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Que
Faire – Numéro 2 - novembre 2005/janvier 2006
Regroupement : Elément
d'une
stratégie révolutionnaire
Denis
Godard
La
crise
économique prolongée
du capitalisme a ouvert une crise de domination de la classe
dirigeante sur toutes les couches sociales. Le développement
des résistances ouvre l’opportunité d’une
recomposition de la société. Cette recomposition, dont
le regroupement politique est un maillon, est une nécessité
absolue pour renverser la domination de la bourgeoisie et ouvrir la
voie au socialisme.1
Il
y a deux manières,
chez les
révolutionnaires, de poser la nécessité du
regroupement politique à gauche.
La
première est
fondamentalement
défensive, elle répond essentiellement à une
stratégie de résistance. Le regroupement permet de
répondre à l’ampleur de l’offensive des classes
dirigeantes, à la crise du mouvement ouvrier et la faiblesse
des révolutionnaires.
Cette
façon de poser
la
nécessité du regroupement a plusieurs défauts.
Elle
induit un
raisonnement par étapes.
Regroupons d’abord les forces qui s’opposent à l’offensive
des classes dirigeantes. En ce qui concerne le parti révolutionnaire
nous verrons ensuite. Dans ‘Stratégie et parti’, Daniel
Bensaïd explique le danger qu’il y a à déconnecter
le but et les moyens : « Si on ne pense pas, en
effet, que la conquête du pouvoir par la classe travailleuse
est possible, si on ne travaille pas patiemment dans cette
perspective, alors il est inévitable de glisser en pratique
vers la construction d’autre chose. Une organisation de résistance,
utile au jour le jour, dans le meilleur des cas… Mais le
renoncement au but final ne tardera pas à dicter des
accommodements pseudo-réalistes dans la lutte quotidienne
même…Ou encore d’une organisation pour les surlendemains,
qui commence par se poser en championne du combat contre les
dégénérescences bureaucratiques à venir,
faute de pouvoir affronter les tâches du jour. »2
Cette manière d’envisager le regroupement a tendance à
le limiter à des accords avec des appareils de courants ou de
partis que l’on veut entraîner.
Elle
repose sur une
vision mécanique:
dans la réalité elle ne voit que la domination et pas
les contradictions de celle-ci, « à un moment où
d’après les paroles de Marx n’apparaît dans la
misère du prolétariat, non plus seulement la misère
elle-même, mais au contraire, l’aspect révolutionnaire
‘qui renversera la vieille société’ ».3
Cet
article défend
l’idée
que la question du regroupement se pose dans le cadre d’une
stratégie révolutionnaire. C’est ce qui explique que
l’organisation révolutionnaire est un acteur absolument
central de sa réussite : « [D]ans les
différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires
et bourgeois [les communistes] représentent toujours les
intérêts du mouvement dans son ensemble. Pratiquement,
les communistes sont donc la fraction la plus résolue des
partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne
toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste
du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des
conditions, de la marche et des fins générales du
mouvement prolétarien. »4
Une conjonction historique
La
campagne sur la
Constitution
européenne a dégagé l’expression politique
d’une véritable différenciation sociale, le clivage
le plus significatif étant celui de classe.5
Cette
différenciation
sociale
est entrée en contradiction ouverte et flagrante avec les
institutions censées ‘représenter’ la société,
révélant leur caractère de classe. Sans surprise
on a trouvé ainsi, dans une campagne agressive pour le ‘oui’
aux côtés du Medef, l’appareil d’Etat avec toutes
ses prérogatives et tous les grands médias.6
Pour
nous, cette
réalité
de la domination par la classe dirigeante de la société
n’est pas étonnante. Elle a ses bases économiques
dans les rapports de production là où il n’est même
pas question de démocratie formelle, ses représentations
politiques avec l’UMP et l’UDF, ses structures de domination avec
l’Etat ou les médias, ses relais au sein de notre classe
avec les directions réformistes et les bureaucraties
syndicales. Une fois par mois, à Paris, le club Le Siècle
« rassemble la quintessence du pouvoir politique,
économique, médiatique voire intellectuel ou
syndical »7
loin des yeux et des oreilles du ‘peuple’. Dans ce club dont les
membres sont sélectionnés se retrouvent ainsi aussi
bien les plus grands patrons du capital financier et industriel que
les patrons de l’édition mais aussi Serge July, Jean-Marie
Colombani, Laurent Joffrin et Patrick Poivre d’Arvor, Nicolas
Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn ou Lionel Jospin, Nicole Notat et
Thierry Breton.
