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Que
Faire – Numéro 6 – septembre/novembre 2007
Un étrange bilan
Daniel
Bensaïd et Pierre
Rousset
L’article
d’Antoine Artous et Stathis Kouvélakis, publié dans
Viento Sur, est consacré en fait, pour
l’essentiel à
expliquer que la politique décidée par la majorité
de la LCR a non seulement gâché des potentialités
importantes, mais est de ce fait responsable de la victoire écrasante
de Sarkozy. Il est rare de lire une analyse aussi
subjectiviste :
comment une petite organisation comme la LCR pourrait-elle
transformer un boulevard en ruelle ? Après les élections
législatives, la gauche dans son ensemble est à un
niveau historiquement bas, et une telle débâcle doit
s’analyser avec autrement plus de sérieux. La raison pour
laquelle nos camarades se sont laissés aller à des
analyses aussi approximatives est très probablement liée
à ce qu’ils devraient sinon revenir sur la stupéfiante
surestimation des potentialités après le succès
du non au référendum. Nul doute pourtant que, les faits
étant têtus, un bilan plus lucide finira par s’imposer.
Le présent texte a pour seul objectif de raccourcir ce délai,
et de contribuer à clarifier les choses pour un public
étranger.
Il
est peut-être lassant - d’autant qu’il y a bien d’autres
urgences et priorités - de revenir sur une discussion qui a
déjà fait l’objet d’innombrables textes,
discussions, tribunes de presse, sans que les termes du débat
aient évolué le moins du monde par la prise en compte
du déroulement même et des résultats de la
campagne.
Mais, comme l’article des camarades est appelé à
circuler dans les réseaux du Projet K, il semble utile
d’apporter à nouveau quelques précisions.
La
première partie de l’article ne pose pas, avec le peu de
recul dont nous disposons, de problèmes majeurs :
1.
« Les
résultats de l’élection présidentielle en
France marquent un tournant politique majeur… »
qui « clôt
le cycle politique antilibéral qui marquait la vie politique
et sociale depuis 1994-1995 ».
C’est
en effet un tournant politique majeur à plusieurs titres :
-
Nicolas Sarkozy est clairement mandaté par le Medef
pour appliquer le programme de « refondation
sociale » exigé par Seillières depuis 1999. Ce n’est pas une
question proprement nationale, mais une exigence européenne incluse
dans l’agenda de Lisbonne, confirmée par le sommet de Barcelone,
transcrite en matière de politiques de formation et d’éducation par la
réunion de Bologne. Il suffit de lire la presse économique pour
comprendre que l’objectif déclaré de la bourgeoisie industrielle et
financière est d’en finir avec les « rigidités
sociale » qui font encore obstacle à la concurrence non
faussée, notamment en Allemagne et en France. En Allemagne, le problème
est en passe d’être résolu avec l’Agenda 2010 mis en route par Schröder
et énergiquement appliqué par la coalition autour de Merkel. En France,
les résistances ont jusqu’à présent entravé ou retardé les réformes
programmées. Ce n’est pas en raison de l’intransigeance, voire des
nostalgies « lutte de classe », des dirigeants
socialistes, comme le rabâchent les modernisateurs en tous genres, mais
du fait des résistances sociales répétées (1995, 1997, 2003, le Non au
référendum, le soulèvement contre le cpe). La nette victoire de Sarkozy
ouvre la voie à une accélération de ces réformes et à un alignement de
la situation française sur les rapports de forces sociaux européens.
-
Cette normalisation de la singularité (plutôt que
de « l’exception » française) concerne l’avenir de la
gauche. Le Parti socialiste n’a plus de réserves électorales ni d’allié
de poids à sa gauche. Une majorité de ses dirigeants (encouragés par
leurs alliés européens, comme par une partie significative des médias
nationaux – Nouvel Obs, Marianne,
Libé) se prépare à tirer prétexte de la
défaite pour parachever sa mue blairiste et son alignement sur le
social-libéralisme de centre-gauche à la Prodi. S’il se heurte encore à
des contradictions au sein de son prorpe appareil et à des rivalités de
leadership, le processus semble désormais d’autant plus inéluctable que
les forces de résistance à ce cours interne au PS sont faibles et sans
véritable projet réformistes alternatif (qui les obligerait, entre
autre, à remettre en cause le cadre actuel de construction de l’Union
européenne).
-
Le résultat de l’élection législative et
présidentielle confirme la logique des réformes institutionnelles
(quinquennat et inversion du calendrier) auxquelles a activement
collaboré le gouvernement Jospin. Toute la vie politique s’organise
plus que jamais autour de l’élection présidentielle, avec pour effet le
chantage permanent au vote utile, qui escamote le premier tour et la
confrontation sur le fond programmatique. Avec à la clef aussi une
bipolarisation renforcée que va illustrer la présence de deux groupes
parlementaires seulement (ou deux groupes et demi avec le nouveau
centre) à l’Assemblée nationale.
-
Ce qu’il est convenu d’appeler « la gauche
antilibérale » (nous reviendrons sur les ambiguïtés de cette
appellation au singulier) voit aussi une page se tourner. Non du seul
fait franco-français de l’échec du projet de candidature unitaire, mais
pour des raisons plus profondes et plus générales. Qu’il suffise de
rappeler que deux des piliers fondateurs du « mouvement
alter » - le PT brésilien et les mouvements qui lui sont
organiquement associés d’une part, Rifundazione comunista de l’autre –
dirigent aujourd’hui ou participent activement a des gouvernements de
centre gauche (dans le meilleur des cas), menant des politiques
ouvertement social-libérales. Cette évolution en moins de six ans est
lourde de conséquence. Le problème ne se réduit pas à la brutalité de
ces conversions (particulièrement spectaculaire dans le cas de
Refondation communiste). Le peu de résistances qu’elles ont rencontré
au sein de ces partis doit retenir l’attention et sur les limites des
rhétoriques anti-libérales et sur la résignation profonde qu’elles
masquaient en partie. Ajoutons, parmi les symptômes de cette inflexion
(c’est plus prudent que la « fin du cycle » actée par
AA et SK), la crise du SSP écossais.
La
situation restant instable, il y a aussi les bonnes nouvelles
relatives comme la percée du SP hollandais ou du Linkspartei
lors des élections du Land de Brême. Mais il est bien
trop tôt pour en déduire une tendance générale,
d’autant que l’émergence de différentes formations,
de Respect en Angleterre au Bloc des gauches portugais, en passent
par l’ODP de Turquie, traduit une crise générale de
la gauche, chaque cas est marqué par de fortes spécificités
nationales et l’ensemble du phénomène reste
politiquement fort hétérogène. S’il existe un
« espace » à la gauche de la gauche
traditionnelle, du fait de l’effondrement de la plupart des PC et
de la conversion libérale de la social-démocratie, cet
espace reste fragile et instable, soumis à jeu de forces qui
le dépassent. Les difficultés et l’avenir incertain
de la gauche anticapitaliste européenne que nous nous sommes
efforcés de mettre sur pied le montre bien avec les situations
italienne et écossaise.
