(texte
en pdf)
Que
Faire – numéro 8 – mai/juillet 2008
L’idéologie allemande
Aux
origines du marxisme, remettre les idées sur leurs pieds.
Ambre
Bragard
La
conception marxiste fut
développée par Marx et Engels dans la polémique
contre le matérialisme de l’époque incarné en
premier lieu par Ludwig Feuerbach, puis Bruno Bauer et Max Stirner.
Ceux-ci, bien que s’opposant les uns aux autres, pensent tous selon
Marx que les hommes se sont toujours faits des illusions sur
eux-mêmes et qu’ils ont organisé leurs rapports en
fonction de ces représentations. De là, pour changer le
monde réel il suffirait d’échanger, de critiquer ou
d’abolir théoriquement ces « idées
fausses ».
Marx
s’oppose
frontalement à
cette conception qui considère que le monde est dominé
et déterminé par des idées que seuls les
philosophes sont à même de déchiffrer et qui mène
tout droit à penser que la révolution se joue dans le
domaine de la pensée pure. Il reproche aux critiques allemands
de ne jamais quitter le terrain de la philosophie, de se complaire
dans la seule critique contemplative des représentations et de
ne jamais se confronter à la réalité humaine, la
seule que l’on puisse connaître et changer pratiquement. Marx
conclut logiquement ses Thèses sur Feuerbach par : « Les
philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le
monde, ce qui importe c’est de le transformer. »
La
délimitation et le
dépassement de Marx par rapport au matérialisme de
Feuerbach et à l’idéalisme de Hegel, duquel il se dit
le successeur, correspond à la naissance du marxisme.
Marx reconnaît le rôle de Feuerbach dans le parachèvement
de la critique de la philosophie hégélienne, le seul
pour lui « à avoir au moins constitué un
progrès »,
mais il pointe également les limites de sa conception. Il lui
reproche de trop insister sur la nature et de ne pas prendre en
compte les facteurs sociaux. En effet, Feuerbach, qui fut le premier
à renverser le rapport hégélien Conscience/Être en
situant l’essence de l’idée dans l’homme et non
l’inverse, saisit l’homme comme un être générique
soumis aux seules lois de la nature.
Après
lui Marx
concrétise
le concept d’homme en le prenant cette fois-ci dans la réalité
et non plus dans la philosophie : « La
conscience
ne peut jamais être autre chose que l’Être conscient et
l’Être des hommes c’est leur processus de vie réel. ».
Cette différenciation peut sembler dérisoire, pourtant
elle est au cœur, sinon le cœur de la théorie marxiste
puisque cet enracinement dans la réalité sociale permet
la liaison entre la théorie socialiste et la pratique
révolutionnaire du prolétariat.
Conscience et Être
Tirer
l’homme de la
réalité
c’est cesser de considérer les hommes en tant qu’individus
isolés et figés dans le temps, c’est les
saisir « dans leur processus de
développement
réel dans des conditions déterminées ».
Pour Marx, considérer l’Être comme être-humain
et la Conscience comme conscience humaine est un premier pas
nécessaire mais pas suffisant. Il n’y a pas d’être-humain
et de conscience humaine en dehors de l’histoire. Quelle nature
humaine invariable relierait l’homme préhistorique et
l’homme du 20ème siècle ? Quelle
conscience universelle ferait de l’homosexualité la forme la
plus élevée de l’amour dans l’Antiquité et
un crime passable de peine de mort au Moyen-âge ? Certains
diraient que c’est le fruit de l’évolution inéluctable
de la conscience en tant que force motrice de l’histoire, Marx
répondrait que cela résulte des conditions matérielles
(du développement ou du déclin des forces productives)
– sinon comment expliquer le passage d’une civilisation antique
particulièrement riche culturellement à un ordre féodal
beaucoup plus pauvre de ce point de vue ? Pour
remonter aux
origines de la conscience, il faut donc partir des bases réelles
de l’histoire c’est-à-dire des conditions d’existence
matérielles des individus, celles qu’ils ont trouvées
toutes prêtes
et celles qui sont le produit de leur travail. « Toute
histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification
par l’action des hommes au cours de l’histoire. »
Les bases matérielles de la
conscience
« Les
hommes ont une
histoire, parce qu’ils doivent produire leur vie et qu’ils le
doivent en fait de manière déterminée :
c’est impliqué par leur organisation physique : de même
que leur conscience. »
L’histoire humaine présuppose déjà qu’il y
ait des êtres-humains vivants. Par conséquent, ceux-ci
doivent « être à même de vivre pour
pouvoir « faire l’histoire » ».
