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en pdf)
Que
Faire – Numéro 3 – avril/juin 2006
A propos du mouvement de
grève
sur la fac
de Censier
Marie
Perrin
Au
moment où
nous publions
cette revue, le mouvement anti-CPE dont le moteur a été
la mobilisation des étudiants est dans une phase de
généralisation. La généralisation aux
lycées lui donne le caractère d’une mobilisation de
toute la jeunesse, celle des centre-villes comme celle des banlieues.
La généralisation aux travailleurs, dont l’ampleur
sera décisive pour l’issue de ce mouvement, pourrait aussi
être décisive pour toute la période à
venir.
L’article
qui suit est un simple
exposé de l’expérience de développement du
mouvement dans une Université (Censier à Paris). Il
faudra, dans les mois qui viennent s’habituer à développer
ce type de travail, partout où des expériences sont
faites pour donner accès à tous et à toutes à
cette connaissance. Tout d’abord parce que, dans l’explication
générale avec le système qui s’amorce, nous
aurons besoin de généraliser le meilleur de chaque
expérience.
Ensuite
parce que nous vivons une de
ces périodes où, non seulement la théorie
devient une force (et non plus un enjeu abstrait de connaissance)
mais où nous pouvons l’enrichir dans sa confrontation avec
l’expérience des luttes, avec l’exigence de trouver des
réponses soulevées par tout mouvement dans sa marche en
avant...
Un
des
aspects du prochain numéro
de Que faire devrait être de commencer à tirer parti des
expériences qui ont été faites à
différents niveaux dans ce mouvement et entamer ce travail de
confrontation avec la théorie marxiste. Nous invitons tous
ceux et celles qui désirent y participer à contacter la
rédaction.
La fac de censier est en
grève
depuis le
23 février et en blocage depuis le 24.
Le
travail de
mobilisation sur le CPE
avait commencé environ 1 mois avant à travers l’UNEF.
Avant
le 23 février
nous avions
eu deux assemblées générales qui regroupaient
environ 80 personnes à chacune d’elle. C’est finalement à
la fin d’une assemblée générale assez massive
sur la question de la vente de Censier qu’une vingtaine de
personnes se sont regroupées pour discuter de comment
s’organiser contre le CPE. Ces personnes se sont formées en
comité de mobilisation, non élu en assemblée
générale mais qui a donné la base, le noyau
motivé qui a mobilisé pour l’AG du 23 février
qui a réuni 200 personnes. A cette assemblée générale
a été voté la grève et le lendemain a
commencé l’effervescence : barrage filtrant,
banderoles, affiches, accueil des étudiants pour les convier à
une assemblée générale l’après midi.
400 personnes ont reconduit la grève et le blocage de
l’université a cette AG. Le blocage a été
effectif à partir du vendredi 24 février après
midi.
Dès
ce moment
beaucoup de
questions ont émergé : comment élargir ?
Toucher le plus d’étudiants possible, comment gérer
les tribunes, la présidence…aux premières assemblées
générales régnaient un climat assez fortement
anti-syndical, dû notamment au fait de combats entre les
différents syndicats, FSE, CVSE, UNEF (TTE et TRS), ce climat
c’est dissipé au fur et à mesure et n’existe
quasiment plus aujourd’hui. Cela s’explique notamment par
l’implication de plus d’étudiants dans la grève.
Impliquer le plus
d’étudiants
possible
Nous
avons insisté
dès le
début sur l’importance de toucher le plus d’étudiants
possible. La première commission qui s’est créée
a été information/ accueil : table avec textes de
loi, argumentaire contre le CPE puis au fur et à mesure,
grosse banderole ‘point info’ café, gâteaux, espace
de discussion dans le hall d’entrée. Le but était que
chaque étudiant qui arrive à la fac et voit qu’il ne
peut aller en cours puisse être sensibilisé sur le CPE
et sur nos modes d’action.
La
commission blocage
évidemment
regroupait aussi dès le début bon nombre d’étudiant,
avec essentiellement deux zones de blocage : à la fin du
hall des amphis avant les escaliers pour laisser le hall et les
amphis comme point de discussions et d’information (il n’y a que
deux amphis à Censier) et blocage au niveau des portes du
parvis (le parvis sert aussi de point d’accueil infos). Les autres
entrées n’ont pas nécessité de blocage car
elles étaient fermées par l’administration et le vice
président dès le début pour nous faciliter le
blocage car ils soutiennent le mouvement.
