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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Italie&#160;: Quel avenir pour Sinistra Critica&#160;? </title>
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		<dc:date>2009-09-24T21:30:44Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dominique Angelini</dc:creator>


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;formisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par Dominique Angelini&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur quelles bases et avec qui a &#233;t&#233; form&#233;e la plateforme Sinistra Critica&#160;?&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2003 le gouvernement Berlusconi a attaqu&#233; l'article 18, c'est-&#224;-dire la loi qui contraint les entreprises de plus de 15 salari&#233;s &#224; donner de l'argent aux travailleurs qu'ils licencient (en Italie, il n'y a pas d'allocations ch&#244;mage). Les manifestations pour d&#233;fendre l'article 18 ont constitu&#233; la plus grande mobilisation depuis des d&#233;cennies dans le pays. Trois millions de personnes ont (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no05-novembre-2006" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;05 - Novembre 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Reformisme" rel="tag"&gt;R&#233;formisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Dominique Angelini&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quelles bases et avec qui a &#233;t&#233; form&#233;e la plateforme Sinistra Critica&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2003 le gouvernement Berlusconi a attaqu&#233; l'article 18, c'est-&#224;-dire la loi qui contraint les entreprises de plus de 15 salari&#233;s &#224; donner de l'argent aux travailleurs qu'ils licencient (en Italie, il n'y a pas d'allocations ch&#244;mage). Les manifestations pour d&#233;fendre l'article 18 ont constitu&#233; la plus grande mobilisation depuis des d&#233;cennies dans le pays. Trois millions de personnes ont manifest&#233; &#224; Rome et l'article 18 a &#233;t&#233; sauv&#233;. Rifondazione Comunista s'est alors faite promotrice d'un r&#233;f&#233;rendum pour &#233;largir son application aux entreprises de moins de 15 salari&#233;s. Alors que les syndicats conf&#233;d&#233;raux se sont abstenus de la campagne pour ce r&#233;f&#233;rendum, que certains ont m&#234;me appel&#233; &#224; l'abstention, 10 millions de personnes ont vot&#233; en faveur de l'extension (plus de 80&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des voix). Mais le quorum de 50&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, n&#233;cessaire &#224; la validation de ce type de r&#233;f&#233;rendum, n'a pas &#233;t&#233; atteint&#160;: un quart seulement des &#233;lecteurs ont particip&#233;. Le lendemain Bertinotti lan&#231;ait la nouvelle ligne du parti&#160;: pour changer les choses, il s'agit avant tout de participer au gouvernement, il faut donc s'allier &#224; la gauche lib&#233;rale et &#224; la droite qui s'oppose &#224; Berlusconi et qu'on appelle bizarrement centre-gauche en Italie. Et c'est cette ligne qui a &#233;t&#233; valid&#233;e un an et demi plus tard au congr&#232;s de Rifondazione.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce que cette ligne entrait en contradiction avec la capacit&#233; du parti &#224; construire le mouvement contre la guerre et l'ensemble des mobilisations sociales, nous avons construit Sinistra Critica comme plateforme de congr&#232;s &#224; partir de septembre 2004 (le congr&#232;s a eu lieu en mars 2005) essentiellement sur la base de l'ancienne ligne du parti&#160;: l'alternative se construit par en bas, &#224; travers les mobilisations concr&#232;tes de dizaines de milliers de gens. C'est cette ligne l&#224; qui avait fait jouer &#224; Rifondazione un r&#244;le central aussi bien &#224; G&#234;nes contre le G8 que dans la construction des manifestations oc&#233;aniques contre la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La majorit&#233; des camarades qui ont construit la plateforme venait donc de l'ancienne majorit&#233; du parti. En leur sein le principal courant politique organis&#233; &#233;tait celui des camarades de la quatri&#232;me internationale. Ces camarades ont jou&#233; un r&#244;le central dans la construction de la plateforme. Mais Sinistra Critica a rassembl&#233; bien au-del&#224; de ce courant. Elle a rassembl&#233; plus de 3 000 personnes au congr&#232;s (7&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels ont &#233;t&#233; les d&#233;bats dans la plateforme au moment du vote au S&#233;nat de la confiance au gouvernement, impliquant le vote des cr&#233;dits de guerre en Afghanistan&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus que dans les d&#233;bats internes &#224; la plateforme, les camarades de Sinistra Critica ont surtout &#233;t&#233; impliqu&#233;s ces jours l&#224; dans la construction de l'opposition au refinancement et donc &#224; la ligne de la majorit&#233;. C'est vrai en particulier des Giovani Comunisti qui &#233;taient en plein dans les conf&#233;rences locales qui pr&#233;c&#233;daient la conf&#233;rence nationale de l'organisation de jeunesse. La majorit&#233; de Rifondazione disait essentiellement deux choses&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;Comme nous ne pouvons pas casser la majorit&#233; sur laquelle tient le gouvernement nous devons voter le refinancement de la guerre en Afghanistan.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le refinancement doit &#234;tre n&#233;goci&#233; et il est possible de participer &#224; la guerre en faisant des dommages mineurs. Avec ces positions d&#233;fendues par Rifondazione le mouvement contre la guerre a subi recul sur recul jusqu'&#224; l'assembl&#233;e du 15&#160;juillet qui a rassembl&#233; l'opposition &#224; la guerre, et qui s'appuyait sur l'appel de huit s&#233;nateurs (dont les 2 s&#233;nateurs de Sinistra Critica) oppos&#233;s au refinancement. La construction de cette assembl&#233;e, le vote de centaines de motions de soutien &#224; ces parlementaires oppos&#233;s au refinancememt dans les conf&#233;rences des Giovani Comunisti ont constitu&#233; notre principale activit&#233; dans les jours qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le vote.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout la th&#233;orie du mal mineur qui a &#233;t&#233; battue en br&#232;che dans ces initiatives. Le premier argument, celui sur la majorit&#233; qu'on ne peut casser a finalement pris le dessus quand Prodi a pos&#233; la question de confiance au S&#233;nat (l'&#233;quivalent du 49.3). Ne voulant pas assumer la responsabilit&#233; de faire tomber le gouvernement &#224; peine trois mois apr&#232;s les &#233;lections (au S&#233;nat la majorit&#233; est de moins de 10 si&#232;ges), les s&#233;nateurs ont vot&#233; le refinancement avec un ultimatum, en disant que c'&#233;tait la derni&#232;re fois qu'ils accordaient leur confiance sur cette question, ce qui en pratique veut dire que les troupes devront rentrer apr&#232;s 6 mois, lorque la mission devra &#224; nouveau &#234;tre refinanc&#233;e. (&#192; l'assembl&#233;e, o&#249; Prodi n'a pas pos&#233; la question de confiance, le d&#233;put&#233; de Sinistra Critica a vot&#233; Non avec trois autres membres du parti alors que le reste de Rifondazione a vot&#233; Oui avec la majorit&#233; et l'opposition, fascistes compris.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela s'est fait avec un d&#233;bat interne qui a &#224; peine d&#233;pass&#233; les limites de la coordination nationale de Sinistra Critica. Quelques uns d&#233;fendent justement que le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Non &#224; la guerre sans mais et sans si&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui fut la base du mouvement depuis des ann&#233;es devait &#234;tre maintenu et ne devait pas se transformer en un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mais si Prodi met la confiance...&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et que si nous avions construit Sinistra Critica en pensant que la construction d'une gauche alternative &#233;tait toujours &#224; l'ordre du jour on ne pouvait pas accepter l'argument du maintien de la majorit&#233; lorsqu'il s'agit de faire la guerre. Beaucoup pensent malheureusement qu'il n'y avait rien d'autre &#224; faire parce que &#8216;les gens' sont &#224; la fois contre la guerre et pour le maintien de ce gouvernement de peur de voir revenir Berlusconi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences de ce vote sur l'&#233;lectorat du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PRC&lt;/span&gt; et sur le mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-guerre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cons&#233;quences ont &#233;t&#233;s dramatiques. Cela a produit confusion, d&#233;moralisation et division. La confusion a commenc&#233; avant le vote. Les arguments de Rifondazione ont port&#233; plusieurs personnes centrales dans le mouvement contre la guerre, et ce au-del&#224; des limites du parti, &#224; expliquer que la priorit&#233; &#233;tait de maintenir ce gouvernement en place, m&#234;me s'il continuait la m&#234;me guerre en pr&#233;textant que dirig&#233;e par Berlusconi la guerre &#233;tait encore pire. Des dirigeants du mouvement contre la guerre se sont mis &#224; tenir des positions absolument d&#233;go&#251;tantes. Bertinotti lui-m&#234;me a parl&#233; de militaires italiens en mission de paix en Afghanistan. La d&#233;moralisation est venue avec le vote&#160;: au S&#233;nat personne &#224; gauche ne s'est oppos&#233; et le message re&#231;u par des milliers de militants a &#233;t&#233; qu'il n'y avait rien d'autre &#224; faire que de s'aligner derri&#232;re le gouvernement. La division a suivi, dans ce contexte ce sont les organisations les plus sectaires qui ont domin&#233; la mobilisation pour la manifestation de fin septembre contre la guerre appel&#233;e par le forum social d'Ath&#232;nes. 5 000 personnes y ont particip&#233;, vingt fois moins que le nombre que l'on &#233;tait en droit d'attendre. &#192; l'exception des syndicats de base, les organisations de gauche qui avaient &#233;t&#233; au c&#339;ur du mouvement des derni&#232;res ann&#233;es ont d&#233;laiss&#233; la manifestation, certaines parce qu'elles soutenaient l'envoi des troupes italiennes au Liban, d'autres parce qu'elles jugeaient la mobilisation domin&#233;e par des organisations sectaires comme un facteur de division suppl&#233;mentaire du mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penses-tu qu'en d&#233;cembre lors du prochain vote sur la question, les positions seront diff&#233;rentes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense que les parlementaires de Sinistra Critica ne voteront plus la confiance sur la guerre. J'esp&#232;re qu'ils voteront contre. Mais je ne serais pas surpris de les voir se retirer du vote s'ils menacent la survie du gouvernement. Au jour d'aujourd'hui Sinistra Critica est au mieux divis&#233;e sur cette question, au pire en faveur de ne pas remettre en question la politique du gouvernement au prix d'assumer la responsabilit&#233; de sa chute. L'un des deux s&#233;nateurs a d&#233;j&#224; d&#233;mission&#233; le mois dernier pour faire entrer Haidi Giuliani au S&#233;nat. Cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; annonc&#233; avant les &#233;lections et avant que Sinistra Critica se trouve dans cette situation parlementaire critique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;volutionnaires ont-ils une ind&#233;pendance au sein de la plateforme Sinistra Critica&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? (presse, publications, r&#233;union)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au forum social de Florence (2002) Bertinotti disait que le r&#233;formisme &#233;tait mort. Aujourd'hui Sinistra Critica se pr&#233;sente officiellement comme une association r&#233;volutionnaire. Peu de gens font une distinction entre les mots &#8216;anticapitaliste' et &#8216;r&#233;volutionnaire'. Sinistra Critica est officiellement les deux, comme elle est officiellement f&#233;ministe, &#233;cologiste, internationaliste, antiraciste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#224; l'int&#233;rieur de Sinistra Critica il y a des camarades qui proviennent de diff&#233;rentes traditions r&#233;volutionnaires et qui s'organisent autour de cette tradition. La principale de ces traditions est celle de la quatri&#232;me internationale. Elle ne regroupe pas la majorit&#233; des militants de Sinistra Critica mais elle y a une h&#233;g&#233;monie politique certaine. Par exemple la revue &lt;i&gt;Erre&lt;/i&gt; qui para&#238;t depuis 2002 et &#233;tait une revue de la quatri&#232;me internationale est devenue la revue de Sinistra Critica et est toujours largement aliment&#233;e par les contributions des camarades de la quatri&#232;me internationale du monde entier. Pour autant que je sache ces camarades n'ont pas d'autres publications mais il y a certainement une autonomie de la quatri&#232;me internationale vis-&#224;-vis de Sinistra Critica.