Il
est donc exact de dire que les conditions sont désormais
réunies d’une offensive brutale de la droite sous la forme
d’un présidentialisme autoritaire à forte dimension
populiste. Précisons toutefois que Sarkozy jouera, comme il
l’a fait pendant la campagne, de la segmentation du marché
du travail et des contradictions entre les victimes de la politique
libérale : accès sélectif à la
propriété, concurrence sur le marché du travail,
division entre ceux qui veulent travailler plus en croyant gagner
plus et ceux qui résistent (les Kronenbourg). Le « dialogue
social » annoncé entend jouer sur ces
différenciations, et l’on peut imaginer que le gouvernement
trouvera certains partenaires syndicaux ou de « la société
civile » pour jouer ce jeu (y compris celui de l’évolution
vers un marché de l’éducation sous prétexte
d’autonomie des universités). Souligner ces possibilités
au lieu de se contenter de brandir l’épouvantail Sarkozy et
de miser sur la peur qu’il inspire est donc important. Une
politique réduite au « Tout sauf Sarkozy »,
qui ferait écho au « Tout sauf Berlusconi »,
peut servir de bonne conscience minimale provisoire à une
gauche en désarroi, mais elle ne définit pas les
éléments d’une véritable politique de
résistance et d’alternative.
2.
« La
rupture est donc importante. Pour autant peut-on dire comme on
l’entend souvent, et pas seulement dans les médias, que le
succès de Sarkozy est le simple reflet d’une droitisation de
la société française ? »
Les camarades répondent négativement à la
question qu’ils posent.
Rien
n’étant simple en ce bas monde, il ne s’agit pas en effet
d’un simple reflet. La politique a ses raisons et son efficace
propre. Comme le disent AA et SK, Sarkozy ne se contentera pas de
traduire une droitisation préexistante, mais il est « bien
placé pour la faire advenir et l’inscrire durablement dans
la société française ». Autrement
dit, des batailles décisives seraient encore devant nous. Les
camarades citent d’ailleurs le précédent de Thatcher,
dont la victoire électorale en 1979 a précédé
la grande défaite sociale de la grève des mineurs de
1985. Nous sommes d’accord sur un point : la légitimité
de Sarkozy est plus fragile que l’arithmétique électorale
ne le donne à penser. Bien des problèmes cruciaux sont
irrésolus, et l’instabilité demeure :
budgétairement son programme est incohérent ; les
résistances sociales sont significatives (comme l’ont montré
les luttes de ces dernières années y compris pendant la
campagne électorale) ; la crise européenne est
loin d’être dénouée (car elle a des raisons
bien plus profondes que le non référendaire français
ou hollandais) ; enfin, l’avancée vers le
présidentialisme et le bipartisme reste minée de
contradictions. Il ne s’agit pas en effet d’un présidentialisme
à l’Américaine, mais d’une forme originale coulée
dans la tradition bonapartiste française, où, comme
l’écrivent justement les camarades, le président
entend jouer le rôle d’un « super premier
ministre ». A ses risques et périls (voir à
ce sujet la récente tribune de Paul Alliès dans
L’Humanité).
Il
est donc juste de dire que la victoire de Sarkozy n’est pas la fin
de l’histoire, ou le point d’orgue d’une défaite déjà
consommée. Elle n’en a pas moins été rendue
possible par une accumulation de défaites au cours des 25
dernières années, que la victoire du Non au référendum
et la victoire sur le CPE sont bien loin d’effacer ou de
contrebalancer. François Duval en a bien résumé
les effets dans sa contribution :
les contre-réformes libérales, l’individualisation
des salaires et de la protection sociale, la flexibilité, le
chômage de longue durée, la destruction méthodique
des solidarités, l’installation de la précarité
ont bel et bien atomisé partiellement le salariat, affaibli
les rapports de forces, érodé la conscience de classe
au profit de la concurrence de tous contre tous (et toutes). Le type
de luttes et leurs maigres résultats, le très faible
niveau d’organisation syndicale (sans précédent
depuis le début des années 30), les effectifs et
l’activité des partis en sont autant d’indicateurs qu’on
ne saurait prendre à la légère.
La
victoire de Sarkozy vient donc de loin et ne peut se ramener aux
soubresauts d’une campagne. Était-elle pour autant
inévitable ?
Non !
L’espace politique n’était pas fermé. Le succès
inattendu de Bayrou en témoigne ! (même si ce
succès fut, inévitablement, éphémère).
La victoire de Sarkozy est le résultat d’une bataille qu’il
a gagné — et que le Parti socialiste a perdu. Début
2006, la droite était profondément divisée,
l’électorat semblait prêt à sortir une nouvelle
fois les sortants tant le rejet des politiques néolibérales
était (et d’ailleurs reste) profond, le PS croyait sa
victoire acquise après ses succès aux régionales
et aux européennes de 2004. Ce qui était mal perçu
à l’époque, c’était l’ampleur que
prendrait la participation électorale et à quel point
ce taux très élevé de participation allait
« ouvrir » la compétition : il ne
suffisait plus d’attendre que l’adversaire perde l’élection
(en misant avant tout sur les votes de rejet), il fallait emporter
l’adhésion de l’électorat. A ce niveau — la
victoire de la droite à la présidentielle —, c’est
la responsabilité du PS qui est engagée. La gauche
radicale n’avait pas les moyens d’opposer à Sarkozy une
alternative électoralement crédible ; pas plus
qu’elle ne peut faire le travail du Parti socialiste à sa
place.
Pourquoi
le PS n’a t-il pas su faire à gauche ce que Sarkozy a fait à
droite : incarner une alternative (ou du moins, sembler en
incarner une) ; à l’heure où il n’était
plus suffisant de présenter une alternance ? la réponse
est qu’il ne l’a pas fait parce qu’il ne le peut plus depuis
longtemps. Il ne s’agit en effet pas de « gauchir »
un discours le temps d’une élection. Pour redevenir crédible
électoralement, une alternative de gauche doit s’éprouver,
se forger, des années durant dans les luttes sociales,
sociétales, démocratiques et politiques. Vu ce qu’il
est devenu socialement, le PS en est incapable. En ce sens, il est
beaucoup plus proche des autres composantes de la social-démocratie
(social-libérale) européenne que ne le prétendent
la plupart des « politologues » en vogue. En ce
sens aussi, la victoire de Sarkozy s’inscrit logiquement comme la
conséquence présente des abandons historiques du PS.
Mais non, le PS n’évolue pas « malgré
lui », par la faute de la gauche radicale et de ses
divisions, vers le centre. Il n’est pas un parti irresponsable,
navire sans ancre voguant au gré des vents contraires. Même
avec une gauche radicale plus puissante et plus unie, il aurait été
incapable d’incarner une alternative de gauche (et pas seulement
une alternance à gauche — ou plutôt au centre gauche).
A
force de vouloir mettre en cause les « diviseurs »
à la gauche de la gauche, les critiques de la LCR en oublient
de rendre à César ce qui est à César et
au PS ses responsabilités. Ils restent aussi fort discrets sur
le rôle des principales directions syndicales en 2005-2006. Or,
les rapports de forces de la présidentielle se sont aussi
joués sur le terrain des luttes sociales. La victoire du non
au projet de Constitution européenne avait ouvert une brèche
et donné une impulsion politique. Nous étions nombreux
alors (c’était notamment un leitmotiv de la LCR) à
savoir que la question qui se posait alors était : est-ce
que les mobilisations sociales vont prendre le relais et élargir
cette brèche, renforcer cette dynamique.
La
réponse est venue à l’automne 2005 : le relais
n’a pas été saisi. La responsabilité des
directions des grandes confédérations est ici
directement engagée : elles n’ont rien fait pour
utiliser la dynamique du « non de gauche » pour
reprendre l’initiative sociale. A ce niveau, à nouveau, ni
de petites organisations politiques comme la LCR ni les syndicats
« minoritaires » ne pouvaient palier aux
abandons des directions syndicales « majoritaires ».
