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Que
Faire – Numéro 3 – avril/juin 2006
Le PCF face à ses contradictions
Hendrik
Davi
Du
24 au 27
mars derniers, le PCF a
tenu au Bourget son 33ème congrès. Après
les années Hue qui manquèrent de détruire le
parti, la stratégie d’ouverture et de radicalisation de
Buffet, lui a permis de retrouver des forces. Néanmoins ses
contradictions internes ne lui permettent pas de définir une
orientation claire. Etats des lieux d’un parti, qui du NON à
la constitution européenne à la lutte contre le CPE, a
été ces derniers temps un allié.
Depuis
1995, nous
observons un
renouveau des luttes, associées à une radicalisation et
à une généralisation politique d’une partie de
ce qu’on appelait communément le ‘peuple de gauche’.
Dans la sphère des idées, ceci s’est traduit par la
renaissance d’un réformisme radical (porté par Attac)
et une augmentation de l’audience des idées
révolutionnaires. Ce renouvellement, à gauche est aussi
permis par la poursuite du déclin du PCF et sa perte
d’hégémonie. Pour enrayer ce déclin, sous la
pression de sa base et suite à une analyse critique de ses
différentes participations aux gouvernements de gauche, le PCF
a fortement radicalisé son discours. Le 32ème
congrès du PCF a marqué un tournant, M.-G. Buffet y a
rappelé avec insistance la nécessité d’une
révolution (elle a utilisé six fois la phrase « il
y a besoin de révolution »1.
Cette radicalisation associée à une ouverture aux
mouvements sociaux lui a permis de rebondir lors des élections
régionales et surtout lors de la campagne victorieuse contre
le référendum portant sur la constitution européenne.
Mais ce processus accentue la contradiction entre la base radicalisée
et les intérêts électoralistes, qui rendent la
compromission avec le PS quasi indispensable. La recomposition à
gauche rend possible l’émergence d’une nouvelle force en
rupture avec le libéralisme. Le choix des tactiques à
adopter en vue de la création de cette nouvelle force requiert
toutefois une analyse détaillée de la nature et de
l’histoire des parties qui composent la gauche radicale ; le
PCF, en est l’élément partisan central. Sa situation
actuelle et son histoire donnent des éclairages sur les
tactiques que les révolutionnaires peuvent engagées
vis-à-vis de lui.
Etat du PCF et nature des
contradictions qui le
traversent.
Le
PCF compte
aujourd’hui près
de 135 000 membres (voir figure 1) et pèse entre 5 et
10 % dans l’électorat (figure 2). Ce parti est en fort
déclin. Pour mémoire, il comptait 800 000
adhérents à la Libération et faisait plus de
25 % aux élections législatives. Ce déclin
se traduit par une baisse du nombre de militants, une chute des
scores électoraux, une diminution du lien partisan et un
renforcement du processus d’institutionnalisation. Une enquête
réalisée au Cevipof montre que les adhérents
communistes ont aussi profondément évolué entre
1979 et 1997. Le PCF est aujourd'hui vieillissant, avec environ un
quart (24,4 %) d'adhérents âgés de 60 ans ou
plus, et 10,5 % de moins de 30 ans. Près du quart
(24,5 %) des adhérents communistes est retraité.