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous m&#234;mes qui venions de l'&lt;i&gt;International Socialist Tendency&lt;/i&gt; et avons particip&#233; d&#232;s le d&#233;but &#224; la construction de Sinistra Critica, avons publi&#233; un journal mensuel, &lt;i&gt;Comunismo dal basso&lt;/i&gt;, jusqu'en d&#233;cembre 2005 et avons tenu jusque l&#224; nos propres r&#233;unions. En 2006 nous avons d&#233;cid&#233; d'investir l'ensemble de notre &#233;nergie dans la construction de la plateforme. Pensant aujourd'hui que la tradition dont nous venions peut contribuer de fa&#231;on d&#233;terminante au d&#233;bat sur les id&#233;es r&#233;volutionnaires et au d&#233;veloppement de l'alternative, nous sommes en train de reprendre une production ind&#233;pendante &#224; commencer par une publication en ligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est leur audience&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce qu'il y a une ambigu&#239;t&#233; sur les rapports entre les r&#233;volutionnaires et Sinistra Critica et parce que la situation critique de nos parlementaires au S&#233;nat d&#233;forme compl&#232;tement l'image des rapports de force r&#233;els, je ne sais pas vraiment r&#233;pondre &#224; cette question. Dans les cinq ou six semaines qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le vote sur le refinancement des missions militaires Gigi Malabarba (S&#233;nateur &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PRC&lt;/span&gt; et camarade de la quatri&#232;me internationale) avait de fait, tous les deux ou trois jours, une tribune dans les principaux journaux de la presse bourgeoise. Il y a quelques mois pr&#232;s de 50 personnes participaient &#224; un d&#233;bat &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;forme ou r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans le principal circolo (cellule locale) de Giovani Comunisti de Rome. L'ordre de grandeur de la diffusion de Erre est le millier d'exemplaires, il y a un an celui de Comunismo dal Basso la centaine. Mais il y a trois mois la majorit&#233; des camarades de Sinistra Critica pensaient qu'il n'y avait rien de mieux &#224; faire que voter la confiance au gouvernement sur la question de la guerre (avec ultimatum).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existe-t-il la perspective de constituer un parti r&#233;volutionnaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? ou bien s'agit-il de construire un parti anticapitaliste large&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Encore une fois, sur ces questions c'est l'ambigu&#239;t&#233; qui domine. Certains camarades disent que la quatri&#232;me internationale et Sinistra Critica ont des parcours parall&#232;les dont on esp&#232;re qu'ils convergeront. Nous sommes un certain nombre &#224; penser que ceux qui au dernier congr&#232;s de Rifondazione d&#233;fendaient l'id&#233;e que le parti devait poursuivre sur sa ligne des derni&#232;res ann&#233;es pendant lesquelles il avait r&#233;llement construit les bases d'une gauche alternative sur l'&#233;chelle de dizaines de milliers de gens, avaient aujourd'hui la responsabilit&#233; de la reconstruire. Autrement dit que Sinistra Critica a maintenant la responsabilit&#233; de reconstruire l'alternative anticapitaliste que Rifondazione a pu repr&#233;senter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beaucoup de camarades disent que nous sommes trop peu nombreux pour repr&#233;senter une telle alternative. Je pense que si nous nous rectifions le tir apr&#232;s les erreurs faites au parlement, l'exp&#233;rience militante emmagasin&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de Sinistra Critica est un excellent point de d&#233;part pour cela.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>CPE et matraques, les deux faces de la m&#233;daille lib&#233;rale</title>
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&lt;p&gt;Pour comprendre la politique de r&#233;pression, il est n&#233;cessaire de la consid&#233;rer comme une composante de la politique &#233;conomique. Comme l'a montr&#233; Michel Foucault dans son livre Surveiller et punir, le traitement de la d&#233;linquance est intimement li&#233; au r&#233;gime politique et &#233;conomique en vigueur. De son c&#244;t&#233;, Lo&#239;c Wacquant, en s'appuyant sur l'exemple des Etats-Unis, analyse dans Les prisons de la mis&#232;re et Punir les pauvres, comment la casse des acquis sociaux et la mise en place d'une pr&#233;carit&#233; et d'une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no03-avril-juin-2006" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;03 - Avril/juin 2006&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour comprendre la politique de r&#233;pression, il est n&#233;cessaire de la consid&#233;rer comme une composante de la politique &#233;conomique. Comme l'a montr&#233; Michel Foucault dans son livre &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, le traitement de la d&#233;linquance est intimement li&#233; au r&#233;gime politique et &#233;conomique en vigueur. De son c&#244;t&#233;, Lo&#239;c Wacquant, en s'appuyant sur l'exemple des Etats-Unis, analyse dans Les prisons de la mis&#232;re et Punir les pauvres, comment la casse des acquis sociaux et la mise en place d'une pr&#233;carit&#233; et d'une flexibilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;es, s'accompagnent n&#233;cessairement d'une r&#233;pression accrue de tous ceux qui r&#233;sistent &#224; rentrer dans ce moule. Cet article expose la th&#233;orie de Foucault. Une seconde partie qui sera publi&#233;e dans le prochain num&#233;ro de la revue, s'appuiera sur les livres de Wacquant pour &#233;clairer la situation actuelle en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des dizaines de comparutions imm&#233;diates, des condamnations &#224; de la prison ferme pour des jeunes qui manifestent contre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt;, un syndicaliste dans le coma et des dizaines d'autres tabass&#233;s. La matraque, la justice et pour finir la prison sont les auxiliaires de l'Etat pour faire passer la pilule du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il ne s'agit pas d'un ph&#233;nom&#232;ne isol&#233;. La r&#233;pression qui s&#233;vit actuellement n'est que la continuation d'une politique qui date d&#233;j&#224;. Lorsque la puissance et l'autorit&#233; de l'Etat sont contest&#233;es, le recours &#224; la r&#233;pression est syst&#233;matique. On l'a vu en 1986 lorsque les &#233;tudiants manifestaient contre la loi Devaquet qui projetait d'instituer une s&#233;lection pour l'entr&#233;e en fac. Malik Oussekine, fut la victime des brigades de voltigeurs &#224; moto. Depuis, la criminalisation du mouvement social s'est poursuivi et s'est d&#233;velopp&#233;e. Que ce soit &#224; &#224; Prague et &#224; Nice en 2000 ou &#224; G&#246;teborg et &#224; G&#234;nes en 2001, la violence polici&#232;re s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e contre les manifestations altermondialistes. En France, les syndicalistes sont arr&#234;t&#233;s comme pendant les manifestations contre les retraites en 2003 ou en r&#233;action aux fauchages d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OGM&lt;/span&gt;.&#160;Avec Sarkozy &#224; l'Int&#233;rieur, la r&#233;pression est syst&#233;matis&#233;e et les provocations omnipr&#233;sentes, en particulier dans les banlieues. Les &#233;v&#232;nements de cet automne en sont une illustration et on oublie parfois que les r&#233;voltes ont d&#233;marr&#233; apr&#232;s la mort de deux jeunes, qui &#233;taient poursuivis par la police. Enfin, les manifestations contre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt; donnent lieux &#224; des centaines d'arrestations (pr&#232;s de 500, le 28&#160;mars pour la seule ville de Paris).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, depuis une dizaine d'ann&#233;es, la politique de r&#233;pression et la politique p&#233;nale ont subi certains changements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous pr&#233;texte d'ins&#233;curit&#233; croissante, le discours opposant pr&#233;vention et r&#233;pression n'a cess&#233; d'emporter de nouvelles adh&#233;sions. &#192; droite, bien s&#251;r, l'ins&#233;curit&#233; &#233;tant un des fonds de commerce de la droite la plus dure, mais &#224; gauche &#233;galement. Depuis le colloque de Villepinte en 1997, dont le titre &#233;tait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Des villes s&#251;res pour des citoyens libres&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le Parti socialiste a fait de la s&#233;curit&#233; un cheval de bataille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, quelques temps plus tard, E. Guigou d&#233;clarait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Notre tournant &#224; tous doit &#234;tre un tournant vers le principe de r&#233;alit&#233;. Qui ne voit que certaines m&#233;thodes de pr&#233;vention entretiennent, parfois par inadvertance, une certaine culture de l'indulgence qui d&#233;responsabilise les individus&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Peut-on construire l'autonomie d'un jeune en lui conc&#233;dant sans arr&#234;t que ses infractions ont des causes sociologiques, voire politiques &#8211; auxquelles bien souvent il n'aurait pas pens&#233; tout seul&#160;-, et alors qu'une masse de ses semblables, plac&#233;s exactement dans les m&#234;mes conditions sociales ne commettent aucun d&#233;lit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Intervention aux &#171;&#160;Rencontres nationales des acteurs de la pr&#233;vention de la (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il ne s'agit pas l&#224; d'une exception dans le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, mais bien d'une nouvelle orientation confirm&#233; &#224; plusieurs reprise et notamment en 2002 par Julien Dray &#224; l'Assembl&#233;e nationale &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#192; l'instar de notre Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin [&#8230;], pour nous un d&#233;linquant est un d&#233;linquant. [&#8230;]. Oui, il existe un terreau propice &#224; la d&#233;linquance. Le reconna&#238;tre ne l'excuse ni ne la justifie pour autant. Si on ne choisit pas o&#249; l'on na&#238;t, on choisit sa vie et &#224; un moment donn&#233;, on choisit de devenir d&#233;linquant. D&#232;s lors, la soci&#233;t&#233; ne peut trouver d'autres solution que la r&#233;pression de tels actes.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Compte-rendu de la discussion du projet de loi d'orientation et de (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; tel point que Sarkozy a pu trouver l'intervention de Dray &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;courageuse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Monsieur Dray, j'ai eu tant de plaisir &#224; vous entendre vanter le mod&#232;le am&#233;ricain, et avec quel talent, quelle honn&#234;tet&#233; et quelle pr&#233;cision&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Jamais je n'aurais os&#233; aller aussi loin. Merci de m'avoir rendu ce service&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si cette nouvelle id&#233;ologie de l'impunit&#233; z&#233;ro a saisi le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; &#224; cette &#233;poque. En effet, cela correspond au moment o&#249; ce parti achevait son tournant vers le social lib&#233;ralisme, commenc&#233; en 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1997, apr&#232;s une campagne o&#249; Jospin avait promis l'abrogation des lois Pasqua Debr&#233; contre les immigr&#233;s, la non-fermeture de l'usine Renault de Vilvoorde, la non signature du pacte de stabilit&#233; de l'Union europ&#233;enne, il mena une politique exactement inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque la soci&#233;t&#233; Michelin, b&#233;n&#233;ficiaire, d&#233;cida de licencier des milliers de salari&#233;s, Jospin d&#233;clara que l'Etat ne pouvait pas tout&#8230; Pour finir, il admit comme ligne politique que si une soci&#233;t&#233; de march&#233; n'&#233;tait pas souhaitable, l'&#233;conomie de march&#233; &#233;tait indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la suite, il d&#233;montra que les deux allaient de pair et peu avant l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, en avril 2002, il signa &#224; Barcelone, d'une seule main avec Chirac, un accord qui permettait de repousser de 5 ans l'&#226;ge de la retraite et de privatiser &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Tol&#233;rance z&#233;ro&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce parall&#232;le entre la politique lib&#233;rale et la politique r&#233;pressive n'est pas une exception ou une particularit&#233; hexagonale. On peut voir des similitudes aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme, en tant que casse des acquis sociaux, augmentation de l'exploitation des salari&#233;s et en m&#234;me temps l'explosion des profits pour les actionnaires y a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; plus t&#244;t. Le d&#233;part &#233;tant donn&#233; par les ann&#233;es Reagan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le ch&#244;mage est peu &#233;lev&#233; aux Etats-Unis, la raison principale en est que la comptabilisation des ch&#244;meurs r&#233;pond &#224; des r&#232;gles tr&#232;s restrictives. Ainsi, toute personne ayant travaill&#233; au moins une heure au cours du mois pr&#233;c&#233;dent est sortie des statistiques des ch&#244;meurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que veulent faire croire les laudateurs du mod&#232;le am&#233;ricain, la situation des salari&#233;s est loin d'&#234;tre enviable. Pr&#232;s d'un Am&#233;ricain sur sept, soit 41 millions, ne dispose d'aucune assurance maladie. Les &#233;carts entre les plus riches et les plus pauvres, n'ont jamais &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;s. Les travailleurs sont souvent contraints de cumuler plusieurs &#8216;jobs' pour boucler les fins de mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette situation s'est install&#233;e progressivement, ponctu&#233;e par les d&#233;faites du mouvement ouvrier aux Etats-Unis. La gr&#232;ve des aiguilleurs du ciel en 1980, sous Reagan qui fut une d&#233;faite, en fut un des points marquants. Elle se traduisit par le licenciement de 11 000 salari&#233;s et porta un coup terrible contre le mouvement ouvrier am&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, la politique de tol&#233;rance z&#233;ro fut d&#233;velopp&#233;e, notamment &#224; New York.