Si l’on discute de ce qui aurait permis d’éviter
l’élection de Sarkozy, ce qui pouvait jouer dans la création
du meilleur rapport des forces possible, la mobilisation sociale
était un facteur clé.
Il
est juste de combattre le défaitisme ou l’ultra-pessimisme
en insistant sur les contradictions irrésolues et les luttes
qu’elles peuvent susciter. Mais on aurait tort de sous-estimer les
défaites subies pour justifier les envolées lyriques
sur « le score à deux chiffres »
ou « la gagne possible », à la
seule condition que se produise une cristallisation politique autour
d’une gauche anti-libérale unitaire. Dans une réponse
à Samy Johsua, Pierre Khalfa explicite et maintient cette
invraisemblable logique en dépit des résultats de la
présidentielle (et des législatives !) :
« Tout prouvait que nous pouvions être
dominants,
pour commencer à gauche, et peut-être dans la société. »
La formule pose bien des problèmes :
-
« Nous pouvions… ».
Nous, qui ? La gauche antilibérale ? C’est attribuer
à cette gauche une unité et une homogénéité que rien ne permet de
confirmer. Le non antilibéral au référendum se décompose en plusieurs
orientations possibles : celle des socialistes du
« non » synthétisables dans le ségolénisme (de Fabius
à Montebourg en passant par Emmanuelli), celle du Parti communiste pour
seule gauche rassemblée infléchie légèrement à gauche, celle de la
gauche des Verts qui souscrivent au pacte de Nicolas Hulot sur une
écologie au-delà des classes et du clivage gauche-droite. L’espace de
la gauche de la gauche est bien un champ de forces en dispute. Il n’y a
pas une mais des gauches anti-libérales.
-
« …être dominants ».
Politiquement ? Electoralement ? Politiquement, dans
la situation sociale et les rapports de forces mondiaux réellement
existants, c’est prendre ses désirs pour la réalité, ou, plus
probablement hélas, la réalité pour ses désirs. Electoralement, c’est
une illusion « électoraliste » pure et simple. Ou
bien les camarades qui ont défendu (et défendent encore) cette idée ont
perdu la tête, ou bien ils ont voulu faire croire à « la
gagne », sans y croire eux-mêmes, et c’est irresponsable.
-
« Etre dominants à
gauche… » Sur quelle orientation
politique ? Avec quelles alliances ? S’il en fallait
confirmation, les indices se sont multipliés pendant la pré-campagne,
et malgré l’impact du non de gauche, montrant qu’un antilibéralisme
conséquent (jusqu’à s’attaquer, au delà de la répartition des
richesses, au régime de propriété, car l’un ne va pas sans l’autre)
était loin d’être dominant : le congrès du Mans,
l’intronisation triomphale de Ségolène, les municipales de Bordeaux, la
crise d’Attac. Dans ces conditions, il est peu probable que les sociaux
libéraux se rallient à l’antilibéralisme, et infiniment plus probable
qu’une partie des antilibéraux se rallient au social libéralisme. Les
prochaines municipales ne manqueront pas de le vérifier en répétant
très probablement à grande échelle le modèle Bordeaux. Autrement
dit : si les dominants ne viennent pas à eux, bien des
antilibéraux iront aux dominants…
3.
[Pour le PS] « une
crise de refondation est en train de s’ouvrir dont il est trop tôt
pour définir les contours précis. Toutefois, compte
tenu du phénomène Bayrou et de l’affaissement des
anciens partenaires de gauche (PCF, Verts), la tendance largement
dominante de l’appareil sera celle d’un tournant vers le centre
dans le sens d’une rencontre entre le social-libéralisme et
le libéralisme social qui se développe au niveau
européen ».
C’est
bien sûr la tendance dominante. Sa principale difficulté
tient désormais aux rivalités internes et aux disputes
de leadership au sein des équipes dirigeantes socialistes.
Mais cette évolution est en marche depuis de longues années
(rappelons nous la deuxième gauche, le big bang de Rocard,
etc.), de même que l’affaissement du PC. A lire les
camarades, un des facteurs (sinon le principal) qui en précipite
le dénouement probable, c’est « la
marginalisation de la gauche antilibérale lors de ces
élections qui donne naturellement de l’espace pour une telle
orientation ». Le facteur explicatif – la
marginalisation de la gauche anti-libérale – n’explique
pourtant rien, s’il n’est lui même expliqué
politiquement et non pas ramené à une énigmatique
pulsion suicidaire (« autosuicidaire »,
renchérissent les camarades AA. et SK qui ne lésinent
pas sur le pléonasme pour mieux souligner la gravité de
l’acte).
Et
si le rapport de causalité était inverse : si le
cumul des défaites sociales passées, la synthèse
du PS autour de Ségolène, la débâcle du
PC, avaient renforcé la pression de la gauche social-libérale
sur les gauches antilibérales, comme l’ont illustré
de manière prévisible les tractations PC/PS sur les
législatives, et, de manière moins prévisible,
la mission royale précipitamment acceptée par José
Bové, sans même attendre le verdict du second tour ?
Que la fragmentation de la « gauche de gauche »
lève un obstacle de plus à la refondation
social-libérale du PS, c’est un fait, mais un fait à
inscrire dans un jeu d’interactions et de rétroactions qui
ne commence pas avec l’épopée des collectifs
unitaires. S’il s’agit de faire contrepoids à la dérive
social-libérale (et bien que cette vocation de contrôleur
des poids et mesure soit peu enthousiasmante), l’addition des
forces ne suffit pas. Il y faut une alternative politique incluant
programme, alliances, et fonctionnement démocratique. C’est
sur ces points que « la gauche antilibérale »
s’est divisée, et non par pulsion de mort.
4.
« Les
résultats à gauche du PS » :
« La
LCR, loin de là, n’est pas la seule responsable de ce bilan,
mais compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des
militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa
politique ».
La
LCR n’est donc pas « la seule responsable » ?
Cette formule de politesse est bien la moindre que l’on puisse
attendre de la part de deux de ses militants. Mais, écrivant
en priorité sur ce qu’ils sont censés connaître,
ils se « contenteront » de
quelques
remarques sur la politique de la LCR. Les lecteurs (étrangers,
rappelons-le) de leur article devront doc s’en contenter avec eux.
Curieuse manière soliloquante d’aborder un bilan politique.
Si la politique est jeu constant d’interactions à plusieurs
acteurs, comment tirer le bilan des uns sans prendre en compte les
initiatives, les marches et contre marches des autres ?
Mystère.
Réduire le bilan d’une campagne à multiples acteurs à
un « solo funèbre » de la Ligue permet
de lui attribuer des responsabilités exclusives, donc
accablantes. Reprenons donc, en le suivant pas à pas, le bilan
à sens unique tiré par les camarades.
