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Que
Faire – Numéro 4 – juillet/septembre 2006
1936, La révolution
espagnole - Origines
d’une défaite
Antonin
Béranger
« Je
vous le dis
franchement, je crains fort que l’historien de l’avenir ne doive
accuser les révolutionnaires espagnols de n’avoir pas su
profiter d’une situation révolutionnaire exceptionnelle. »
Léon
Trotsky (lettre à
Andrès Nin, 12 décembre 1930)
Le
19 juillet 1936, les troupes
militaires menées par le général Franco,
soutenues par la droite réactionnaire et financièrement
par les industriels, les grands propriétaires et l’Eglise,
envahissaient l’Espagne. Ce soulèvement militaire en
provenance du Maroc a pour but de renverser le gouvernement
ouvrier-républicain élu aux élections de février
36. Dans un contexte d’effervescence sociale profonde, la réaction
espagnole ne peut tolérer l’existence d’un gouvernement de
« front populaire » qui est un réel
danger pour ses intérêts.
Les ouvriers se dressent
contre les fascistes
Alors
que le gouvernement, qui essaya
piteusement la voie de la négociation, montrait un aveuglement
qui ne dissimulait pas sa totale impuissance face à
l’insurrection, dès le lendemain, le 20 juillet un
formidable soulèvement ouvrier se dressait contre la junte
fasciste. Sous l’impulsion de la CNT qui organisait alors plus d’un
million de travailleurs, mais aussi de l’UGT et du POUM, les
travailleurs s’organisent contre l’armée putschiste. Alors
qu’il fait face à des rebelles structurés, fortement
armés, le prolétariat espagnol fait preuve d’une
conscience et d’une confiance incroyables et d’un profond
enthousiasme révolutionnaire. Il encercle les casernes, les
occupe, réquisitionne les armes restantes et les redistribue.
Des détachements de gardes d’assaut et de civils rejoignent
les travailleurs… Bien que complètement désorganisé
et très mal équipé, en 15 jours il empêche
la réussite du coup d’Etat dans les 2/3 de l’Espagne. A ce
moment précis, dans les faits, il n’y a plus de gouvernement
ni en Catalogne (où le soulèvement a été
le plus fort) ni à Valence (gouvernement central). Le pouvoir
est aux mains des travailleurs qui ont seuls, par leur volonté,
accompli la tâche de stopper la réaction fasciste. Le
gouvernement est en sursis, il n’a plus d’autorité, plus
d’armée : soit celle-ci obéit à la
réaction, soit elle s’est fondue dans la masse prolétarienne
entraînée dans l’élan révolutionnaire.
« A partir du moment où c’est la majorité
du peuple qui mate elle-même ses oppresseurs, il n’est plus
besoin d’un pouvoir spécial de répression. »1.
Par ce soulèvement allait naître un profond processus de
transformation sociale, une révolution prolétarienne.
Le gouvernement trahit les
travailleurs
Le
prolétariat va prendre
conscience de ses capacités d’auto-organisation et va
commencer à réorganiser l’ensemble de la société
selon ses propres intérêts. Dans la pratique, l’autorité
gouvernementale est complètement désavouée. Sous
l’impulsion de la CNT et du POUM (Parti ouvrier à
unification marxiste), des milices se constituent et des colonnes
s’organisent pour aller reconquérir les zones tombées
sous le joug fasciste. La première et la plus célèbre,
composée de 2 000 miliciens est la colonne Durutti qui
partit de Barcelone, le 24 juillet pour l’Aragon et reconquit
quelques 240 villages. Dans le même temps à Barcelone
est créé le comité central des milices
antifascistes qui devient un nouveau pouvoir, gérant le
ravitaillement, l’administration judiciaire, la formation des
unités de la milice, leur envoi au front, les questions
économiques…
Un
large mouvement de collectivisation
des terres, de l’industrie et des services se construit,
principalement en Catalogne, en Aragon, dans la région de
Valence, mais aussi en Andalousie et en Castille.