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans plusieurs livres, &lt;i&gt;Les prisons de la mis&#232;re&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Punir les pauvres&lt;/i&gt;, Lo&#239;c Waquant, explique le lien entre politique lib&#233;rale et politique r&#233;pressive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour comprendre ces liens, il est important de comprendre que de tout temps la politique p&#233;nale d'un Etat ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e de mani&#232;re autonome. Elle correspond au stade de d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; et surtout aux besoins de r&#233;pression de son organisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce qu'explique Michel Foucault dans son livre &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, dont le sous-titre est &#034;Naissance de la prison&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps de la barbarie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est au tournant du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que dans les diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s occidentales, la politique de la p&#233;nalit&#233; change.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Ancien r&#233;gime est f&#233;odal. Le roi tient sa position du droit divin. Nul si ce n'est Dieu, ne peut le remettre en cause. Et inversement, tout attaque contre le roi est une attaque contre Dieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en ordres et la noblesse b&#233;n&#233;ficie de nombreux privil&#232;ges, du pouvoir politique, alors que le Tiers &#233;tat n'a aucun droit. Pourtant la bourgeoisie, petit &#224; petit prend le pouvoir &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En termes de p&#233;nalit&#233;, cette &#233;poque est marqu&#233;e par des pratiques que l'on peut caract&#233;riser de barbares. Les crimes et certains d&#233;lits sont punis de mani&#232;re particuli&#232;rement atroce. La torture et le supplice font partie int&#233;grante de la punition. Ainsi, le fouet, la roue, l'&#233;cart&#232;lement sont monnaie courante pour les criminels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Foucault donne de nombreux exemples de proc&#232;s-verbaux de ch&#226;timents inflig&#233;s aux pr&#233;tendus coupables&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; tenaill&#233; aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le parricide, br&#251;l&#233;e de feu de soufre, et sur les endroits o&#249; il sera tenaill&#233;, jet&#233; du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix r&#233;sine br&#251;lante, de la cire et soufre fondus et ensuite son corps tir&#233; et d&#233;membr&#233; &#224; quatre chevaux et ses membres consum&#233;s au feu, r&#233;duits en cendres et ses cendres jet&#233;es au vent.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Les notes qui suivent concernent des citations tir&#233;es du livre Surveiller et (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il explique ensuite que les quatre chevaux n'ont pas suffi, qu'il fallut en ajouter deux et que pour finir, le bourreau d&#233;bo&#238;ta les membres du coupable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mains coup&#233;es, les yeux crev&#233;s, ne sont que le paroxysme d'un syst&#232;me de punition qui atteint en premier lieu le corps&#160;: mise au piloris, exposition des coupables &#224; la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale&#8230; Ceux qui aujourd'hui s'indignent, &#224; juste titre, des ch&#226;timents qui s&#233;vissent dans certaines soci&#233;t&#233;s comme l'Arabie saoudite, doivent savoir que ces m&#234;mes atrocit&#233;s &#233;taient commises en France, il y a seulement deux si&#232;cles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment expliquer ce changement&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Faut-il y voir un passage de la barbarie &#224; la civilisation&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et si c'est le cas, comment cela est-il arriv&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Naissance du capitalisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si le marxisme est un outil d'analyse de la soci&#233;t&#233;, il nous apprend que les id&#233;es n'ont pas une vie autonome dans la soci&#233;t&#233; et qu'elles sont li&#233;es au d&#233;veloppement des moyens de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, l'Ancien R&#233;gime est marqu&#233; par un mode production o&#249; l'agriculture et l'artisanat sont quasiment exclusifs. La main d'ouvre est largement exc&#233;dentaire par rapport aux besoins. Les seigneurs poss&#232;dent des fermiers qui cultivent leurs terres et leur versent l'&#233;norme majorit&#233; des r&#233;coltes pendant qu'ils vivent avec ce que leur procure un lopin de terre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les villes se d&#233;veloppent des corporations d'artisans qui r&#233;glementent l'exercice de certaines professions. Dans ce syst&#232;me politique, la libert&#233; n'est pas un concept pertinent. Les serfs appartiennent aux seigneurs qui sont eux-m&#234;mes les vassaux du souverain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci a droit de vie et de mort sur tous ses sujets&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;L'infraction au-del&#224; de la loi qu'elle enfreint porte tort au droit de celui qui fait valoir la loi. Le crime attaque le souverain&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='p.58' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en ce sens que le ch&#226;timent doit &#234;tre exemplaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle correspond &#224; l'av&#232;nement de la bourgeoisie comme classe dominante. La production se d&#233;veloppe, et les besoins en main d'&#339;uvre &#233;galement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les id&#233;es des philosophes des Lumi&#232;res parlent de libert&#233; et cela co&#239;ncide aux besoins de l'industrie naissante. Pour travailler dans une fabrique, les hommes doivent &#234;tre libres. Tout assujettissement &#224; un quelconque seigneur est une entrave pour les bourgeois. Mais en m&#234;me temps, il faut convaincre les anciens paysans de quitter les campagnes pour travailler dans les fabriques. En Angleterre, Engels et Marx expliquent parfaitement le syst&#232;me des enclosures qui a expropri&#233; les paysans de leurs terres. En leur interdisant de cultiver un lopin de terre, on les prive de leur seul moyen de subsistance, et ils sont alors contraints d'aller vendre leur force de travail dans les ateliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; cela, les conditions de travail sont tellement rudes, que certaines pr&#233;f&#232;rent le vagabondage et ses incertitudes &#224; un travail salari&#233; dans une fabrique. C'est ainsi que se mettent en place au d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les Work Houses. On en compte 700 en 1732 et pr&#232;s de 2 000 en 1777. Le vagabondage est interdit et toute personne qui ne peut justifier d'un travail peut y &#234;tre enferm&#233;e et contrainte de travailler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France la R&#233;volution est totalement ancr&#233;e dans cette &#233;volution. La D&#233;claration des droits de l'Homme consacre la libert&#233;, mais surtout le droit &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La libert&#233; car nul ne doit emp&#234;cher le travailleur de vendre sa force de travail. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, car le capitalisme naissant a besoin de garanties contre l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Foucault on assiste &#224; un changement dans la criminalit&#233;&#160;: alors que l'Ancien R&#233;gime avait principalement des crimes de sang &#224; punir, les attaques contre la propri&#233;t&#233; et notamment le vol se d&#233;veloppent. C'est dans ce contexte qu'il faut &#233;tudier l'&#233;volution de la politique p&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La transformation ne peut pas &#234;tre s&#233;par&#233;e de plusieurs processus qui la sous-tendent. Et d'abord d'une modification dans le jeu des pressions &#233;conomiques, d'une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale du niveau de vie, d'une forte croissance d&#233;mographique, d'une multiplication des richesses et des propri&#233;t&#233;s et du besoin de s&#233;curit&#233; qui en est une des cons&#233;quences. On constate un alourdissement de la justice. En France, la l&#233;gislation sur le vagabondage avait &#233;t&#233; renouvel&#233;e et aggrav&#233;e &#224; plusieurs reprises depuis le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='p.91' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le mode de r&#233;pression change &#233;galement. Si les ch&#226;timents corporels et la peine de mort demeurent, la torture est de plus en plus contest&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1760, en Angleterre est invent&#233;e la potence qui comporte une trappe par laquelle le pendu tombe. Le but est d'&#233;courter l'agonie de supprimer toutes souffrances inutiles et empoignade avec le bourreau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, la guillotine poursuit le m&#234;me objectif&#160;: une mort rapide et &#233;gale pour tous. Tout condamn&#233; &#224; mort aura la t&#234;te tranch&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faut-il voir dans ce changement une &#233;volution de la soci&#233;t&#233; vers la civilisation&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Voici ce qu'en dit Foucault&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les supplices sont l'effet d'un r&#233;gime de production o&#249; la force de travail, et donc le corps humain n'ont pas l'utilit&#233; ni la valeur marchande qui leur seront conf&#233;r&#233;es dans une &#233;conomie de type industriel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='p.66' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la barbarie &#224; la &#034;civilisation&#034;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce changement ne se fait pas du jour au lendemain. Et il faut attendre le milieu de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pour que la torture disparaisse (au moins officiellement) de l'appareil r&#233;pressif. Cela va de pair avec une syst&#233;matisation de la peine. En effet, un des d&#233;fauts principaux de l'ancien syst&#232;me r&#233;side dans son c&#244;t&#233; al&#233;atoire. Sous le capitalisme, tout crime ou d&#233;lit doit &#234;tre puni.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Si on laisse voir aux hommes que le crime peut se pardonner et que le ch&#226;timent n'en est pas la suite n&#233;cessaire, on nourrit en eux l'esp&#233;rance de l'immunit&#233;&#8230;que les lois soient inexorables, les ex&#233;cuteurs inflexibles&lt;/i&gt;.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='p.114' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette phrase n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;e (du moins pas en premier) par Sarkozy pour faire l'&#233;loge de l'impunit&#233; z&#233;ro, mais par Beccaria. Cet intellectuel milanais, ami de Voltaire et de Diderot, publia en 1764 Le trait&#233; des d&#233;lits et des peines. Il d&#233;fend l'abandon des supplices pour des peines sures et douces. Ses id&#233;es influencent largement les r&#233;dacteurs de la d&#233;claration des droits de l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui nous para&#238;t aujourd'hui comme la base de toute politique p&#233;nale, la prison, &#233;tait quasiment inexistante sous l'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Avec les nouvelles formes d'accumulation du capital, des rapports de production et de statut juridique de la propri&#233;t&#233;, toutes les pratiques populaires qui relevaient soit sous une forme silencieuse quotidienne, tol&#233;r&#233;e, soit sous une forme violente, de l'ill&#233;galisme des droits sont rabattues de force sur l'ill&#233;galisme des biens. (&#8230;) l'&#233;conomie des ill&#233;galismes s'est restructur&#233;e avec le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='p.103' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'une des bases du capitalisme est la libert&#233; des travailleurs, son syst&#232;me punitif se tourne vers la privation de cette libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel en est le but&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les ch&#226;timents corporels repr&#233;sentaient une vengeance du souverain contre une attaque qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme personnelle. Le syst&#232;me p&#233;nal punissait donc le corps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le syst&#232;me p&#233;nal capitaliste d&#233;sindividualise le pouvoir et par cons&#233;quent les peines. Il n'est plus question de vengeance mais bien plus de redressement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela va de pair avec l'instauration de la discipline dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Naissance de la prison et de la discipline&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une des diff&#233;rences entre le travail dans une fabrique et les travaux dans les champs est la perte d'autonomie que repr&#233;sente le premier par rapport au second.