-
« Seul Olivier Besancenot tire
son épingle du jeu (gagnant même 200 000 voix), sur la base d’une
campagne qui a eu un écho réel et a vu venir à ses meetings des jeunes
étudiants et salariés, dont c’était souvent la première expérience
politique, et qui compose une partie significative de son
électorat. » Olivier a en effet « tiré son épingle du
jeu », c’est la formule consacrée des médias. Mais
pourquoi ? La différence, comparativement à la mauvaise
campagne de Buffet et à celle désastreuse de Bové, tient elle au look,
au bagout, à l’âge du capitaine ? Ou bien a-t-elle un
quelconque rapport avec le contenu d’une campagne construite autour de
l’urgence sociale et de l’indépendance intransigeante envers le
PS ? Les camarades se contentent, sans aborder le sujet,
d’enregistrer les résultats comptables (affluence aux meetings et
résultat électoral – minoré de 100 000 voix, puisque Olivier a
recueilli malgré l’énorme pression du « vote futile »
300 000, et non 200 000 voix de plus qu’en 2002). Ce qu’il importe de
souligner, c’est qu’il ne s’agit plus tout à fait du même électorat (la
moitié environ des électeurs de 2002 n’ont pas revoté pour lui), mais
d’un électorat nettement plus populaire et ouvrier (attesté par la
répartition géographique des scores), et jeune (50% des électeurs ont
moins de 35 ans et 28% moins de 25 ans). C’est une différence majeure
par rapport aux électorats vieillis du PC et de LO.
-
A partir du résultat brut, les camarades relèvent « deux
façons de présenter ces résultats qui renvoient à des analyses
différentes de la conjoncture ». La première, celle
de la direction de la LCR « ne se contente pas de se
féliciter du bon résultat de son candidat, elle souligne sa portée
quasi historique. Tout d’abord, dans l’évolution des rapports de force
au sein de l’extrême gauche. Le cycle électoral d’Arlette Laguiller est
bien terminé, alors que celui d’Olivier Besancenot ne fait que
commencer. Par ailleurs, toujours selon cette logique, un processus de
décantation se serait opéré à gauche du PS. Certes, la LCR aurait mené
une bataille pour l’unité de la gauche antilibérale. Mais les
divergences étaient trop importantes avec des courants qui n’ont pas
clairement affirmé leur indépendance vis-à-vis du PS. De surcroît, il
faut bien constater que ces courants et militants « à gauche
de la gauche » sont le produit de l’expérience passée, alors
que la LCR, elle, grâce notamment à la candidature Olivier Besancenot,
est en phase avec les nouvelles générations. »
Le
moins que l’on puisse dire c’est que le résumé et
l’interprétation des arrière-pensées de la
direction de la LCR est des plus libres. Mieux vaudrait lui demander
ce qu’elle pense vraiment en s’appuyant sur des faits et des
textes. La Ligue a bien résisté dans un contexte de
défaite générale de la gauche et d’effondrement
du PC et des Verts. C’est bien. C’est intéressant. Il y a
quelques précieuses leçons à en tirer pour
l’avenir. Mais il n’y a ni de quoi triompher, ni de quoi y voir
un résultat « de portée historique »
(à moins d’entendre par histoire la toute petite : le
fait, par exemple, non négligeable en soi, qu’Olivier
devance Buffet parmi les cégétistes – ce qui aurait
été considéré, il y a vingt ans encore,
comme un événement historique). En revanche, qu’il y
ait un effet générationnel Besancenot est un fait
constatable. Cela ne veut pas dire qu’il y ait un « cycle
Besancenot », après un cycle Arlette. Nous
n’avons pas l’habitude d’indexer les cycles de la lutte des
classes sur l’âge des individus, et si l’apparition d’une
nouvelle génération militante est vitale, elle ne
signifie pas que l’expérience des anciens soit devenue
superflue, au contraire notre capacité à lier des
expériences générationnelles différentes
devrait être pour la Ligue un objectif conscient et un atout
pour l’avenir.
-
Que « les divergences étaient
trop importantes avec des courants qui n’ont pas clairement affirmé
leur indépendance vis-à-vis du PS », cela nous
l’assumons tout à fait au vu de la campagne. On nous a dit et répété
que la question était prématurée et qu’il serait temps de la poser
après la présidentielle. On nous a aussi répété qu’elle était résolue
par les formulations diplomatiques rejetant la participation à un
gouvernement « sous hégémonie
social-libérale ». Alors que l’on connaissait la
candidate socialiste et son programme, il eut été plus simple et plus
clair de rejeter explicitement toute coalition parlementaire ou
gouvernementale autour d’une telle candidate et d’un tel programme.
Puisque c’était la condition posée par la Ligue, s’il n’y avait
réellement aucune divergence à ce sujet, mais seulement des méfiances
injustifiées ou des confusions de formulation, il aurait dû être facile
de la satisfaire. On a pu vérifier, au contraire, que l’ambiguïté
délibérément entretenue par le PC pour ménager ses futures négociations
avec le PS s’est confirmée tout au long de la campagne, par l’appel
répété au rassemblement de toute la gauche, par l’engagement anticipé
au désistement (qui contribuait à rendre effectivement inutile le vote
du premier tour), par l’orientation de rééquilibrage d’une nouvelle
gauche plurielle. Elle s’est aussi vérifiée, de façon plus inattendue,
par l’attidue de José Bové entre les deux tours.
-
« Notre analyse est différente.
Le bilan est un échec pour l’ensemble de la gauche unitaire
antilibérale radicale eu égard au enjeux politiques que représentait la
nécessité d’une candidature qui, de plus, était possible. Le faible
résultat de l’ensemble des voix à gauche du PS renvoie principalement à
l’absence d’une alternative unitaire crédible. Le « vote
utile » pour Ségolène Royal, qui, selon les enquêtes, à touché
près de la moitié de l’électorat de l’extrême gauche de 2002, traduit
lui-même la perception du vote pour l’un(e) des multiples candidats de
la gauche radicale comme un « vote inutile »,
étroitement identitaire ou protestataire, incapable de peser sur le
rapport de forces d’ensemble et d’ouvrir une perspective de rupture à
gauche. Car l’enjeu se situait bien à ce niveau, et c’est pourquoi
l’abandon de la perspective unitaire équivalait à un abandon du terrain
de l’alternative politique ».
La
confrontation entre les deux positions est d’autant plus aisée
que la seconde s’oppose à une première – celle de
la direction – largement imaginaire et taillée sur mesure
pour les besoins de l’argumentation. L’échec (d’une
candidature unitaire déclarée souhaitable par 80% de
l’organisation lors de la CN de juin 2006)… est un échec.
C’est tautologiquement imparable. D’autant plus, selon les
camarades, que le nécessaire était possible. Or, c’est
tout le problème : ce qui distingue une possibilité
abstraite d’une possibilité déterminée !
Comme les camarades refusent de prendre en considération les
raisons pour lesquelles ce fut concrètement impossible, et ne
veulent y voir que mauvais prétexte, l’impossibilité
ne peut renvoyer selon eux qu’aux pulsions suicidaires
irrationnelles ou au sectarisme conservateur de la Ligue (puisque
tous les autres ont participé au vote biaisé dans les
collectifs). Tout découle dès lors de « l’absence
d’une alternative unitaire crédible » :
la force du vote utile, et la défaite de la gauche. Rien que
ça ! La mauvaise volonté de la Ligue aurait pesé
plus que toutes les défaites sociales accumulées depuis
1983, plus que 25 ans de droitisation du PS, plus que la
décomposition du PC enseveli sous les gravats du Mur de
Berlin. Que le célèbre « facteur subjectif »
- ou le facteur tout court – ait sa part dans la détermination
d’une situation, cela va de soi. Qu’il soit à ce point
déterminant tourne au subjectivisme forcené.