La première chose dont on doit tenir compte est donc le fait
que les hommes doivent chaque jour, aujourd’hui comme il y a des
millions d’années, produire les moyens de satisfaire leurs
besoins vitaux : boire, manger, se loger, se vêtir… et
qu’en faisant cela « les hommes produisent
indirectement leur vie matérielle elle-même ».
Aux débuts de l’histoire humaine, Neandertal doit lui aussi
fabriquer les outils nécessaires à sa survie –
confectionner des armes pour la chasse, des peaux pour l’hiver…
Aussi, la première distinction entre l’homme et l’animal réside, selon
Marx, non pas dans le fait de penser mais dans
celui de produire ses moyens d’existence, conséquence
directe de sa condition physique. C’est parce que les hommes sont
capables de se tenir debout et d’user librement de leurs mains,
qu’ils peuvent produire les moyens d’exploiter les richesses qui
les entourent.
La
deuxième chose
c’est qu’une
fois ces premiers besoins satisfaits, « l’action de
[les] satisfaire et l’instrument déjà acquis de
cette satisfaction poussent à de nouveaux besoins, – et
cette production de nouveaux besoins est le premier fait
historique ».
Le
troisième aspect
du
développement historique c’est que « les
hommes, qui renouvellent chaque jour leur propre vie, se mettent à
créer d’autres hommes, à se reproduire ; […]
c’est la famille »,
ou le clan – formes primitives des rapports sociaux.
Ces
trois moments,
qui coexistent
depuis les débuts de l’histoire et se manifestent encore
aujourd’hui, relèvent à la fois d’un rapport
naturel et d’un rapport social. Lorsqu’il s’agit de produire la
vie par le travail ou en procréant on voit bien que le primat
de la nature est certes essentiel mais qu’il n’est pas le seul
élément déterminant. Il est d’abord question
des richesses qu’offre la nature et de l’homme comme force de la
nature (physiquement capable de produire la vie, la sienne et celle
d’autrui) ; mais il est aussi, d’emblée et de plus en
plus, question de l’homme comme force de transformation de la
nature. Les richesses de la nature ne peuvent être exploitées
et l’homme lui-même ne peut les exploiter que dans la mesure
où les hommes entrent en interaction entre eux dans le cadre
de la production. La question du mode de coopération des
hommes n’est donc pas secondaire. C’est parce qu’ils
entretiennent des rapports sociaux déterminés –
d’abord exclusivement dans le cadre de la famille ou du clan puis à
une échelle de plus en plus grande – que les richesses
naturelles et l’homme lui-même deviennent des forces
productives.
« Voici
donc les faits :
des individus déterminés qui ont une activité
productive selon un mode déterminé entrent dans des
rapports sociaux et politiques déterminés […] »
Avec
l’essor de la
population et des
relations entre les individus apparaît et se développe
la production, qui conditionne en retour la forme des relations. Le
mode de production des hommes dépend des moyens d’existence
déjà prêts qu’il leur faut reproduire. On
entend par là aussi bien les moyens d’existence naturels
accessibles aux hommes que les moyens de les exploiter légués
par la génération d’hommes qui les a précédés.
En effet, à chaque stade de l’histoire correspond « un
résultat matériel, une somme de forces productives, un
rapport avec la nature et entre les individus, crées
historiquement et transmis à chaque génération
par celle qui la précède… ». Cet
héritage est modifié par la nouvelle génération
en même temps qu’il « lui [dicte] ses propres
conditions d’existence et lui [imprime] un développement
déterminé… ».