La majorité des communistes (61 %) est arrivée au
Parti communiste avant 1990. Parmi les communistes qui exercent une
activité professionnelle, le poids des ouvriers s'amenuise :
ils représentaient 45,5 % des adhérents en 1979,
ils ne sont plus que 31,3 % aujourd'hui. Les professions
indépendantes (agriculteurs, commerçants) ont quasiment
disparu et ne représentent plus que 4,8 % de l'ensemble
des adhérents. En revanche, la part des employés
(32,9 %), des professions intermédiaires et cadres moyens
(19,8 %), des professions libérales et cadres supérieurs
(11,3 %) augmente. Si le PCF reste un parti à dominante
ouvrière et employée, ce qui fait toujours sa
singularité, il enregistre les transformations de la société
française. 23,5 % des adhérents communistes de
1997 sont chômeurs ou inactifs (principalement étudiants),
proportion moindre cependant que dans la population française
globale. La seule caractéristique que le PCF d'aujourd'hui
conserve intacte par rapport à 1979 est sa forte féminisation,
avec 39,6 % d'adhérentes. Le lien militant est devenu
plus faible, environ un tiers des communistes n'a pas d'activité
militante réelle. Les adhérents récents, jeunes,
ouvriers et employés sont moins investis dans la vie partisane
que les hommes, âgés de plus de 40 ans, adhérents
depuis plus de 10 ans. De plus, au cours des années 80, avec
la diminution de l’engagement politique, le processus
d’institutionnalisation du PCF s’est accentué. Les 11 000
élus (sur 135 000 encartés) représentent un
poids organisationnel et financier important. Un ancien responsable
du parti dans le bassin de Longwy rapporte : « Les
élus aujourd’hui c’est la queue de la comète, c’est
la seule chose qui reste au PCF, (…). La fédération
est une coquille vide ». Julian Mischi dans son analyse du
PCF ajoute « Dans les fédérations, la
présence militante s’efface, les réunions se tiennent
avant 18H et les bénévoles de l’institution laissent
la place à des professionnels absents le week-end :
permanents, personnels administratifs, élus. »2.
Mais parallèlement, il se produit aussi une distanciation
idéologique et pratique (moins de médiation par le
biais de la bureaucratie du parti) entre l’adhérent et le
parti. De ce fait, les membres et les sympathisants du PCF sont plus
ouverts pour des actions communes avec les révolutionnaires.
Malgré tout, le PCF dispose encore d’un capital de sympathie
et d’un appareil militant très important comparativement aux
autres forces de gauche.
Historiquement
le PCF
a été
le parti de la classe ouvrière. Le parti du congrès de
Tours était un parti représentatif de la classe moyenne
avec une sur-représentation des intellectuels de masse
(instituteurs), mais sous l’impulsion de l’Internationale, le
PCF va avoir une politique volontariste de recrutements et de
promotions des ouvriers. La prolétarisation du parti va
s’effectuer avec succès au début des années
20 : en 1920, 19 % des membres du comité central
sont ouvriers, ils sont 52 % en 1936. Cette ouvriérisation
du parti a eu comme corollaire une implantation historique forte dans
l’électorat ouvrier. Implantation qui malgré une
désaffiliation existe encore aujourd’hui. Rappelons qu’aux
régionales 2004, 38 % des ouvriers ont voté pour
les listes PS-PCF ou Verts (et 41 % des gens ayant des revenus
de moins de 760 €), contre 32 % pour le FN et 11 %
pour
les listes LO-LCR (Sondage Sofres). Le décrochage de la classe
ouvrière vis-à-vis de la gauche réformiste et du
PCF est donc encore relatif. Une autre caractéristique du PCF,
est son lien organique avec le mouvement ouvrier organisé
(notamment la CGT). Ce lien organique entre le parti et le syndicat
ne s’est pas fait dès la création du PCF mais après
sa bolchevisation. En effet, l’ancienne direction du PC, issue de
la SFIO était attachée à l’indépendance
syndicale. Le PCF n’acheva donc la conquête de la direction
de la CGTU qu’en 1930. Les liens avec la CGT demeurent encore
aujourd’hui forts même si la CGT n’est plus une simple
courroie de transmission. Entre 1999 et 2003, B. Thibault (secrétaire
général de la CGT) s’est s’attelé à
défaire les liens officiels entre le PCF et la CGT. La rupture
du lien organique avec le PCF est une réponse au déclin
du PCF et au repositionnement stratégique de la CGT dans
l’espace laissé vacant par la CFDT. Néanmoins, les
liens officieux demeurent très importants. Rappelons que Thibault était
membre du conseil national du PCF. En 1999, 15
membres sur 17 du bureau confédéral de la CGT, étaient
au PCF. Aujourd’hui encore, 80 % des secrétaires
d’unions départementales ont leur carte au parti. Si le PCF
est peu implanté dans ‘la nouvelle’ classe ouvrière
(employés précaires dans les services), il garde donc
une forte influence dans certains grands bastions (SNCF, RATP,
métallurgie, automobile).