-
« L’abandon de la perspective
unitaire équivalait à un abandon du terrain de l’alternative
politique » ? On peut essayer de définir ce
qu’est une politique alternative, mais un terrain de
l’alternative ? Qu’il suffirait d’occuper au lieu de
l’abandonner ? Mais sur quelle orientation ? Avec
quels alliés ? Pour quoi faire ? On y
revient : la perspective unitaire a-t-elle été abandonnée,
comme on quitte un champ en friche, ou bien a-t-elle explosé en raison
de divergences réelles ? La dynamique unitaire ne tient pas à
la simple addition de (petits) capitaux électoraux, mais de
l’orientation qui la porte. On sait de longue date (depuis Lénine au
moins) que la politique ne relève pas de l’arithmétique, mais de
l’algèbre. Ceux qui se contentent d’additionner les scores des
candidatures antilibérales veulent l’ignorer. Même si elle avait été
possible, la candidature unitaire souhaitable n’aurait pas été une
candidature « à deux chiffres ». Sur une base
politique solide et clairement indépendante du PS, elle aurait
peut-être pu atteindre un résultat supérieur à 5 ou 7%, mais
certainement pas la somme Besancenot+Buffet+Bové. Et si ce gain réel
mais modeste, avait volé en éclats dès le soir du premier tour, comme
l’attitude des uns et des autres en confirme la probabilité, il aurait
coûté un prix exorbitant : la démoralisation aurait été bien
plus importante que le gain électoral.
-
« La LCR s’en sort certes
nettement mieux que les autres, mais, justement, cela montre la place
qu’elle occupe et les responsabilités particulières qui sont les
siennes. Il semble difficile de considérer que le maintien d’Olivier
Besancenot autour de 4% des suffrages soit un résultat à la hauteur des
potentialités d’une période de mobilisations sociales et électorales
exceptionnelles, parfois même victorieuses, et alors que, pour la
première fois depuis des décennies, le social-libéralisme était
ouvertement bousculé sur sa gauche par le « non » au
référendum et, surtout, par la force de la campagne unitaire du
« non » de gauche. Enfin, il est illusoire de croire
qu’une nouvelle force politique va se construire essentiellement à
partir de « jeunes » qui font leur première
expérience, en contournant les courants politiques issus du cycle
passée. La LCR, loin de là, n’est pas la seule responsable de ce bilan.
Mais, compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des
militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa
politique ».
Avant
de voir comment nous pouvons exercer au mieux « les
responsabilités particulières » qui sont
les nôtres, il serait utile d’examiner pourquoi et comment
nous les avons acquises. Il existe probablement un rapport entre les
deux. On peut s’interroger indéfiniment sur le fait de
savoir si les 1 500 000 voix d’Olivier sont à la hauteur des
« potentialités ». Tout
dépend
de la manière on détermine les potentialités
concrètes, et non les potentialités spéculatives,
d’une situation donnée. Il semble qu’existe une nuance –
au moins - sur ce point, en particulier sur la façon d’indexer
directement le niveau des potentialités sur le résultat
du Non de gauche. Le Non l’a emporté, et dans le Non, le Non
de gauche a pris le dessus sur le Non de droite. C’était,
dans les circonstances, une grande victoire. Dont il faut cependant
nuancer la portée. D’abord, un référendum
n’est pas une élection sur un programme pour gouverner le
pays. Ensuite, le Non l’a emporté, mais on aurait tort
d’oublier la part du non de droite dans cette victoire. Enfin et
surtout, il importe de se demander pourquoi le clivage du non a été
si vite et si facilement effacé, dans le PS d’abord, dès
le congrès du Mans, et escamoté ensuite de la campagne
présidentielle, au point d’apparaître résiduel
dans les motivations de vote.
-
En revanche, on peut être d’accord pour considérer « illusoire
de croire qu’une nouvelle force politique va se construire
essentiellement à partir des jeunes qui font leur première
expérience ». A condition toutefois de souligner
l’adverbe « essentiellement », et d’ajouter qu’il
serait encore plus illusoire de croire qu’elle puisse se construire
essentiellement à partir des vieux soixante-huitards qui font leur
dernière expérience. Ce qu’a permis la campagne d’Olivier s’est
d’intéresser à la politique une couche non négligeable de jeunes. C’est
une différence importante par rapport au PC ou à LO. Et c’est une
condition, certes insuffisante, mais nécessaire à la construction d’une
nouvelle force politique.
-
« Retour en arrière. Pour le dire
un peu schématiquement, l’échec des luttes contre la réforme des
retraites en 2003 (comme les effets des difficultés internationales du
mouvement altermondialiste) annonce l’essoufflement de la
« phase sociale » et
« mouvementiste » du cycle antilibéral, dans laquelle
le mouvement social semblait pouvoir se développer par l’effet de sa
seule dynamique propre. S’annonce alors un « retour de la
politique » qui s’exprime spectaculairement dans la poussée du
PS aux élections régionales »
L’idée
de l’autosuffisance du mouvement social et l’utopie antipolitique
ont du plomb dans l’aile. Certains camarades (comme Francis Sitel)
ont contesté la formule du « retour de la
question stratégique ». Il ne s’agit certes
pas du retour à l’identique au débat stratégique
des années 70. Nous ne discutons pas de l’émergence
immédiate de situations de double pouvoir comme on pouvait le
faire à propos du Chili ou du Portugal. Mais la question de
l’articulation entre mouvement social et débouché
politique est à nouveau d’actualité, et le débouché
politique doit être en rapport avec une perspective à
plus long terme ou avec une hypothèse stratégique.
Faute
d’avoir traité sérieusement la question, une
organisation comme Rifundazione peut concilier une rhétorique
radicale dans le mouvement social, et un opportunisme électoral
et politique sans rivage. La question politique est donc bel et bien
de retour, en Amérique latine comme dans certains pays
européens. Mais il y a des manières opposées d’y
répondre, y compris au sein de la gauche radicale. Et c’est
ce qui était en jeu dans les campagnes électorales et
dans le débat sur les candidatures unitaires.
Les
camarades estiment que le succès relatif de la candidature
Besancenot en 2002 « résidait dans sa capacité
à épouser l’aspect multiforme du mouvement social
pour, en quelque sorte, se positionner comme son aile
radicale ».
La Ligue aurait ainsi surfé sur la vague de la remobilisation
sociale, alors que « l’accord et de la campagne LCR
et LO, lors élections régionales de 2004, montre que la
direction de la LCR a du mal à se repositionner par rapport
aux déplacements des conflits sur le terrain politique ».
Autrement dit, il se serait agi d’un accord à contretemps.
Nous avons essayé de prolonger et d’élargir l’espace
ouvert en 2002, c’est vrai. A tort ? A raison ? On en
discutera longtemps. Mais si le « retour de la
question
politique » marquait un tournant – « l’essoufflement
de la phase sociale et mouvementiste du cycle antilibéral »,
comme l’écrivent AA et SK -, alors il marque aussi
l’essoufflement d’une gauche antilibérale nébuleuse
qui a accompagné cette phase mouvementiste sans se doter d’une
orientation stratégique à plus long terme. C’est bien
ce problème qui est apparu au grand jour dans les désaccords
autour de la candidature unitaire.
