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Que
Faire – Numéro 9 - août/octobre 2008
La lutte c'est classe... contre
classe
Sylvestre Jaffard
Dans différents
comités
pour le NPA, ainsi qu'à la réunion nationale de
Saint-Denis, a commencé une discussion sur la place de la
lutte de classes pour le nouveau parti. Cette discussion prend des
formes variées : jusqu'à présent, le débat
ne s'est pas polarisé en positions ouvertement antagoniques,
mais c'est bien plutôt le besoin d'une clarification
de la question qui se fait sentir le plus nettement chez
les
militants, en particulier ceux pour qui le NPA constitue une première
expérience politique militante.
Ce
débat est
une chance et doit être une priorité pour les militants
de la LCR. En effet, la question de classe est non seulement
fondamentale pour toute organisation réellement
anticapitaliste, mais de plus ce débat doit être
l'occasion pour nous aussi de clarifier notre conception de la lutte
de classe et de notre intervention.
L'essence
de la supériorité du marxisme sur d'autres systèmes
de pensée réside dans le simple fait qu'il part de la
réalité vivante
et non de schémas préconçus ou d'impératifs
moraux tombés du ciel. Par conséquent il est important
de toujours garder à l'esprit qu'en amont de la conception de
l'histoire comme l'histoire de luttes de classes1,
il y a cette observation implacable que « le
facteur déterminant, en dernier ressort, dans l'histoire,
c'est la production et la reproduction de la vie immédiate »2.
En d'autres termes, les êtres humains doivent d'abord assurer
leur subsistance pour pouvoir faire quoi que ce soit. Qu'est-ce que
cela signifie dans la société actuelle ? Pour
l'immense majorité cela signifie trouver un emploi, donc le
logement, les moyens de transport, de communication, la formation, la
possibilité légale, etc. qui permettent de trouver et
de garder cet emploi, dont ils ne maîtrisent ni l'organisation
ni la finalité, et dont ils ne possèdent pas la
production. Pour d'autres, une petite minorité, qui possèdent
les moyens de production (et donc aussi la production) cela signifie
s'assurer que ceux-là produisent le plus possible en étant
payés le moins possible.
L'exploitation
capitaliste – expliquée de façon plus détaillée
dans l'article suivant – divise donc la société en
classes aux intérêts antagonistes, comme d'autres formes
d'exploitation ont pu diviser la société dans des
périodes historiques précédentes. C'est ce
rapport salarial qui constitue l'essence même du système
capitaliste, c'est lui qui permet l'accumulation de vastes fortunes
dans un nombre réduit de mains au service desquelles est
réduite la grande majorité des habitants de la planète,
c'est lui qui préside à l'organisation mondiale de
l'activité humaine.
Fort
bien. Cela
suffit sans doute pour comprendre qu'un parti qui se donne pour but
de détruire le capitalisme doit donc se baser sur les luttes
de cette partie de la population qui doit vendre sa force de travail
aux propriétaires du capital ? Oui, cela suffit, mais il
y a plus.
En
effet, notre
monde ne connaît pas que le rapport salarial, que
l'exploitation des travailleurs par les capitalistes : il
connaît aussi l'oppression de groupes nationaux, religieux,
l'oppression des femmes, des LGBT, il connaît les guerres et la
destruction de l'environnement, etc. Parfois des militants, y compris
parmi ceux qui construisent le NPA, en déduisent que ces
questions doivent être traitées de manière
séparée, et donc que la lutte de classes ne constitue
qu'une lutte parmi d'autres. D'autres au contraire, se réclamant
du marxisme, contestent que ces formes d'oppression soient
réellement spécifiques, et prétendent par
exemple que les travailleurs noirs ou femmes ne subissent
d'oppression qu'au même titre que tous les salariés.
Mais comme ce raisonnement est particulièrement peu
convaincant il ne fait qu'alimenter les tendances autonomistes, tout
en discréditant le marxisme.
Le
véritable marxisme permet en fait de comprendre pleinement
l'indissociabilité
du combat contre l'exploitation et contre toutes les oppressions.
Ceci, une fois de plus, non par des constructions imaginaires, mais
par l'examen rigoureux de la réalité :
-
La classe ouvrière du monde
entier a un intérêt commun : se débarrasser de l'exploitation
capitaliste. Pour ce faire elle doit combattre de façon unie. Or toutes
les divisions nationales, tous les préjugés sexistes, racistes ou
religieux la divisent et donc l'affaiblissent. C'est pourquoi même les
travailleurs hommes blancs hétérosexuels, etc. doivent lutter dans
leurs propres intérêts
pour les droits des femmes, des minorités victimes du racisme, des
LGBT, etc.3
-
Dans
un mode de production donné, il ne peut pas exister de sphère
indépendante rentrant en contradiction prolongée avec le mode de
production. Au contraire, il s'avère que les différentes oppressions
qui existent aujourd'hui sont le produit du capitalisme : la
forme de la famille (et donc le rôle de la femme en son sein, qui est
la racine de son oppression, tout comme la place des jeunes) est
subordonnée aux besoins de la reproduction matérielle et intellectuelle
de nouvelles générations de travailleurs, les divisions nationales
découlent d'affrontements entre classes dirigeantes, blocs de capitaux,
le racisme a des racines à la fois historiques (coloniales) et
contemporaines (« guerre sans limites », mise en
compétition des travailleurs de différents pays...), etc.. C'est
pourquoi il est nécessaire pour se débarrasser de ces oppressions de se
débarrasser du capitalisme.
Or,
de par sa
position spécifique dans la société capitaliste,
seule la classe ouvrière unie dans la lutte peut débarrasser
le monde du capitalisme. De même, seule l'unité de la
classe ouvrière en lutte peut lui permettre de remporter la
victoire.
Le
NPA doit être
le parti qui construit par tous les moyens cette unité dans la
lutte.
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