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Que
Faire – Numéro 6 – septembre/novembre 2007
Editorial
: Pour la constitution d'un nouveau
parti
Malgré
la victoire volée de Chirac en 2002, malgré les
élections régionales et européennes gagnées
largement par la gauche en 2004, malgré le Non au TCE en 2005
et la forte mobilisation contre le CPE en 2006... Sarkozy a
confortablement gagné les élections présidentielles
et si le tsunami annoncé pour les législatives n'a pas
eu lieu, l'UMP détient la majorité à
l'Assemblée.
Pendant
la campagne présidentielle, Sarkozy n'a pas hésité
à draguer ouvertement les électeurs du front national,
reprenant le slogan phare de Le Pen : « la
France,
on l'aime ou on la quitte »
et en annonçant la création d'un ministère
de l'immigration et de l'identité nationale.
Face
à lui, le PS a donné dans la surenchère en
termes de nationalisme (drapeaux dans tous les foyers) et d'autorité
(encadrement militaire des délinquants), sans prôner de
véritables mesures de gauche, mais en mettant tout
comme Sarkozy la « valeur travail » au cour du
débat.
La
victoire de cette droite décomplexée est le signe
pour beaucoup d'une droitisation de la société.
S'il
est clair que cette élection a montré un virage à
droite assumé du Parti socialiste, matérialisé
notamment par la tentative d'alliance avec la droite version Bayrou,
cela ne correspond pas à la réalité des
travailleurs.
En
effet, malgré les efforts de l'UMP et des médias dans
ce sens, il n'a pas été possible de faire tourner la
campagne autour des questions de sécurité tel
que cela avait été fait en 2002. Au contraire, ces
quelques mois ont vu le renforcement de l'activité du Réseau
éducation sans frontière, les salaires et le pouvoir
d'achat se sont invités dans le débat par le biais des
salariés de PSA Aulnay, mais également de la
Fnac...
Cette
victoire de la droite n'a pas tardé à se traduire par
des mesures antisociales : réforme de l'université,
paquet fiscal (surtout un paquet cadeau pour les riches), franchise
médicale... Le service minimum a également été
adopté, véritable attaque contre le droit de
grève.
Les
mises en rétention de sans-papiers explosent d'autant plus
qu'Hortefeux, le ministre des Rafles, a annoncé 125 000
arrestations pour atteindre l'objectif de 25 000 reconduites à
la frontière par an.
Une
riposte de la gauche ?
En
trois mois, le PS a de plus en plus sombré dans la paralysie,
les batailles d'appareil. Mais derrière cela, ce ne sont pas
des projets alternatifs qui sont en cause. Entre un Strauss-Kahn qui
a sorti les couteaux le soir même du 2` tour, prônant une
alliance avec le centre et aujourd'hui en tournée pour se
faire désigner à la tête du FM I (!),et le clan
Royal, il ri y a aucune différence fondamentale.
La
problématique du PS aujourd'hui est un combat interne pour
savoir qui prendra la direction du parti. Et la préoccupation
de Royal est de rester la candidate du Parti socialiste pour les
cinq ans à venir jusqu'en 2012. Elle attend son heure et la
bataille se mènera bien plus à l'intérieur
du PS que contre l'UMP.
Une
défaite pour la gauche radicale
Après
un immense espoir représenté par le Non au référendum
du 29 mai 2005, la gauche radicale a été incapable de
présenter une candidature unitaire.
En
cumulant les voix de Buffet, Besancenot, Bové et Laguiller, le
score est inférieur à celui de 2002.
Il
faut y voir sans aucun doute un effet vote utile. II est sûr
que de nombreux électeurs ont été trop
traumatisés par l'obligation de voter Chirac au 2e
tour pour faire barrage à Le Pen en 2002, pour reprendre ce
risque. Dans cette situation, il n'est pas étonnant que
des partis comme le PC et les Verts qui étaient identifiés
comme membres de la gauche plurielle, et donc alliés naturels
du PS, en aient fait les frais en premier lieu, même s'ils ont
réussi provisoirement à enrayer leur chute aux
législatives.
Les
Verts paient également leur manque de clarté face
au libéralisme (position pour le oui au TCE, soutien du
pacte de Hulot).