-
« Pour la direction de la LCR,
tout se passe comme si l’ensemble des courants existant entre le PS et
la LCR expriment, au mieux, un simple processus de décomposition
politique sans avenir, au pire, un pont tendu vers le
social-libéralisme. Il ne s’agit pas de nier la difficulté liée à
l’absence de cristallisation nationale de courants significatifs,
autonomes vis-à-vis du PS et/ou critiques vis à vis de la direction du
PCF, mais la direction de la LCR a tendance à considérer tout processus
allant dans ce sens comme un obstacle. Pour elle, au-delà des discours,
tout se passe comme si la Ligue était la seule alternative politique au
PS, capable de polariser directement autour d’elle les militants qui
veulent s’engager dans la construction d’une nouvelle force
politique. »
Le
temps passe et la mémoire défaille. Le camarade Artous,
qui a participé a de nombreux débats sur le sujet, ne
peut pourtant pas avoir oublié les controverses des années
1930 sur la question du centrisme. Le mot peut sembler péjoratif.
On peut le laisser tomber. En revanche, le problème soulevé
par la distinction, alors classique, entre « centrisme
juvénile » et « centrisme sénile »
demeure. Les phénomènes apparus à partir des
grèves de 1995 ou de l’émergence du mouvement alter,
avec Attac, avec la radicalisation d’équipes syndicales,
avec les différenciations dans le PC, avec un nonisme de
gauche dans le PS, traduisait dans une certaine mesure une évolution
« juvénile », de droite à gauche,
consécutive aux mobilisations de 1995 et à leurs
suites. Il semble que le balancier soit reparti partiellement dans
l’autre sens. C’est clair en Italie. En France, on peut
difficilement dire que Salesse, Debons, Drevon, Rémy Jean
(tous ex de la Ligue), les différentes gauches socialistes,
etc, évoluent de droite à gauche.
-
Constater ce retour de balancier, ou son amorce, ne
signifie pas que la Ligue soit « la seule
alternative au PS capable de polariser directement autour d’elle les
militants qui veulent s’engager dans une nouvelle force
politique ». Elle n’est certainement pas
« la seule » alternative, mais elle est, en l’état
actuel des forces, le meilleur levier pour y œuvrer, contrairement à ce
que pensent nombre de nos partenaires (et même de nos propres
camarades) qui la considèrent plutôt - et son candidat avec elle –
comme un obstacle à une recomposition hypothétique. Elle ne prétend pas
polariser autour d’elle tous les militants susceptibles de s’engager
dans une nouvelle force politique, mais elle peut en polariser une
partie (ce n’est déjà pas si mal par les temps qui courent).
Au
lieu d’évoquer abstraitement les « responsabilités »
qui nous incombent, les camarades devraient voir concrètement
les obligations que nous crée l’arrivée de nouveaux
militants avec des caractéristiques, sociales et
géographiques, et des attentes bien différentes de ce
que la Ligue est en état leur donner. Le potentiel du
microcosme ancien a son importance, mais il ne doit pas nous cacher
« les potentialités » que la
campagne a permis d’explorer parmi les nouvelles générations
militantes. Si nous savons aller à la rencontre ne serait-ce
que d’une partie des électeurs d’Olivier (voir le blog de
campagne), à multiplier les Valence, Aulnay, Lens, etc., et si
nous parvenons à répondre à ces défis
nous serons en condition de peser bien mieux sur le contenu du
nouveau parti que nous voulons, et surtout d’en faire mûrir
les conditions de possibilité.
La
politique est affaire de pédagogie, sans doute et jusqu’à
un certain point, mais elle est aussi et surtout affaire de rapports
de forces : certains seront convaincus par des arguments et
des
textes, bien plus le seront par la démonstration pratique de
ce que l’on fait et peut faire. Autrement dit, une Ligue renforcée
est la première condition pour résister à
l’appel des sirènes social-libérales et au glissement
de la gauche vers le centre. Elle est actuellement le meilleur appui
pour affirmer la nécessité d’un nouveau parti et pour
contraindre nos partenaires, locaux ou nationaux, à une
discussion sur le fond politique, au lieu de s’égarer d’une
succession de « coups » électoraux sans
suite ni lendemains.
-
« Une candidature unitaire était
possible » grâce à « un réseau
de plusieurs centaines de comités unitaires, forts de dizaines de
milliers de participants (dont une part importante sans affiliation
partidaire) couvrant une large partie du territoire national ».
Il
a existé une aspiration unitaire indiscutable et légitime
dans le prolongement de la campagne du Non de gauche. Elle est
importante, mais il est inutile de l’exagérer en évoquant
des « dizaines de milliers de participants »
pour impressionner les lecteurs quant aux
« potentialités »
supposées. Les chiffres sont plus sobres. Il y a eu dans les
12 000 votants (loin d’être tous militants au même
titre) sur le nom du candidat dans les collectifs, dont 60% pour
Marie-Georges Buffet. Le plébiscite internautique (ou
bovéthon) en faveur de la candidature Bové a recueilli
plus de 30 000 clics (pour le coup certainement les militants y
étaient fortement minoritaires). C’est significatif. Mais si
la justesse politique se mesure quantitativement au nombre de clics,
autant la mesurer au vote final. On évaluerait alors à
1 500 000 clics le plébiscite en faveur de la candidature
d’Olivier. Ces évaluations comptables ne mènent pas
très loin, car pétitions, votes, et engagement militant
dans la construction d’une force politique ne sont pas du même
ordre.
-
« Naturellement, il fallait un
contenu à cette unité et un projet qui permette de structurer
politiquement ce début de recomposition sur le terrain militant. La
question essentielle était celle de l’indépendance vis-à-vis du
PS : l’affirmation selon laquelle le candidat unitaire et les
forces le soutenant ne participeraient pas ni à un gouvernement, ni à
une majorité parlementaire avec le PS. Cette exigence était défendue
(il faut le souligner) par tous les courants de la Ligue. Et dès
septembre 2006, les collectifs (inclus le PCF) adoptèrent un premier
texte allant clairement dans ce sens. »
C’est
tout simplement faux. A Saint Denis la direction autoproclamée
des collectifs a au contraire refusé même de soumette au
vote des amendements en ce sens (dits amendements d’Aubagne). Mais
nous sommes donc d’accord sur le fait que l’unité sans
contenu ni projet ne suffit pas, et que la question de l’indépendance
par rapport à une future majorité parlementaire était
décisive. En revanche nous n’étions pas d’accord
sur le fait que la question était « clairement »
réglée par les formulations diplomatiques et
contournées adoptées en septembre pour amadouer un PC.
Le texte adopté était très explicitement voué
à « gagner toute la gauche à une
perspective antilibérale », y compris donc le
PS dans son entier. Le PC choisissait en même temps l’alliance
avec le PS contre la proposition de liste unitaire aux municipales de
Bordeaux. La suite a montré que notre méfiance et notre
exigence de clarté sur ce point ne relevaient pas de la
paranoïa critique.
-
« Il était possible d’améliorer
ce texte. Surtout si la direction de la Ligue avait explicitement dit
qu’elle serait d’accord pour un candidat unitaire si cette condition
était remplie. Mais elle ne procéda jamais ainsi, multipliant les
surenchères et refusant obstinément de prendre la mesure de l’acquis
que constituait l’existence du réseau de comités unitaires. Faisant
comme si les positions politiques prises par les comités n’existaient
pas, s’abstenant de la bataille qui s’y est menée, elle a centré ses
critiques sur l’orientation politique de la direction du PCF qui,
effectivement, poussait dans le sens du maintien d’un accord possible
avec le PS. Tout en ayant comme objectif (non déclaré ) de présenter
Marie-Georges Buffet comme candidat unitaire de la gauche
antilibérale. »
Ici,
la discussion est d’abord factuelle. Tout aurait été
possible si la Ligue avait « explicitement »
dit qu’elle serait d’accord pour un candidat unitaire si cette
condition était remplie ? Non seulement elle l’a
explicitement dit, mais elle l’a répété dans
les médias par la bouche d’Olivier, dans les résolutions,
dans les tribunes de presse (cf. entre autres la réponse à
Michel Onfray dans Libé,
etc.).
