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Que
Faire – numéro 8 – mai/juillet 2008
Parti et mouvement
Illusions
et dangers de l'autonomie du mouvement
Denis
Godard
Il
semble parfois
qu'il n'y aurait rien
de plus important à défendre aujourd'hui que
l'autonomie des différents fronts de lutte vis-à-vis de
la lutte de classe et l'autonomie du mouvement vis-à-vis des
partis.
Alors
qu'un processus
de luttes de
masse se développe depuis maintenant plus de dix ans,
combinant de nombreux types de luttes et touchant centralement les
luttes de travailleurs1,
exigeant le combat pour des perspectives et une stratégie
révolutionnaire, cette position doit être contestée
car elle pèsera dans la période à venir comme un
obstacle au développement du mouvement et à la
perspective de construction d'un parti anticapitaliste de masse.
Cette
idée trouve en
partie son
ancrage dans l'expérience d'une période où le
mouvement ouvrier était dominé par des partis
communistes et socio-démocrates qui utilisaient leur hégémonie
sur le mouvement ouvrier pour le détourner de toute
perspective révolutionnaire. En réaction à cette
hégémonie les groupes révolutionnaires étaient
poussés à y chercher des substituts, substituant au
rôle de la classe ouvrière le rôle de mouvements
dits d'avant-garde (les étudiants, les luttes des opprimés...)
et substituant à la nécessité d'un parti
révolutionnaire de masse celle d'un petit groupe volontariste.
L'échec
de la poussée
des
années 1970 a conduit à un reflux idéologique
dans la gauche qui a combiné certains éléments
de cet héritage (l'abandon du rôle central de la classe
ouvrière dans un processus révolutionnaire - quand ce
n'était pas l'abandon de toute perspective révolutionnaire)
et une défiance de principe contre le rôle de tout parti
au sein du/des mouvements.
Cet
article n'a pas
la prétention
de régler en détails la question complexe des liens
entre parti et mouvement mais de proposer des bases pour
l'approfondir.
Maximiser la mobilisation
Dans
chaque lutte,
quelque soit son
objet, les révolutionnaires se battent pour maximiser le
potentiel de mobilisation et favoriser l'implication active de celles
et ceux qui s'engagent dans la bataille.
Nous
ne renions pas
les actions
spectaculaires qui ne peuvent impliquer qu'une minorité
déterminée quand ces actions sont conçues pour
permettre une mobilisation plus large. L'occupation d'American
Express à Paris par une centaine de militant-e-s d'Agir Contre
la Guerre en avril 2003 ne visait pas à substituer une action
coup de poing aux manifestations de masse. Son objectif, outre de
rappeler que l'opposition à la guerre était toujours
vivante, quelques semaines après l'offensive US en Irak, était
de rendre public l'appel à une manifestation unitaire le
samedi suivant.
Mais
nous
argumenterons toujours plutôt
pour un rassemblement public de rue plutôt qu'une action
'commando', une manifestation plutôt qu'un rassemblement, si le
potentiel existe, une grève plutôt qu'une motion
syndicale.
Lors
du mouvement des
étudiants
contre le CPE (puis contre la LRU) la question des blocages a suscité
un débat. De la part de ceux et celles qui soutenaient les
attaques du gouvernement, l'opposition à toute forme d'action
était évidente. Mais le débat existait au sein
même du mouvement. De la part de ceux qui étaient en
faveur du blocage les arguments n'étaient pas toujours
satisfaisants parce qu'ils/elles posaient cette question sur une base
de principe : la grève est le moyen de lutte et, pour les
étudiants, faire grève passe par le blocage de
l'université. La meilleure manière de poser le problème
était plutôt de savoir quelle forme de mobilisation
permettait de convaincre et d'entraîner le plus d'étudiant-e-s
et de personnels. Dans le cas du CPE, le blocage des facs s'est avéré
un fantastique levier parce qu'une proportion importante
d'étudiant-e-s avaient été convaincu-e-s les
semaines précédentes par un intense travail
d'explication de la nécessité de se mobiliser. Les
blocages permettaient alors de lever les hésitations de ceux
et celles qui subissaient (plus fortement) la pression (par ailleurs
compréhensible) d'aller en cours. Dans le cas du LRU, il y a
quelques mois, il s'est avéré qu'en l'absence du même
travail de préparation, c'est l'impatience d'une minorité
radicalisée dans la lutte contre le CPE qui a mené à
utiliser la forme blocage comme raccourci échouant alors à
entraîner les indécis-es dans le mouvement.