De
ce mode de
production découle
un mode déterminé de l’activité des individus
dont découle ensuite un mode de vie déterminé ;
« ce que sont les individus dépend donc des
conditions matérielles de leur production. »
Par
exemple, lorsque
la production est
très peu développée, comme aux débuts de
l’humanité, la division du travail est également très
réduite. Il s’agit encore d’une division dite
« naturelle » du travail qui s’opère
en fonction du sexe, de la vigueur corporelle ou des entraves liées
à la maternité. Les rapports humains sont eux-mêmes
très restreints et ne dépassent guère le cercle
de la tribu. Avec l’essor de la production, l’accumulation des
forces productives et leur développement, évoluent la
division du travail et la structure sociale correspondante. Lorsque
celle-ci est effective, c'est-à-dire lorsqu’il apparaît
une division entre le travail manuel et le travail intellectuel,
apparaît « pour la première fois la
division de la population en deux grandes classes, division qui
repose directement sur la division du travail et les instruments de
production » ;
esclaves qui travaillent/ citoyens qui vivent sur leurs dos dans
l’antiquité mais aussi, selon le même schéma,
travailleurs/patrons sous le capitalisme.
Ce
sont là les bases
matérielles
à partir desquelles se forment les idées des
individus.
Production de la conscience
La
conscience, bien
que liée à
la nature de l’homme, se développe aussi en fonction de
l’essor de la productivité, de l’augmentation des besoins
et de l’accroissement de la population et des échanges. Elle
est donc « d’emblée un produit social ».
C’est en cela que Marx écrivait : « Ce
n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie
qui détermine la conscience ».
Les représentations des hommes sont directement liées à
leur comportement matériel, elles sont « l’expression
consciente – réelle ou imaginaire – de leurs rapports et
de leur activité réels ».
C’est pourquoi on peut croire en l’illusion que ce sont les idées
qui dominent le monde. Le rapport Conscience et Être peut
apparaître renversé parce qu’il forme une unité
indissociable. Et si les rapports des hommes peuvent apparaître
déformés, c’est que les idées dominantes sont
aussi toujours les idées de la classe dominante puisqu’elle
dispose à la fois des moyens de production matérielle
et intellectuelle. Or, « les pensées dominantes
ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports
matériels dominants, elles sont ces rapports matériels
dominants saisis sous forme d’idées […] ; autrement
dit, ce sont les idées de sa domination ».
Par exemple, l’idée dominante qui consiste à dire que
l’employeur et le salarié sont dans un rapport d’égalité
est l’expression idéale, derrière une égalité
formelle (force de travail contre argent), d’une inégalité
réelle (un rapport d’exploitation).
Les
hommes réels
(c’est-à-dire
conditionnés par des forces productives et des rapports
sociaux déterminés) sont les producteurs de leurs idées
et non l’inverse. La conscience n’est rien d’autre que « l’Être
conscient et l’Être des hommes est leur processus de
vie réelle ».
Ce
phénomène est
clairement visible lorsque la division du travail est encore peu
développée ou lors des grands bouleversements
historiques. Par exemple il ne fait aucun doute que le mode de
production primitif extrêmement soumis aux lois de la nature
mène tout droit à une religion de la nature. De même,
l’illusion qu’un ordre social déterminé est
uniquement dû à la domination de certaines idées,
s’effondre lorsque la domination de la classe qui les supportait
cesse d’être le régime social et que par conséquent
ses idées cessent à leur tour de dominer et de revêtir
la forme de l’universel. Par exemple, après la révolution
française de 1789 il n’allait plus de soi de penser que la
domination de la noblesse émanait d’une volonté
divine.
Dès
lors que la
division du
travail parvient à la division entre travail manuel et travail
intellectuel, « la conscience peut vraiment
s’imaginer
qu’elle est autre chose que la conscience de la pratique existante,
qu’elle représente réellement quelque chose sans
représenter quelque chose de réel. A partir de ce
moment, la conscience est en état de s’émanciper du
monde et de passer à la formation de la théorie
« pure », théologie, philosophie,
morale, etc. ». A partir de ce moment « la
force productive, l’état social et la conscience peuvent et
doivent entrer en conflit entre eux car, par la division du travail,
[…] l’activité intellectuelle et matérielle, –
la jouissance et le travail, la production et la consommation
échoient en partage à des individus différents ;
et alors la possibilité que c’est éléments
n’entrent pas en conflit réside uniquement dans le fait
qu’on abolit à nouveau la division du travail ».