Non seulement elle l’a explicitement dit, mais elle l’a
explicitement voté lors de sa conférence nationale de
juin 2006.
Nous
présentions Olivier, parce que c’était le meilleur
candidat dans la continuité du non de gauche et des luttes
sociales, et parce que l’accord sur l’indépendance vis à
vis du PS n’est pas pour l’heure réalisé. Mais,
étant donné qu’il ne pouvait prétendre
représentet en tant que candidat l’ensemble des composantes
des collectifs, nous retirerions sa très bonne candidature
pour une moins bonne si cet accord était atteint. Il était
légitime que nous exigions en contrepartie des garanties
solides sur l’orientation de la campagne, car nous n’entendions
pas, comme on le dit vulgairement, mouiller la chemise pour un ou une
candidat qui nous entraînerait au lendemain du premier tour ou
du deuxième là où nous ne voulions pas aller.
C’était clair, et honnête : Olivier serait
candidat de la Ligue s’il n’y avait pas d’accord, il ne le
serait pas s’il y avait accord. Il n’était donc pas
candidat à la candidature contre Salesse, Bové, Autain,
Buffet, etc. On pouvait difficilement être plus
« explicite ».
Si
la question des alliances était aussi « clarifiée »
que AA. et SK semblent le penser, il aurait était facile aux
camarades des collectifs de répondre positivement à la
demande de clarification de la Ligue, même si elle leur
semblait exagérément tatillonne : était-il
aussi important de maintenir à tout prix la formulation de non
participation à « un gouvernement sous hégémonie
social-libérale » contre le rejet explicite de
toute coalition parlementaire ou gouvernementale avec le PS
synthétisé autour du oui et de Ségolène ?
Quant à la conviction qu’Olivier était de loin le
meilleur candidat – non pas « bien qu’à la
Ligue… », comme certains le concédaient, mais
aussi parce qu’à la Ligue ! - par la clarté de
sa position, par sa représentativité sociale, et même
par son « potentiel » électoral, elle a
été plus que confirmée.
-
« Reste à expliquer les raisons
de cette orientation politique. Au-delà des jeux d’alliance entre
divers courants internes de la LCR, deux questions décisives
apparaissent. La première tient à l’analyse d’ensemble de la
conjoncture et de la place de l’élection présidentielle. Manifestement,
la direction de la LCR n’a pas compris les enjeux politiques qui s’y
cristallisaient du point de vue de la condensation des rapports de
forces entre les classes et, en conséquences, les enjeux que
représentait une candidature unitaire de la gauche radicale. Et c’est
d’ailleurs une constante de la LCR durant le cycle passé de
sous-estimer les moments politiques de cristallisation des luttes des
classes, au profit d’une approche essentiellement
« sociale », « mouvementiste »,
(qui n’est en rien contradictoire à un propagandisme politique
abstrait) de ces luttes ».
Il
y a certainement un désaccord, ou au moins des nuances, avec
les camarades sur l’appréciation de la situation et les
possibilités qu’elle recelait. Encore faudrait-il en évaluer
la portée exacte. En revanche, il est carrément faux
d’affirmer que nous avons sous-estimé la place et les enjeux
de l’élection présidentielle. C’est précisément
parce que nous les estimons à leur juste importance, parce que
nous savons à quel point, dans la logique institutionnelle de
la Ve république, elle distribue le jeu (a fortiori avec le
quinquennat et le calendrier actuel) et détermine le degré
d’indépendance politique et organisationnelle d’un courant
politique, que nous avons été exigeants sur les
conditions d’un compromis.
C’est
précisément parce que nous pensions, à la
lumière du contexte international, que la tendance lourde à
la transformation blairiste du PS allait s’affirmer et entraîner
dans son sillage une partie de la gauche antilibérale, que
nous avons été aussi intransigeants sur la question des
alliances.
Quant
aux généralisations sur « la constante »
qui consisterait, de la part de la Ligue, à sous-estimer « les
moments politiques », elle mériterait examen plus
attentif. Le moment politique du référendum a-t-il été
sous-estimé ? Et la mise en route de la campagne du Non
ne doit-elle pas beaucoup à la Ligue ? Il y a certes eu
une tendance mouvementiste et syndicaliste de la Ligue dans les
années 1980 (non seulement de la part de la majorité,
mais aussi et peut-être surtout de camarades qui ont persisté
sur cette ligne mouvementiste dans les collectifs et derrière
la candidature Bové comme candidature du
« mouvement »)
et une partie des années 1990. Mais ce que certains camarades
regrettent aujourd’hui comme « le tournant de
98-99 », concrétisé par la candidature
d’Olivier en 2002, traduisait précisément une volonté
de réinvestir le champ politique et d’y réaffirmer la
fonction d’une organisation qui ne se réduise pas un réseau
de militants sociaux.
-
« Cette sous-estimation de la
dimension politique était étroitement liée à une compréhension
« statique » de la conjoncture récente, qui en
sous-estimait les éléments de crise et d’instabilité. Cette vision
« pessimiste » paraît aujourd’hui confortée par la
victoire de Sarkozy (qui, comme nous l’avons suggéré auparavant, a su
trancher à vif, et à droite, dans la crise), mais c’est au prix d’un
véritable refoulement des potentialités de la période écoulée et des
responsabilités de la gauche radicale dans une issue qui était, à notre
sens, tout sauf inéluctable ».
Cette
vision « pessimiste » (ou simplement lucide) ne
« paraît » pas, elle est hélas
vérifiée par la victoire de Sarkozy, qui n’est pas un
accident électoral mais relève de tendances plus
profondes. Aussi, ce n’est pas parce que nous avions une vision
« statique » de la
conjoncture que nous
avons défendu notre orientation, mais bien parce que nous en
avions une vision dynamique. La divergence porte donc, non pas sur
une opposition simplifiée entre statique et dynamique, mais
sur l’appréciation différente du sens de la
dynamique. Bien sûr, l’issue d’une situation n’est jamais
« inéluctable ». Encore faut-il avoir
les bons critères pour évaluer les chances des
possibles assassinés. La Ligue a des responsabilités. A
supposer qu’elle s’y soit dérobée, une situation
aussi riche de « potentialités »
aurait certainement dû trouver d’autres voies d’expression
(autour de la candidature « unitaire »
de Bové face à la « bande des onze »,
par exemple, ou autour de la « candidature de la
gauche
antilibérale » de Buffet).
D’accord,
il n’y a pas de quoi être triomphalistes pour 4% - juste
satisfaits du travail accompli. Mais imaginons que le résultat
ait été inverse, que nous ayons obtenu 1,3% et une
candidature antilibérale plus de 4%. Notre score aurait alors
été interprété sans aucun doute par ces
mêmes camarades comme une preuve de faillite définitive,
et les 4% Bové ou Buffet comme une confirmation éclatante
(ou triomphale) des « potentialités de la
dynamique unitaire » ou du redressement du PC.
Pourquoi ne pas considérer alors le résultat de la
campagne d’Olivier comme l’illustration des potentialités
qui auraient pu être plus grandes encore si toute la Ligue
avait mené la campagne ?