Cet
exemple illustre
à quel
point la nécessité de maximiser la mobilisation est un
guide mais en aucun cas une recette. Dans la réalité il
est souvent difficile de trancher de manière définitive.
Dans ce domaine l'expérience peut-être un atout. Mais en
dernier ressort le test réel est dans la pratique à
condition d'être prêts à rectifier rapidement une
tactique qui ne fonctionne pas, à utiliser ces tests pour
améliorer l'estimation que nous faisons de la réalité.
La démocratie fondée sur l'action
Nous
nous battons
pour que les débats
sur la tactique et les objectifs du mouvement soient menés au
sein du mouvement lui-même, et non simplement dans des cercles
restreints.
Le
mouvement lui-même
est un
puissant facteur contre la passivité qui domine en temps
normal parmi les jeunes et les travailleurs. Si l'impulsion de départ
est souvent donnée par des militants syndicaux ou politiques,
le mouvement entraîne des individus qui, jusque là
n'étaient pas organisés. Cette composante permet par
ailleurs de combattre les routines et les conservatismes qui peuvent
continuer de peser sur les militants organisés alors que le
mouvement a créé une situation nouvelle.
La
mise en place de
structures propres
au mouvement (assemblées, comités de grève...)
est essentielle pour impliquer largement dans les débats, unir
sur la base du mouvement lui-même et refléter sa
réalité.
Cependant,
là aussi,
la réalité
impose de ne pas concevoir cette nécessité de la
démocratie comme un schéma plaqué sur le
mouvement...
Il
faut convaincre de
la nécessité,
pour le mouvement lui-même, de la mise en place de structures
démocratiques. Ce n'est pas automatique (et pas seulement du
fait de manœuvres de la part de directions bureaucratiques).
L'idéologie dominante et l'expérience quotidienne de
millions de travailleurs les poussent à penser qu'ils/elles ne
sont pas capables et à déléguer en permanence,
et de manière passive, la défense de leurs intérêts
à des élus, des délégués
syndicaux, des experts... Le mouvement est lui-même une base
pour mettre au test ces 'dirigeants' et pour donner confiance aux
individus en leurs propres capacités de jugement et
d'initiative.
Proclamer,
souvent au
nom du principe
de l'autonomie du mouvement, des structures 'démocratiques',
peut amener à substituer une direction à une autre sans
avoir convaincu de ses aptitudes, de sa nécessité.
Dépourvue de réel appui et de légitimité
politique dans le mouvement, cette nouvelle 'direction' risque fort
d'être incapable de le 'diriger', c'est-à-dire de le
faire avancer.
Ensuite
cette
bataille pour mener les
débats au sein du mouvement suppose elle-même
l'implication la plus active de ses acteurs. Le pouvoir de ceux et
celles qui sont, par définition, sans pouvoir réel
réside dans leur capacité à perturber l'ordre
capitaliste, dans la rue et de manière beaucoup plus efficace
par la grève. C'est cette mobilisation réelle (et non
les proclamations) ou, parfois sa menace (encore faut-il que la
classe dirigeante estime que la menace est réelle) qui est
effective. L'implication la plus large des acteurs et actrices d'une
lutte est donc une nécessité incontournable pour
l'efficacité du mouvement. Mais elle joue un autre rôle.
Hors de cette implication, la majorité des acteurs et des
actrices d'une lutte ont toute chance de rester extérieurs aux
débats du mouvement monopolisé alors par les
'spécialistes'.
Lors
du mouvement de
grève de
décembre 1995 j'étais allé au centre de tri
occupé de la gare Saint-Lazare. A ma grande surprise je n'y
avais trouvé que les délégués des
différents syndicats. Ils m'avaient expliqué qu'ils
avaient conseillé aux salariés de rester chez eux (les
transports étaient en grève). Tenus à l'écart
du processus, des questions pour généraliser le
mouvement (de nombreux bureaux de poste de l'arrondissement n'étaient
pas en grève), il est évident que ces salariés
ont repris le boulot lorsque les directions syndicales en ont décidé
ainsi.