Ce
qui est
qualitativement nouveau avec
la campagne sur la Constitution est d’abord que cette structure de
classe est apparue au grand jour de manière presque indécente.
C’est
le propre de
toute société
divisée en classes qu’une classe n’existe, ne se
structure, n’opère, ne se révèle qu’en
opposition avec une autre classe. La classe dominante n’existe que
parce qu’existe une classe dominée. Plus la classe dominée
se met à lutter pour ses propres intérêts et plus
les intérêts communs de la classe dirigeante et ses
structures de domination se révèlent pour ce qu’ils
sont. C’est parce que le ‘non’ a commencé à
démontrer son audience, sa capacité à fédérer
certaines exigences de classe que l’appareil de la classe
dirigeante s’est mis en branle plus ouvertement. C’est une
nouvelle démonstration de ce que la lutte développe en
quelques semaines les conditions d’une clarification dans la
conscience de millions de travailleurs que le combat politique
quotidien n’a pu faire en plusieurs années.
Il
nous faut
comprendre et expliquer
d’abord que cela n’est pas accidentel ou conjoncturel mais en
relation avec une tendance de fond de l’évolution actuelle
du capitalisme.
Cette
sorte de
‘cohésion’ de
la classe dirigeante, son mépris ouvert pour les formes
démocratiques, n’est pas une simple réaction au
développement d’un mouvement de résistance (les deux
éléments interagissent plutôt dans le cadre d’une
tendance globale). Si c’était le cas cela pourrait même
être un argument, parfois explicitement repris par le sens
commun, pour la passivité : arrêtons de résister
et ceux qui nous dominent arrêteront de nous frapper.
Le
lien entre l’Etat
et le Capital,
la tendance à la fusion entre les différentes sphères
de la domination (sociale, politique et idéologique), le
renforcement de tous les aspects sécuritaires de la domination
au détriment du consensus, ces différents aspects sont
liés au développement de la concentration du Capital,
au développement de la crise de l’accumulation et à
l’exacerbation de la concurrence sur le marché mondial.
C’est une caractéristique de la phase de l’impérialisme
telle que l’a décrite Boukharine.
C’est
ce qui explique
que toute
stratégie se donnant comme objectif un changement fondamental
de la politique de la classe dirigeante est suicidaire. Aucun accord
stratégique ne peut-être trouvée avec la gauche
qui a défendu le oui à la Constitution. Dans certaines
limites la classe dirigeante peut changer sa tactique, mais elle ne
modifiera pas son orientation fondamentale dans les années à
venir. C’est le facteur fondamental qui explique la continuité
voire l’accélération de la politique de la droite au
gouvernement après le 29 mai (même si des divergences
tactiques s’expriment en son sein dont les ambitions rivales de
Villepin, Sarkozy ou Bayrou ne sont qu’un reflet).
Il
nous faut ensuite
comprendre que, si
la campagne a servi de révélateur, le terrain avait été
préparé par le développement de la résistance
depuis plusieurs années (ce qui illustre ce principe de la
dialectique selon lequel une accumulation de changements quantitatifs
se transforme en changement qualitatif).
Mais
ce qu’a
peut-être révélé
de plus important le résultat de cette campagne, c’est la
crise de la capacité de la classe dirigeante à imposer
ses valeurs aux couches sociales qu’elle domine. Car malgré
l’exercice indécent de ses structures de domination, une
majorité a voté ‘non’. Vulgairement parlant, cette
fois, ça n’a pas marché.