Quant
au PC, il poursuit sa déchéance entamée depuis
1981 et rendue inévitable depuis la chute du Mur.
Le
score de Bové est particulièrement mauvais. La
responsabilité en échoit moins à Bové
lui-même, bien que sa campagne ait été
relativement confuse et que ses déclarations (Hulot à
l'écologie) aient confirmé qu'il était
politiquement peu contrôlable, qu'au fait que sa candidature
n'ait été qu'un ersatz de candidature unitaire.
L'échec
de Bové ne démontre en rien qu'une candidature unitaire
n'aurait pas convaincu. Cela démontre simplement qu'une
candidature qui ne rassemblait pas des sections significatives
des organisations représentant le Non de gauche, ne
pouvait se proclamer être une alternative.
Il
est impossible de dire ce qu'auraient été les
résultats si la LCR s'était dès le départ
impliquée dans les collectifs. Il n'en reste pas moins
que les chances d'aboutir à une politique indépendante
du PS auraient été bien meilleures avec une ligue
pleinement partie prenante du processus que dans la situation que
nous avons connue où la candidature de Besancenot avait été
annoncée dès le mois de juin, laissant les mains libres
au PCF, et abandonnant tous les militants des collectifs qui
étaient bien plus proches de notre orientation.
De
lourdes responsabilités pour la LCR
La
LCR est la seule à s'en tirer correctement à
gauche de cette élection, avec près de 300 000
électeurs de plus qu'en 2002 aux présidentielles.
Cette
« victoire » doit être mise au crédit
de la bonne campagne qu'a menée Olivier.
Elle
valide la position de totale indépendance vis-à-vis
du PS, mais également le profil unitaire qu'Olivier n'a
cessé de défendre pendant toute la campagne.
En
outre, les électeurs ont changé. Deux tiers de ceux qui
avaient voté pour nous en 2002 n'ont pas réitéré
ce choix. Et la LCR a réuni de nombreux nouveaux électeurs,
avec un profil beaucoup plus populaire qu'en 2002. De plus,
contrairement aux précédentes élections,
l'érosion des votes entre présidentielles et
législatives a été bien
moindre.
Et s'il est clair que toutes les voix pour Olivier ne se sont pas
traduites par un vote pour la Ligue, cela ne vient pas seulement
d'un effet Besancenot mais également du mode de scrutin qui
rend impossible toute représentation au Parlement.
Mais
ces bons résultats nous donne également de lourdes
responsabilités. Entre les centaines de milliers d'électeurs
et les 3 000 militants de la Ligue, le fossé est énorme.
Mais les plus de deux mille prises de contacts et les nombreuses
adhésions sont une base saine de construction de
l'organisation.
Nouveau
parti anticapitaliste
Si
la victoire de Sarkozy est une défaite pour notre camp, cela
ne signifie pas la fin de la lutte des classes. Et le cycle
entamé en 1995 ne s'est pas achevé du jour au
lendemain, comme l'ont montré les luttes pendant la
campagne elle-même.
Mais
les dérives de la gauche réformiste sont telles,
qu'on ne peut attendre d'elle qu'elle prenne la direction de la
lutte contre Sarkozy.
C'est
donc sur la gauche radicale que pèse cette responsabilité,
et pour cela, les forces de la LCR ne suffiront pas. C'est pourquoi
la construction d'une nouvelle force à gauche qui puisse
incarner pour les travailleurs une alternative en termes
politique et de lutte à la droite est plus que jamais
d'actualité. Mais il est clair que la dynamique issue du
vote contre le TCE et qui avait pris corps dans les collectifs ne
pourra plus en être le moteur.
Ainsi,
c'est dans cette situation, beaucoup moins favorable pour le
regroupement que l'année dernière, que la majorité
de la LCR propose de prendre l'initiative pour la construction
d'un parti anticapitaliste large.
