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Que
Faire – Numéro 3 – avril/juin 2006
Le rapport qui ébranla l’Union
soviétique
Nick Barrett
Il y a 50
ans, les 24 et 25 février
1956, Khrouchtchev présentait au XXème
congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, un
rapport dénonçant la politique de Staline. Cet
événement inédit provoqua une rupture dans le
monolithe qu’était le parti jusqu’alors. Il fût à
l’origine de la fin de la politique des goulags et marqua le début
de réformes dans le but de sauver le régime.
Nous sommes au milieu
de la guerre
froide. La rivalité USA-URSS bat son plein. Le 24 février
1956, les travaux du XXe congrès du Parti
communiste de l’Union soviétique (PCUS) se terminaient. Avec
l’élection du comité central, il ne restait que le
Praesidium (le bureau politique) à élire. Tout d’un
coup, Khrouchtchev, le secrétaire général,
décréta que les travaux devaient se poursuivre,
convoqua tous les délégués et entre minuit et 4h
du matin le 25 février, livra un rapport devenu historique, le
« rapport secret » de Khrouchtchev qui allait
ébranler le mouvement communiste international. Ce fut un
rapport fait à huis-clos : ni les journalistes ni les
délégations des partis frères étrangers
n’étaient admis, bien que ces derniers aient pu consulter le
rapport.
Le rapport ne devait
pas rester secret.
Des fuites, probablement venant du parti communiste polonais, sont
parvenues au monde occidental. En mai le rapport est publié et
diffusé dans le PCUS en URSS même. C’est le New York
Times et Le Monde qui le diffusent dans le monde occidental début
juin 1956.
Dans un silence de
plomb les délégués
du congrès écoutèrent Khrouchtchev énumérer
les crimes et les erreurs de Staline. Bien qu’il s’agissait de
faits dont tout le monde était au courant, personne en trente
ans n’avait osé le dire du haut de la tribune du Parti. Un
mythe était en train de s’écrouler, Staline était
critiquable, un monde nouveau se préparait.
Il y a deux raisons
pour parler encore
du rapport secret. Lorsqu’on parle d’anticapitalisme, et de
rupture avec le social-libéralisme, la question de ce qui peut
remplacer le capitalisme se pose et tôt ou tard. L’Union
soviétique, le « socialisme réellement
existant » s’invite dans la discussion. Comprendre,
expliquer, et surtout répondre à la question de savoir
si le stalinisme était inévitable ne peut être
esquivé. La deuxième raison est que la tradition de la
LCR est celle du socialisme démocratique par en bas, une
tradition révolutionnaire construite en opposition au
stalinisme. Cette tradition a été maintenue, au creux
de la vague par quelques centaines, voire quelques milliers de
militants, en premier lieu Léon Trotsky qui comme la plupart
d’entre eux, est mort des mains des agents de Staline. Le rapport
secret de Khrouchtchev représente à cet égard
les premiers craquements du monolithe stalinien, les premiers signes
de crise, en quelque sorte la première justification des
sacrifices de toute une génération.
Une attaque contre Staline
Le rapport de
Khrouchtchev est
accablant. Il dénonce comment « … le culte de la
personne de Staline n’a cessé de croître... ».
Il explique que « d’éminents dirigeants du parti
et des militants, honnêtes et dévoués à la
cause du communisme, sont tombés... », souvent
exécutés par la police secrète de Staline. Il
donne comme exemple le sort des 1 966 délégués
au congrès du PCUS en 1934 (pourtant totalement acquis à
Staline) : 1 108 sont morts fusillés. Sur les 139
membres du comité central élus à ce congrès,
98 avaient été fusillés, un éclairage
sans pitié de la manière dont Staline maintenait par la
peur son contrôle du système. Il explique comment
Staline a ordonné « Les déportations
massives de peuples entiers, y compris tous les communistes et
Komsomols sans exception ».
En 1943, les
Karatchaèves, les
Kalmouks sont déportés. En 1944, ce sont les
Tchétchènes, les Ingouches et les conséquences
tragiques se ressentent jusqu’aujourd’hui.
Il marque le
contraste entre les
méthodes brutales de Staline avec celle de Lénine « Les
traits de Lénine […] étaient absolument étrangers
à Staline »
Enfin, pour la
première fois, la
responsabilité de Staline dans la débâcle
soviétique face aux armées allemandes en 1941 est
évoquée : « L’élimination par
Staline de nombreux chefs militaires... entre 1937 et 1941 »
avait laissé l’Armée rouge sans chef militaire
compétent face aux armées d’Hitler.