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs qui arrivent dans les ateliers ont l'habitude de t&#226;ches physiquement dures, mais dont ils ma&#238;trisent les rythmes. La productivit&#233; n'est pas une question qui se pose dans les campagnes. S'il existe une hi&#233;rarchie dans une famille, une maison, un village autour desquels s'organise la production, les membres sont relativement libres &#224; l'int&#233;rieur de la sph&#232;re qui leur est attribu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail dans les premi&#232;res usines demande une discipline &#224; laquelle la plupart des membres du salariat naissant ne sont pas accoutum&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette discipline qui fait que de nos jours, tous les travailleurs savent que la d&#233;mocratie s'arr&#234;te &#224; la porte de leur entreprise, doit &#234;tre impos&#233;e &#224; cette &#233;poque. Ce nouveau syst&#232;me de production signifie en outre une collaboration des travailleurs. Il n'est plus question de travailler chacun &#224; sa t&#226;che, mais de travailler ensemble &#224; des stades diff&#233;rents de la production.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'ordre n'a pas &#224; &#234;tre expliqu&#233;, ni m&#234;me formul&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut et il suffit qu'il d&#233;clenche le comportement voulu. Du ma&#238;tre de discipline &#224; celui qui lui est soumis, le rapport est de signalisation&#160;: il s'agit non de comprendre l'injonction, mais de percevoir le signal et d'y r&#233;agir aussit&#244;t, selon un code plus ou moins artificiel &#233;tabli &#224; l'avance.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='p.195' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela s'accompagne d'un syst&#232;me de surveillance perp&#233;tuelle&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans les grands ateliers et les usines s'organise un nouveau type de surveillance. Contr&#244;le intense et continu. Les patrons y reconnaissent un &#233;l&#233;ment indissociable du syst&#232;me de production industrielle, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et du profit. La surveillance devient un op&#233;rateur &#233;conomique d&#233;cisif, dans la mesure o&#249; elle est &#224; la fois une pi&#232;ce interne dans l'appareil de production et un rouage sp&#233;cifi&#233; dans le pouvoir disciplinaire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='p.205' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On assiste alors &#224; la mise en place d'une organisation rigoureuse de la soci&#233;t&#233; et d'un apprentissage de la discipline d&#232;s le plus jeune &#226;ge. Pour Foucault, la soumission du corps devient alors un enjeu&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#192; l'atelier, &#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e s&#233;vit toute une microp&#233;nalit&#233; du temps (retards, absences, interruptions des t&#226;ches), de l'activit&#233; (inattention, n&#233;gligence, manque de z&#232;le), de la mani&#232;re d'&#234;tre (impolitesse, d&#233;sob&#233;issance), des discours (bavardage, insolence), du corps (attitudes incorrectes, gestes non conformes, malpropret&#233;), de la sexualit&#233; (immodestie, ind&#233;cence). En m&#234;me temps est utilis&#233;e, &#224; titre de punitions, toute une s&#233;rie de proc&#233;d&#233;s subtils, allant du ch&#226;timent physique l&#233;ger, &#224; des privations mineures et &#224; de petites humiliations.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='p.209' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit en germe, tout ce qui existe encore aujourd'hui dans les diff&#233;rentes sph&#232;res &#233;ducatives, professionnelles ou p&#233;nitentiaires. Ce qui est stigmatis&#233; depuis quelques ann&#233;es comme des &#8216;incivilit&#233;s' est exactement d&#233;fini par cette microp&#233;nalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette discipline a &#233;galement comme fonction de tracer les fronti&#232;res d'une normalit&#233;&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;nalit&#233; perp&#233;tuelle qui traverse tous les points et contr&#244;le tous les instants des institutions disciplinaires compare, diff&#233;rencie, hi&#233;rarchise, homog&#233;n&#233;ise, exclut. En un mot, elle normalise.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='p.215' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle cette id&#233;ologie naissante de la soci&#233;t&#233; disciplinaire trouve sa traduction architecturale dans le Panopticon dessin&#233; par Bentham. Il s'agit d'un b&#226;timent circulaire, dans lequel le surveillant, plac&#233; au centre, a la possibilit&#233; de voir chaque pi&#232;ce sans &#234;tre vu. Le concept est utilis&#233; aussi bien pour des &#233;coles, des asiles, des h&#244;pitaux, des prisons que pour des usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il permet de syst&#233;matiser le pouvoir&#160;: &#224; tout moment, la surveillance s'exerce, tout en le d&#233;sindividualisant&#160;: le surveillant est invisible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La prise du pouvoir par la bourgeoisie s'est accompagn&#233;e d'une syst&#233;matisation des r&#232;gles. Tout le travail de codification effectu&#233; au d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est une n&#233;cessit&#233; pour s'affranchir de l'arbitraire d'un monarque. Le capitalisme d&#232;s sa naissance ne peut se passer de s&#233;curit&#233; juridique. C'est bien dans ce sens que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est tr&#232;s vite consacr&#233;e par les r&#233;volutionnaires. En contrepartie de cette codification de la soci&#233;t&#233;, se d&#233;veloppe un syst&#232;me de coercition qui atteint tous les contrevenants. Or si le syst&#232;me officiel est &#233;galitaire &#8211; la loi s'applique &#224; tous &#8211; le syst&#232;me disciplinaire est d'ores et d&#233;j&#224; un syst&#232;me de classe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;chec apparent de la politique carc&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que ce d&#233;veloppe la prison. Alors qu'elle &#233;tait quasiment inexistante sous l'Ancien R&#233;gime, elle devient sous le capitalisme, omnipr&#233;sente. La privation de libert&#233; a pour but, non seulement d'&#234;tre exemplaire, mais de permettre aux d&#233;linquants de payer leur dette &#224; la soci&#233;t&#233;. Pourtant tr&#232;s vite, on se rend compte que les prisons ne d&#233;semplissent pas, au contraire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s la mise en place d'un syst&#232;me carc&#233;ral, la question de son utilit&#233; sociale s'est pos&#233;e. Si cette soci&#233;t&#233; disciplinaire &#233;tait efficace, les prisons devraient peu &#224; peu se vider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ce stade, Foucault pose l'hypoth&#232;se que la contradiction n'est qu'apparente&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ne peut-on pas voir l&#224;, plut&#244;t qu'une contradiction, une cons&#233;quence&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il faudrait alors supposer que la prison et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, sans doute, les ch&#226;timents ne sont pas destin&#233;s &#224; supprimer les infractions&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais plut&#244;t &#224; les distinguer, &#224; les distribuer, &#224; les utiliser&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'ils visent non pas tellement &#224; rendre dociles ceux qui sont pr&#234;ts &#224; transgresser les lois, mais qu'ils tendent &#224; am&#233;nager la transgression des lois dans une tactique g&#233;n&#233;rale des assujettissements. La p&#233;nalit&#233; serait alors une mani&#232;re de g&#233;rer les ill&#233;galismes, de dessiner des limites de tol&#233;rances, de donner du champ &#224; certains, de faire pression sur d'autres, d'en exclure une partie, d'en rendre utile une autre, de neutraliser ceux-ci, de tirer profits de ceux-l&#224;. Bref, la p&#233;nalit&#233; ne r&#233;primerait pas purement et simplement les ill&#233;galismes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle les &#8216;diff&#233;rencieraient', elle en assurerait l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale. Et si on peut parler d'une justice de classe ce n'est pas seulement parce que la loi elle-m&#234;me ou la mani&#232;re de l'appliquer servent les int&#233;r&#234;ts d'une classe, c'est que toute la gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes par l'interm&#233;diaire de la p&#233;nalit&#233; fait partie de ces m&#233;canismes de domination.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='p.317' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1848, la mise en place de la soci&#233;t&#233; capitaliste se traduit par diff&#233;rentes formes de contestations&#160;: politique, sociale. La bourgeoisie doit lutter sur diff&#233;rents plans. Elle affronte aussi bien ceux qui contestent son pouvoir politique contre l'Ancien R&#233;gime, que ceux qui r&#233;sistent de mani&#232;re consciente et organis&#233;e au travail salari&#233; et les petits d&#233;linquants. Elle s'appuie sur la p&#233;nalisation des derniers pour lutter contre les deux autres cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation politique des d&#233;linquants &#8211; sous forme de mouchards, d'indicateurs, de provocateurs &#8211; &#233;tait un acquis bien avant le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Mais apr&#232;s la r&#233;volution, cette pratique a acquis de toutes autres dimensions&#160;: le noyautage des partis politiques et des associations ouvri&#232;res, le recrutement d'hommes de main contre les gr&#233;vistes et les &#233;meutiers, l'organisation d'une sous-police &#8211; travaillant en relation directe avec la police l&#233;gale et susceptible &#224; la limite de devenir une sorte d'arm&#233;e parall&#232;le&#160;-, tout un fonctionnement extra-l&#233;gal du pouvoir a &#233;t&#233; pour une part assur&#233;e par la masse de man&#339;uvre constitu&#233;e par les d&#233;linquants.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='p.327' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Foucault pr&#233;sente une analyse mat&#233;rialiste de la politique p&#233;nale. Il est particuli&#232;rement int&#233;ressant &#224; lire aujourd'hui. A un moment o&#249; le capitalisme est en crise et o&#249; les confrontations avec la classe ouvri&#232;re sont in&#233;vitables que ce soit par les reculs sociaux ou la r&#233;pression, il permet de comprendre que l'&#201;tat, n'a pour seul but la perp&#233;tuation du syst&#232;me capitaliste. Par tous les moyens n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Intervention aux &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Rencontres nationales des acteurs de la pr&#233;vention de la d&#233;linquance&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en mars 1999. Cit&#233; dans &lt;i&gt;Punir les pauvres&lt;/i&gt; de Lo&#239;c Wacquant, &#233;d. Agone.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2001-2002-extra/20021006.asp&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Compte-rendu de la discussion du projet de loi d'orientation et de programmation pour la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#224; l'Assembl&#233;e nationale, le 16&#160;juillet 2002.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les notes qui suivent concernent des citations tir&#233;es du livre &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt; de Michel Foucault, Collection Tel &#233;d. Gallimard, p.9&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.58&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.91&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.66&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.114&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.103&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.195&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.205&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.209&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.215&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.317&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.327&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;ditorial</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/Editorial-50</link>
