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Que
Faire – Numéro 9 - août/octobre 2008
Editorial
Crise, luttes, nouveau parti...
Une année
décisive !
Cédric Piktoroff
La crise du système
s'intensifie...
Il y a
encore quelques mois,
beaucoup espéraient voir l'Europe épargnée par
la crise affectant l'économie américaine. Or, pour de
nombreux commentateurs : « Désormais,
il n'y a plus de doute. L'Europe est, à son tour, touchée
par le syndrome de la stagnation. La Grande-Bretagne et l'Italie ont
été les premières atteintes. Toutes les
capitales, jusque Berlin, s'apprêtent désormais à
en reconnaître les méfaits »1.
En France, certains estiment même qu'« une
récession est plus que probable d'ici à la fin de
l'année »2.
Selon l'INSEE,l'inflation annuelle française vient d'atteindre
un niveau historique de 3,6 %, dont 18,5 % pour
l'énergie
et 6,4 % pour l'alimentation3,
soient des augmentations considérables au regard de la
stagnation des salaires.
La crise mondiale
étend
l'instabilité à travers le monde. Elle relie ainsi le
smicard français qui ne peut plus payer ses factures de gaz au
travailleur sénégalais participant aux émeutes
de la faim (selon la Banque Mondiale, ces émeutes ont touché
trente pays en 2007). Il y a eu ces dernières années
des grèves majeures et des mouvements de masse aux quatre
coins du globe, en Corée du Sud, en Egypte ou en France. Le
rejet massif par les irlandais du traité européen de
Sarkozy est une nouvelle démonstration de la résistance
croissante aux politiques libérales.
A mesure que s'étend
et
s'amplifie la crise de fond du système, chacune des attaques
de la classe dirigeante prend de plus en plus un sens politique et
global qui expose leur cohérence. Cela entraîne une
politisation croissante de toutes les questions auxquelles sont
confrontées les populations. La crise et les résistances
créent non seulement une crise de légitimité des
partis dominants mais développe également des
conditions dans lesquelles de plus en plus de gens sont amenés
à questionner la véritable nature du système,
dans son ensemble.
Une chose
est sûre. Comme à
chaque crise économique dans l'histoire, les gouvernements et
les patrons tentent d'en faire payer le prix aux travailleurs. Ils y
sont parfois parvenus, lorsque les attaques sur les conditions de vie
et les privations pesèrent d'un poids trop lourd sur la lutte
de classes. Mais de telles attaques peuvent aussi amener ceux qui
s'interrogent sur le système à le combattre. De telles
périodes d'instabilité polarisent la société.
Mais la polarisation ne signifie pas nécessairement que les
classes dominées évoluent mécaniquement sur la
gauche. Du fond des geôles fascistes, Antonio Gramsci
écrivait : « Il arrive presque
toujours qu'un mouvement « spontané »
des classes subalternes soit accompagné d'un mouvement
réactionnaire de la droite de la classe dominante, pour des
motifs concomitants : une crise économique, par
exemple »4.
La polarisation est exactement ce que ce mot signifie : un
éloignement du centre des politiques. C'est ce qui fonde
aujourd'hui de manière urgente la nécessité
d'une réponse politique globale organisant l'affrontement
d'ensemble avec la classe dirigeante.
...
et accentue les
confrontations inter-impérialistes
L'instabilité du
système
accélère aussi la crise d'hégémonie de
l'impérialisme américain, ce qui entraîne deux
conséquences importantes : un besoin pour les Etats-Unis
de renforcer l'OTAN et une capacité d'initiative accrue des
grandes puissances qui bénéficient de leur
affaiblissement.
La crise
actuelle en Géorgie
en témoigne. Ce pays, qui ne dispose pas de ressources
énergétiques significatives sur son territoire, s'est
imposé comme une route de transit de premier choix pour
permettre à l'Europe de l'Ouest de se dégager de la
domination énergétique russe : « la
région de la mer Caspienne (...) occupe une place de plus en
plus centrale pour la sécurité énergétique
et la prospérité européenne »5.
Pour contrer l'influence de la Russie et son contrôle sur les
ressources naturelles (gaz et pétrole) dans la région,
les Etats-Unis ont entrepris de faire de la Géorgie leur
principale antenne dans le Caucase, fournissant Tbilissi en armes et
en argent et l'invitant même à se joindre à
l'OTAN.
L'accès aux
ressources
énergétiques des régions du Caucase et d'Asie
centrale est tout aussi crucial pour les autres grandes puissances du
globe. Contrainte de diversifier ses sources d'approvisionnement, la
Chine achemine pour l'instant du pétrole iranien via le
Kazakhstan en attendant la mise en service d'un oléoduc sur ce
territoire qui lui permettrait d'accéder également au
pétrole de la mer Caspienne.
Une chose est sûre.
Dans la
période à venir, les conflits de ce type dans la course
à l'hégémonie internationale vont s'accélérer
et prendre de plus en plus la forme de confrontations entre grandes
puissances, entre grands blocs de capitaux et au sein même de
ces blocs.