Mais le rapport ne
remet absolument pas
en cause le régime. Khrouchtchev s’en prend exclusivement à
ce qu’il nomme le culte de la personne et aux
« erreurs »
de Staline, soulignant que « Staline était
convaincu qu’il agissait dans l’intérêt de la classe
laborieuse » Autrement dit pour Khrouchtchev, il
s’agissait d’un problème individuel du « camarade
Staline », non pas du système. Le deuxième
aspect à rappeler est que le rapport devait rester secret :
« Aucune
nouvelle à
ce sujet ne devra filtrer à l’extérieur ».
Khrouchtchev précise que « Nous ne devons pas laver
notre linge sale devant les yeux de l’ennemi ».
Malgré ces limites
évidentes,
il a provoqué des changements considérables, et qui
plus est, se sont révélés irréversibles.
Le rapport fait l’effet d’une bombe parmi les partis communistes,
plus rien sera pareil après.
Dans quel contexte
est-il intervenu ?
Quelles ont été les conséquences ? Comment
cela s’est répercuté sur la gauche, en particulier en
France ?
L’Union soviétique en crise
Exsangue (20-30
millions de morts)
après la Seconde Guerre mondiale, la Russie se reconstruit sur
la base de l’industrie d’armements, la bombe atomique et
l’industrie lourde. Une industrialisation forcée ne pouvait
que s’accompagner d’une répression politique sans faille.
Le Goulag, système de camp de travail, fournissant une main
d'œuvre gratuite pour les industries russes, passe de 2 à 5,2
millions de personnes entre 1940 et 1953, dont 580 000 étaient
prisonniers politiques (assimilés aux ‘trotskistes’ ou
‘droitiers’ par le régime, mais en réalité,
pour la plupart, il s’agissait de gens simplement critiques du
régime).
L’industrialisation
sur les décombres
de la guerre crée une situation de misère. L’économie
répond de moins en moins aux besoins de la population, mais
aussi aux objectifs fixés par les dirigeants russes, en termes
de volume de production, de qualité technologique, et avec un
gaspillage croissant. Fin 1957, il y avait en Russie dans l’industrie
12,5 % de travailleurs en plus qu’aux USA, mais la production
industrielle américaine était deux fois supérieure
à la russe. La production de céréales pendant la
période 1949-53 a augmenté de 13 % par rapport à
1910-14, mais la population, elle, a augmenté de 30 % par
rapport à 1910-14 !
Les dirigeants du
régime sont
parfaitement conscients de ces problèmes et savent qu’il
faudra trouver des solutions. La mort de Staline le 5 mars 1953 crée
l’opportunité d’un tournant. La politique du tout
répressif mise en place au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale bloque le développement économique. Mais les
partisans de réformes pour desserrer l’étau pour
relancer l’économie tout en la contrôlant et les
orthodoxes (Malenkov, Molotov, Kaganovitch) qui voulaient maintenir
la répression voire l’augmenter s’opposent. Mais ils
s’accordent sur un objectif : le maintien du régime et
le développement économique. De leur point de vue il y
a urgence car ces divisions au sommet, failles dans le monolithe, ont
ouvert des espaces pour la révolte d’en bas.
Trois mois après la
mort de
Staline, en Juin 1953 il y a une insurrection ouvrière à
Berlin Est. En juillet 1953 dans le camp de travail des ‘politiques’
à Vorkouta en Sibérie, 15 000 prisonniers organisèrent
une grève dure (dirigée par les trotskistes). En
octobre 1956 c’est au tour de la Pologne : une révolte
ouvrière avec Gomulka à sa tête menace de
soustraire la Pologne à la sphère d’influence russe.
Enfin, en novembre 1956 l’insurrection des ouvriers à
Budapest en Hongrie, dont le dirigeant principal s’appelle Nagy,
verra des conseils ouvriers ou soviets se constituer en opposition à
la bureaucratie stalinienne. Pour les dirigeants russes cela va trop
loin et ils envoient les chars pour écraser l’insurrection
dans le sang.
Le régime se réforme
Mais les signes ne
trompent personne.
La menace d’une révolution d’en bas est le plus grand
souci de tous les dirigeants sans exception, il s’agit dès
lors de la déjouer, quitte à accorder des réformes
politiques, économiques et sociales.
De ce point de vue,
la position de
Khrouchtchev est semblable à celle de Gorbatchev 30 ans plus
tard : la nécessité d’accorder des réformes
pour sauver le régime.