Au
fur et à mesure
les AG sont
devenues plus massives, le blocage combiné au travail énorme
d’accueil et d’information a permis ça. L’enjeu était
vraiment que le moins d’étudiant possible repartent chez eux
en voyant la fac bloquée.
Les Assemblées Générales
Nous
avons insisté
sur le fait
que les AG devaient se tenir tous les jours pour informer le plus
d’étudiants possible sur le CPE et décider chaque
jour de manière démocratique de la reconduite de la
grève et du blocage contre les gauchistes ( FSE, CVSE) qui
veulent des AG tous les deux jours voir moins. Au début les AG
commençait toujours par un point d’information sur le CPE et
au bout d’une semaine ce point s’est transformé en point
sur la loi sur l’égalité des chances. Dès le
début les revendications étaient sur CPE/ CNE puis loi
sur l’égalité des chances. Aujourd’hui le ‘schéma’
des AG est : 1) point sur l’état de la mobilisation, 2)
point sur les commissions, 3) point sur la loi sur l’égalité
des chances si des étudiants le demandent, 4) débat qui
englobe revendications, perspectives, 5) vote. Cette manière
de tenir les AG et de faire un point débat qui englobe toutes
les questions nous permet de réduire la durée des AG
qui pouvaient aller jusqu’à 4h mais aussi que chacun puisse
intervenir ‘quand il le veut sur ce qu’il veut’ :
revendications ou préparation de la manif, commission…chaque
proposition émergeant du débat étant noté
au tableau et voté à la fin. On essaye de faire que le
président de séance change régulièrement
car c’est une tâche importante qui forme énormément.
Les profs et les personnels
dans
la grève
avec les étudiants
Au
bout d’une semaine
de blocage, les
profs et les personnels de la fac nous ont rejoint de manière
organisée. Certains nous soutiennent depuis le début
mais c’est au bout d’une semaine que le soutien s’est
transformé en participation active : des AG d’un peu
plus de 100 profs et personnels qui votent non seulement la grève
mais aussi la participation au blocage de l’université avec
les étudiants. Puis la participation avec les étudiants
à l’organisation de débats. Même si dans les
faits ce sont quelques profs et personnels qui tiennent effectivement
le blocage et sont très actifs.
Leur
implication
permet que le
mouvement s’élargisse et tiennent. Lorsqu’une prof de LEA
(c’est en LEA qu’il y a le plus d’étudiants
anti-blocage)vient intervenir en AG des étudiants pour dire
qu’elle est en grève, soutient le blocage, que les étudiants
grévistes ne seront pas pénalisés et qu’on
apprend plus en s’organisant et en débattant dans le
mouvement qu’en étant passif à écouter un
discours en cours ça compte énormément.
Leur
implication
permet aussi de se
rendre compte de leurs conditions de travail. De découvrir des
gens à côté desquels on passe tous les jours sans
même les voir comme les travailleurs du ménage de la
fac. C’est parce que la fac est redevenue notre fac et que nous
nettoyons les amphis et salles que nous avons occupé la
journée que nous avons discuté avec eux.
Ils soutiennent le
mouvement car leurs
enfants sont sur une fac mais surtout car ils savent ce qu’est la
précarité. En effet, la plupart des travailleurs du
nettoyage de Censier ont, en plus du travail qu’ils ont à la
fac, un autre boulot tout aussi précaire. C’est d’ailleurs
pour ça qu’ils ne peuvent venir en AG.
Ils
auraient pourtant
beaucoup à
nous apprendre, non seulement sur leur conditions de travail mais
aussi sur l’organisation d’une grève ; deux d’entre eux
ont participé à des grèves importantes, un à
l’aéroport de Roissy, un autre à la grève de
H&M.
Se réapproprier notre
université
La
question s’est
posée très
vite de faire de la fac un lieu de vie et de débats et que
chaque étudiant ait une tâche qui permette de convaincre
toujours plus de gens et faire avancer le mouvement. De là se
sont créées plusieurs commissions. Les commissions
existantes aujourd’hui sont : blocage, accueil/information,
animation, réflexion, action, commission externe, presse,
intendance, affichage, commission lien profs/étudiants.