Alors que le niveau
d'intégration
entre pays n'a jamais été aussi élevé,
comme en témoigne la construction de l'Union Européenne,
la concurrence s'en trouve exacerbée. Ces contradictions sont
aujourd'hui manifestes dans la politique de Sarkozy. Il redéfinit
les alliances avec les Etats-Unis en projetant de réintégrer
le commandement militaire de l'OTAN en même temps qu'il
favorise la construction d'une défense européenne unie.
D'un côté il joue le rapport de force avec l'Allemagne
pour le leadership européen et de l'autre avec les Etats-Unis
pour tenter d'atténuer le déclin de l'impérialisme
français dans ses anciens prés carrés.
En tout cas,
l'évolution de la
stratégie de « défense »
française semble devoir s'accélérer dès
cette année, avec la construction de l'OTAN et la préparation
pour des interventions militaires à venir.
Le
NPA, maillon de la
réorganisation de la classe
Le NPA est amené à
jouer
un rôle-clé dans la réponse à ces
tendances de fond dont les conséquences vont s'accélérer
cette année. Chaque attaque de la classe dirigeante prenant de
plus en plus un sens politique global, la démonstration de
l'utilité du NPA reposera sur sa capacité, non
seulement à organiser la résistance, mais à
l'organiser dans la perspective d'un affrontement d'ensemble. Cela
signifie que le pivot de sa construction sera sa capacité à
mettre en œuvre une stratégie pour développer une
direction alternative au sein du mouvement ouvrier. Seule cette
articulation peut lui permettre de devenir un parti de masse. Dans
les différentes luttes, il s'agit donc de commencer à
regrouper les éléments de direction déjà
embryonnaires sur des bases anticapitalistes.
Au cours du processus
constituant du
NPA, cela suppose évidemment - et les révolutionnaires
ont un rôle à jouer en ce sens - de clarifier des
délimitations d'ordre stratégique (centralité de
la lutte de classes, centre de gravité de l'action politique
dans les mobilisations et non dans les institutions...) et tactique
(un programme d'action impliquant une confrontation d'ensemble avec
la classe dirigeante, l'affirmation d'indépendance vis-à-vis
des forces qui gèrent le capitalisme comme le PS...). Cela
suppose aussi et surtout des orientations concrètes qui
puissent être mises en œuvre collectivement par tous les
militants NPA, par exemple :
- Construire les
syndicats et en leur
sein des courants lutte de classe qui puissent être en mesure
de constituer des directions alternatives aux directions
conciliatrices. La possibilité de regrouper ainsi les
travailleurs combatifs reposera sur la capacité à :
être enraciné dans la base, sur des bases
interprofessionnelles, à développer une orientation
unitaire et à élargir le combat syndical aux luttes
politiques.
- Organiser la
construction du
mouvement anti-guerre, en particulier en prenant des initiatives dans
la mobilisation contre l'OTAN.
- Organiser et
renforcer les cadres de
luttes sur les quartiers (pour la défense des services
publics, soutien aux sans-papiers, surveillance de la police...), les
universités, sur tous les terrains et domaines de la vie
sociale.
Le développement des
résistances
et de la volonté de résister doit s'enraciner dans des
structures et organisations de toutes sortes. Les militants du NPA
doivent être mis collectivement en situation d'entraîner
des gens autour d'eux — construire l'unité selon des
modalités et des rythmes propres à chacun de ces cadres
spécifiques - et d'y proposer en même temps une réponse
politique globale autour de laquelle regrouper les jeunes et les
travailleurs les plus résolus.
C'est une chose que
d'essayer de faire
en sorte que les luttes existent. C'est notre point de départ.
C'en est encore une autre que de parvenir à ce qu'elles se
renforcent mutuellement dans le cadre d'une bataille d'ensemble,
qu'elles soient capables de constituer un pôle d'attraction,
des « repères de classe », pour les
membres des classes exploitées et opprimées de la
société déboussolés par la crise du
système.
Autrement dit, faire
en sorte que les
directions des différentes luttes soient animées par
les partisans les plus résolus d'une politique d'affrontement
global devrait avoir un impact sur la nature des résistances
elles-mêmes. La condition pour que la politique du NPA gagne en
audience, qu'elle devienne crédible à une échelle
de masse, repose alors justement sur sa capacité à
avancer concrètement dans la réorganisation du
mouvement ouvrier et du mouvement social au sens large sur des bases
anticapitalistes.
L'année qui vient se
conclura
sur les élections européennes, le type d'élection
le plus favorable dans le contexte actuel à la gauche non
institutionnelle. Comme elles constitueront la première
apparition électorale du NPA, le résultat sera d'une
importance particulière pour poser les bases d'une alternative
politique à potentiel de masse. Ce résultat dépendra
de la manière dont les militants du NPA vont réussir à
articuler dès aujourd'hui la construction des luttes et le
renforcement du noyau anticapitaliste en leur sein. Les
révolutionnaires ont un rôle de premier plan pour
« féconder » le NPA d'une telle
politique de classe.
A tous les points de
vue, l'année
qui vient sera décidément une année décisive.
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