A partir du rapport
secret Khrouchtchev
enchaîne les réformes. Le système du Goulag est
démantelé, trois ans plus tard il reste moins d’un
million de personnes dans le Goulag. Le travail devient salarié
avec la journée de huit heures et n’est plus sous tutelle
militaire (KGB) mais sous la responsabilité des ministères
civils. Il n’y a plus d’exilés politiques. De façon
plus large Khrouchtchev introduit des réformes profondes pour
en finir avec l’arbitraire policier : on introduit un système
judiciaire, il n’y a plus d’arrestations sur la base de soupçons
ou de dénonciation mais seulement suite aux faits, et le droit
à un avocat pour la défense devient général.
Les fameuses blouses blanches, des médecins juifs accusés
d’avoir comploté contre Staline seront réhabilitées.
Mais il y a aussi de la résistance au sommet aux réformes
Khrouchtchev. En 1957 de retour d’un séjour à
l’étranger, Khrouchtchev se retrouve face à une
conspiration menée par Molotov, Malenkov, Kaganovitch,
Varochilov au sein du Praesidium pour l’évincer. Mais en
convoquant dans la nuit le Comité central et avec l’appui
d’une partie de l’armée la conspiration est déjouée.
Un autre signe du changement : pour la première fois il
n’y aura pas de purges ni d’exécutions en masse. Les
responsables sont simplement démis de leurs responsabilités.
Un monde en mutation
Malgré la croissance
économique
des ‘Trente glorieuses’ le monde de 1956 est un monde en train de
changer profondément. En 1954, les Vietnamiens infligent une
défaite cinglante à l’impérialisme français
à Dien Bien Phu, mettant fin à la présence
française en Indochine. Deux ans plus tard le dirigeant
égyptien Nasser nationalise le canal de Suez et tient tête
à l’invasion française, britannique et israélienne.
Ce faisant, il devient le porte-parole du nationalisme arabe qui
rentre en résistance à l’impérialisme
occidental.
La guerre froide bat
son plein, en 1957
le russe Youri Gagarine au grand dépit des Américains,
devient le premier homme dans l’espace. Enfin en 1955, la
Conférence des pays non-alignés à Bandung
(Indonésie), marque l’émergence d’un Tiers monde en
lutte pour son indépendance face au colonialisme. Des
dirigeants comme Tito, Nehru, Nasser, Mao, mais aussi les luttes des
peuples vietnamiens et algériens vont devenir mondialement
connus. C’est à Bandung que Tito et d’autres élaborent
la théorie de la co-existence pacifique. Ils tracent une
perspective qui ne dépend ni de l’URSS, ni de l’impérialisme
américain et esquissent les luttes de libération
nationale pour les deux décennies à venir.
Les années cinquante
marquent
aussi la réémergence de l’Allemagne et du Japon comme
puissances économiques. Ils vont devenir de sérieux
concurrents dans certains secteurs de l’économie capitaliste
au niveau mondial.
En effet, la
concurrence militaire et
économique à l’échelle internationale est en
train de s’aiguiser tandis que les luttes de libération
nationale contestent l’hégémonie des vainqueurs de la
Seconde guerre mondiale. Les grandes puissances, et vu son retard
économique en particulier la Russie, doivent s’adapter à
la nouvelle situation et y faire face.
Les conséquences pour la gauche
en France
Au début des années
cinquante les partis communistes du monde sont alignés sur la
politique de Moscou, et ce depuis les années vingt. De tous
les partis communistes des pays occidentaux, le PCF est probablement
le plus stalinien. Le rapport secret constitue pour ses dirigeants un
choc sans précédent, non pas parce qu’ils n’étaient
pas au courant des pratiques de Staline - eux-mêmes étaient
coupables des pires purges et mensonges aux « intérêts
supérieurs du Parti » - mais parce que jamais ils
n’auraient pu s’imaginer que la direction russe dénoncerait
le stalinisme.
Le PCF comptait 200
000 membres, et
avait recueilli 5,4 millions de voix aux élections
législatives de 1956, en faisant le 1er parti politique de
France. Le secrétaire général Maurice Thorez,
est l’ombre français de Staline.
Il doit son assise à
plusieurs
aspects : la victoire en 1945 sur les armées allemandes a
été obtenue grâce aux sacrifices quasi inhumains
de l’URSS, et le PCF est vu comme le représentant de l’URSS
en France ; deuxièmement, l’URSS est toujours
considérée comme la patrie de la révolution (40
ans seulement auparavant) ; enfin le rôle du PCF dans la
résistance et dans le maquis est largement incontesté.
Mais le rapport
secret annonce la
première crise sérieuse pour le stalinisme français,
et va ouvrir aussi la possibilité pour une nouvelle gauche
radicale.