-
« Les élections présidentielles
ont ainsi été prises dans une vision « routinière »,
dont la fonction principale était est de faire apparaître la LCR dans
le champ politique, en s’appuyant sur la personnalité d’Olivier
Besancenot et en gérant au mieux son capital électoral. Au demeurant,
il est à présent clair que, dès le début, une partie non négligeable de
la direction pensait qu’il fallait annoncer tout de suite sa
candidature (mais cela aurait été minoritaire dans la LCR). »
La
seule ambition de l’orientation majoritaire aurait donc été
de s’appuyer sur la personnalité d’Olivier (de faire une
opération de com., en somme ?) pour gérer un bas
de laine électoral. C’est dépolitiser complètement
le contenu de la campagne et minimiser le travail des militants. La
majorité des militants de la Ligue ne s’est pas contentée
de « gérer un capital électoral »
(imaginaire au demeurant, puisque ce que « capital »
a fondu sous l’effet du vote utile). Elle a ramé pendant des
mois, d’abord pour arracher une à une les signatures de
maires, ensuite pendant deux mois supplémentaires pour
convaincre un million et demi d’électeurs, malgré le
chantage à la peur de Le Pen/Sarko (qui a marché sur
l’écrasante majorité de l’intelligentsia
« anti-libérale »), de résister à
la pression du « vote futile ».
Pour
émettre un jugement aussi sommaire, il faut avoir regardé
passer le train de la campagne du haut de son balcon. Ce qui, de la
part de camarades qui ne se privent généralement pas de
reprocher à la Ligue sa passivité ou son attentisme, ne
manque pas d’ironie. Mais l’essentiel n’est pas là. Il
est dans le mystère dévoilé : « Il
est à présent clair », disent les
camarades, qu’une partie de la direction pensait dès le
début qu’il fallait déclarer la candidature
d’Olivier. Ce n’est pas une révélation. Ce qui est
« clair à présent », c’est
qu’il aurait plutôt fallu adopter la position de la CN de
juin dès le congrès de janvier 2006 : c’est-à-dire
« déclarer la candidature d’Olivier »
comme la meilleure possible, et non comme un pis aller ou un recours
par défaut en cas d’échec unitaire, et poser
clairement dès ce moment les conditions auxquelles nous étions
prêts à la retirer. Nous aurions alors pu mener six mois
de bataille dans les collectifs et avec nos éventuels
partenaires, au lieu de laisser l’équipe dirigeante des
collectifs esquiver les débats de fond par de misérables
manœuvres dilatoires (la non soumission au vote de la motion
d’Aubagne, ou le lâchage de Bové au moment du vote
dans les collectifs, avec l’illusion que Autain ou Salesse seraient
plus acceptables par la direction du PC).
-
« Et cela – c’est la seconde
question décisive - parce que, fondamentalement, sa direction estime
que la LCR est la seule alternative politique à gauche du PS. »
Voici
donc la question décisive. Nous ne pensons pas que la Ligue
soit « la seule alternative à gauche du PS ».
Mais c’est, en l’état actuel des choses la plus solide et
la plus cohérente, donc le meilleur levier pour développer
une telle alternative. Le bilan de la campagne le confirme. Et si la
Ligue n’est pas la seule alternative, encore faut-il faire
l’inventaire de ce que sont les autres.
LO ?
Les camarades sont horrifiés à l’évocation
d’un accord –fusse-t-il simplement électoral – avec
cette organisation !
Le
Parti communiste en tant que tel ? Ils n’y croient pas plus
que nous, et nous aurons l’occasion de voir, avec le congrès
extraordinaire annoncé, la polarisation entre les mutants de
la mutation (Hue/Gayssot) et les identitaires (Gerin/Bocquet), tous
d’accord pour privilégier malgré tout l’alliance
subalterne avec le PS et pour refuser toute unité sérieuse
avec la Ligue.
Les
courants du PC, rénovateurs ou rouges vifs ? Il y a des
militants, des cellules, de groupes locaux du PC avec lesquels il est
possible de travailler - les municipales seront d’ailleurs un test
pour savoir au moins dans les grandes villes ce qui l’emporte entre
le ralliement aux listes PS ou la construction d’une alternative –
mais il n’existe pas de courant national organisé. Les
refondateurs semblent voués à reproduire le schéma
expérimenté par plusieurs vagues de rénovation :
plus critiques dans le bilan du stalinisme, plus ouverts et
unitaires, mais finalement plus droitiers dès qu’ils rompent
les amarres avec la maison mère (de Fiterman à Herzog
en passant par Llabres, la liste est longue et n’est certainement
pas close).
La
campagne a montré que, malgré une situation
défavorable, la nécessité d’une alternative
(ou d’un nouveau parti) murit et qu’émergent des éléments
pour sa construction. Mais ces éléments ne sont pas
articulés nationalement et ils risquent de se dissoudre dans
le repli localiste si nous ne prenons pas d’initiatives
audacieuses. D’où la campagne de propagande initiée
par Olivier sur la question du nouveau parti à laquelle nous
devons donner un contenu programmatique (dans le prolongement du Non
de gauche et des campagnes présidentielle et législative),
une politique d’alliance (d’indépendance vis à vis
du PS), et une définition organisationnelle démocratique
(dont la « démocratie » plébiscitaire
informelle des collectifs constitue le contre exemple).
-
« C’est pourquoi, d’ailleurs,
dans la campagne pour les législatives, qui suivent la présidentielle
et où la gauche radicale, sauf quelques exceptions, se présente de
façon totalement éclatée, le LCR s’auto-affirme, face au PS, comme la
représentante da la « gauche de combat ».
Dès
le lendemain de la présidentielle, la Ligue est la seule
organisation qui se soit adressée au PC, à LO, aux
Collectifs Bové pour proposer une discussion sur les
législatives. Elle n’a reçu à cette
proposition écrite que des fins de non-recevoir téléphoniques.
S’il est juste, au « moment où le PS annonce
qu’il va s’engager dans une refondation en s’ouvrant vers le
centre », de dire qu’une alternative de la gauche
radicale est urgente, se contenter d’affirmer qu’elle « ne
peut pas se cristalliser autour de la seule LCR »
est
insuffisant. Une simple négation (ne peut pas autour de la
Ligue…) ne fait pas une politique : autour de quoi et de qui,
dans la situation concrète, peut-elle se cristalliser ?
En politique comme en physique l’attraction est proportionnelle à
la masse. Cesser d’hésiter avec les hésitants, et
renforcer la Ligue n’est pas une condition suffisante, mais c’est
une condition nécessaire au déblocage de la situation.
Avec
les camarades AA et SK, nous avons un désaccord, et même
plusieurs (d’appréciation des potentialités de la
situation, de méthode, de conception de l’organisation).
Attribuer à la majorité de la Ligue une orientation
reconstruite idéologiquement, sans citer les textes ni
interpréter les faits précis intervenus en cours de
campagne, n’aide cpas à cerner ces désaccords, à
les préciser et à les discuter sérieusement.
Réduit
à un bilan imaginaire d’une politique imaginaire, le « bilan
de la gauche du PS » proposé au lecteur
étranger, revient à attribuer à la Ligue, en
escamotant le rôle des autres acteurs, une responsabilité
presque exclusive et démesurée dans le délabrement
de la gauche.
Ce
n’est certainement pas intentionnel de la part des camarades, mais
leur bilan finit ainsi, involontairement sans doute, par devenir un
bilan truqué.
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