C'est
une tradition
dans le mouvement
ouvrier que lors d'une grève, les assemblées soient
ouvertes à tous les travailleurs mais que seul-e-s les
grévistes votent. Cette tradition n'est pas une règle
imposée hors de l'expérience des travailleurs. Elle en
est le produit. Dans certains cas elle peut se perdre et nécessiter
de refaire l'expérience pour convaincre et reconstruire cette
tradition. Je me souviens ainsi d'une amie enseignante, sans aucune
tradition militante, qui au début d'une grève dans son
collège du 93 il y a quelques années défendait
le droit des non-grévistes de participer aux décisions.
Après 10 jours de grève elle avait changé de
position faisant le constat que cette position ne permettait ni de
donner confiance aux grévistes ni de convaincre ceux et celles
qui ne l'étaient pas.
L'expérience
d'une
minorité
militante peut permettre de raccourcir les stades de développement
de la conscience, elle est irremplaçable pour fournir une
alternative face aux obstacles mais, en aucun cas, elle ne peut
remplacer l'appropriation individuelle et collective de l'expérience
passée et présente des luttes de notre classe.
Une pratique fondée dans la
théorie
Ces
axes pour
développer le
mouvement ne sont pas des recettes fondées sur des principes
abstraits. Ils sont fondés sur une théorie de
l'histoire et de la transformation sociale synthétisée
dans la phrase de Marx sans doute la plus connue « l'émancipation
des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes ».
Ce n'est pas par l'action d'un parti, pas par l'Etat, pas, plus
généralement, par l'action d'une minorité mais
par l'activité consciente d'une majorité des
travailleurs que le capitalisme pourra être renversé.
Pour
justifier cette
position
l'insistance est souvent mise sur le pouvoir des travailleurs. Face
au pouvoir de la classe dirigeante, les travailleurs ont
collectivement un pouvoir potentiel sans équivalent :
après tout ce sont les travailleurs qui produisent tout ce qui
fait fonctionner la société (y compris les moyens de
répression).
Mais
l'autre aspect
crucial de
l'affaire est souvent moins pris en compte ou en tous cas sans en
tirer toutes les conclusions. Les traditions stalinienne et
social-démocrate ont développé une vision
mécanique des choses considérant la classe ouvrière
comme un simple objet, un moyen de pression sur les patrons ou
l'Etat, eux-mêmes s'occupant sur cette base de négocier.
Marx
n'envisage pas
la classe ouvrière
comme un objet de l'histoire mais comme le sujet central d'une
transformation révolutionnaire de la société. Le
processus de développement des luttes n'est pas seulement
nécessaire pour transformer les structures sociales il est
aussi indispensable pour changer les structures mentales des
travailleurs eux-mêmes.
Combattant
l'idée
d'une simple
manipulation des consciences par l'idéologie dominante,
Bourdieu a décrit en détail l'incorporation (au sens y
compris physique du terme) chez les opprimés des conditions
sociales, des structures de domination qui concourent à leur
reproduction2.
Mais
l'opposition de
Bourdieu au
marxisme l'empêche de voir comment les contradictions de classe
créent en permanence (de manière plus ou moins globale
et explosive) des conflits qui ouvrent des contradictions dans la
conscience des travailleurs entre les idées qu'ils/elles ont
incorporées et l'expérience née de la lutte.
Plus la crise créée par ces conflits est importante,
plus le mouvement touche un nombre important des secteurs de la
société et plus les transformations sont susceptibles
d'être importantes dans la conscience des travailleurs3.
Centralité de la lutte de classe
Mais
cette théorie a
une autre
conséquence pour l'intervention des révolutionnaires
dans le mouvement. La vision dominante conduit à considérer
les différents champs sociaux comme des champs largement
indépendants. Cela a des conséquence sur la politique
menée dans les mouvements. Le réformisme, qui prône
une transformation graduelle de la société, ne nie pas
forcément la réalité de la lutte de classe mais
il reflète l'idée dominante d'une séparation
entre les luttes économiques (luttes pour les salaires, les
conditions de travail..) qui seraient le domaine de l'entreprise et
du syndicat et les luttes politiques menées par le parti dans
le cadre des institutions. Dans ce cadre les mobilisations sont, au
mieux, considérées comme un appui, le moyen essentiel
étant l'élection de représentants du parti dans
les institutions.