Malheureusement
alors que tout est à
portée de mains pour les travailleurs et que rien ne peut
empêcher la prise de pouvoir totale par les masses laborieuses
qui investissent profondément la société, le
processus n’est pas mené à son terme. Les
organisations syndicales sont des organisations de masses en Espagne
(CNT - de loin majoritaire -, UGT - syndicat dirigé par les
socialistes). La CNT a une formidable audience auprès du
prolétariat espagnol et, d’après Trotsky, « […]
c’est dans les rangs de cette organisation qu’est concentrée
l’élite du prolétariat espagnol. »
Principalement, c’est elle qui impulse le soulèvement et
organise les travailleurs dans le processus de transformation
sociale. C’est donc la doctrine anarchiste qui guide la révolution.
Et fidèles à leurs principes de refus de la dictature
du prolétariat et d’un gouvernement des travailleurs, les
anarchistes de la CNT vont s’arrêter en chemin, stopper le
processus d’émancipation. La première bévue et
exemple significatif, fut le refus de s’emparer de la réserve
d’or. Une telle initiative aurait mis un point final à
l’existence du gouvernement. « On répétait
l’erreur des révolutionnaires de la Commune de Paris qui
respectèrent la propriété des banques. »2
Alors
que, le 20 juillet les
gouvernements n’existaient plus que de nom, alors qu’il n’y
avait pas de double pouvoir au lendemain du soulèvement, les
dirigeants anarchistes n’eurent de cesse de donner aux
gouvernements les possibilités de se renforcer, de rétablir
une dualité fatale aux travailleurs. Car effrayé par
les masses en mouvement et prompt à se défendre face à
elles, le gouvernement central retira les fonds d’une Catalogne
beaucoup trop révolutionnaire à son goût. Ceci eu
pour effet, de fortement paralyser le principal centre industriel et
militaire de l’Espagne. Et, pendant sept semaines, bien qu’il ne
manquait pas d’or, le gouvernement central refusa d’acheter des
armes pour équiper les travailleurs en lutte. Ce qui
d’ailleurs est une leçon de choses sur la nature d’un
gouvernement de front populaire.
Et
ces mêmes dirigeants
anarchistes de continuer : « la CNT et la FAI se
décidèrent pour la collaboration et la démocratie,
renonçant au totalitarisme révolutionnaire qui aurait
conduit à l’étranglement de la révolution par
la dictature anarchiste et confédérale. »
Ainsi García Oliver (dirigeant de la CNT) justifie l’entrée
de la CNT à la Généralité en septembre
36, puis au gouvernement central en novembre. Et encore une fois par
cette démarche, ils participent à la contre-révolution
qui permet petit à petit de réaffirmer l’autorité
gouvernementale qui par nature n’avait comme seul dessein, la
répression et la domination sur la classe ouvrière.
Une
chose est d’analyser les
politiques et choix opérés par les organisations
anarchistes, mais étudier les stratégies et
orientations défendues par les marxistes révolutionnaires
en est une bien plus probante. Car, en désaccord profond avec
le fondement même des doctrines anarchistes (refusant d’abolir
la propriété et d’instaurer le seul pouvoir des
travailleurs) nous n’avons aucun doute sur le fait que les
stratégies qui en découlent ne peuvent conduire qu’à
l’échec de la révolution socialiste.
Les révolutionnaires sont
impuissants
Etant
donné la situation et
l’état de conscience avancé du prolétariat
espagnol, il est indéniable que la crise révolutionnaire
espagnole ouvre des potentialités extraordinaires pour
l’accomplissement de la révolution socialiste. Les
révolutionnaires ont donc face à eux des conditions
inouïes pour mener les travailleurs à la victoire.