Théorie et pratique
Nous
disions en
introduction que le
fait de ne plus envisager le concept d’homme d’un point de vue
abstrait, de le tirer de la vie réelle, permet de relier le
socialisme à la lutte du prolétariat. La conscience, en
tant que partie de l’être humain, n’étant plus en
dehors du processus historique, cesse de jouer un rôle
seulement contemplatif et devient un facteur de transformation
historique.
Les hommes font l’histoire
Dans
sa première
thèse
sur Feuerbach Marx écrit : « Le principal
défaut de tout matérialisme jusqu’ici (y compris
celui de Feuerbach) est que l’objet extérieur, la réalité,
le sensible ne sont saisis que sous formes d’objet ou d’intuition,
mais non en tant qu’activité humaine sensible, en tant que
pratique, de façon subjective ».
En négligeant le fait que les lois de la société
prennent de plus en plus le pas sur celles de la nature, Feuerbach
est obligé de faire abstraction du mouvement de l’histoire
ou de l’aborder du point de vue idéaliste. Son attitude
contemplative provient du fait qu’il ne voit pas que « le
monde sensible qui l’entoure n’est pas un objet donné
directement de toute éternité et sans cesse semblable à
lui-même, mais le produit de l’industrie et de l’état
de la société ».
Il ne voit pas que la nature dans laquelle il vit n’est plus du
tout la même que celle des temps préhistoriques.
Répétons-le, les bases naturelles constituent certes le
fondement de toute vie humaine mais elles ne sont pas le seul élément
déterminant. La nature détermine l’homme mais l’homme
détermine aussi de plus en plus la nature, et donc sa propre
nature. L’homme se trouve « toujours en face d’une
nature qui est historique et d’une histoire qui est naturelle ».
Le processus historique conduit à la fois à une
augmentation et à une diminution de l’importance des
facteurs naturels dans la vie sociale. En effet, avec le
développement de l’industrie, l’imbrication de l’homme
et de la nature est croissante, puisque les richesses naturelles sont
de plus en plus exploitées, et dans le même temps,
l’influence immédiate des facteurs naturels (fertilité
des sols, climat, catastrophes…) diminue ; ils n’agissent
plus que de manière médiatisée. Par exemple, une
mer qui sépare les peuples à l’ère primitive,
les relie avec le développement. En ne percevant pas ce
phénomène de socialisation de la nature et en ne
saisissant pas le monde qui l’entoure comme « la
somme de l’activité vivante et physique des individus qui le
composent »
Feuerbach ne peut saisir comment on passe de la préhistoire à
l’histoire moderne et lorsqu’il veut fournir une explication il
retombe aussitôt dans l’idéalisme. « Dans
la mesure où il est matérialiste, Feuerbach ne fait
jamais intervenir l’histoire, et, dans la mesure où il fait
entrer l’histoire en ligne de compte, il n’est pas
matérialiste. »
C’est
ainsi que pour
Marx, le côté
actif, révolutionnaire, fut développé de manière
abstraite par l’idéalisme de Hegel. Ce dernier ne conçoit
pas l’histoire comme quelque chose de figé mais comme un
processus ininterrompu dont le sujet serait, non pas l’homme dans
son activité réelle, mais l’Idée absolue. Les
hommes comme masses sont pour lui le matériau à travers
lequel s’exprime dans l’inconscience le mouvement de l’Idée
absolue. Seuls les philosophes qui reconnaissent après coup ce
mouvement permettent à l’Idée absolue de parvenir à
la conscience. En bref, chez Hegel les hommes ne font pas
l’histoire ; pas même le philosophe puisque, conscient à
posteriori du processus historique, il reste par conséquent en
dehors de celui-ci. Chez Marx, au contraire, le sujet-objet de
l’histoire et de la connaissance, c’est l’homme dans sa
pratique.
La révolution comme force
motrice de
l’histoire
Marx
se différencie
donc à
la fois de l’idéalisme de Hegel et du matérialisme de
Feuerbach, il veut relier concrètement la pratique et la
théorie. A Feuerbach qui se prétend communiste parce
qu’il veut « susciter la conscience juste d’un fait
existant »,
Marx répond que « pour le matérialiste
pratique, c’est-à-dire pour le communiste, il s’agit de
révolutionner le monde existant, d’attaquer et de
transformer pratiquement l’état de choses qu’il a
trouvé ».