L’affaiblissement
de
l’hégémonie
de la classe dirigeante sur les couches populaires s’est développé
sur un long terme (pour des raisons qui ne se limitent pas à
la montée de la résistance et qu’il serait trop long
de traiter ici). Il suffit de citer comme symptômes
l’abstention aux élections, la méfiance envers les
médias et les partis traditionnels ou le recul de l’adhésion
à l’école.
Et
cet
affaiblissement a entraîné
une différenciation aussi à l’œuvre au sein même
de l’intelligentsia entre les ‘intellectuels du pouvoir’
(décrits significativement comme ‘intellectuels
médiatiques’) et des intellectuels ‘résistants’8.
L’audience obtenue par ces derniers est un autre indice (en même
temps qu’une conséquence) de cette crise de l’hégémonie
de la classe dirigeante.9
C’est
cette
conjonction ‘historique’
de la crise structurelle du capitalisme, de la crise de l’hégémonie
de la classe dirigeante sur la société et du
développement d’un mouvement de résistance qui crée
une situation particulièrement favorable pour ceux et celles
qui défendent des perspectives révolutionnaires et qui
fait de la question du regroupement un élément
stratégique dans cette perspective.
Combat pour l’hégémonie
Il
en découle que
nous ne devons
pas seulement nous féliciter des développements de la
lutte et des crises de la classe dirigeante. Deux siècles de
capitalisme nous ont suffisamment convaincus qu’il n’y avait pas
de fatalité révolutionnaire et que, sous la domination
du capitalisme, le pire est toujours sûr.
Ces
dix dernières
années
ont certes marqué un changement radical qu’il y a danger à
sous-estimer dans notre camp. Aux fragmentations héritées
du reflux suivant les luttes des années 1960 et 1970, le
mouvement a substitué une dynamique de convergence des thèmes
et des luttes. Cela a créé les conditions pour des
bouleversements et des recompositions, aussi bien théoriques
qu’organisationnelles dont nous ne vivons que les frémissements
aussi vrai que la conscience retarde toujours sur les tendances à
l’œuvre dans la réalité objective. Mais le présent
est toujours une tension entre le passé et l’avenir. La
dynamique actuelle pointe vers l’avenir mais nous n’en
réaliserons le potentiel qu’à condition de connaître
sur quelle réalité, héritée du passé,
cette dynamique opère. Ce n’est qu’à cette
condition que nous pourrons favoriser tout le potentiel
révolutionnaire qu’elle contient.
Dans
le combat qui se
mène, les
canaux par lesquels la classe dirigeante assure sa domination au
travers du consensus (ce que Marx appelle les superstructures de la
société) sont en crise. Cela ne signifie pas qu’ils
soient détruits. Le révolutionnaire italien, Antonio
Gramsci, tirant les leçons de l’échec de l’extension
de la révolution russe, expliquait ainsi : « Cet
enthousiasme qui, bien canalisé en Russie, jetait les masses
dans la rue en un élan révolutionnaire, s’est
empêtré, en Europe centrale et occidentale, dans les
superstructures politiques liées au caractère plus
avancé du développement capitaliste, rendant plus lente
et plus prudente l’action des masses et exigeant donc du parti
révolutionnaire toute une stratégie et une tactique à
long terme, infiniment plus complexes que celles qui furent
nécessaires aux bolcheviks durant la période de mars à
novembre 1917. »10
Gramsci a repris et développé ce que Lénine a
commencé à argumenter à partir de 1918 :
« Il faut bien se rendre compte, que la révolution
socialiste mondiale dans les pays avancés ne peut pas être
envisagée avec cette même facilité qui fut celle
de la révolution en Russie, pays de Nicolas et de Raspoutine
[…] Engager le processus révolutionnaire, sans la moindre
préparation, dans un pays où le capitalisme en se
développant a donné à tous les citoyens,
jusqu’au dernier, une culture et un sens de l’organisation
démocratique, serait une erreur, une absurdité. »11
Cela
impose
qu’existent les éléments
d’une autre structuration (sociale, politique et idéologique)
de la société : « Le métallo, le
menuisier, ouvrier du bâtiment, etc., doivent penser non
seulement en tant que prolétaires et non plus en tant que
métallo, menuisier, ouvrier du bâtiment, etc., mais il
leur faut encore accomplir un pas de plus ; il doivent penser
en
tant qu’ouvriers, membres d’une classe qui se propose de diriger
les paysans et les intellectuels, un classe qui ne peut vaincre et
instaurer le socialisme que si elle a l’accord et le soutien de la
grande majorité de ces couches sociales. Si l’on n’y
parvient pas, le prolétariat ne peut pas devenir une classe
dirigeante, et ces couches, restant soumises à la domination
bourgeoise, permettent à l’Etat de résister à
l’élan prolétarien et de le briser. »12
Par
ailleurs, cette
structuration sera
d’autant plus importante que la classe dirigeante va recourir de
plus en plus à la force.13
La
réalité dont nous
devons partir c’est que le mouvement ouvrier traditionnel avec ses
partis, ses syndicats, ses associations s’est largement décomposé
et avec lui un certain mode de structuration de la société
face à l’Etat et à la classe dirigeante.