Pourtant les héritiers de la révolution russe présents
en Espagne sont voués à être spectateurs. A aucun
moment, les bolcheviks-léninistes ne vont pouvoir influer sur
la pente fatale vers laquelle est entraîné le
prolétariat et assumer la tâche d’une direction
révolutionnaire. Ils vont devoir contempler, impuissants, la
réaffirmation du pouvoir du gouvernement et être les
secondes victimes de la contre révolution
stalino-républicaine. Si l’on considère que la
première victime est le peuple espagnol lui-même :
cette position vis-à-vis du mouvement ouvrier a pour origine
la multiplication d’erreurs stratégiques, d’hésitations,
de tergiversations et d’orientations opportunistes durant toute la
période de mûrissement de la crise révolutionnaire
entre l’avènement de la république en 1931 et le
soulèvement ouvrier de juillet 36 :
-
Après la victoire d’Hitler
en janvier 1933, dont la politique de l’Internationale communiste
(IC) en Allemagne est plus que responsable, Staline qui sent le
danger de la guerre mondiale venir à grand pas cherche à
protéger l’URSS. Tous les moyens sont bons pour préserver
« le pays du socialisme. » Il va entre autre, à
travers l’IC et ses satellites (PCF, PCE) chercher à
multiplier les alliances avec les bourgeoisies occidentales et
par-là, mener une politique contre-révolutionnaire en
soutenant contre le pouvoir des travailleurs et les processus de
révolution socialiste les alliances de front populaire et les
républiques. En Espagne cela se traduit par une lutte acharnée
contre les conquêtes ouvrières, les comités des
milices, les collectivisations… Les communistes espagnols n’auront
de cesse de renforcer le pouvoir gouvernemental, de transformer la
lutte des travailleurs pour la révolution en une lutte contre
le fascisme pour la république. Et dans cette stratégie-là,
les ennemis les plus dangereux pour Staline étaient les
révolutionnaires marxistes qui luttaient pour le pouvoir aux
travailleurs, pour la disparition de la république, pour la
dictature du prolétariat. Ceux qui tentaient de guider les
masses vers la révolution prolétarienne internationale
étaient donc ceux qu’il fallait faire taire ou disparaître
par tous les moyens.
-
Pourtant au début des années
30 lorsque la république est proclamée le Parti
communiste est très peu influent et très limité
numériquement. Et il existe en Espagne une section de
l’opposition de gauche, un groupe de bolchéviks-léninistes
dirigé par Andrès Nin et Juan Andrade. Ils vont, en
perpétuel désaccord avec les orientations préconisées
par Trotsky, commettre une série d’erreurs stratégiques
qui laissa aux staliniens la possibilité de se développer
et d’imposer leurs orientations.
La
première erreur consiste,
alors qu’une différenciation s’opère au sein du PCE
au sujet de l’inféodation à Moscou, à refuser
de rentrer en fraction dans ce dernier. Ainsi rien ne pu s’opposer
à ce que la ligne stalinienne l’emporte.
Après
la victoire d’Hitler qui
bouleverse profondément la donne sociale au niveau européen
chacun est obligé de reconsidérer sa stratégie.
C’est à cette époque que Trotsky préconise
l’entrisme dans les organisations socialistes. Le séisme
provoqué par les évènements en Allemagne, va
profondément ébranler le vieux Parti socialiste
espagnol au sein duquel va s’opérer une profonde
radicalisation et plus particulièrement au sein des jeunesses
socialistes. Cette radicalisation s’accompagne en période de
crise d’un fort développement numérique. Mais le PS,
comme les JS (Jeunesses socialistes) n’ont pas de bases marxistes
suffisamment affirmées et ne peuvent que trahir, malgré
ces fortes aspirations, l’insurrection d’octobre 34. L’entrisme
dans le PS et les JS aurait permis l’éducation d’une masse
conséquente de militants et aurait dessiné d’autres
rapports de force lors des événements de 34. S’entêtant
dans l’aveuglement les oppositionnels espagnols continueront de
refuser tout rapprochement avec les socialistes, si bien qu’au
moment de la crise révolutionnaire de 36, dans une logique
d’alliance contre le fascisme, les communistes réussissent
en Catalogne une fusion avec les socialistes tout en imposant aux
deux nouvelles organisations (Parti socialiste unifié de
Catalogne et Jeunesse unifié de Catalogne), la ligne
stalinienne.
-
Tout en refusant l’entrisme dans
les organisations socialistes, les B-L vont décider d’une
orientation sectaire et identitaire. Il existe en Espagne, depuis
septembre 1935 un parti se réclamant du marxisme, le POUM,
mené par J. Maurin, Andrès Nin et Juan Andrade. Ce
parti est issu de la fusion du BOC (Bloc ouvrier et paysan), et de la
gauche communiste espagnole (bolcheviks-léninistes espagnol).
