|
(texte
en pdf)
Que
Faire – Numéro 9 - août/octobre 2008
Le
capital financier de Rudolf Hilferding
Comprendre et combattre le
capitalisme et
l'impérialisme
Sylvestre Jaffard
L'édition
française,
depuis longtemps épuisée, de ce classique du marxisme a
récemment revu le jour sur Internet1.
L'occasion de retrouver le fil d'une analyse toujours d'actualité.
Encore aujourd'hui,
les trois volumes
du Capital de Karl Marx constituent le point de départ
irremplaçable de toute analyse sérieuse du capitalisme,
de son histoire, des lois qui régissent son développement.
Les travaux de Marx ont mis en évidence la nature de la
marchandise, la loi de la valeur – c'est à dire le fait que
celle-ci dépend de la quantité moyenne de travail
socialement nécessaire pour produire une marchandise -,
l'interrelation entre sphères de la production, de la
circulation et de la reproduction, l'importance de la composition
organique du capital (le ratio entre investissement dans les machines
et autre « travail mort » et dans les salaires
- « travail vivant »), la tendance à la
baisse du taux de profit, et bien d'autres aspects encore de
l'économie capitaliste.2
Mais l'analyse
marxiste, dans le
domaine de l'économie comme dans tout autre, serait
complètement insuffisante si elle se limitait à répéter
ce que Marx et Engels ont écrit. Le capitalisme mondial a
connu depuis leur époque de profondes modifications, qu'un
certain nombre d'auteurs ont cherché à analyser sur la
base de leurs découvertes, en développant et en
enrichissant leur travaux. Malheureusement, dans ce domaine comme
dans d'autres, la contre-révolution stalinienne a produit son
propre pendant idéologique, un marxisme défiguré
dont la fonction fondamentale dans le domaine économique a été
de justifier la politique des maîtres du Kremlin et dont les
distorsions ont également influencé les travaux de
militants révolutionnaires authentiques jusqu'à
aujourd'hui. C'est pourquoi la redécouverte des élaborations
marxistes du premier quart du vingtième siècle est
essentielle pour la reconstruction d'un marxisme actuel.
Le Capital
Financier paraît
en 1910. Hilferding est alors militant au SPD allemand, arrivé
récemment de Vienne en Autriche dont il est originaire. Les
développements dans le domaine de l'économie depuis
l'époque de Marx comprenaient celui des sociétés
par actions3,
des trusts et des monopoles : Hilferding montre comment le
développement de la Bourse, en rendant disponible de manière
très fluide le capital des entreprises productives et en
permettant plus facilement la prise de contrôle des petits
capitaux par les gros, mène à une concentration
toujours plus grande du capital, ainsi qu'à la fusion
progressive de l'industrie avec le secteur bancaire d'une part, et du
capital avec l'Etat d'autre part.
Loin de calquer un
modèle
préconçu sur la réalité, Hilferding part
d'une étude approfondie des développements économiques
de son époque, et cite abondamment la presse économique,
peignant ainsi une véritable fresque où l'abondance de
détails est néanmoins rendue pleine de sens par la
capacité d'Hilferding à pointer les tendances
fondamentales du développement.
Un grand nombre
d'explications
techniques d'Hilferding reste d'ailleurs d'une actualité
frappante. Ainsi quand il explique la prise de contrôle des
petits capitaux par les gros par un mécanisme qui reste
aujourd'hui celui de la holding :
« un
gros capital
contrôlant une société par actions aura un poids
beaucoup plus grand encore s'il ne s'agit plus d'une seule société,
mais de tout un réseau de sociétés dépendant
les unes des autres. Supposons que le capitaliste N contrôle
avec un paquet d'actions de 5 millions la firme A, dont le
capital-actions est de 9 millions. Supposons que cette société
fonde une filiale B, un capital-actions de 30 millions, dont elle
conserve 16 millions en portefeuille. Pour pouvoir payer ces 16
millions, A émet pour 16 millions d'obligations à
intérêt fixe, qui ne possèdent pas le droit de
vote. N contrôle maintenant avec ses 5 millions deux sociétés,
par conséquent un capital de 39 millions. A et B peuvent, sur
la base des mêmes principes, fonder de nouvelles sociétés,
de sorte que N obtient avec un capital relativement faible le
contrôle de capitaux étrangers énormes. »4
Le capital financier et le débat
sur
l'impérialisme
Mais le développement
de la
bourse et des trusts n'était pas le seul phénomène
d'importance mondiale auquel les marxistes contemporains d'Hilferding
étaient confrontés. Depuis la fin du dix-neuvième
siècle, le développement du capitalisme signifiait de
manière bien plus aiguë qu'auparavant la prise de
contrôle par les capitalistes des pays les plus développés
des ressources naturelles, des industries et des réseaux
commerciaux des pays moins développés, la lutte entre
capitaux rivaux prenant souvent une forme militaire.