Dans
‘Retour sur la
condition
ouvrière’, Stéphane Beaud et Michel Pialoux décrivent
cette déstructuration du ‘monde ouvrier’ :
« Sans
vouloir céder
ici à l’illusion rétrospective et largement
anachronique d’un âge d’or ouvrier - la condition ouvrière
a toujours été une condition subie, soumise à la
nécessité -, il n’en reste pas moins que les ouvriers
du temps de la ‘classe ouvrière’ disposaient d’un
capital politique accumulé (les partis ‘ouvriers’, les
syndicats), d’un ensemble de ressources culturelles (des
associations se référant sans honte au mot ouvrier) et
symboliques (la fierté d’être ouvrier, le sentiment
d’appartenir à la ‘classe’), qui permettaient de
défendre collectivement le groupe, y compris les
‘conservateurs’, limitant ainsi l’emprise de la domination
économique et culturelle. Il existait aussi, hors de l’usine,
ce qu’on peut appeler une ‘société ouvrière’
qui permettait à ses membres de vivre dans un entre-soi
protecteur et rassurant au sein duquel s’épanouissait une
culture spécifique […]. Dans ce monde intégré,
diverses instances de socialisation (cercles laïques, Jeunesse
communiste ou Jeunesse ouvrière chrétienne, colonies de
vacances, activités culturelles et de loisir des comités
d’entreprise) encadraient la jeunesse dans les zones urbaines et
contribuaient à la transmission des mêmes valeurs. Cette
longue période durant laquelle l’existence de la classe
ouvrière apparut comme une évidence semble aujourd’hui
révolue. La ‘classe ouvrière’ en tant que telle a
éclaté sous l’impact de différentes forces
centrifuges : désindustrialisation de l’Hexagone, perte
de ses bastions traditionnels (le Nord et la Lorraine, la Loire,
Renault-Billancourt), informatisation de la production et chute de la
demande de travail non qualifié, division géographique
de l’espace ouvrier, différenciation sexuelle du groupe,
déclin continu et accéléré du PCF, perte
de l’espoir collectif et diminution corrélative du sentiment
d’appartenance à la classe, sans oublier le désintérêt
désormais affiché des intellectuels pour tout ce qui
touche au monde ouvrier. »14
Il
n’y a pas à
idéaliser
cette structuration passée du mouvement ouvrier15.
Car sa forme participait, par certains aspects, à la
domination de la classe dirigeante (surtout pendant les Trente
Glorieuses). Plutôt que regretter cette décomposition,
nous devons être conscients que celle-ci ouvre aussi la voie à
une recomposition qui permet réellement le développement
de perspectives révolutionnaires.