A sa création la nature du POUM n’est pas évidente
car le BOC, qui a un rapport de force favorable au sein de
l’organisation brille par ses orientations opportunistes. Tout en
se réclamant des acquis marxistes, les « bloquistes »
justifient une politique de collaboration avec la bourgeoise au nom
de la spécificité espagnole (question nationale,
système électoral…). Et malheureusement dans les
faits, il n’y a pas de parti révolutionnaire capable de
diriger le prolétariat lorsque a lieu le soulèvement
ouvrier, car le POUM s’est, depuis les élections de février,
lié les mains. Sous prétexte « d’adapter
la tactique réaliste qui répondait aux circonstances
[et] pour chasser du pouvoir la réaction et libérer
30 000 détenus »3,
le POUM a participé au front électoral
ouvrier-républicain, qui n’est autre qu’un front
populaire, allant jusqu’à signer un programme commun avec la
bourgeoisie républicaine (gauche républicaine et union
républicaine), le PS, les JS, le PCE et l’UGT. Le POUM
commet alors une erreur monumentale dans l’analyse qu’il se fait
de la situation. Car un tel gouvernement n’a en rien perdu de son
caractère de classe. Bien que clamant son indépendance
après les élections et bien qu’il ne participa pas au
gouvernement, le POUM, du fait de sa confusion, entre février
et juillet 36 est très fortement assimilé, à
toute la clique des partis républicains et socio-démocrates
ce qui fait qu’à la veille de la révolution qui
s’impose par le soulèvement, le parti n’a que peu de liens
avec la classe ouvrière.
Lors
du soulèvement, il s’opère
une accélération des transformations des partis.
L’investissement des militants du POUM dans l’organisation de la
lutte armée a joué, un rôle important et le parti
acquiert un poids nouveau. Ainsi il passe de 6 000 à
30 000 adhérents. De plus, ses militants, reconnus comme
des organisateurs, deviennent des cadres de la classe elle-même.
Ce qui fait que très rapidement le parti devient un véritable
parti de masse. Il met sur pied la première brigade
internationale en Aragon, coordonne les milices avec la CNT… Mais
encore une fois, ces frémissements ne peuvent ni changer, ni
cacher la nature réelle du POUM. Car, lorsque les militants
les plus avancés ont été décimés
sur le front et comme sa base révolutionnaire n’est pas
encore suffisamment développée, il va perdre son
rapport dialectique avec la classe et retourner dans le giron des
centristes « bloquistes .» Les oppositionnels de
gauche, Nin en tête, vont rapidement perdre le rapport de force
à l’intérieur du parti. Les dissensions entre les
deux composantes vont continuer à l’affaiblir et l’obliger
à commettre une nouvelle erreur qui compromet davantage les
chances de succès de la révolution : suivre les
directions anarchistes et rentrer aux côtés de la
petite-bourgeoisie et des staliniens dans le gouvernement catalan en
septembre 36.
La victoire de la
contre-révolution
stalinienne
La
participation de la CNT et du POUM
au gouvernement à partir de septembre permet à ce
dernier de se développer toujours plus et d’imposer à
nouveau son autorité sur celle des travailleurs avec cette
fois-ci l’assentiment des organisations de travailleurs. Par la
même occasion, les staliniens qui ont les pleins pouvoirs au
sein du gouvernement continuent farouchement leur entreprise
contre-révolutionnaire. Face à cette machine
totalitaire les anarchistes, de par leurs principes, ne peuvent que
peu de choses, si bien qu’ils passent très rapidement de
l’autre coté de la barrière et soutiennent avec
l’éloquence qui les caractérisent le mot d’ordre :
combat contre le fascisme avant la révolution. Et un des leurs
de conclure : « Nous savions qu’il n’était
pas possible de triompher dans la révolution si nous n’avions
pas gagné la guerre et nous avons tout sacrifié à
la guerre. Nous avons sacrifié jusqu’à la révolution
sans nous apercevoir que ce sacrifice impliquait aussi celui des
objectifs de la guerre. » Une fois que la CNT, seule
organisation qui pouvait impulser une révolte ouvrière,
est aux affaires dans le gouvernement, dès le mois de décembre
1936 les communistes demandent et obtiennent que le POUM en soit
écarté. Mais Largo Caballero alors chef du gouvernement
refuse de dissoudre le parti. Décidés à mettre
un terme définitif au processus révolutionnaire et prêt
à tout pour garantir l’échec de la révolution,
les communistes vont lancer une attaque contre les travailleurs avec
l’aide de la police gouvernementale. Ils vont prendre d’assaut la
centrale téléphonique tenue par les travailleurs de la
CNT. Comme onze mois plus tôt, les travailleurs espagnols vont
prouver s’il était encore nécessaire leur capacité
d’auto-organisation et leur formidable volonté à
défendre leurs acquis. Dans toute la région de
Barcelone des combats ont lieu, des barricades sont installées.