Cette
vision,
classique dans l'histoire
des partis socio-démocrates, s'accommode par ailleurs fort
bien d'y ajouter un troisième champ appelé, étrangement
d'ailleurs, mouvement social, domaine réservé
d'associations spécifiques, séparé des luttes
économiques et politiques.
Il
y a une réalité
des
différentes formes de la domination et des spécificités
à chacune d'elles, spécificités qui ont une
histoire et donc une évolution. Elles ne sont pas de simples
constructions idéologiques qu'il suffirait de dévoiler.
Le sexisme n'est pas qu'affaire de préjugés, il est un
rapport social. A ce titre il affecte concrètement les femmes,
affectant aussi bien leurs conditions de vie que leur confiance. Il
n'est pas porté seulement par toute une logique sociale, il
est transmis par le comportement individuel de la majorité des
hommes. Il en va de même du racisme et de toute forme
d'oppression.
Pour
autant nous
repoussons toutes les
analyses qui font des différentes oppressions des rapports
sociaux indépendants de la division de la société
en classes4.
Les oppressions font partie intégrante des structures
permettant le maintien et la reproduction des rapports
d'exploitation. Elles évoluent historiquement en relation avec
les évolutions du mode de production.
Cela
nous oppose au
principe d'une
autonomie des mouvements de lutte contre l'oppression vis-à-vis
de la lutte de classe, position qui a des conséquences dans la
stratégie que nous défendons dans ces luttes :
-
Ces fronts ne
sont pas secondaires, ils font partie intégrante de la lutte contre le
capitalisme.
-
Nous ne
transigeons pas sur les revendications susceptibles de diviser le
mouvement sur des lignes de classe (comme par exemple la revendication
de l'augmentation des salaires des femmes sans baisse des salaires des
hommes ou le développement des services publics de la petite enfance et
de la vieillesse plutôt que les chèques-emploi ou le salaire maternel).
-
Nous ne faisons
pas que combattre l'autonomie des mouvements contre le racisme ou le
sexisme vis-à-vis des organisations syndicales (et inversement), nous
nous battons (dans le mouvement contre l'oppression comme au sein de
nos syndicats) pour leur implication dans ces luttes.
Ce
combat, qui n'est
jamais un
préalable à la lutte contre l'oppression mais en fait
partie prenante, est crucial pour cette lutte elle-même.
D'abord parce que le pouvoir collectif des travailleurs est un
pouvoir objectif que n'a aucun mouvement contre l'oppression. Et
ensuite parce que la centralité du rôle révolutionnaire
des travailleurs, en tant que classe, vient du fait que le pouvoir
potentiel dont ils disposent à travers la grève (voire
de la prise du contrôle de la production) ne peut s'exercer que
collectivement. Seul un travailleur n'a aucun pouvoir. Son pouvoir
potentiel dépend de sa capacité à s'unir avec
les autres travailleurs quelque soit leur genre, leur sexe, leur
nationalité, la couleur de leur peau...
Mais
c'est aussi un
combat crucial pour
la classe ouvrière. D'une part parce que les divisions en son
sein sont un obstacle à toute lutte. Mais aussi parce que
c'est à travers ces luttes, extérieures au cadre des
rapports de production, que peut se développer une conscience
politique de classe. « Pour réaliser l’unité
entre travailleurs blancs et noirs, le travailleur blanc doit aller
vers les travailleurs noirs et faire plus de la moitié du
chemin. Pour réaliser l’unité entre travailleurs
hommes et femmes, le travailleur homme doit faire un détour
pour prouver qu’il n’est pas du côté des
oppresseurs. Lénine a exprimé cela de façon très
simple en 1902. Il a écrit que lorsque les travailleurs se
mettent en grève pour des augmentations de salaires ils sont
des syndicalistes ; ce n’est que lorsqu’ils font grève
pour protester contre les violences faites aux Juifs ou aux étudiants
qu’ils sont véritablement socialistes. »5
Pas de mouvement sans lutte des
partis
Les
mouvements de
lutte ne sont pas des
mouvements autonomes de la société dans laquelle ils se
développent, c'est-à-dire des idées qui y
dominent, de l'ensemble des rapports sociaux qui la façonnent
et des organisations qui la structurent. Aucun mouvement de lutte,
quelque soit son objet, n'est donc vierge d'analyses et de
stratégies. Il est plutôt le résultat dynamique
de la confrontation entre différentes analyses et stratégies,
qu'elles soient conscientes ou non, organisées ouvertement ou
pas. Nier cela c'est nier la réalité du mouvement.
