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Que
Faire – Numéro 6 – septembre/novembre 2007
A lireDenis Godard En
premier, même si ça paraît étrange, un livre qu’on n’a pas lu parce
qu’il n’est pas sorti au moment de l’édition de cette revue mais qui
sera publié au moment où vous la lisez : La France en révolte.
Luttes sociales et cycles politiques 1986-2006, d’Eustache Kouvélakis,
Paris, Textuel, 2007. Contre les méthodes dominantes d’analyse sur la
base de sondages et de résultats électoraux découplés des luttes,
Eustache raisonne sur la base du processus de développement de la lutte
de classe. C’est à ma connaissance la première tentative d’étude
systématique de toute la dernière période sous cet angle. A combiner
avec la lecture de Le conflit en grève ? sous la direction de
Jean-Michel Denis, La Dispute, Paris, 2005, qui démontre, plus de dix
ans après 1995, le regain d’intérêt pour cette forme de lutte.
L’intérêt de ce livre est autant dans la discussion des formes
d’appréhension du phénomène gréviste (lire notamment Sophie Béroud et
René Mouriaux) que dans les développements contemporains du conflit
dans de nouveaux secteurs (Mac Do, les services…). Même si les
auteurs ne sont pas du tout dans notre tradition, la lecture de La
France en mutation 1980-2005, sous la direction de Pepper D. Culpepper,
Peter A. Hall et Bruno Palier, Presses de Sciences Po, Paris, 2006, est
aussi un complément intéressant à la lecture du livre d’Eustache.
L’argument central du livre est que, loin des visions dominantes sur
les blocages en France, la société a bien plus évolué que nos
dirigeants veulent bien le dire. Ces mutations vont bien sûr dans le
sens du marché et du libéralisme. La thèse des auteurs sur la
spécificité de la France est que ces évolutions s’y sont produites de
manière non transparente. « Cet écart entre l’ampleur des changements
accomplis et le peu de visibilité politique de leurs étapes permet de
comprendre la crise politique que connaît cette France en mutation ». On
regrettera que la dernière livraison de Critique Communiste (n° 183)
limite l’analyse de la situation héritée des élections présidentielles
aux points de vue de la majorité de la LCR et de la PF3. Dans les deux
cas l’analyse de cette situation est plus déterminée par les résultats
électoraux (et les appréciations différentes bien sûr des résultats de
la gauche radicale) que par les rapports de forces sur le terrain de la
lutte des classes. A noter que le débat sur la stratégie continue avec
un article (très) polémique de Philippe Corcuff. Si nous partageons son
point de départ (les problèmes actuels dans la LCR sont liés non aux
divergences tactiques mais au manque de clarifications stratégiques sur
lesquelles sont débattues ces divergences), ses propositions sont
clairement à l’opposé des nôtres (Proudhon plutôt que Hegel, Durkheim
autant que Marx…). Mais dans son catalogue critique des différentes
contributions parues dans ce débat il soulève (pour y donner des
critiques qui seraient opposées aux nôtres) de nombreux lièvres. A
suivre donc. Cependant le cour du dernier numéro de Critique Co porte
sur la question de la discrimination, ses nouvelles formes et les
liens/autonomie entre les rapports d’oppression et d’exploitation. On
retrouve là un des aspects des débats stratégiques en cours. Le
dernier numéro de la revue des Indigènes de la République, L’Indigène,
peut être croisé avec la lecture de ce dossier de Critique Communiste.
En effet Saïd Bouamama y lance un débat sur les liens entre questions
de race et de classe. Argumentant contre les deux visions qui
essentialiseraient l’une des deux questions, il argumente pour le
retour de la question de classe dans le combat des Indigènes. Il
justifie le fait d’avoir tordu le bâton vers la question de race dans
un premier temps par le fossé qui s’est créé entre la gauche française
et les populations issues de l’immigration. Les deux derniers
numéros de International Socialism Journal peuvent être consultés en
ligne sur www.isj.org.uk. Pour ceux et celles qui peuvent lire
l’anglais (en attendant des traductions) le plus important est le
numéro 114 centré sur Antonio Gramsci. Le fait qu’il revienne à la mode
(y compris chez Sarkozy !) est une raison de lire ces articles pour
arracher ce théoricien marxiste à ses contrefaçons. Mais c’est surtout
parce que ce qu’il a produit comme analyse (notamment sur la
complexification de la société sous le capitalisme moderne qui exige du
parti révolutionnaire plus de stratégie et de tactique) est un acquis
important de notre tradition. A lire aussi dans le numéro 115 l’article
de Alex Callinicos et Chris Nineham sur la crise du mouvement
altermondialiste et l’article de Chris Harman sur la question du taux
de profit. Pris dans la tourmente politique, on risque souvent
d’oublier que la base de tous les niveaux de crise du capitalisme est
dans ses contradictions économiques. C’est quand même ce qui fait la
nécessité et la possibilité d’une perspective révolutionnaire (la
lecture croisée des deux articles de Chris dans ces deux numéros –
l’autre porte sur les cahiers de prison de Gramsci – est la meilleure
réponse aux visions idéalistes ou économistes). Je termine par des
lectures qui, à mon avis, ne sont pas les moins importantes. Tout
d’abord (reflet d’un climat qui ne va pas que vers la droite ?) la
réédition en format poche de deux livres de Marx, La Guerre civile
en France (éditions Mille et une nuits) et Le 18 brumaire de Louis
Bonaparte (Garnier F et Livre de Poche). Au moment où des analogies
sont faites (un peu rapidement à mon avis mais non sans fondements)
entre Sarkozy et le bonapartisme, ce sont des lectures essentielles.
Mais ces deux livres traitant de la France (sur la Commune pour l’un et
sur Napoléon III pour l’autre) ont un intérêt qui va au-delà. Ce sont
des chefs d’oeuvre de développement d’une analyse matérialiste qui
combine évolution des rapports de production, luttes de classe et leur
expression dans les domaines de la politique et de l’idéologie. Par
ailleurs l’édition du 18 Brumaire par Le livre de poche a une riche et
longue préface sur ces questions par Emmanuel Barot qui a contribué au
numéro précédent de cette revue. A noter aussi l’édition d’un court
texte par les éditions Mille et une nuits de Carl von Clausewitz,
Principes Fondamentaux de stratégie militaire, qui est en quelque sorte
une vision abrégée ou introductive du monumental ‘De la guerre’ qui est
une référence dans de nombreuses discussions sur la stratégie et la
tactique en politique. Un des points important qu’il développe est la
différence qu’il y a entre l’élaboration théorique et les « frictions »
du réel. D’où l’importance de « rester fidèle à ses principes », de la
préparation et de la détermination dans l’application. Il nous faut
absolument développer la connaissance des débats que fait naître le
développement de processus révolutionnaires en Amérique du sud. Nous
passons là de l’histoire passée à l’histoire telle qu’elle se fait. Nos
débats actuels ne sont pas abstraits. A lire donc de toute urgence
notamment le livre de Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar, le défi des
gauches sud-américaines, la Découverte. Pour un article dans le
prochain numéro de la revue.
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