Malgré un appel au calme et une attitude de collaboration
outrancière menée par la direction confédérale
de la CNT, les combats, menés par les travailleurs comme un
dernier souffle révolutionnaire, vont durer plus de dix jours.
Alors que le 15 mai l’armée centrale envahit Barcelone, les
communistes obtiennent par l’acharnement de la direction anarchiste
l’arrêt des combats. Dans l’agitation, les communistes
instaurent un nouveau gouvernement qui cette fois dissout le POUM. A
partir de cet instant se met en place toute une campagne de calomnie
et de persécution vis-à-vis des camarades du POUM.
Ceux-ci vont être accusés de trahison et de
collaboration avec le camp fasciste. Les journées de mai 37
marquent la fin de tout espoir : la victoire définitive
de la contre-révolution stalinienne avec la ré-instauration
de l’organe de répression de la bourgeoisie, le gouvernement
républicain. Et dès cet instant, comment un
gouvernement qui, de par sa nature, défend avec une mollesse
incomparable les mêmes intérêts que la junte
militaire rebelle, peut-il affronter le soulèvement fasciste ?
Il est poignant, de voir à quel point la réalité
se transfigure elle-même, à quel point l’évidence,
qui par moment devient opaque sous le poids de l’oubli et de la
traîtrise, ressurgit comme une lance pour se figer devant nous.
L’alternative espagnole fut bien celle-ci : Socialisme ou
barbarie.
Responsabilité des
révolutionnaires
Personne
n’est obligé d’être
révolutionnaire mais lorsqu’une crise révolutionnaire
est aussi mûre que celle de l’Espagne en 36, il revient aux
marxistes révolutionnaires d’en assumer l’échec.
Comme dit plus haut, nous ne nous faisons aucune illusion sur la
conséquence des orientations anarchistes, nous savons aussi,
sans aucune naïveté, que les staliniens ont mené
dans cette période une politique contre-révolutionnaire.
Au regard de leurs principes et de leurs bases théoriques, ni
les uns ni les autres n’ont fait d’erreur ou du moins de par nos
désaccords, elles ne nous intéressent que de manière
secondaire. De la même façon, les conditions spécifiques
de l’Espagne, souvent utilisées comme argument par Andrès
Nin dans sa correspondance avec Trotsky, ne sont ni une excuse ni une
justification. Car elles doivent être traduites en langage
international marxiste. Et pour ceux qui s’assignent la dure tâche
de mener le peuple vers la révolution socialiste, il n’est
pas d’argument possible qui les excuserait lorsque la révolution
échoue. Ceci n’est en rien l’établissement d’une
morale sectaire. Bien au contraire, à partir d’éléments
objectifs et concrets, la critique sincère, honnête et
intransigeante des erreurs commises par ceux qui, comme nous, se
réclament du marxisme révolutionnaire doit nous
permettre de nous éduquer et d’élaborer des
stratégies conscientes. Elle doit nous permettre d’acquérir
des connaissances qui nous aideront dans notre activité
politique et militante à mieux appréhender les enjeux
et d’en dégager des choix et des orientations toujours plus
conséquentes pour la révolution socialiste.
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