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		<dc:date>2009-09-06T11:27:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Angelini</dc:creator>


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sortir le num&#233;ro 1 de notre revue trois semaines apr&#232;s le r&#233;f&#233;rendum n'est pas des plus faciles. Parce que les sujets trait&#233;s ne sont pas n&#233;cessairement dans l'actualit&#233; la plus chaude et c'est normal quand notre objectif est de mener des d&#233;bats en profondeur sur le long terme. En m&#234;me temps, difficile d'ignorer ce qui s'est pass&#233;, encore plus quand c'est aussi enthousiasmant&#160;! Car malgr&#233; les difficult&#233;s auxquelles nous devrons faire face les perspectives sont ouvertes et l'enjeu de l'&#233;mergence d'une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no01-juin-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;01 - Juin/septembre 2005&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sortir le num&#233;ro 1 de notre revue trois semaines apr&#232;s le r&#233;f&#233;rendum n'est pas des plus faciles. Parce que les sujets trait&#233;s ne sont pas n&#233;cessairement dans l'actualit&#233; la plus chaude et c'est normal quand notre objectif est de mener des d&#233;bats en profondeur sur le long terme. En m&#234;me temps, difficile d'ignorer ce qui s'est pass&#233;, encore plus quand c'est aussi enthousiasmant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Car malgr&#233; les difficult&#233;s auxquelles nous devrons faire face les perspectives sont ouvertes et l'enjeu de l'&#233;mergence d'une nouvelle gauche est pos&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec 55&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de non et 70&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de participation, le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum est un d&#233;saveu cinglant pour Chirac. Malgr&#233; tout, cela n'a pas enray&#233; sa politique lib&#233;rale, directement inspir&#233;e des patrons du Medef. Dirig&#233; par l'improbable tandem Villepin/Sarkozy, le gouvernement issu de cette nouvelle crise dispose de quelques mois pour faire passer de nouvelles attaques. Apr&#232;s la privatisation de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GDF&lt;/span&gt;, la suite de la liquidation d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; et m&#234;me la mise sur le march&#233; de participations de l'Etat dans les soci&#233;t&#233;s d'autoroutes... annonc&#233;es d&#232;s le 30&#160;mai, c'est au tour du code du travail d'&#234;tre dans la ligne de mire. Le d&#233;bat parlementaire n'aura pas lieu, puisque Villepin a d&#233;cid&#233; de l&#233;gif&#233;rer par ordonnances pendant l'&#233;t&#233;, &#233;cartant ainsi toute vell&#233;it&#233; de contestation y compris par l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UDF&lt;/span&gt; qui vient de refuser de lui voter la confiance sur son discours de politique g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de la gauche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, les tensions sont fortes. La direction du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, loin de faire profil bas, vient d'exclure Fabius et d'autres partisans du non de sa direction nationale. Hollande choisit ainsi de recentrer le parti sur les &#233;lecteurs du oui, saisissant l'occasion d'&#233;vincer l'aile gauche du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; durablement. Pariant sur le fait que les d&#233;fenseurs du non ne prendront pas le risque de quitter &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la maison&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, cette attitude permettra au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; de terminer son tournant vers le social-lib&#233;ralisme. Une autre cons&#233;quence est de ne pas permettre au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt; de profiter de sa victoire en pesant davantage dans le rapport de forces. Cette strat&#233;gie si elle conforte la position du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; face aux patrons et celle de Hollande dans le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, pourrait avoir des cons&#233;quences importantes sur les &#233;lecteurs. La majorit&#233; des membres et sympathisants socialistes, pourraient se d&#233;tourner non seulement du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; mais de la politique, s'ils pensent que les dirigeants m&#233;prisent leur opinion et si les Fabius, Emmanuelli, M&#233;lenchon... se rangent &#224; la discipline de parti pour arriver en rangs serr&#233;s aux &#233;lections de 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La crise dans la gauche est donc profonde. Les appels de Marie George Buffet aux tenants du oui, n'ont pas suffi &#224; la direction du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;. Pour le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, la possibilit&#233; de n&#233;gocier avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; sur la base du non s'&#233;loigne. La direction du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; se trouve paradoxalement dans une position inconfortable. Renforc&#233; par la victoire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NON&lt;/span&gt;, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; retrouve une vigueur qu'il avait perdue avec la direction de Hue. Il ne peut prendre le risque de d&#233;cevoir les milliers de gens pour qui il a &#233;t&#233; le fer de lance de la bataille. Mais le d&#233;ni du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; l'oblige &#224; prendre une position difficile.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Situation instable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'alternative devient donc baisser la t&#234;te en acceptant d'oublier le 29 ou devenir ind&#233;pendant en s'appuyant sur la gauche du non. Les d&#233;bats au sein du parti font rage. Entre les huistes, discrets pendant la campagne mais qui p&#232;seront de tout leur poids pour ne pas se couper du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; et ceux qui ont fait la campagne et qui veulent continuer, la bataille n'est pas gagn&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette situation o&#249; le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; pourrait basculer d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, l'attitude de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; pourrait faire la diff&#233;rence. Nous devons faire pression &#224; tous les niveaux pour convaincre une partie des militants et des sympathisants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt; que l'alternative ne se trouve pas dans un nouveau march&#233; de dupes avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; mais dans la construction avec tous ceux qui ont particip&#233; &#224; la campagne contre la constitution europ&#233;enne d'une alternative sur la base du non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt;, la situation est ouverte. La campagne pour le non a &#233;t&#233; un v&#233;ritable bol d'air apr&#232;s les d&#233;faites &#233;lectorales de 2004 qui avaient d&#233;moralis&#233; un grand nombre de militants. Tout au long de cette campagne, la popularit&#233; de nos id&#233;es et d'Olivier Besancenot, n'ont cess&#233; que cro&#238;tre. Le millier de collectifs qui s'est constitu&#233; pour mener et gagner cette campagne, reste mobilis&#233; et est pr&#234;t &#224; aller plus loin. Les r&#233;unions qui ont suivi le 29&#160;mai ont vu la participation de plus de monde que pendant la campagne elle-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 25&#160;juin prochain la r&#233;union des collectifs sera une &#233;tape particuli&#232;rement importante pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Regroupement &#224; gauche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les conditions sont r&#233;unies pour un regroupement &#224; gauche. L'aspiration &#224; l'unit&#233; et la volont&#233; de peser dans la vie politique sont probablement les caract&#233;ristiques majeures de cette campagne. Les milliers de gens qui se sont mobilis&#233;s restent &#224; l'&#233;coute de ce que nous avons &#224; leur proposer. Ils ne comprendraient pas que chacun se remette &#224; pr&#234;cher pour sa chapelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, le r&#233;f&#233;rendum constitue un v&#233;ritable vote de classe avec une majorit&#233; d'ou vriers et d'employ&#233;s qui ont vot&#233; non. Et le regroupement &#224; gauche doit se faire sur la ligne de fracture que constitue ce vote. La seule gauche qui peut repr&#233;senter une alter native au monde dans lequel nous vivons est celle qui &#233;mergera de cette mobilisation. Pour autant, la voie du regroupement n'est pas un boulevard sans aucun obstacle o&#249; il suffirait de s'engager pour entra&#238;ner derri&#232;re nous tout le non de gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, il ne faut pas sous-estimer les diffi cult&#233;s auxquelles nous serons confront&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'occasion de fonder une nouvelle gauche se heurte aux r&#233;sistances identitaires des diff&#233;rentes organisations. C'est vrai pour le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, pour ceux du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; qui ont d&#233;fendu le non, mais &#233;galement pour notre organisation. Comme l'ont montr&#233; les votes tr&#232;s partag&#233;s lors de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DN&lt;/span&gt; des 4 et 5&#160;juin, les suites &#224; donner au r&#233;f&#233;rendum, sont loin de faire l'unanimit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation, il ne s'agit pas de d&#233;cr&#233;ter une nouvelle force contre les mili tants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt;, du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt;, voire d'Attac. Mais il nous faut la construire &#224; travers les d&#233;bats et les mobilisations. En nous appuyant sur les membres des collectifs les plus mobilis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette bataille, notre attitude sera d&#233;terminante. Nous devons agir de mani&#232;re unitaire et d&#233;fendre nos id&#233;es. Depuis le r&#233;f&#233;rendum, la ligue a recommenc&#233; &#224; attirer de nouveaux et d'anciens militants. Et quoi qu'il arrive, et m&#234;me si nous ne parvenons pas &#224; transformer cet essai vers une nouvel le force, nous devons envisager la situation comme un processus &#224; construire. Les mili tants que nous convaincrons sur cette base seront bien plus aptes &#224; reprendre la bataille. A condition que nous n'oubliions pas que nous voulons &#233;galement construire un parti r&#233;volutionnaire qui d&#233;fende les id&#233;es marxistes. C'est sur cette base que nous constituerons un p&#244;le r&#233;volutionnaire dans la nouvelle gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Six mois d&#233;j&#224; que nous pr&#233;sentions le n&#176;0 de notre revue trimestrielle... toutes les imperfections de ce n&#176;0 n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;so lues dans le n&#176;1. Le retard dans sa r&#233;alisa tion, notamment, est le signe de la difficult&#233; &#224; &#233;laborer collectivement nos analyses en nous appuyant sur la r&#233;alit&#233; de notre activit&#233; militante quotidienne. N&#233;anmoins le bon accueil du num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent et l'attente qui existe pour celui-ci nous confortent dans l'id&#233;e que cette revue a une place dans l'or ganisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les questions de regroupement ren dent encore plus vitale la d&#233;termination de ce que doit &#234;tre notre organisation. C'est pourquoi nous avons choisi de publier une traduction l&#233;g&#232;rement r&#233;duite d'un article de Chris Harman &#233;crit pour &lt;i&gt;International Socialism&lt;/i&gt; avant le dernier Forum social europ&#233;en. Il y analyse les diff&#233;rentes tendances poli tiques qui se confrontent dans le mouvement anticapitaliste et d&#233;fend l'id&#233;e que les r&#233;volu tionnaires ont le devoir de s'impliquer dans le d&#233;bat pour y d&#233;fendre leurs positions. Ce n'est qu'&#224; cette condition que le mouvement n'ira pas dans le mur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La nouvelle force et la mani&#232;re de la construire sont au coeur de la contribution des camarades du courant &lt;i&gt;Avanti&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt; qui r&#233;agissent &#224; certains articles de notre num&#233;ro 0.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse du Manifeste de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; que fait Emmanuel Eydoux, est une approche qui permet de prendre la mesure de ses forces et de ses limites, notamment sur la question de l'Etat et de son r&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est parfois difficile de mener certains d&#233;bats au moment o&#249; ils sont le plus d'actua lit&#233;. Ainsi, les questions du racisme, de l'islamophobie ou des Indig&#232;nes de la R&#233;publique ont provoqu&#233; dans la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; de nombreux d&#233;bats. Nous esp&#233;rons que les articles qui se trouvent dans ce n&#176;1 permet tront de les enrichir avec un peu de recul. En effet, si ce sujet n'est pas sur le devant de la sc&#232;ne aujourd'hui, nous savons que la ques tion du racisme restera une question cl&#233; dans les mois qui viennent. Les d&#233;clarations de Sarkozy concernant l'immigration sont nous l'ont rappel&#233; encore r&#233;cemment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme le d&#233;veloppe l'article de Jean-Louis Marchetti, que nous publions cette question doit &#234;tre reli&#233;e avec l'internationalisme aujourd'hui, d'autant plus que nous sommes dans un pays dot&#233; d'une lourde histoire coloniale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La lib&#233;ration inconnue, de Maurice Rajsfus</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/La-liberation-inconnue-de-Maurice</link>