Idéologiquement,
le
PCF est
depuis un grand nombre d’années acquis au réformisme.
Il tâcha d’éviter la confrontation avec l’Etat dans
les luttes en 1936, 1945 et 1968, il a toujours fait reprendre le
travail aux grévistes, utilisant un discours
« responsable »
qui protégeait constamment in fine les institutions et l’Etat
français. Après 1945, au pouvoir, il couvrit les pires
exactions de la France coloniale (Algérie en 1945, Indochine
en 1946, Madagascar en 1947). Il participa à de nombreux
gouvernements de gauche dans l’après guerre (1945 et 1957)
et depuis 1981. Enfin, dans les années 1970, il assuma un
virage idéologique vers le réformisme qui s’est
traduit par une série de théories économiques
sur l’aménagement du capitalisme : la sphère
financière serait responsable du gaspillage des richesses et
une politique de nationalisations permettrait de remettre de l’ordre
dans l’économie3.
Herzog en 1982, dirigeant du PCF, a même une formule pour le
moins révélatrice : « Si des sacrifices
pouvaient être efficaces, les travailleurs les consentiraient,
ils ont le sens du devoir national. » Un autre exemple est
la politique de collaboration de classes qui se traduit par un
soutien aux PME face aux multinationales ‘démoniaques’. Le
dépassement du capitalisme est toujours envisagé, mais
de façon ‘graduelle’. Parti de la résistance, le
PCF a toujours eu un discours nationaliste. Par exemple, dans les
années 80-90, la réponse du PCF au chômage n’est
pas la réduction du temps de travail, mais le « Produisons
français ».
Parti
encore
symbolique pour la classe
ouvrière, le PCF est tiraillé entre une base
radicalisée par les luttes et un appareil dont la survie
dépend de ses élus. La dynamique à la base
devrait permettre un décrochage du PCF vis-à-vis du PS,
mais ce projet est contradictoire avec le maintien d’un grand
nombre d’élus qui rend nécessaire les accords
électoraux avec les socio-libéraux. Une autre
contradiction est issue de la réforme de R. Hue, qui a poussé
à l’ouverture du Parti alors que l’appareil, mis en
difficulté à cause du repli électoral, est loin
de vouloir céder la place. Enfin, le discours radical du PCF
débouche presque toujours sur des propositions à faire
adopter par les institutions : parlant de la guerre en Irak,
M-G. Buffet indiquait « Une guerre qui en fait, couvre des
luttes d’intérêt, des volontés de domination
qui sont les fondements du capitalisme. C’est dans la guerre qu’il
dévoile son visage le plus terrible. Le conflit en Irak n’a
que trop duré. »4.
Ces propos résument la politique du PCF : radicalité
du discours, voux incantatoires, confiance dans les institutions
capitalistes les plus antidémocratiques et forme de
nationalisme. En actes, cela revient presque toujours à
limiter l’auto-organisation des masses. Néanmoins, ce
discours réformiste à un écho et une certaine
cohérence malgré ses contradictions. Lors d’une
remontée des luttes économiques et politiques le PCF
peut bénéficier de la situation et être le pilier
d’un pôle radical. Ce fut notamment le cas pendant la
campagne du 29 mai.
Retour sur le congrès de
Tours :
Comment dans le passé les
révolutionnaires
ont tiré parti des contradictions existantes dans la SFIO.
