(texte
en pdf)
Que
Faire – Numéro 2 - novembre 2005/janvier 2006
Editorial
Nick Barrett
Depuis 2002 le pays a
connu une série
de mobilisations politiques et sociales remarquables qui participent
à l’accumulation d’événements annonciateurs
du potentiel de la recomposition du mouvement ouvrier :
Le vote pour Arlette
et Olivier en
2002, la mobilisation de masse entre les deux tours, le rejet des
propositions de la Fédération CGT de l’énergie
lors du référendum à EDF, les grèves de
2003 (notamment le débat sur la nécessité d’une
grève générale), le rassemblement du Larzac, les
collectifs de défense des services publics, la campagne
référendaire avec les différenciations
explicites au sein du PS, de la CGT, la prise de position du PCF et
la construction du mouvement des collectifs, et tout récemment
la grève à la SNCM. Chacune de ces situations contenait
le même paradoxe, la recherche d’une alternative politique,
mais posée implicitement par le mouvement et non pas de façon
consciente. Il est clair que nous devons tout faire pour que ces
réseaux, équipes militantes, courants et individus
puissent commencer à élaborer collectivement et
consciemment une telle alternative. Cela ne sortira pas spontanément
d’une lutte de masse, bien que celles-ci soient indispensables. Il
s’agit bel et bien d’en favoriser la traduction en termes
organisationnels, ce qui représenterait des pas en avant
considérables dans la conscience politique et qui ouvrirait de
nouvelles opportunités de radicalisation et de massification
dans la construction d’une alternative politique.
La décision du 15e
congrès de la LCR (30 oct-2 nov 2003) d’initier des forums
pour une nouvelle force avec pour boussole des assises nationales en
2004 allait dans ce sens. Cette motion est exemplaire car elle
traçait une direction claire, évitant une orientation
exclusive sur les luttes sociales et en délimitant clairement
les rapports au parlementarisme.
Nous pensions que
l’alliance avec LO
pour les élections de 2004 pouvait contribuer à la
dynamique. Nous estimions qu’à ce moment-là une
division électorale, sans autre alternative en vue, aurait été
incompréhensible. Néanmoins, l’année 2004 n’a
pas vu d’initiatives de la LCR impulsées centralement pour
aller dans le sens du regroupement politique. Le bilan contrasté
des élections de 2004 a certainement contribué aux
hésitations.
Mais la campagne
référendaire
a reposé avec acuité le problème. Les élections
allemandes ont confirmé, avec l’émergence
spectaculaire du Linkspartei (alliance WASG, ‘Alternative
électorale pour la justice sociale’ et l’ancien parti
communiste de l’ex-RDA), que les phénomènes de
recomposition se situent à une échelle européenne,
tout comme les succès de Respect en Angleterre. Mais les
exemples du PT de Lula au Brésil et de Rifondazione comunista
en Italie montrent également qu’aucun regroupement ne se
fait sans porter aussi les germes de futures différenciations.
A travers l’Europe,
là où
les révolutionnaires ont été centraux dans les
initiatives pour une nouvelle force (Portugal, Angleterre, Ecosse),
le centre de gravité des ces formations est bien plus à
gauche que dans les cas où les initiatives reviennent à
des directions réformistes. Les balbutiements de type
candidature Bové ou les listes citoyennes du PCF aux élections
européennes nous indiquent clairement que de toute manière
nous risquons d’être confrontés à des
tentatives de recomposition partielle. Dans les deux cas, elles
prétendent exprimer la volonté d’une minorité
importante de travailleurs de trouver une nouvelle maison politique à
gauche. Notons aussi qu’après 1995 et 2002 les Verts et le
PS ont connu un afflux important de nouvelles adhésions et
cette année le PCF revendique 7 000 nouvelles cartes.
L’analyse des gauches
a ici toute sa
pertinence. En France c’est le début d’un pôle en
rupture avec le social-libéralisme qui fait défaut. Le
regroupement doit être envisagé comme la possibilité
pour la classe ouvrière de se doter d’une nouvelle direction
politique. En même temps, il posera des questions nouvelles de
stratégie politique, notamment par rapport aux institutions, à
la démocratie, au rôle de la classe ouvrière, et
à l’attitude à adopter face au gouvernement. Nous
avons tout à gagner à aborder ces questions au sein de
la dynamique et à partir des expériences politiques
communes. Cela nécessite bien entendu qu’une telle démarche
active aille de pair avec le développement de la LCR,
numériquement, politiquement (formation) et sur un profil
élevé (développement de la diffusion d’un
nouveau Rouge). Vu les mobilisations massives dans la jeunesse (en
2002, le mouvement lycéen et le vote jeune au référendum),
la LCR doit tendre vers une politique volontariste en direction de la
jeunesse. Le mouvement lycéen a montré qu’il y a une
concurrence politique avec les courants réformistes pour
influer sur la jeunesse.
L’orientation
défendue par les
camarades de la DN, intitulée Relever les défis de
la situation, est celle qui permettra à la LCR de jouer au
mieux son rôle. Par rapport aux élections, il paraît
évident que le candidat le plus représentatif d’une
telle dynamique unitaire serait Olivier Besancenot. Mais le débat
ne se situe pas là. Il se situe d’une part dans le contenu
et d’autre part sur la démarche à engager pour
parvenir à une telle candidature, et a fortiori pour les
législatives, aux candidatures unitaires. Notre engagement dès
maintenant, avec la perspective clairement affichée d’aller
au-delà de 2007 dans la construction d’une nouvelle force
avec une activité extraparlementaire de masse, devrait guider
nos choix qui joueront un rôle-clé. Cette perspective va
évidemment de pair avec le refus d’une participation ou d’un
soutien à un gouvernement qui ne serait pas en rupture avec le
social-libéralisme.
Personne ne peut dire
quels succès
cette orientation va rencontrer dans l’immédiat, mais elle
nous semble être celle qui donne la meilleure boussole à
l’organisation pour construire sur ses succès (notamment la
campagne du 29 mai) et assumer pleinement les nouvelles
responsabilités que la situation politique impose.
C’est pour cela que
la question du
regroupement tient une place importante dans ce n°2 de la revue
Que faire ?
|