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		<dc:date>2009-09-05T15:40:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Angelini</dc:creator>


		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;cence de Chirac, Bush et Poutine qui ont tent&#233; d'appara&#238;tre le 5&#160;juin dernier comme les d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie, pour la comm&#233;moration du d&#233;barquement en Normandie, l'hypocrisie a gagn&#233; Paris, o&#249; Delano&#233; a f&#234;t&#233; &#224; grand renfort de gros budget et de publicit&#233; les 60 ans de la Lib&#233;ration de Paris et cela risque de continuer jusqu'au mois de mai prochain. Pour contrebalancer tout le discours dominant, la lecture du livre de Maurice Rajfus La lib&#233;ration inconnue, ne peut qu'&#234;tre salutaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L95xH150/arton25-e8827.jpg&#034; width='95' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;cence de Chirac, Bush et Poutine qui ont tent&#233; d'appara&#238;tre le 5&#160;juin dernier comme les d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie, pour la comm&#233;moration du d&#233;barquement en Normandie, l'hypocrisie a gagn&#233; Paris, o&#249; Delano&#233; a f&#234;t&#233; &#224; grand renfort de gros budget et de publicit&#233; les 60 ans de la Lib&#233;ration de Paris et cela risque de continuer jusqu'au mois de mai prochain. Pour contrebalancer tout le discours dominant, la lecture du livre de Maurice Rajfus La lib&#233;ration inconnue, ne peut qu'&#234;tre salutaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En premier lieu, il est important d'oublier l'id&#233;e qu'il existait en France une r&#233;sistance homog&#232;ne qui se battait contre les nazis. Non seulement, les r&#233;sistants sont peu nombreux avant la Lib&#233;ration (environ 200 000) mais en plus, ils ne poursuivent pas les m&#234;mes objectifs. C'est Yvan Craipeau qui expose le mieux la situation&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sous le drapeau tricolore des maquis, camoufl&#233; par le mot d'ordre de lib&#233;ration nationale, se m&#232;nent en r&#233;alit&#233;, trois guerres diff&#233;rentes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ainsi classifi&#233;es&#160;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Celle de la majorit&#233; des hommes du maquis, de la jeunesse, de nombre de militants du Parti communiste. Pour ceux-l&#224;, la Lib&#233;ration de la France sera en m&#234;me temps une lib&#233;ration sociale qui purgera le pays des exploiteurs, et ouvrira la voie au socialisme, comme semble le promettre du reste, le programme du Conseil national de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Celle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BCRA&lt;/span&gt;, des g&#233;n&#233;raux et de la bourgeoisie&#160;: le maquis est pour eux l'embryon de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, non seulement comme force d'intervention contre la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire contre les maquis r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Celle du Parti communiste&#160;: le maquis doit jouer un r&#244;le essentiel dans l'insurrection nationale qui remettra en place les organismes nationaux mais, en m&#234;me temps, permettre au Parti communiste d'y peser avec force.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De Gaulle, repr&#233;sentant de la bourgeoisie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la capitulation de P&#233;tain, De Gaulle, depuis Londres lance l'appel du 18&#160;juin. Celui-ci n'est pas un appel &#224; r&#233;sister. Il ne s'adresse d'ailleurs pas aux Fran&#231;ais de l'int&#233;rieur, mais &#224; ceux qui sont &#233;galement en exil. Il s'agit pour De Gaulle, qui refuse de voir la France dispara&#238;tre en tant que nation, d'un appel &#224; reconstituer une arm&#233;e. Il ne mentionne d'ailleurs jamais le nazisme en tant que tel, mais simplement la guerre contre l'Allemagne. Jusqu'&#224; la lib&#233;ration, De Gaulle a pour but de prouver &#224; la classe dominante aussi bien fran&#231;aise qu'am&#233;ricaine qu'il est le seul apte &#224; remettre un Etat en place. Pour cela, il cr&#233;e &#224; Londres le Bureau Central Renseignement et Action (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BCRA&lt;/span&gt;) dans lequel il n'h&#233;site pas &#224; s'entourer d'ex-croix de feu et cagoulards. Il travaille avec les services secrets britanniques et agit comme un r&#233;seau de contre-espionnage. Il a peu d'influence en France, mais son r&#244;le est d'&#233;viter que se d&#233;veloppe dans le pays, une r&#233;sistance populaire, qui pourrait ne pas vouloir rentrer dans le rang, une fois la guerre termin&#233;e. C'est ainsi qu'en d&#233;cembre 1941, Jean Moulin, ancien pr&#233;fet, est parachut&#233; en France. Sa mission est de convaincre toutes les instances de la r&#233;sistance int&#233;rieure que De Gaulle est le repr&#233;sentant de l'Etat, et que l'heure venue, il lui appartiendra de reprendre les r&#234;nes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des choses importantes est que les maquis soient tenus &#233;loign&#233;s des villes et de la r&#233;sistance urbaine. De m&#234;me, les petits maquis sont fortement incit&#233;s &#224; rejoindre des unit&#233;s plus grandes. En effet, les petits maquis fonctionnent souvent de mani&#232;re spontan&#233;e, parfois m&#234;me avec un esprit antimilitariste, et sont incontr&#244;lables. En revanche, dans les grands, existe l'embryon d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, avec lev&#233;e des couleurs, salut au drapeau etc. Cette politique &#224; &#233;t&#233; men&#233;e alors m&#234;me qu'elle a eu comme cons&#233;quence des massacres, comme dans le maquis du Vercors, o&#249; des milliers de r&#233;sistants ont &#233;t&#233; assi&#233;g&#233;s et ex&#233;cut&#233;s par les nazis sans &#234;tre secourus, ni m&#234;me recevoir des armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de la Lib&#233;ration, De Gaulle a pour obsession la continuit&#233; de l'Etat. Malgr&#233; la collaboration av&#233;r&#233;e de la police, de l'arm&#233;e et bien s&#251;r de tous les hauts fonctionnaires de l'Etat, il est impossible de r&#233;voquer tout ce monde sans causer un renversement du syst&#232;me. C'est pourquoi, lorsqu'il arrive &#224; Paris, il d&#233;daigne les centaines de milliers de personnes qui l'attendent &#224; l'H&#244;tel de ville et se rend &#224; la Pr&#233;fecture pour saluer la police parisienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, s'il est vrai que sentant le vent tourner, la police est rentr&#233;e en partie dans la lutte contre les Allemands le 19&#160;ao&#251;t, elle a &#233;t&#233; avant cette date l'alli&#233;e des troupes nazies, n'h&#233;sitant pas &#224; rafler les juifs et les r&#233;sistants. Les groupes mobiles de r&#233;serve qui sont pr&#232;s de 11 000, sont 3 150 &#224; &#234;tre r&#233;voqu&#233;s, alors que 63&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de leurs effectifs sont recycl&#233;s dans les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt;. Mais cela n'est pas vraiment &#233;tonnant lorsque l'on sait qu'une crapule comme Papon qui a envoy&#233; des Juifs dans les camps de concentration est rest&#233; en activit&#233; des ann&#233;es apr&#232;s la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le R&#244;le du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; paralys&#233; par le pacte germano-sovi&#233;tique. Ce n'est qu'en 1941, lorsque l'Allemagne a attaqu&#233; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;, que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; a commenc&#233; &#224; organiser la r&#233;sistance. Cependant, d&#232;s le d&#233;part, certains militants communistes n'ont pas suivi les directives de Moscou. Les communistes ont &#233;t&#233; les principaux organisateurs de la r&#233;sistance de l'int&#233;rieur et ils ont notamment fournis les rangs des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FTP&lt;/span&gt;, les francs tireurs partisans. Mais comme l'explique Cr&#233;peau, le but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; n'&#233;tait pas d'organiser une insurrection, mais bien de n&#233;gocier des places dans les institutions. Et De Gaulle trouve un v&#233;ritable alli&#233; en la personne de Thorez qui d&#233;clare &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Une seule police, une seule arm&#233;e, un seul &#201;tat&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Parti pour Moscou d&#232;s le d&#233;but de la guerre il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un d&#233;serteur. Ce n'est pas seulement pour pouvoir rentrer en France que Thorez n'a pas appel&#233; les militants &#224; renverser le syst&#232;me. Il suivait surtout les directives de Staline. L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; et les &#201;tats-unis s'&#233;taient partag&#233;s l'Europe, et la France ne faisait pas partie des annexions sovi&#233;tiques. Il n'&#233;tait donc pas question de remettre cela en cause. Depuis 1937, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; a suivi une &#233;volution li&#233;e &#224; la doctrine stalinienne du socialisme dans un seul pays, qui &#233;tait de plus en plus nationaliste. Alors qu'en 1935, Thorez proclamait, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;des soviets partout&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le m&#234;me d&#233;clarait en 1936 &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;le parti a associ&#233; l'Internationale et la Marseillaise et a r&#233;concili&#233; le drapeau tricolore et le drapeau rouge&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En 1937, il franchissait un pas raciste en souhaitant &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; la France aux Fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et en 1938, il d&#233;fendait l'empire colonial. Apr&#232;s s'&#234;tre red&#233;couvert internationaliste au d&#233;but de la guerre pour d&#233;fendre l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; contre la France au temps du pacte, il redevient patriote, d&#232;s que l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; est attaqu&#233;e. Et si pendant l'&#233;t&#233; 1940, L'Humanit&#233; pr&#244;nait la fraternisation avec les soldats allemands, le ton avait bien chang&#233; en ao&#251;t 1944. &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k407917h&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Le 22&#160;ao&#251;t&lt;/a&gt; la une &#233;tait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Mort aux boches et aux tra&#238;tres&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k407918w.image&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;le 23&lt;/a&gt;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Pas un boche ne doit sortir vivant de Paris insurg&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4079198.image&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;le 24&lt;/a&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#192; chaque Parisien son Boche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Lib&#233;ration a &#233;t&#233; une p&#233;riode propice pour les travailleurs. La bourgeoisie &#233;tait compl&#232;tement d&#233;savou&#233;e du fait de son r&#244;le de collabo. Une arm&#233;e populaire avait vu le jour, et une milice patriotique se d&#233;veloppait dans les usines. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; &#233;tait en position de mener les travailleurs &#224; l'insurrection. Mais cela ne correspondait pas aux plans de Staline. Et la direction du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; a pr&#233;f&#233;r&#233; n&#233;gocier des places dans le gouvernement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien avec Lo&#239;c wacquant</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/Entretien-avec-Loic-wacquant</link>
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		<dc:date>2006-07-01T10:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Angelini</dc:creator>