« Par
exemple, quand Trotsky
décrivait le Parti communiste allemand des années 1920
et du début des années 1930 comme l’avant-garde de la
classe ouvrière allemande, c’était certainement là
une caractérisation exacte. Non seulement ce parti comptait
dans son quart de millier de membres les éléments les
plus éclairés, les plus énergiques et confiants
de la classe ouvrière allemande, mais il opérait au
sein d’une classe ouvrière qui avait absorbé, dans sa
vaste majorité, les idées marxistes de base et qui
affrontait, surtout après 1929, une crise sociale en train de
s’aggraver et qui ne pouvait être résolue dans le
cadre de la République de Weimar.
Dans
cette situation,
les actions du
parti étaient d’une importance décisive. Ce qu’il
fit ou échoua à faire devait influencer tout le cours
ultérieur de l’histoire de l’Europe et du monde. Les dures
polémiques des groupes oppositionnels de communistes à
l’époque étaient entièrement justifiées
et nécessaires. Dans ces circonstances l’avant-garde était
effectivement décisive. Pour reprendre la métaphore
spectaculaire de Trotsky, tirer la manette de l’aiguillage pouvait
changer la route de l’entier et énorme train du mouvement
ouvrier allemand.
Aujourd’hui
les
circonstances sont
différentes. Il n’y a pas de train. Il existe une nouvelle
génération de travailleurs capables et énergiques
mais ils ne font plus partie d’un mouvement cohérent et ils
ne travaillent plus dans un milieu où les idées
marxistes sont répandues. »16
Cet
article de Duncan
Hallas (écrit
en 1971 !) qui mérite d’être lu et relu en entier
appuie l’objectif décrit en introduction : « En
termes humains, il faut créer une couche organisée de
milliers de travailleurs, unis dans l’action et dans l’esprit,
fermement enracinés parmi leurs camarades travailleurs et
partageant la conscience de la nécessité du socialisme
et de la façon de l’obtenir. Ou plutôt, il faut la
recréer. »
Cette
tâche,
désormais
d’une urgente actualité, n’est pas insurmontable parce sa
possibilité ne repose pas sur un volontarisme pur de pseudo
héros révolutionnaires. Même si les militants de
la gauche radicale ne sont pas pour rien dans les différents
mouvements qui se sont développés depuis dix ans, la
dynamique de ce mouvement s’explique fondamentalement comme
processus de grève de masse tel que le décrivait Rosa
Luxemburg17.
Ce processus résulte de l’interaction entre le développement
des contradictions du système et la dynamique propre aux
résistances elles-mêmes (notamment la confiance
engendrée par l’exemple des luttes, le début de
généralisation propre à toute confrontation,
soit-elle partielle avec la classe dirigeante, les contradictions qui
apparaissent entre les idées dominantes telles qu’elles
avaient été acceptées et la réalité
née du conflit…).
Et
cette dynamique
soulève et
soulèvera de plus en plus les questions politiques et
notamment la question politique par excellence, celle du pouvoir18.
Ce n’est pas un hasard si la CGT a dû prendre position sur le
référendum du 29 mai. Par ailleurs le conflit de la
SNCM a entraîné un conflit entre d’un côté
la direction du PS et celle de la CGT et, de l’autre les marins en
lutte faisant resurgir les frontières de la campagne du Non.
Hollande et Thibaut acceptent l’ouverture du Capital, tout en la
limitant, parce qu’ils acceptent, comme point de départ, la
loi du marché et donc la nécessité pour
l’entreprise d’être compétitive selon les critères
capitalistes.
Luttes, regroupement et parti
La
question du
regroupement est posée,
comme toute question dans une société divisée en
classes, comme une combinaison d’éléments offensifs
et défensifs : à partir de l’opportunité
(élément offensif) et de la nécessité
(élément défensif) de recomposition de la
société sous hégémonie de la classe
ouvrière. Le regroupement est le maillon-clef de cette
recomposition. Il s’agit d’organiser politiquement toute une
couche de syndicalistes combatifs, de militants associatifs dans les
quartiers, d’intellectuels (et au sens large, de jeunes scolarisés)
sur la base d’un combat de classe sur toutes les questions.