Thorez, Cogniot et
Doize constituent la
délégation du PCF à Moscou pour le 20ème
congrès. Thorez a le droit de le lire mais doit rendre sa
copie du rapport. Son contenu le terrifie : il est
parfaitement
au courant des méthodes et des horreurs du stalinisme et le
rapport constitue à ses yeux une remise en cause des
certitudes d’une vie. Immédiatement il prend le parti des
orthodoxes comme Malenkov et Molotov contre Khrouchtchev et déclare
que le rapport sera rapidement oublié. Dès son retour
en France, le doute s’instaure. Au comité central du 22 mars
1957, il y a pour la première fois depuis trente ans un vrai
débat qui aboutit à une résolution politique
différente de celle proposée. Le tabou est levé,
au PCF aussi, fut-ce de façon très feutrée, on
critique Staline. Thorez est obligé de formuler des critiques
du stalinisme. En même temps, il augmente les salaires des
permanents soudant l’appareil derrière lui.
Les 9-10 mai 1956,
Benoît
Frachon, stalinien lui aussi et dirigeant de la CGT, s’oppose
néanmoins à Thorez au comité central d’Arcueil
accusant le parti de « caporaliser » la classe
ouvrière française. D’autres oppositionnels se font
entendre : Jean Chaintron ex-commissaire aux brigades
internationales, ex-préfet du maquis, Waldeck Rochet, futur
secrétaire général du parti et avant tout
Laurent Casanova, premier intellectuel dirigeant du parti. Ce dernier
qui finira par être exclu, sent aussi monter la révolte
dans la jeunesse qui donnera lieu à une nouvelle gauche dans
les année 60, et comprend immédiatement le lien entre
la critique du stalinisme et les aspirations de la nouvelle jeunesse.
Avec la guerre d’Algérie, le PCF se retrouve à la
traîne de De Gaulle. Au départ, le PCF soutient le
gouvernement socialiste de Guy Mollet qui envoie les troupes. Le
parti se retrouve complètement déphasé par
rapport à la jeunesse et les positions du syndicat étudiant
l’Unef qui préfigurent la révolte de mai 1968. Par
exemple, le PCF dénonce un grand meeting unitaire à
l’appel des 121 en solidarité avec les Algériens à
la Mutualité à Paris, soutenu par Unef, CGT, CFDT et le
PSU.
Dix ans plus tard
cette nouvelle gauche
se concrétise avec entre autres Alain et Hubert Krivine,
Jeanne Habel (qui vont diriger la future LCR après une
scission en 1965 au sein des étudiants communistes).
Mais dans le PCF il
existe encore une
majorité silencieuse pour qui le parti est toute leur vie, et
pour qui les problèmes des camarades de Moscou semblent encore
bien loin de leurs préoccupations quotidiennes. Ils permettent
à Thorez de ressaisir les rênes et de continuer avec un
parti stalinisé. Malgré ceci, des dizaines de milliers
de militants quittent le PCF, notamment après la répression
sanglante de l’insurrection de Budapest en novembre 1956. En 1958,
le PCF perd 1,6 millions de voix aux élections. Le PCF sous
Thorez et ses successeurs soutiendra les interventions militaires
russes à Budapest en 1956, à Prague en 1968 et en
Afghanistan en 1979.
A l’échelle
internationale, le
rapport secret marque aussi la rupture entre Thorez et Togliatti,
dirigeant du parti communiste italien (PCI). Contrairement à
Thorez, celui-ci soutient Khrouchtchev.
Un long dénouement
En 1964, en l’espace
de quelques mois
Thorez, Togliatti et Khrouchtchev meurent.
En URSS, Brejnev
reprend le contrôle
du pays, et bon nombre des réformes de Khrouchtchev seront
arrêtées. Mais il n’y aura pas de retour au stalinisme
du Goulag. Paradoxalement c’est pendant le début de la
période Brejnev que l’économie russe va connaître
un nouvel essor, concomitant aux changements économiques à
l’échelle internationale. Par exemple les pourcentages des
foyers possédant un TV/Frigo/Machine à laver passent de
24, 11 et 21 % en 1965 à 85,91 et 70 % en 1984. La
surface habitée par citadin s’améliore aussi :
1913 – 6,3 m2 ; 1950 – 7,0 m2 ;
1970 –
11 m2 ; 1989 – 15 m2. Mais en dépit de
l’expansion économique, la plupart des facteurs de
stagnation demeurent voire se renforcent, et l’économie
russe est dépassée au niveau mondial. La croissance
passe de 5 % à 2,7 % pendant la même période.