Le Capital financier
est tout à
la fois un livre scientifique et un livre militant, qui constituait
une intervention dans un débat qui faisait rage au sein de la
Deuxième Internationale. Deux ans avant sa publication, Otto
Bauer écrivait La question des nationalités et la
social-démocratie, trois ans plus tard paraissait
L'Accumulation du Capital où Rosa Luxemburg proposait son
analyse des liens entre développement du capitalisme et
impérialisme, un an après cela éclatait la
guerre mondiale, et la crise du mouvement ouvrier international alors
que la plupart des partis de la deuxième internationale
s'alignaient derrière leurs classes dirigeantes pour soutenir
et financer le massacre interimpérialiste. En 1915, s'appuyant
notamment sur les travaux d'Hilferding, Boukharine rédige
Impérialisme et économie mondiale, et en 1916, c'est
Lénine qui rédige L'impérialisme, stade suprême
du capitalisme. L'analyse de l'impérialisme par les bolcheviks
comme étant la forme contemporaine du capitalisme, menant
inévitablement à des guerres, au renforcement de l'Etat
et à la militarisation de la société (ce qui
signifie recul par rapport aux conquêtes démocratiques
du 19ème siècle) allait jouer un rôle central
dans l'élaboration des orientations qui allaient mener le
parti bolchevik à survivre à la tempête de
l'année 1917 et à en sortir victorieux.
Hilferding et les débats
actuels :
1. capital industriel
et capital financier
La relecture du
Capital financier n'a
pas un intérêt uniquement historique : elle peut
nous apporter de précieux éléments de
compréhension de notre monde, pourvu bien sûr que nous
sachions distinguer ce qu'il y a en commun entre son époque et
la nôtre, et ce qui est différent.
- Souvent à gauche,
le « capital
financier », la « spéculation »
sont compris comme des entités possédant une certaine
autonomie, et qui agiraient comme des parasites sur l'économie.
Par exemple en mai 2008, le PCF a lancé un appel « Contre
la spéculation, changeons l’action des banques pour un autre
crédit »5
où il est proposé entre autres mesures que les banques
centrales refinancent « les banques avec des taux
d’intérêt d’autant plus abaissés pour les
crédits aux investissements réels que sont programmés
plus d’emplois et de formations efficaces. Au contraire, les taux
seraient fortement relevés pour les placements financiers. ».
Mais en réalité il est impossible de distinguer un
« investissement réel » d'un
« placement financier ». L'achat
d'une
action, de machines ou d'un stock de marchandises est toujours motivé
par le bénéfice qui peut en être tiré,
lequel peut dériver soit des mouvements temporaires de prix –
spéculation – soit de l'extraction directe de plus-value –
mais d'une part il est généralement difficile de
déterminer la part des deux, et d'autre part, les profits
spéculatifs ne sont de toute façon jamais qu'une
ponction sur la plus-value totale. Ils ne sont pas une ponction sur
l'investissement productif lui-même. Hilferding explique :
« Les
gains ou les pertes
de la spéculation ne proviennent par conséquent que des
différences des appréciations à chaque moment
des titres d'intérêt. Ils ne sont pas du profit, une
participation à la plus-value, mais ne proviennent que des
différences d'appréciation concernant cette partie de
la plus-value qui revient aux propriétaires d'actions,
différences qui, nous le verrons, ne sont pas provoquées
par des changements dans le profit vraiment réalisé. Ce
sont de simples gains différentiels. Tandis que la classe
capitaliste en tant que telle s'approprie une partie du travail
du prolétariat sans équivalent et obtient son profit de
cette manière, les spéculateurs ne gagnent que les uns
sur les autres. La perte de l'un est le bénéfice de
l'autre. »6
Il existe d'ailleurs
dans l'histoire y
compris contemporaine du capitalisme de nombreux secteurs où
la spéculation joue un rôle restreint ou nul, et est
remplacé par la planification : monopoles privés
ou d'Etat, politiques industrielles « keynesiennes »,
« développementistes »7
ou « capitalistes d'Etat »8
qui n'en sont pas moins des modes d'extraction de plus-value au
bénéfice d'une minorité dirigeant l'économie.