		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Banlieues</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi avoir &#233;crit un livre, Parias urbains, sur la diff&#233;rence entre les ghettos et les banlieues&#160;?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y ai &#233;t&#233; forc&#233; par le d&#233;bat qui a &#233;clat&#233; dans les ann&#233;es 1990 avec les premi&#232;res explosions dans les banlieues populaires. D&#232;s que ces &#233;meutes ont commenc&#233; &#224; se normaliser, &#224; se r&#233;p&#233;ter, est apparu un discours sur la ghetto&#239;sation, un discours import&#233; d'Am&#233;rique. On s'est mis &#224; parler de ces banlieues populaires, de la ceinture rouge, non pas comme d'endroits souffrant du ch&#244;mage, de pauvret&#233;, mais de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no04-juillet" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;04 &#8211; Juillet/septembre 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Racisme" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Precarite" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Banlieues" rel="tag"&gt;Banlieues&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avoir &#233;crit un livre, Parias urbains, sur la diff&#233;rence entre les ghettos et les banlieues&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'y ai &#233;t&#233; forc&#233; par le d&#233;bat qui a &#233;clat&#233; dans les ann&#233;es 1990 avec les premi&#232;res explosions dans les banlieues populaires. D&#232;s que ces &#233;meutes ont commenc&#233; &#224; se normaliser, &#224; se r&#233;p&#233;ter, est apparu un discours sur la ghetto&#239;sation, un discours import&#233; d'Am&#233;rique. On s'est mis &#224; parler de ces banlieues populaires, de la ceinture rouge, non pas comme d'endroits souffrant du ch&#244;mage, de pauvret&#233;, mais de l'&#233;mergence d'un syndrome am&#233;ricain selon un discours sur le ghetto plut&#244;t bas&#233; sur des images de romans, de la t&#233;l&#233;, de films d'actualit&#233;. On nous a pr&#233;sent&#233; ce qui se passe en France comme un processus de ghetto&#239;sation, une d&#233;rive vers l'Am&#233;rique. Il y avait une s&#233;rie d'articles, notamment de Touraine, expliquant que nous allions vers le ghetto.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque je menais une enqu&#234;te dans le ghetto noir am&#233;ricain sur sa transformation et j'ai &#233;t&#233; interpell&#233; par le discours fran&#231;ais qui d&#233;notait une m&#233;connaissance du ghetto am&#233;ricain et me paraissait amorcer une d&#233;rive vers un discours du territoire, du quartier, de l'ethnicit&#233; des populations, qui avait trait &#224; la d&#233;linquance, &#224; la violence. Il m'a sembl&#233; qu'il fallait v&#233;rifier s'il &#233;tait vrai. Devoir scientifique et civique, il me fallait apporter des &#233;l&#233;ments de connaissances de raisonnement pour avoir un d&#233;bat rationnel et pas un amalgame &#233;motionnel bas&#233; sur des images non contr&#244;l&#233;es. C'est pourquoi la premi&#232;re partie du livre est consacr&#233;e &#224; exposer ce qu'est le ghetto noir am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral en France, quand on parle du ghetto noir am&#233;ricain, on imagine des quartiers de mis&#232;re tr&#232;s violents. Des lieux de perdition urbaine, de s&#233;gr&#233;gation, de pauvret&#233;, de violence, de d&#233;gradation du b&#226;ti, de taudification. Or la ghetto&#239;sation recoupe en partie la s&#233;gr&#233;gation et la pauvret&#233;&#8230; mais n'est aucune de ces dynamiques. Historiquement les ghettos sont toujours des endroits s&#233;gr&#233;gu&#233;s mais tous les endroits s&#233;gr&#233;gu&#233;s ne sont pas des ghettos. Il se trouve que de nombreux ghettos sont des endroits de grande pauvret&#233; mais cette pauvret&#233; peut &#234;tre passag&#232;re, contingente&#8230; Apr&#232;s l'effondrement du ghetto am&#233;ricain dans les ann&#233;es 1960, il devient un lieu de grande pauvret&#233;, avec l'&#233;croulement de l'&#233;conomie l&#233;gale et donc l'&#233;mergence de l'&#233;conomie informelle et de la violence criminelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donc mon premier travail a &#233;t&#233; de d&#233;crire le ghetto noir am&#233;ricain et surtout de l'historiciser contre l'id&#233;e que le ghetto est toujours pareil, &#233;ternel. Le ghetto juif, par exemple &#233;merge pendant la Renaissance, dans l'Europe du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et se diffuse en Europe, et le ghetto noir am&#233;ricain en 1919, 1920 aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant les Noirs &#233;taient s&#233;gr&#233;gu&#233;s mais pas ghetto&#239;s&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'ils &#233;taient contraints de vivre dans une zone s&#233;par&#233;e mais n'avaient pas d&#233;velopp&#233; un poids d&#233;mographique suffisant et des institutions qui leur &#233;taient propres. Le ghetto, sur la base d'une population oblig&#233;e de vivre dans un territoire s&#233;par&#233; est contraint de d&#233;velopper ses propres institutions. Par les Juifs et pour les Juifs dans l'Europe de la Renaissance et par les Noirs pour les Noirs dans la ville industrielle des Etats-Unis en 1920 et 1960. On avait besoin de ces populations&#160;: les Juifs apportaient l'acc&#232;s au circuit bancaire puisqu'&#224; l'&#233;poque les catholiques ne pouvaient pas se lancer dans les m&#233;tiers de la finance. Ils &#233;taient bien plac&#233;s pour apporter au prince l'acc&#232;s aux biens de luxe et aux biens militaires. On acceptait les Juifs dans la ville, mais il ne fallait pas se m&#233;langer &#224; eux, puisqu'ils &#233;taient susceptibles d'apporter des maladies&#8230; on voit alors &#233;merger le ghetto, on les contraint &#224; r&#233;sider dans des quartiers qui leur sont propres et o&#249; ils vont d&#233;velopper des institutions, cultuelles, culturelles, &#233;conomiques, politiques, d'entraide&#8230; et cr&#233;er un ville parall&#232;le au sein de la ville.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ghetto &#233;merge aux Etats-Unis pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale qui met fin &#224; l'&#233;migration europ&#233;enne et n'am&#232;ne plus de force de travail dans la ville industrielle en croissance forte. On va chercher des bras dans les villes du sud et c'est le d&#233;but de la grande migration vers les villes industrielles du nord. Mais si on veut des bras, il n'est pas question de m&#233;lange dans la ville, dans la sph&#232;re intime puisque les Noirs sont consid&#233;r&#233;s comme vils et avilissant. Stigmate li&#233; &#224; l'esclavage. Il se d&#233;veloppe alors un m&#233;canisme qui permet d'exploiter cette population stigmatis&#233;e en la maintenant &#224; l'&#233;cart et les Noirs d&#233;veloppent cette ville dans la ville blanche avec ses propres commerces, ses propres loges ma&#231;onniques, ses propres r&#233;seaux d'entraide&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ghetto est un rapport de force entre deux groupes qui am&#232;ne le groupe dominant &#224; exclure le groupe subordonn&#233;, mais il devient l'incubateur d'une identit&#233; commune, alors que le groupe a des diff&#233;rences d'origine, de provenance. Il existe &#233;galement une communaut&#233; m&#233;tisse qui est contrainte de vivre avec ses fr&#232;res de couleurs dont elle devient l'&#233;lite. Ce n'est pas par hasard que dans les ann&#233;es 1920 appara&#238;t la premi&#232;re efflorescence de la culture noire aux Etats-Unis. Le ghetto est un vecteur de force pour le groupe subordonn&#233;. Cela se traduit par un peuplement homog&#232;ne, l'&#233;mergence d'une organisation identitaire. C'est l'apog&#233;e du ghetto dans les ann&#233;es 1940-1960.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1960 le ghetto se mobilise, c'est le mouvement des droits civiques qui demande d'avoir les droits politiques mais aussi de ne plus &#234;tre parqu&#233;s. Les transformations &#233;conomiques font que le ghetto cesse d'&#234;tre un r&#233;servoir de main d'&#339;uvre et perdant cette fonction &#233;conomique, il perd cette possibilit&#233; d'avoir son r&#233;seau d'institutions parall&#232;les car il ne dispose plus de pouvoir d'achat. L'acc&#232;s aux droits civiques pour les Noirs qui ont une position stable, permet l'&#233;mergence d'une petite bourgeoisie noire qui s'&#233;chappe du ghetto pour cr&#233;er des quartiers s&#233;par&#233;s, toujours s&#233;gr&#233;gu&#233;s mais &#224; la p&#233;riph&#233;rie du ghetto historique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le canevas d'institutions qui servait de bouclier au ghetto dispara&#238;t et donne naissance &#224; l'hyperghetto, dans lequel la fonction d'exclusion du ghetto devient non seulement pr&#233;dominante mais aussi exclusive. Il n'a plus la fonction de protection et il est doublement s&#233;gr&#233;gu&#233; en termes de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;races&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et de classes. Les institutions du groupe sont graduellement remplac&#233;es par les institutions de contr&#244;le de l'Etat, et ce n'est pas un hasard si la petite-bourgeoisie noire grandit pour 80&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans le secteur public. Les Noirs sont enseignants, policiers, gardiens de prison et juges et deviennent ainsi la main d'&#339;uvre de l'appareil d'Etat qui se sert de l'hyperghetto comme d'instrument de rel&#233;gation triplement d&#233;valoris&#233;, car sans valeur &#233;conomique. On n'a plus besoin de tant de main d'&#339;uvre non qualifi&#233;e et il y a un renouvellement de l'immigration mexicaine et asiatique plus corv&#233;able et plus docile que les Noirs am&#233;ricains qui revendiquent leur statut de citoyens. Cela se traduit par la grande migration des blancs de la ville vers les banlieues, les quartiers p&#233;riph&#233;riques o&#249; ils reproduisent un espace prot&#233;g&#233; en abandonnant la ville aux Noirs et en d&#233;pla&#231;ant le point de gravit&#233; politique du pays. 1968 est la derni&#232;re &#233;lection ou le Parti d&#233;mocrate a besoin de gagner les villes. Depuis, il peut gagner la pr&#233;sidence avec les seules banlieues et peut abandonner l'&#233;lectorat noir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France on confond le ghetto classique et l'hyperghetto. On dit telle banlieue est un ghetto car il y a de la criminalit&#233;. Mais dans l'hyperghetto la criminalit&#233; se d&#233;veloppe pour des raisons qui n'ont rien &#224; voir avec la ghetto&#239;sation en elle-m&#234;me. La mis&#232;re &#233;crasante, la pr&#233;carisation, le retrait de l'&#233;conomie formelle font que pour vivre il faut avoir recours &#224; l'&#233;conomie de rapine, de la rue. L'hyperghetto n'est pas le r&#233;sultat d'un mouvement in&#233;luctable. On parle aux &#201;tats-Unis du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;special mismatch&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le d&#233;calage entre l'endroit o&#249; sont les Noirs et celui o&#249; sont les emplois, mais on oublie de dire que les Noirs sont toujours all&#233;s o&#249; il y avait du travail. Si les Noirs ne vont pas dans les banlieues c'est qu'on ne les y embauche pas, le syst&#232;me de transport public ne leur permet pas de se d&#233;placer et c'est une population marginalis&#233;e par les politiques publiques. Loin des th&#233;ories naturalisantes ou des th&#233;ories du d&#233;calage de qualification &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;skill mismatch&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est l'&#201;tat am&#233;ricain qui par ses politiques urbaine, &#233;conomique, de d&#233;r&#233;gulation du march&#233; du travail sans compensation, de la d&#233;sindustrialisation et sa politique de retrait du social, a cr&#233;&#233; ce d&#233;sastre historique qu'est l'hyperghetto.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'infrastructure qui s'effondre est le r&#233;sultat d'une politique d&#233;lib&#233;r&#233;e consistant &#224; concentrer ces populations dans les quartiers pour redonner de la valeur &#233;conomique aux autres quartiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qu'on voit souvent comme des probl&#232;mes de quartier est une traduction des politiques publiques. On croit qu'aux Etats-Unis, l'Etat est faible, mais on voit que ce ghetto est le produit des politiques publiques de l'Etat am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on compare avec la France, il faut passer en revue les parall&#232;les et les diff&#233;rences. En France, les territoires populaires ont toujours re&#231;u une population immigr&#233;e forte, mais ces quartiers &#233;taient marqu&#233;s par une tr&#232;s forte p&#233;n&#233;tration du milieu du travail, le salariat fordiste stable, les institutions municipales de quartier. En enlevant le salariat stable, c'est-&#224;-dire, non seulement avec le ch&#244;mage mais aussi la pr&#233;carit&#233;, qui sont deux dynamiques connexes mais qui ont leurs caract&#233;ristiques propres, dans ces quartiers se sont concentr&#233;es la d&#233;prol&#233;tarisation et la pr&#233;carisation de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces quartiers avaient &#233;t&#233; construits dans la ann&#233;es 1960 selon la politique de l'&#201;tat, par les grandes concentration d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;HLM&lt;/span&gt; qui devaient durer 30 ans. Les ann&#233;es 1990, sont le moment o&#249; cet habitat arrivait &#224; la fin de sa vie planifi&#233;e. Mais entre temps, l'Etat ne s'est pas occup&#233; de savoir que faire de la vague ouvri&#232;re suivante. Au contraire dans les ann&#233;es 1970, il a r&#233;orient&#233; sa politique du logement, de l'aide &#224; la pierre vers l'aide &#224; la personne. Or l'aide &#224; la personne a aid&#233; les famille en mobilit&#233; sociale et spatiale &#224; quitter l'habitat &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;HLM&lt;/span&gt; pour aller dans un habitat pavillonnaire et il y a eu une sorte d'&#233;cr&#233;mage qui a vid&#233; l'habitat social des familles des classes moyennes et m&#234;me de l'aristocratie ouvri&#232;re qui est all&#233;e vivre dans les pavillons juste &#224; c&#244;t&#233;, recr&#233;ant l'opposition pavillon contre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;HLM&lt;/span&gt;.