Exposant la position de Trotsky favorable à la construction
d’un parti des travailleurs aux Etats-Unis en 1938, Daniel Bensaïd
explique : « Aux militants révolutionnaires
qui lui demandent pourquoi ils iraient contribuer à fonder un
parti réformiste, il répond qu’il ne s’agit pas de
créer un parti réformiste, mais un parti de classe,
indépendant de la bourgeoisie. Au-delà l’avenir est
ouvert. Ce qu’il adviendra de ce parti dépendra de la lutte
des classes, des rapports de forces, des expériences, de
l’intervention des révolutionnaires en son sein. A ceux qui
lui disent : il faut créer un parti des travailleurs avec
des références révolutionnaires, il rétorque
que c’est abstrait et formel. Dans le contexte de l’époque,
si 500 travailleurs assistant à une réunion publique
sont prêts à comprendre qu’il faut un parti des
travailleurs indépendant, cinq peut-être, pas plus, sont
prêts à comprendre qu’il faut détruire l’Etat
et combattre le stalinisme. Les cinq peuvent être recrutés
à la section de la IVe Internationale, et les
500
au parti des travailleurs. Chacun répond à un niveau de
conscience différent. »19
C’est
ainsi qu’on
peut définir
les tâches auxquelles les révolutionnaires sont
confrontés en s’appuyant sur la dynamique actuelle :
-
Restructurer la
société
autour des intérêts de classe, ce qui impose non
seulement de favoriser le développement des organisations de
lutte mais aussi favoriser leurs liens, leur coordination, leur
indépendance vis-à-vis des directions traditionnelles
et une agitation permanente pour populariser tout ce qui permet de
forger une conscience de classe.
-
Favoriser
l’émergence autour
de l’exigence politique (qu’on l’appelle lutte contre le
libéralisme ou défense des intérêts des
travailleurs) d’une nouvelle direction politique alternative aux
directions traditionnelles du mouvement ouvrier (avec ses aspects
organisationnel et idéologique). C’est l’enjeu du
processus de création d’une nouvelle force qui sera en lien
avec tous les milieux de lutte (et centralement dans les syndicats)
-
Renforcer
l’organisation des
révolutionnaires numériquement et qualitativement mais
aussi en termes d’influence politique et idéologique au sein
de cette nouvelle direction.
Aucune
de ces tâches
ne peut se
mener de manière indépendante. Il n’y aura pas
émergence d’une nouvelle direction politique indépendamment
d’une structuration de la société contre la classe
dirigeante et l’Etat. Ou alors celle-ci sera stérile/impuissante
et ne pourra que se désintégrer sous la pression de ses
divergences stratégiques. Mais cette structuration de la
société ne pourra se faire ‘spontanément’.
Elle nécessite l’intervention coordonnée de toute une
couche de militant-e-s dans les entreprises, les facs, les quartiers,
organisant le combat d’ensemble contre la classe dirigeante.
L’organisation des révolutionnaires ne pourra se développer
(aussi bien numériquement que qualitativement) sans se relier
de manière vivante à l’expérience politique
d’une nouvelle direction tandis que celle-ci ne pourra résister
aux pressions de l’idéologie dominante sans l’influence et
l’expérience d’une forte minorité révolutionnaire
en son sein.
NB :
Cet article a été
rédigé avant que n’éclatent les émeutes,
affrontement direct d’une fraction de la jeunesse avec les forces
de répression de l’Etat. Mais ces émeutes témoignent
d’une crise plus profonde de la superstructure. L’école
qui brûle, pour ces jeunes, c’est celle qui discrimine, celle
qui exclue, celle qui humilie. Par ailleurs, à moins de ne pas
vouloir considérer ces jeunes comme des alliés dans la
lutte contre le capitalisme, ces émeutes soulèvent
directement la question du regroupement comme maillon de construction
de la société face à l’Etat. En l’absence
d’une perspective de reconstruction politique dans les quartiers on
en vient rapidement à n’avoir comme seule solution les
associations municipales, dans le meilleur des cas, ou la
revendication d’une police de proximité dans le pire des
cas.
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