Le
PCF est né au
congrès
de Tours en 1920 de la scission de la SFIO (Section française
de l’internationale ouvrière). Cette scission a comme double
origine, l’incapacité de la IIème
Internationale à empêcher la guerre de 1914-1918 et la
victoire des Bolcheviks en 1917. La scission a eu lieu lorsque la
question de l’adhésion à la IIIème
Internationale s’est posée. Cette adhésion était
soumise à l’adoption de 21 conditions, visant à
transformer les anciens partis sociaux démocrates européens
en des partis révolutionnaires dont l’organisation et le
fonctionnement étaient calqués sur le parti
bolchevique. Ces organisations devaient être des organisations
de combat permettant l’extension de la révolution. Au
congrès de Tours, la SFIO est un parti de 180 000 membres
où coexistent trois grandes tendances : à ‘droite’
les socialistes ayant justifié l’union sacrée
auxquels appartenait la majorité des élus (mais aussi
Jouhaux le secrétaire générale de la CGT), au
centre les pacificateurs ou reconstructeurs hostiles à la
guerre mais méfiant vis-à-vis des bolcheviques et à
gauche les pro-bolcheviks5.
Les bolcheviks étant minoritaires, une adhésion à
la IIIème internationale sur des bases claires
et
sans alliance ne semblait pas possible. L’adhésion va être
permise par une alliance entre le centre et la gauche du parti. Mais
la base de cette adhésion est floue et le demeurera plusieurs
années : les 21 conditions et donc la nature du nouveau
parti ne sont pas clairement mentionnées dans les textes du
congrès de Tours. A ce sujet, P. Robrieux rapporte :
« Pour d’autres, les plus nombreux, il suffisait
d’ouvrir la vieille maison à l’air du temps. Il s’agissait
de rénover et non de révolutionner le Parti. Se
proclamant fidèles à l’esprit de synthèse qui
avait animé Jaurès, ceux-là voulait injecter du
bolchevisme dans l’organisme du vieux socialisme français »6.
Au moment où s’ouvre le congrès de Tours, chacun sait
que l’adhésion est acquise mais nul ne prévoit qui
acceptera de suivre la majorité. Après de longs débats,
la droite de la SFIO quitte le nouveau PCF ; mais elle
entraîne
avec elle qu’une minorité des militants (40 000
adhérents) et la majorité des élus. Alors que
les révolutionnaires sont minoritaires, une majorité de
l’ex SFIO adhère à la IIIème Internationale.
« Plus que telle ou telle interprétation doctrinale
du marxisme, le prestige de la première grande révolution
socialiste victorieuse, la colère des nés de la guerre,
la soif d’actions et la volonté de renouvellement et les
aspirations (…) au grand règlement de compte avec le
socialisme d’union sacré »7
ont permis cette adhésion massive. Mais le congrès de
Tour n’en est pas moins un compromis.
En
1921, le nouveau
PCF est un parti
jeune de 120 000 membres avec 150 000 à
200 000
sympathisants. Il possède cinq quotidiens, 40 hebdomadaires et
l’Humanité tire à 200 000 exemplaires… C’est
un parti qui représente essentiellement la classe ; le
premier comité directeur ne comprend que deux ouvriers et une
majorité d’instituteurs. Après la bolchevisation du
parti, la direction essaiera de corriger ‘ce travers’ par une
politique ouvriériste. Le compromis de Tours va être
paradoxalement pérenne début 1921 et ce pour plusieurs
raisons : la direction de la gauche du parti (Souvarine et
Loriot) est en prison depuis le congrès suite à
l’affaire des chèques8.