L’âge moyen des membres du Praesidium/BP passe de 55 ans à
70 ans (cf. les caricatures des dirigeants russe), surtout cela veut
dire que ce sont les mêmes, à peu de choses près
qu’à l’époque de Khrouchtchev.
Il faudra attendre le
milieu des années
1980 pour que des dirigeants russes sous Mikaïl Gorbatchev, en
plein marasme économique, décident un nouveau programme
de réformes : la perestroïka
(« restructuration »)
et la glasnost (« transparence »). Le but est
le même que celui de Khrouchtchev : desserrer l’étau,
libérer l’économie et le social pour pouvoir se
maintenir et faire face à la concurrence tout en évitant
les tensions sociales centrifuges de plus en plus évidentes au
sein de l’URSS et qui la menaçaient d’explosion. Cette
fois-ci les contradictions internes seront trop fortes. D’abord le
mur de Berlin puis l’ensemble de l’empire soviétique va se
désintégrer. Gorbatchev, comme Khrouchtchev 30 ans
auparavant, voulait assurer la pérennité du système
tout en réformant les pires aspects. Mais le système
sous contrôle bureaucratique, en apparence planifié mais
sans le moindre contrôle ouvrier, sans démocratie, sans
dynamique était à bout de souffle. Il devait faire face
à une concurrence internationale toujours plus forte et était
rongé par des contradictions internes et les aspirations à
l’indépendance des peuples opprimés par la Russie. En
l’espace de quelques mois l’économie russe va disparaître.
Contrairement à ce que prétendaient beaucoup de
commentateurs, et même une partie de la gauche ce qui s’est
passé n’était pas le triomphe du capitalisme sur le
communisme, mais plutôt la faillite d’un système
d’accumulation du capital bureaucratique dirigé face au
dynamisme du capitalisme libéral. Les dirigeants russes des
années 1990 l’ont très bien compris et ont été
parmi les premiers à se reconvertir en dirigeants
d’entreprises, pillant les richesses de l’ex-URSS.
Dans une certaine
mesure, le rapport
secret de Khrouchtchev marquait en effet « la fin du
stalinisme » selon l’expression de l’historien Moshe
Lewin.
Khrouchtchev était
sans aucun
doute un pur produit du stalinisme, lui-même responsable
d’avoir signé l’arrêt de mort de centaines de
militants bolcheviks et d’autres dans les années trente,
mais il comprenait que le système ne pouvait pas continuer
indéfiniment comme ça. Les réelles réformes
qu’il a lancées ont constitué des vrais pas en avant
pour les Russes, mais elles étaient circonscrites et surtout
elles étaient menées par en haut. Rappelons que c’est
Khrouchtchev qui envoie les chars russes contre les conseils ouvriers
à Budapest en 1956.
Alors comme
maintenant ce qui fait
défaut en Russie est le développement d’un
authentique courant révolutionnaire, démocratique, en
toute indépendance de l’Etat russe, qui pourrait donner
espoir à ceux et celles qui résistent au quotidien aux
méfaits du capitalisme qu’il soit bureaucratique ou libéral.
Bibliographie
Philippe Robrieux
Histoire intérieur
du Parti communiste 1945-72 Fayard 1981
Moshe Lewin Le siècle
soviétique
Fayard/Le Monde Diplo 2003
Tony Cliff Le
Capitalisme d’Etat en
URSS de Staline à Gorbatchev EDI 1990 (en particulier la
postface)
Dossier
« rapport secret »
Le Monde 2 n° 106 25 février 2006
Pierre Broué
Communistes contre
Staline Fayard 2004
Les meilleurs
chiffres sont dans
Capitalisme d’état, et pour la période plus récente
dans Le siècle soviétique, tous les deux disponibles à
la librairie La Brèche. Robrieux est une mine d’information
sur les débats internes du PCF
Pour les arguments de
Mandel, jusqu’en
1989 la théorie officielle de la IVe
Internationale
concernant l’URSS voir (selon Bensaïd et d’autres, cf.
interventions lors des universités d’été de la
LCR, il n’y a plus de théorie officielle pour décrire
l’URSS.) :
http://www.marxists.org/francais/mandel/works/1987/04/em19870401.htm
Sur Bandung 1955
voir :
http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=Bandung
Et des romans
Thierry Jonquet Du
passé faisons
table rase Actes Sud 1998
Manuel Vasquez
Montalban Meurtre au
Comité central 10/18 1999
Gérard Delteil Mort
d’un
satrape Rouge Poche 1998
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