indépendant, réel ou seulement
symbolique, puisse résoudre le problème des relations
serbo-albanaises. La tentative de construire des états
« ethniquement purs » dans les Balkans conduit
inévitablement à la guerre et à l'épuration
ethnique. Au lieu de cela, nous devons créer des réseaux
de solidarité qui relieront les protestations sociales et
anti-impérialistes partout dans les Balkans de la base vers le
haut.
Tu
peux nous donner un exemple ?
Le
groupe de gauche dont je suis membre
a par exemple, au moment de la lutte étudiante contre les
frais d'inscription de 2006/2007,organisé une table ronde à
l'université sur le thème du Kosovo. Notre but était,
après la brutale répression des manifestations en
février 2007 d'envoyer une lettre de solidarité à
Vetevendosje!. Ainsi nous avons pu sensibiliser des étudiants
serbes dans une perspective internationaliste. Mais nous avons aussi
pu envoyer un signe de solidarité aux albanais du Kosovo , que
les Serbes en général ne sont pas leurs ennemis, que
nous pouvons résoudre nos propres problèmes dans les
Balkans, sans être de simples pions sur l'échiquier de
l'impérialisme, de l'Est ou de l'Ouest. Nous devons combattre
toutes les formes d'oppression, et mettre en place une véritable
autodétermination dans une fédération socialiste
des pays des Balkans
Le
gouvernement Merkel déclare
: « la Bundeswehr doit aller au Kosovo aider les
habitants ». Que penses tu de ça ?
Si
cette aide ressemble même de
très loin à l' »aide » allemande
à l'Afghanistan, je pense que les habitants du Kosovo seront
assez avisés pour dire « Non merci ! ».
l'espérance de vie en Afghanistan est passée depuis
2001 de 46 ans, ce qui est déjà faible, à 44
ans. Il doit être clair que la soit-disant intervention
humanitaire n' a pas été en mesure de résoudre
même les problèmes les plus simples de l'Afghanistan. Ce
n'est pas différent au Kosovo.. En plus cela fait longtemps
que l'Allemagne est « engagée » au
Kosovo et elle a contribué de façon certaine à
la mauvaise situation là-bas. Deux diplomates de haut rang ont
dirigé la mission civile de l'ONU au Kosovo, nommée
UNMIK. Michael Steiner de 2002 à 2003 et Joachim Rücker
depuis septembre 2006. Pourtant après neuf ans de gouvernement
de l'ONU, le Kosovo est toujours le parent pauvre de l'Europe. En
outre d'après l'organisation de droits de l'homme « Freedom
House » : « plus de 250 000 Serbes, Roms,
Bosniaques, Croates, Turcs, et juifs ont été forcés
de fuir la province ». Et ceci sous les yeux des
« forces
de paix » de l'ONU (KFOR),envoyée là-bas
avec mission de garantir un Kosovo multiethnique.
Le
plus grand pogrom anti-sertbe après
l'attause de la Serbie par l'OTAN en 1999 s'est déroulé
en Mars 2004 quand la KFOR était sous les ordres du général
allemand Holger Kammerhof. Angela Merkel peut toujours aider le
habitants du Kosovo et de l'Afghanistan, si elle retire les troupes
allemandes de ces pays.
Qui
est Vladimir Unkowski-Korica ?
Il
est socialiste et vit à
Belgrade, la capitale serbe,.Il est étudiant et membre du
groupe « socijalni front ».
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