Le clivage entre la gauche et la droite portait sur le caractère
révolutionnaire du parti et sa soumission totale à
l’internationale. Or début 1921 la direction russe de
l’internationale n’intervient plus dans les affaires internes du
PCF, car elle est occupée par les suites de la révolte
de Kronstadt et par la mise en place de la NEP. De plus, les années
1920-1921 marquent un tournant dans la lutte des classes à
l’échelle internationale, après l’échec des
révolutions italiennes et allemandes on assiste à un
reflux des luttes. Le caractère révolutionnaire du
parti n’apparaît plus autant d’actualité et le parti
ne se transforme pas véritablement. Dans un premier temps, il
conserve les statuts de la SFIO et notamment le droit de tendance et
l’élection de la direction à la proportionnelle des
tendances. La subordination au Komintern va se faire progressivement.
Au début c’est surtout l’autorité morale des
dirigeants soviétiques et leur soutien financier qui pèse.
La pression s’accentue durant l’été de 1921,
Trotsky écrit une lettre au comité directeur du PCF
demandant l’ouvriérisation du parti, sa
professionnalisation, sa centralisation et sa discipline. Les débats
vont se focaliser sur la création d’un bureau politique
restreint, mieux à même de diriger le parti que le
comité directeur d’une trentaine de membres. Au cours de
l’automne, trois autres débats vont enflammer le parti :
le lien avec les syndicats, le contrôle de la presse et la
tactique du front unique. Les membres du centre et de l’ultra
gauche vont fortement s’opposer à ces demandes faites par
l’Internationale. La tactique du front unique est notamment
incompréhensible pour un parti issu de la scission de la SFIO
et la liberté de la presse, ainsi que l’indépendance
syndicale, sont très ancrées dans les traditions de la
gauche française. Les critiques du centre vont se focaliser
sur Souvarine, membre historique de la tendance bolchevique du PCF et
chargé des relations avec l’Internationale. La pression de
l’Internationale va en réaction aboutir lors du 1er
congrès du PCF (25 décembre 1921) à
l’affaiblissement de la gauche du parti et à l’éviction
de Souvarine. Ce dernier était pourtant un des seuls à
avoir une formation marxiste et à entrevoir une bolchevisation
« intelligente » du PCF. Néanmoins,
l’Internationale va réussir à prendre le contrôle
de la direction du PCF au IVème congrès
mondial à Moscou en 1922. Pour cela, elle va en divisant le
centre, réorganiser la direction sortante du PCF, issue du
second congrès d’octobre 1922 (50 % centre, 50 %
gauche). Ce précédent est très grave, un congrès
de l’Internationale réorganise une direction élue
d’un des partis avec des pratiques pour le moins douteuses9 ;
il marque le début de la russification du parti.
De
ce bref rappel
historique, on doit
d’abord noter que le PCF se construit en terme de militants,
d’idéologie et d’organisation à partir de
l’ancienne SFIO. D’autre part, le PCF est le seul parti
communiste de masse à s’être développé
dans un contexte démocratique avant la guerre (le PCI ne
deviendra un parti de masse qu’après la guerre et le KPD ne
survivra pas au nazisme). Le processus de sa fondation est
intéressant à plusieurs niveaux. C’est un processus
composite qui n’est pas idéologiquement pur ; il est
permis par une radicalisation massive de la base qui s’oppose à
un appareil réformiste discrédité par la guerre
et par l’existence d’un pôle révolutionnaire. Ce
processus est certes inachevé mais il représente dans
un premier temps une réussite, qui donne à la classe un
outil militant puissant (malheureusement dans une phase où le
reflux s’amorce). Cela donne ainsi une idée des mécanismes
qui peuvent contribuer à des ruptures au sein du réformisme
et entraîner une portion importante des masses lors de périodes
de radicalisation. D’autre part, analyser le caractère
réformiste du PCF à partir de sa seule stalinisation
est faux. Il n’y a pas un PCF révolutionnaire bolchevique
pur qui serait intégralement devenu réformiste à
partir de sa stalinisation, par la soumission des intérêts
de la classe aux intérêts de l’URSS. C’est un
processus plus complexe où le caractère réformiste/
révolutionnaire est demeuré non tranché depuis
son origine. De la même façon, ses caractéristiques
comme l’ouvriérisme ou son républicanisme, viennent
en partie de ces origines et sont des caractéristiques de la
gauche française avant 1920 (anarcho-syndicalisme et
socialisme républicain). Enfin, la russification du parti
prend ses racines avant la dérive stalinienne. Les leaders de
l’Internationale acculés par une situation défavorable
se réfugieront mécaniquement dans la reproduction de ce
qui avait fonctionné en terme d’organisation en Russie.