Chaque
commission a
un rôle
défini et en fonction des besoins est plus ou moins grosse. Au
bout d’une semaine des référents ont été
élus dans chaque commission. Ces référents
forment le comité de grève qui se réuni tous les
jours de manière ouverte et qui prépare notamment les
assemblées générales, décide des
tribunes… On essaye que chaque commission se réunisse à
heure fixe chaque jour pour faire que tous ceux qui veulent s’y
greffer puisse le faire. Cette manière de fonctionner de la
base au sommet a permis d’impliquer largement et de former une
direction large du mouvement.
De
nombreux débats
ont lieu sur
la fac, sur la précarité par exemple en faisant venir
des gens extérieurs : inspecteurs du travail, assistante
sociale, travailleurs précaires, intermittents, médecin…Ces
débats organisés le matin sur la fac en lien avec un
prof très actif dans le mouvement regroupe autour de 100, 150
étudiants.
Un
débat a aussi eu
lieu sur le
code du travail avec Gérard Filoche, ainsi qu’un débat
sur mai 68 avec Daniel Bensaïd qui a regroupé autour de
150 étudiants.
Des
animations de
type théâtral,
jonglage, percussions ont eu lieu sur la fac.
L’initiative
d’organiser un concert
le vendredi soir à la fac « Grève en fête »
a été un succès lorsque Jolie Môme y a
participé ainsi que des groupes de musique de la fac ou
d’ailleurs.
Faire de la politique dans
le
mouvement
Comme
dans tous
mouvement les gens
généralisent et sont en attente de politique.
C’est
ce qui est
notre point faible,
nous sommes restés assez mouvementistes et ce sont les
étudiants et les nouveaux camarades qui ont rejoint les JCR
qui nous poussent aujourd’hui à redresser la barre et à
faire de la politique dans le mouvement.
Mi
décembre nous
avons été
à l’initiative de la création d’un collectif pour
une alternative au libéralisme sur la fac. Le collectif n’est
intervenu que très tard dans le mouvement. C’est le vice
président de la fac qui est membre du collectif pour une autre
Europe sur le 5ème arrondissement qui est venu nous chercher
pour organiser un meeting sur la fac en lien avec le collectif du
5ème contre le libéralisme. Nous avons donc organisé
avec le comité de grève de Censier, le collectif de la
fac et du 5ème un meeting qui a regroupé 70 personnes :
étudiants, gens du quartiers. La démarche des
collectifs, les assises du 13 mai et la charte ont été
présentés. Depuis nous avons diffusé dans le
mouvement le canevas de charte antilibérale et des discussions
sont prévus sur ce texte. Nous avons une réelle
possibilité de développer le collectif à une
échelle très large sur la fac.
De
même 5 personnes
ont rejoint
les JCR à Censier depuis le début du mouvement. Ils ont
rejoint sur la base de ce qu’on défend comme orientation
dans le mouvement. Notre grosse faiblesse est que la plupart de nos
cercles jusqu’ici tournaient autour de ce qu’on pousse dans le
mouvement, nous ne vendons pas le journal que ce soit à la fac
ou en manif. Nous avons cependant commencé à corriger
ça, car ce sont les nouveaux camarades qui nous demandent de
la politique, il y a vraiment une exigence des nouveaux camarades qui
nous ont montré qu’on ne faisait pas assez de politique dans
le mouvement en disant en gros : « j’ai rejoint une
organisation révolutionnaire pas le mouvement j’y suis déjà,
alors maintenant qu’est ce que c’est qu’être
révolutionnaire aujourd’hui ? C’est quoi vos
idées ? »
Nous
avons organisé
une réunion
du cercle des JCR sur Parti et Classe où nous étions 13
de Censier dont 3 personnes qui ne sont pas aux JCR mais qui ont déjà
assisté à des réunions. Le débat et les
questions des nouveaux étaient très intéressants.
Une autre discussion est prévue autour de Mai 68 et des textes
ont été donnés pour préparer le débat.
C’est
cette
discussion politique qui
a permis qu’on organise la semaine pour commencer à préparer
la réunion du collectif notamment et organiser notre
intervention politique dans la manif de mardi 28 mars.
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