Ces
différentes
analyses et
stratégies, peuvent, temporairement converger ou du moins ne
pas se contredire, mais elles ne se valent pas. Certaines conduisent
le mouvement à la marginalisation. Certaines le canalisent
dans des limites acceptables par le système. Exclure les
partis du mouvement c'est comme briser le thermomètre (de
l'évolution des idées au sein du mouvement), cela évite
de connaître la température mais n'a aucun impact sur
elle.
Dans
ses premières
phases (et
tant qu'un processus révolutionnaire réel n'est pas
engagé cela reste au moins partiellement le cas) les idées
qui dominent dans un mouvement continuent d'être
fondamentalement les idées de la classe dominante. Accepter
l'autonomie du mouvement vis-à-vis des partis signifie de fait
une abdication devant la domination de ces idées et en
définitive des partis qui les reflètent. Le principe de
l'autonomie vis-à-vis des partis se retourne donc
paradoxalement en une impuissance devant la domination des partis
réformistes. Ce n'est pas l'exclusion des partis que nous
devons soutenir mais la possibilité d'expression et de
représentation de ceux et celles qui construisent le mouvement
et l'élection en assemblées générales (et
la possibilité de révocation) de toutes les instances
de coordination et de direction.
Même
si le mouvement
est la base
du développement d'une conscience révolutionnaire,
celle-ci ne se développe pas de manière ni homogène,
ni totale. D'une part parce que quelle que soit l'ampleur d'un
mouvement il touche à des degrés et des rythmes divers
les différents secteurs de la société. D'autre
part parce qu'une hétérogénéité
importante préexiste au mouvement. C'est cette hétérogénéité
qui explique la nécessité de réunir au sein d'un
parti ceux et celles qui se battent, au sein des différents
mouvements, pour une stratégie capable d'unir tous les
travailleurs.6
C'est dans ce cadre qu'ils/elles peuvent commencer à forger et
offrir une direction alternative aux directions traditionnelles.7
La
conception
fondamentale que nous
défendons des liens entre parti et mouvement n'est pas celle
de l'enseignant à l'enseigné, ni celle du chef et du
soldat. C'est celle du dialogue permanent :
« Le
parti, par conséquent,
n’invente pas des tactiques à partir de rien, mais pose
comme son premier devoir d’apprendre des expériences du
mouvement de masse et de généraliser en se basant sur
elles. Les grands événements de l’histoire de la
classe ouvrière ont suffisamment démontré cela
pour qu’il ne reste aucune place pour le doute. Les travailleurs de
Paris, en 1871, ont mis en place une nouvelle forme d’État –
un État sans armée permanente et sans bureaucratie,
dans lequel tous les fonctionnaires percevaient le salaire moyen d’un
ouvrier, avec la possibilité de révoquer à tout
moment les représentants, etc., avant
que Marx ne commence à généraliser
sur la nature et la structure d’un État ouvrier. A nouveau,
les travailleurs de Pétrograd, en 1905, mettaient en place un
soviet indépendamment du parti bolchevik, en fait en
opposition avec la direction bolchevique et face, au minimum, à
de la suspicion, sinon de l’animosité, de la part de Lénine
lui-même. Dès lors on ne peut qu’être d’accord
avec Rosa Luxemburg, qui écrivait en 1904 :
Les
principales
caractéristiques de la tactique de lutte de la social
démocratie [qui se revendiquait à l'époque du
marxisme et de la révolution socialiste - DG] et ne sont pas
« inventées » mais sont le résultat
d’une série continue de grandes actions créatives de
la lutte des classes élémentaire. Ici aussi
l’inconscient précède le conscient, la logique du
processus historique objectif vient avant la logique subjective de
celui qui la porte.
Le rôle des
marxistes est de
généraliser
l’expérience vivante, en pleine évolution, de la
lutte des classes, de donner une expression consciente à la
poussée instinctive de la classe ouvrière vers la
réorganisation de la société sur des bases
socialistes. »8
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