Lénine alors malade reconnaîtra partiellement cette
erreur lors du quatrième congrès de l’Internationale.
Quelles leçons ?
Revenir
sur
l’histoire du PCF
aujourd’hui présente deux intérêts. L’analyse
de son histoire permet tout d’abord de mieux comprendre comment se
construit un parti, une identité et une direction politique.
Le PCF se situe à la fois dans la continuité de la
gauche française (ouvriérisme et anti-intellectualisme)
et en rupture avec celle-ci (organisation du parti, encadrement des
membres, lien avec les syndicats). Sa création a été
un processus composite, qui a permis malgré tous ces défauts,
une organisation et une représentation de la classe ouvrière.
Les Bolcheviks français ont su gagner la majorité du
parti issue de la SFIO par une alliance avec le centre et en
s’appuyant sur les éléments radicalisés de la
classe ouvrière. Ce succès donne des pistes pour les
recompositions en cours dans la gauche européenne. Il est
aussi intéressant de voir que le PCF s’est éloigné
de la classe ouvrière en refusant d’appliquer au début
la tactique du front unique et quand il a opéré la
stratégie classe contre classe sectaire vis-à-vis des
autres socialistes. Les dirigeants du PCF se sont trompés sur
l’extinction du Parti socialiste français. Trotsky à
ce sujet notait que « Il est bien trop facile de parler du
Parti socialiste français comme moribond et de dire que seuls
quelques travailleurs voteront pour lui. C'est une illusion. Le Parti
socialiste français est l'organisation électorale d'une
fraction considérables de masses ouvrières passives et
semi passives. Les communistes, avec une organisation et une presse
bien plus forte, ont obtenu considérablement moins de voix que
les socialistes. »
Le
deuxième point
intéressant
est l’analyse de l’état actuel du PCF et la résolution
probable des contradictions existantes en son sein qui déterminera
son avenir. Il ne faut pas envisager la résolution de ces
contradictions de manière mécaniste mais dialectique.
Son déclin, son passé réformiste, le poids de
l’institutionnalisation laisse présager une transformation
réformiste comme celle qui s’est produite au parti
communiste italien. C’est cette orientation, prise par la ligne de
Hue, qui amené le PCF dans la gauche plurielle. Pourtant,
cette ligne a été temporairement rejetée.
Pourquoi ? Première explication, la base a été
redynamisée par la remontée des luttes et offre un
contrepoids organisationnel aux élus. Deuxième élément,
la logique d’adossement au PS mène à l’impasse
électorale aussi car petit à petit le PS grignote
l’électorat du PC. Troisièmement, l’existence d’une
dynamique ouverte à gauche du PC (politique de front unique de
la part de l’extrême gauche et initiatives unitaires) empêche
une reconversion totalement réformiste du PC. Ceci explique
l’équilibre relatif de la direction actuelle qui ménage
à la fois alliance avec le PS, combativité et discours
anticapitaliste.
Le
sens de la
résolution des
contradictions historiques du PCF dépend maintenant du cours
de la lutte des classes et des initiatives des révolutionnaires.
Les
« tendances » du PCF
aujourd’hui
(source Wikipédia)
Les
tendances
n'existent pas au sein du
PCF. À l'origine, ceci était lié à la
conception centraliste démocratique du Parti. Cependant, cette
interdiction est demeurée après le 28ème congrès
qui, en 1994, a officiellement rompu avec le centralisme
démocratique. Les nouveaux statuts du PCF, issus du 31ème
congrès, stipulent : « Ainsi, nous faisons le
choix de faire du pluralisme de droit un principe de notre mode de
fonctionnement. Pour autant, les communistes ne veulent pas que cela
se traduise par un fonctionnement en tendances. ».