Pour autant il ne renie pas l’importance de la conscience ou celle
de la nature, bien au contraire. Seulement, il fait de la conscience
une conscience sociale déterminée par le processus de
vie réel et de la nature une nature sociale. Le fait
d’envisager la conscience comme socialement déterminée,
c’est aussi voir la conscience comme un facteur de transformation
de la réalité sociale. Ainsi, « [l]’histoire
cesse d’être une collection de faits sans vie […] ou
l’action imaginaire de sujets imaginaires ... ».
Pour
Marx, la forme
des relations
humaines mais aussi toutes les productions théoriques, idées,
représentations ou formes de conscience, nous l’avons déjà
dit, trouvent leurs origines dans la production matérielle. La
pratique ne peut donc pas s’expliquer d’après les idées,
mais la formation des idées s’explique d’après la
pratique matérielle. Par conséquent « toutes
les formes et produits de la conscience peuvent être résolus
non pas grâce à la critique intellectuelle, […] mais
uniquement par le renversement pratique des rapports sociaux
concrets… » ; « Ce n’est
pas la
critique, mais la révolution qui est la force motrice de
l’histoire… ».
Or, les éléments matériels d’une révolution
sont l’état du développement des forces
productives existantes et, fait lié à ce qui précède,
la formation d’une masse révolutionnaire qui fasse la
révolution.
La question de la conscience est donc déterminante, elle est
une des conditions nécessaires à la transformation de
la société.
« Une
transformation
massive des hommes s’avère nécessaire pour la
création en masse de cette conscience communiste, comme aussi
pour mener la chose à bien elle-même ; or, une
telle transformation ne peut s’opérer que par un mouvement
pratique, par une révolution ; cette révolution
n’est donc pas seulement rendue nécessaire parce qu’elle
est le seul moyen de renverser la classe dominante, elle l’est
également parce que seule une révolution permettra à
la classe qui renverse l’autre de balayer toute la pourriture du
vieux système qui lui colle après et de devenir apte à
fonder la société sur des bases nouvelles. »
Pour
la première
fois, les
conditions extérieures qui semblent dominer l’homme sont
vues comme des rapports sociaux sur lesquels il est possible d’agir.
Unité de la théorie et de la
pratique
La
conséquence
fondamentale du
fait de concevoir la conscience comme une partie de l’Être,
c’est que la théorie marxiste se voit elle-même comme
un élément de la pratique. La théorie devient
pratique à travers le mouvement ouvrier marxiste et, dans le
même temps, la pratique devient consciente. La théorie
marxiste devient un levier du bouleversement ; elle « critique
théoriquement les institutions et les représentations
de la bourgeoisie que le prolétariat attaque et
« critique »
pratiquement dans la lutte des classes ».38
et devient elle-même une « puissance matérielle
dès qu’elle s’empare des masses »39.
C’est pourquoi le socialisme marxiste est tourné vers les
masses prolétariennes et cherche en premier lieu à s’y
implanter afin de préparer la révolution pratique qui
est l’aboutissement de sa critique théorique et de
l’activité « pratiquement-critique »
(c’est-à-dire révolutionnaire) du prolétariat.
Il
ne s’agit pas de
remplacer la
théorie contemplative par de la pratique pure, ni de donner
une somme de recettes que la pratique devrait appliquer à la
lettre et encore moins d’apporter clefs en main une théorie
de la future société sans classes. Le marxisme, en tant
qu’expression du mouvement de la classe ouvrière, critique
les rapports existants du point de vue de cette classe, en liaison
avec la lutte de celle-ci et il ne peut en être autrement si
l’on veut préserver l’unité réelle de la
théorie et de la pratique – c’est-à-dire du
socialisme et du mouvement ouvrier marxiste. C’est pourquoi le
communisme, dit Marx, « n’est pour nous ni un état
qui doit être créé, ni un idéal sur lequel
la réalité devra se réglée. Nous appelons
communisme le mouvement réel qui abolit l’état
actuel »40.
.
|