C'est pourquoi s'attaquer à la spéculation en la
considérant de façon isolée du reste du système
capitaliste fait courir le risque de se tromper de cible. D'une
certaine manière la situation ressemble à celle d'une
population victime d'invasions et de pillage qui demanderait aux
pillards de cesser de jouer leur butin et leurs territoires aux dés,
et de plutôt se concerter entre eux afin de procéder à
un pillage mieux organisé.
Le capital financier,
comme le capital
commercial ne sont en définitive que des formes du capital
industriel, ou du capital tout court, formes qui correspondent aux
différentes phases du processus de reproduction du capital.
Hilferding cite à ce propos Marx :
« Une
partie du capital
industriel et aussi du capital de circulation des marchandises a non
seulement en permanence la forme d'argent, de capital-argent en
général, mais de capital-argent engagé dans ces
fonctions techniques. Une certaine partie du capital global se sépare
et devient autonome sous forme de capital-argent, dont la fonction
consiste exclusivement à effectuer ces opérations pour
toute la classe des capitalistes industriels et commerciaux. Comme
pour le capital de circulation des marchandises, une partie du
capital industriel existant dans le processus de circulation sous
forme de capital-argent se sépare et effectue ces opérations
du processus de reproduction pour tout le reste du capital. Les
mouvements de ce capital-argent ne sont par conséquent de
nouveau que des mouvements d'une partie devenue autonome du capital
industriel engagé dans son processus de reproduction. »9
Le développement de
la sphère
financière est en fait un des moyens par lesquels passe la
concentration à un stade supérieur du capital, et
l'unification à un stade supérieur du capitalisme comme
système, non plus comme au 19ème siècle
seulement par l'échange généralisé à
l'échelle d'une économie et à l'échelle
mondiale de marchandises, mais par l'échange et la tendance à
la fusion généralisée de la propriété
des moyens de production et de distribution eux-mêmes, à
l'échelle d'une économie et à l'échelle
mondiale10.
2. Nature de
l'impérialisme
On se souvient
qu'alors que le
mouvement altermondialiste avait été désorienté
par les suites du 11 septembre 2001, le mouvement anti-guerre lui
avait permis de se revitaliser lors du FSE de Florence en 2002, puis
lors des grandes manifestations de 2003. Cependant, de l'intérieur
du mouvement et à sa tête, des résistances se
sont fait jour à la jonction entre les mouvements d'opposition
à la mondialisation néolibérale avec le
mouvement anti-guerre, et plus généralement pour la
défense des populations victimes de la dite « guerre
contre le terrorisme ». Bernard Cassen, alors président
d'honneur d'Attac France et à ce titre un des principaux
animateurs du processus des forums sociaux, avait résumé
cette dissociation en déclarant « Que la guerre
éclate ou non, les B-52 et les forces spéciales
n'altéreront pas la pauvreté au Brésil ou la
faim en Argentine. »11
En réalité le
développement de l'impérialisme sous son aspect
militaire est absolument indissociable du développement du
capital financier. Non pas seulement au sens général
qui voudrait dire que ce sont deux phénomènes
contemporains qui influeraient l'un sur l'autre, mais au sens où
il s'agit essentiellement de différents aspects du même
phénomène.
Comparer les écrits
de Karl Marx
d'un côté, ceux d'Hilferding et de Lénine de
l'autre, est très éclairant à cet égard.
Marx, écrivant sur le monde de son époque, a analysé
l'exportation de capital (autrement dit l'investissement) dans les
pays moins développés comme la possibilité
d'obtenir des profits plus élevés (en utilisant une
main d'oeuvre surexploitée, voire esclave)12
d'une part et d'autre part le système colonial en tant que
distribution de terres à des petits paysans (comme ce fut le
cas aux Etats-Unis, en Australie, ou en Algérie au 19ème
siècle) comme un frein au développement du
capitalisme13.