Cependant, on peut identifier au sein du PCF des
« tendances »
ainsi que des groupes politiques, qui s'affirment notamment lors des
votes internes (adhésion au Parti de la Gauche européenne,
constitution des listes, textes d'orientation, ...).
1/ Les ‘tendances’ liées à
l'actuelle majorité
Les
partisans de la
ligne politique de
Marie-George Buffet : ils dirigent le parti et défendent
le principe d'une autonomie par rapport au Parti socialiste, tout en
en faisant un allié potentiel, au même titre que les
autres forces de gauche (LCR, Verts, alternatifs), que les
altermondialistes (Attac…) ainsi que toutes les composantes du
mouvement social.
Les
partisans de la
ligne politique de
Robert Hue ou
‘Huistes’ :
ils défendent
le principe d'une alliance privilégiée avec le Parti
socialiste dans le cadre de la ‘Gauche
plurielle’.
Le rôle
du PCF
serait d'influer sur l'orientation de la ‘Gauche plurielle’, pour
une meilleure représentation du monde du travail. Il devrait
mener liste commune avec le PS, au moins lors des échéances
nationales et régionales.
Les
‘refondateurs ’
(rénovateurs)
proches de Patrick Braouezec et Roger Martelli, alliés
critiques de la direction Buffet, qui souhaitent un dépassement
de la forme-parti, et une réflexion sur de nouvelles logiques
d'organisation fondées sur le mouvement social. Des militants
proches de ce courant éditent le bulletin Communisme en
mouvement.
Ces
trois premiers
groupes forment la
majorité du Parti.
2/ Les minoritaires
Les
anciens partisans
de la ligne
politique de Georges Marchais comme Nicolas Marchand et Yves Dimicoli
ont formé le réseau Action Novation Révolution :
ils défendent le principe d'un PCF autonome par rapport au PS
tout en étant en faveur d'une nouvelle Union de la Gauche avec
un rééquilibrage de l'alliance en faveur du PCF. Ils
s'opposent moins à la direction sur les actions politiques et
les campagnes que sur les questions stratégiques et sur la
visée de fond du PCF (ANR s'affirme révolutionnaire et
remet en cause les orientations de la direction, qu'ils jugent
évolutionnistes ou réformistes).
Les
‘orthodoxes’ de
la fédération
du Pas-de-Calais étaient au départ opposés à
l'appareil et se sont rapprochés depuis de la ligne
majoritaire.
La
Gauche communiste
de Jean-Jacques
Karman Fièr(e)s d'être Communistes, regroupement de
l'aile gauche du PCF qui répond ainsi a un slogan de la
direction « fier d'être à gauche »,
avec comme personnalités André Gerin, Jacky Hénin,
Freddy Huck, Henri Martin, Jean-Jacques Karman, Jean-Claude Danglot.
Elle s'oppose à ce qu'elle appelle la mutation réformiste
et propose de remettre le parti à l'avant-garde en revenant
aux fondamentaux marxistes. Elle s'oppose fondamentalement à
toute candidature unique et à plusieurs campagnes de la
direction actuelle, en particulier celle des forums populaires. Des
militants de ce réseau ont ouverts le site Altercommunistes .
Colère
et espoir,
association
fondée par Maxime Gremetz. Elle s'oppose à la majorité
sur plusieurs points, notamment sur la création du Parti de la
Gauche européenne et se prononce pour une
« reconstruction »
du PCF.
Section
du PCF Paris
15e, elle s'oppose
fondamentalement à la mutation réformiste qu'elle
estime engagée depuis 1994 et propose la rupture en remettant
le PCF sur les rails de la lutte des classes.
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