Mais
pour être mené à bien ce projet nécessite
que certaines conditions soient remplies:
-
Un parti anticapitaliste large n'est pas une ligue élargie :
L'audience de la LCR après les élections a augmenté
et il est probable que les effectifs de la Ligue suivent la même
tendance. Parmi les nouveaux militants adhérant sur le
profil de la campagne, il est normal qu'une partie ne se retrouve pas
d'emblée dans les idées et les analyses marxistes
révolutionnaires. Mais cette hétérogénéité
de l'organisation n'est pas un argument pour que la Ligue soit
la base du nouveau parti anticapitaliste large. C'est pourquoi,
même si nous pensons que la construction de ce parti ne peut
pas être soumis à la recherche d'hypothétiques
partenaires, il ne peut pas non plus seulement s'agir d'individus
plus ou moins proches de la LCR.
Le
nouveau parti doit également chercher à rassembler des
courants faisant partis d'organisations politiques, des
militants des collectifs antilibéraux et des collectifs
Bové, des militants syndicaux et associatifs et tous ceux qui
se retrouveront dans la lutte contre Sarkozy et sa politique, et
l'indépendance face au PS.
-
Une nouvelle structure organisationnelle : Tous ces
différents courants doivent pouvoir s'exprimer, ce qui
signifie trouver un mode d'organisation permettant un débat
où tous sont représentés de manière
équitable. La direction de la LCR ne peut se transformer en
direction du nouveau parti. De la même manière,
l'adhésion à la IV` Internationale ne peut être
une condition.
Construire
la Ligue
Pour
que ce regroupement ait une chance de représenter une
alternative à la gauche de gouvernement, sa construction
ne doit pas se confondre avec celle de la Ligue. Ainsi, la première
proposition de la majorité, selon laquelle le prochain congrès
devait être une étape dans la construction du parti
anticapitaliste était une erreur.
La
réussite du regroupement passera nécessairement par un
renforcement de la ligue. Les centaines de nouveaux militants doivent
être intégrés dans l'organisation qu'ils ont
rejoint. Cela passera par la formation, la diffusion de Rouge,
les
débats etc., et également par la préparation
du congrès qui doit être l'occasion d'éclaircir
au sein de la LCR notre rôle dans le regroupement.
En
effet, si le regroupement avait abouti sur la base des collectifs,
nous aurions défendu que la LCR en ait été la
composante révolutionnaire. Dans la création de ce
nouveau parti à l'initiative de la Ligue, le risque d'une
dilution des idées révolutionnaires dans une
organisation radicale sera encore plus grand.
Or
dans le parti large, il sera nécessaire qu'existe un
courant révolutionnaire, qui remette en cause la
propriété privée, le rôle des
institutions et de l'Etat...
Il
faut donc envisager dès l'origine le mode d'organisation, de
structuration et d'apparition des révolutionnaires. Pour cela,
la ligue doit renforcer le ciment idéologique de ses
militants. Cela signifie continuer d'affirmer ses principes de
bases : la pré-éminence de l'analyse marxiste en
premier lieu. Affirmer un courant révolutionnaire se
revendiquant du marxisme n'étant pas du tout contradictoire
avec l'ouverture de l'organisation à des courants non
marxistes ou non révolutionnaires Tout le monde a intérêt
à ce que les choses soient claires.
A
cet égard, le Manifeste adopté en dehors de tout débat
sérieux dans l'organisation (lorsque la CN en a débattu,
la version dont elle disposait était déjà
dépassée), est révélateur des ambiguïtés
et des difficultés de l'exercice. En dessous du ce que devrait
être le Manifeste d'une organisation révolutionnaire,
s'il est destiné à la nouvelle force il présente
l'énorme tare d'avoir été écrit en dehors
de sa construction. Cette question devra don être reposée.
La
résistance à Sarkozy comme dynamique et base de la
construction de eu nouveau parti
Si
la LCR a eu comme défaut les deux dernières années
de vouloir restreindre le rôle des collectifs à la
construction des luttes en les privant de discussion
« politiques », il serait dangereux aujourd'hui
de tomber dans l'excès inverse. Nous devons donc contribuer à
la construction et au fonctionnement de tous les fronts généraux
et particuliers de résistance aux mesures anti-sociale
mises en œuvre par le gouvernement. Ce sera un des cadres
privilégiés de la construction de cette nouvelle force.
Nous
continuons donc à militer pour la construction d'un nouveau
parti qui représente une alternative politique pour le
mouvement ouvrier.
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