Marx parle du développement du marché mondial, des
guerres menées par les pays capitalistes avancés pour
ouvrir des marchés nouveaux, mais le caractère
impérialiste du système capitaliste n'est pas pour lui
une donnée centrale. Ce n'était pas là une
erreur de sa part : il a fallu attendre le développement
de concentrations géantes de capitaux – trusts, monopoles,
cartels – pour que ce qui n'était que tendances naissantes
se détachent pour marquer une nouvelle époque, où
capitaux et Etats se rapprochent de plus en plus, voire fusionnent.
« Le capital
financier
signifie en fait l'unification du capital. Les secteurs, autrefois
distincts, du capital industriel, commercial et bancaire, sont
désormais sous le contrôle de la haute finance, où
les magnats de l'industrie et des banques sont étroitement
associés. Association elle-même fondée sur la
suppression de la libre concurrence des capitalistes entre eux par
les grandes unions à caractère de monopole, qui a
naturellement pour conséquence de changer les rapports de la
classe capitaliste avec le pouvoir d'Etat. »14
En fait cette
négation de la
concurrence au niveau d'un seul Etat ne fait que créer les
conditions pour le développement d'une concurrence exacerbée
entre blocs de capitaux liés à des Etats connaissant de
hauts niveaux de concentration et d'accumulation. Cette lutte s'opère
soit directement entre ces Etats, soit indirectement, pour le
contrôle et l'asservissement d'économies moins
développées. Elle peut avoir lieu sur le terrain
commercial ou militaire. D'une manière ou d'une autre, cette
lutte d'un type nouveau bouleverse de fond en comble les sociétés
des pays retardataires.
« si
les nouveaux marchés
ne sont plus de simples territoires de débouchés, mais
des sphères de placement de capital, cela a pour conséquence
un changement dans l'attitude politique des pays exportateurs de
capital.
Le commerce, dans la
mesure où il
n'était pas commerce colonial, c'est-à-dire vol et
pillage, mais commerce avec une population blanche ou jaune capable
de résistance et relativement développée, laissa
longtemps intactes les structures sociales et politiques de ces pays
et se limita uniquement aux relations économiques. Aussi
longtemps qu'il existe un pouvoir d'Etat, capable de maintenir un
semblant d'ordre, la domination directe a moins d'importance. Cela
change avec la prédominance de l'exportation de capital, qui
met en jeu des intérêts beaucoup plus vastes. Quand on
construit à l'étranger des voies ferrées, qu'on
y acquiert de la terre, qu'on y installe des ports, qu'on y ouvre et
qu'on y exploite des mines, le risque est beaucoup plus grand que
quand on se contente d'acheter et de vendre des marchandises.
L'état arriéré
des rapports juridiques devient ainsi un obstacle, et le capital
financier exige de plus en plus impérieusement qu'on l'écarte,
au besoin par la violence. D'où les conflits de plus en plus
graves entre les pays capitalistes développés et le
pouvoir d'Etat des pays retardataires, des tentatives de plus en plus
pressantes en vue d'imposer à ces derniers les règles
de droit en vigueur dans les premiers, que ce soit en ménageant
ces pouvoirs d'Etat, soit en les détruisant purement et
simplement. »15
L'impérialisme et la révolution
L'impérialisme ne
signifie pas
seulement l'écrasement de l'indépendance économique
et politique dans les pays dominés : dans les pays
impérialistes eux-mêmes, le développement de
l'impérialisme signifie le renforcement du pouvoir de l'Etat
et la remise en cause permanente des libertés démocratiques.
« Ainsi
l'idéologie
de l'impérialisme apparaît comme une victoire sur les
vieilles idées libérales. Elle raille leur naïveté.
Quelle illusion, dans le monde de la lutte capitaliste, où la
supériorité des armes décide de tout, de croire
à une harmonie des intérêts ! Quelle illusion
d'attendre le Royaume de la paix éternelle, de prêcher
le droit des peuples là où seule la force décide
du sort des peuples ! Quelle folie de vouloir porter le règlement
des rapports de droit à l'intérieur des nations au-delà
des frontières nationales, quelle perturbation irresponsable
des affaires que cette stupidité humanitaire qui a fait des
ouvriers un problème, invente à l'intérieur la
réforme sociale, et veut abolir dans les colonies l'esclavage
par contrat, la seule possibilité d'exploitation rationnelle !
La Justice éternelle est un beau rêve, mais ce n'est pas
avec de la morale qu’on construit des voies ferrées. Comment
pourrons-nous conquérir le monde si nous voulons attendre la
conversion de la concurrence ? »
Hilferding peut dès
lors déceler
les tendances qui se déchaînèrent lors de la
première guerre mondiale, puis dans les fascismes.
« L’impérialiste
(...) regarde avec des yeux durs et clairs la masse des peuples et
voit dressée au-dessus d'eux sa propre nation. Elle est réelle
et vit dans l'Etat puissant, de plus en plus puissant ; c'est à
sa grandeur qu’il voue tous ses efforts. La soumission de l'intérêt
individuel à un intérêt général
plus élevé, qui est le fondement de toute idéologie
sociale viable, est ainsi acquise, l’Etat étranger au peuple
et la nation elle-même solidement unis et l'idée
nationale mise en tant que force motrice au service de la politique.
Les antagonismes de classe ont disparu et se sont fondus dans le
service de la communauté. A la lutte des classes, dangereuse
et sans issue pour les possédants, s’est substituée
l’action commune de la nation unie dans le même idéal
de grandeur nationale.
(...)
Comme la
soumission de nations
étrangères se fait par la force, c'est-à-dire
par un moyen très naturel, la nation dominante semble devoir
sa domination à ses qualités naturelles particulières,
par conséquent à ses qualités de race.
L'idéologie raciste est ainsi une justification sous
déguisement scientifique des ambitions du capital financier,
qui s'efforce de prouver par là le caractère
scientifique et la nécessité de son action. A l’idéal
d’égalité démocratique s'est substitué
un idéal oligarchique de domination. »16
Quelques années plus
tard,
Lénine allait insister dans de nombreux textes sur cette
modification du caractère de l'Etat à l'époque
impérialiste pour expliquer l'impossibilité d'un
passage graduel au socialisme par l'utilisation des institutions
démocratiques survivantes. Il est par exemple frappant de lire
sa réponse en 1918 à Karl Kautsky, qui avait cité
dogmatiquement un passage de Marx évoquant dans les années
1870 la possibilité d'un passage pacifique au socialisme en
Angleterre ou aux Etats-Unis en prétendant qu'il en était
toujours de même.
« y
avait il dans les
années 70 quelque chose qui fît de l'Angleterre et de
l'Amérique une exception sous le rapport envisagé ?
(...) Cette question une fois posée, on ne saurait douter de
la réponse : la dictature révolutionnaire du
prolétariat, c'est la violence exercée contre la
bourgeoisie ; et cette violence est nécessitée
surtout (...) par l'existence du militarisme et de la bureaucratie.
Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en
Amérique, qui, justement dans les années 70 du XIX°
siècle, époque à laquelle Marx fit sa remarque,
n'existaient pas. (Maintenant elles existent et en Angleterre et en
Amérique.) (...) L'« historien » Kautsky
fausse l'histoire avec tant de cynisme qu'il
« oublie »
l'essentiel : le capitalisme prémonopoliste, dont
l'apogée se situe précisément entre 1870 et
1880, se distinguait, en raison de ses caractères économiques
primordiaux qui furent particulièrement typiques en Angleterre
et en Amérique, par le maximum toutes proportions gardées
de pacifisme et de libéralisme. L'impérialisme, lui,
c'est-à-dire le capitalisme de monopole, dont la maturité
ne date que du XX° siècle, se distingue, en raison de ses
caractères économiques primordiaux, par le minimum de
pacifisme et de libéralisme, par le développement
maximum et le plus généralisé du militarisme. »17
A l'époque de la
guerre sans
limites, de Guantánamo, des prisons secrètes, du
fichage généralisé, de la répression
policière/militaire des mouvements sociaux, de la soumission
chaque jour plus évidente des gouvernements aux intérêts
des grands groupes, comment ne pas reconnaître dans ces phrases
le monde d'aujourd'hui ?
|