&#160;C'est donc les politiques &#233;tatiques qui en accompagnant sans la compenser la d&#233;sindustrialisation et en organisant la d&#233;r&#233;gulation du travail ont assis le ch&#244;mage de masse dans ces quartiers-l&#224; et la pr&#233;carit&#233; du travail comme horizon pour les jeunes des classes populaires qui n'ont pas de qualification. Dans les ann&#233;es 1970, les travailleurs immigr&#233;s &#233;taient beaucoup plus s&#233;gr&#233;gu&#233;s qu'aujourd'hui. Ils vivaient dans des cit&#233;s de transit, dans des bidonvilles et des foyers Sonacotra. Il n'y avait pas de m&#233;lange ni social ni ethnique et il y avait cr&#233;ation d'un r&#233;seau parall&#232;le pour ce groupe enferm&#233; sauf pour le travail &#224; l'ext&#233;rieur. Ils &#233;taient invisibles, sur leurs chantiers dans la journ&#233;e, et le soir ils devaient dispara&#238;tre dans les foyers Sonacotra. Un peu comme les Juifs de la Renaissance europ&#233;enne qui avaient le droit de sortir du ghetto dans la journ&#233;e et devaient retourner &#224; la nuit tomb&#233;e dans le ghetto dont on fermait les portes. S'ils &#233;taient pris &#224; l'ext&#233;rieur, ils &#233;taient soumis &#224; des ch&#226;timents corporels tr&#232;s violents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette population est rentr&#233;e dans l'habitat populaire au moment o&#249; il se d&#233;gradait et au moment o&#249; il concentrait la population ouvri&#232;re en d&#233;clin, soumise au ch&#244;mage de masse et &#224; la pr&#233;carit&#233;, et donc dans un contexte o&#249; les ressources collectives allaient s'amenuisant. Il est donc normal que les tensions x&#233;nophobes apparaissent dans ces ann&#233;es-l&#224;, puisque l'int&#233;gration &#224; la classe ouvri&#232;re ne pouvait plus se faire. Le sas pour entrer dans la francit&#233; ne marchait pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980 et 1990, on entre dans une phase o&#249; les &#233;trangers deviennent fran&#231;ais par l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole aux services sociaux, &#224; l'h&#244;pital aux quartiers, par le m&#233;lange dans l'espace&#8230; paradoxalement, au moment o&#249; l'int&#233;gration des &#233;trangers d'origine post-coloniale, commence &#224; se faire par les institutions de la vie quotidienne, par le fameux mod&#232;le d'int&#233;gration &#224; la fran&#231;aise, o&#249; la sociologie de l'int&#233;gration s'aligne sur l'id&#233;ologie de l'int&#233;gration, on nous parle de panne de l'int&#233;gration, parce que ce discours sert &#224; masquer le ch&#244;mage de masse, la pr&#233;carit&#233; salariale et, en fait, la d&#233;composition de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les hommes politiques avaient int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;velopper les th&#232;mes urbains, de la ville&#8230; etc. qui permettent de ne pas parler du ch&#244;mage de masse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, on parle de deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration d'&#233;trangers ce qui est une aberration puisque &#224; la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, on est fran&#231;ais. Mais on est toujours trait&#233; comme un &#233;tranger. Cela permet de ne pas parler de la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration du ch&#244;mage de masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, les quartiers populaires son caract&#233;ris&#233;s par une grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de classes, car il y vit aussi une partie de l'aristocratie ouvri&#232;re et m&#234;me des classes moyennes ou des famille bourgeoises. &#192; Ivry, par exemple, il y a 70&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'habitat social mais aussi des classes moyennes et m&#234;me une bourgeoisie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les banlieues sont diverses &#233;galement dans leur composition ethnique, ce qui les s&#233;pare du ghetto noir am&#233;ricain qui est 100&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% noir et qui a vocation &#224; enfermer la totalit&#233; du groupe. Or en France en 1970, pour prendre l'exemple de la Courneuve, il y avait 25 nationalit&#233;s, dans les ann&#233;es 1990, 30 &#224; 40, et aujourd'hui les gens disent qu'il y en a 87. Les origines sont de plus en plus diverses, sans aucun groupe qui domine, ce qui ne cr&#233;e pas d'identit&#233; culturelle commune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des concentrations de ces familles mais cela ne repr&#233;sente pas l'ensemble de ces populations. Elles deviennent de plus en plus h&#233;t&#233;rog&#232;nes et n'enferment pas les gens de fa&#231;on permanente, et d&#232;s que les gens r&#233;ussissent et acqui&#232;rent le capital &#233;conomique ou culturel pour quitter ce quartier, ils partent dans une zone pavillonnaire, sur Paris ou dans une cit&#233; moins d&#233;grad&#233;e. Ces populations ont une mobilit&#233; g&#233;ographique qui accompagne leur mobilit&#233; dans l'&#233;chelle des classes. La bourgeoisie noire ne peut s'&#233;chapper du ghetto et elle se d&#233;veloppe pour servir la population ouvri&#232;re du ghetto.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de ph&#233;nom&#232;ne de ghetto&#239;sation en France. Par exemple, il n'y a pas d'identit&#233; culturelle commune. Le cas de la Courneuve le montre&#160;: depuis 20 ans la ville a donn&#233; un terrain pour construire une mosqu&#233;e mais les diff&#233;rentes populations n'arrivent pas &#224; s'entendre sur qui la contr&#244;lera. Les Turcs, les Tamouls, les Alg&#233;riens, chacun veut sa mosqu&#233;e. Par rapport &#224; ceux qui demandent si l'islam pourrait devenir cette identit&#233; commune, on voit bien que ce n'est pas le cas. Ce n'est pas l'&#233;quivalent de l'identit&#233; noire aux Etats-Unis. Il n'y a pas, en France, de quartiers bourgeois ou petit-bourgeois &#224; tonalit&#233; maghr&#233;bine ou noire qui marqueraient un ghetto. On ne peut que dire que les banlieues ouvri&#232;res en d&#233;clin sont un anti-ghetto car elles n'ont pas d'institutions par le groupe ou pour le groupe. Ces populations avaient leur organisations propres marqu&#233;es par la triade travail salari&#233; stable, syndicat, organisations du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt; qui offraient une pl&#233;thores d'organisations pour les femmes, les enfants, les vacances. Ces institutions de classe, par la classe et pour la classe ont &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;es et n'ont pas &#233;t&#233; remplac&#233;es par d'autres institutions par le groupe et pour le groupe, car le groupe n'existe pas. Mais il existe des trajectoires diff&#233;rentes, incapables de g&#233;n&#233;rer des institutions propres prot&#233;geant ces populations, servant de bouclier protecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on dit que la France va vers la ghetto&#239;sation c'est un cri d'alerte, alors que le ghetto noir &#233;tait mieux dans sa forme classique. On confond avec l'hyperghetto. Pendant les phases de prosp&#233;rit&#233; industrielle am&#233;ricaine, le ghetto de Chicago contenait la plus grande bourgeoisie noire de l'&#233;poque, le ghetto de Harlem a &#233;t&#233; le berceau des grandes productions culturelles, politiques &#233;conomiques noires, de l'&#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les choses vont mal, il y a une dynamique de rel&#233;gation de marginalisation, de d&#233;gradation du b&#226;ti, l'apparition de l'&#233;conomie ill&#233;gale mais pas une ghetto&#239;sation. Pour avoir des politiques justes et efficaces, il faut avoir un diagnostic juste et efficace. Le discours sur la ghetto&#239;sation a servi &#224; emp&#234;cher les politiques justes, c'est un paravent. Dans les ann&#233;es 1980, la gauche &#233;tait au pouvoir et menait une politique &#233;conomique qui acc&#233;l&#233;rait cette dynamique de d&#233;composition de ce territoire ouvrier, leur base &#233;lectorale. En 1988, on a cr&#233;&#233; le minist&#232;re de la Ville, en disant qu'il s'agissait d'un probl&#232;me de ville, d'immigration, d'int&#233;gration plut&#244;t que d'un probl&#232;me social, de ch&#244;mage de masse, de d&#233;structuration du salariat&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On raisonne toujours en moyenne nationale et on parle de 10&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de ch&#244;mage. Mais pour ces quartiers c'est 40&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et pour les jeunes de 18 &#224; 35 ans, on est pass&#233; de 40&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans les ann&#233;es 1990 &#224; 65&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% aujourd'hui. Pour les deux tiers la norme est d'&#234;tre sans emploi ou avec des contrats pr&#233;caires. Comme &#231;a ne frappe que ces populations l&#224;, on parle de solutions &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;urbaines&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous opposez dans le livre salariat et pr&#233;cariat et &#233;crivez qu'il faut relativiser la notion de classe. Quand vous parlez de marginalit&#233; avanc&#233;e, vous expliquez qu'il s'agit d'une marginalit&#233; structurelle, engendr&#233;e par le nouveau stade du capitalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette marginalit&#233; n'est pas un reliquat, n'est pas transitoire, c'est un ph&#233;nom&#232;ne structurel qui va aller croissant et quand on parle d'&#233;meutes de banlieues, on n'a encore rien vu&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#199;a va continuer, s'amplifier, se durcir et on va aussi durcir les r&#233;ponses p&#233;nales. On va enclencher une dynamique de conflits urbains tr&#232;s durs, entre la jeunesse, la police, les repr&#233;sentants de l'&#201;tat&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une nouvelle forme du capitalisme, marqu&#233;e par la fragmentation du salariat. On est dans un phase o&#249; la classe ouvri&#232;re de l'&#232;re fordiste industrielle, de 1880 &#224; 1980, est en d&#233;composition. Les couches les plus basses sont cass&#233;es en morceaux, atomis&#233;es et on assiste &#224; l'&#233;mergence d'un nouveau prol&#233;tariat urbain, li&#233; aux nouvelles conditions salariales. Ce qu'on appelle le salariat d&#233;socialis&#233;, le salariat &#224; configuration variable, flexible, &#224; temps partiel avec toute sorte d'horaires, avec des contrats courts. Le salariat n'est plus un facteur de coh&#233;sion sociale, qui cr&#233;e une communaut&#233; de destin pour ceux qui y entrent. C'&#233;tait une protection contre la pauvret&#233; qui reconduisait la famille patriarcale nucl&#233;aire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui cette famille patriarcale nucl&#233;aire se d&#233;fait, les rapports entre les &#226;ges ont chang&#233;, se sont restructur&#233;s et cela aggrave le d&#233;sarroi. L'organisation du salariat dans les soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es se caract&#233;risait par une tr&#232;s forte division du travail entre les sexes et une forte rigidit&#233; des rapports entre les sexes et les cat&#233;gories d'&#226;ges. Ces familles-l&#224; ont &#233;t&#233; secou&#233;es par la transformation des rapports de genres et entre les &#226;ges, qui a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e par le passage de tous par l'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les trois choses se sont d&#233;faites en m&#234;me temps. Le salariat pr&#233;caire g&#233;n&#232;re un prol&#233;tariat structurellement instable qui est difficile &#224; mobiliser, &#224; agr&#233;ger parce que les trajectoires, les statuts, les avenirs des uns et des autres sont divers. Dans une m&#234;me entreprise les gens ont des contrats diff&#233;rents. Ils ont les m&#234;mes patrons, les m&#234;mes horaires les m&#234;mes activit&#233;s mais l'un est en &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CDI&lt;/span&gt;, l'autre en &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CDD&lt;/span&gt;, ou en contrat aid&#233; et le 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; en stage non pay&#233;&#8230; ils n'ont plus de communaut&#233; de destin. L'analyse de classe n'est pas caduque, au contraire, mais il faut la renouveler pour comprendre tout le mouvement de d&#233;composition de la classe ouvri&#232;re fordiste, compacte, qu'on a connu pendant un si&#232;cle et l'&#233;mergence de ce nouveau prol&#233;tariat, plus &#233;duqu&#233;. La fragmentation des conditions et des statuts, fait qu'il n'existe pas de force objective qui les unifie. Il faut d'autant plus faire un travail politique, culturel pour que les gens voient qu'ils ont quelque chose en commun. En &#233;tant plus &#233;duqu&#233;e la classe ouvri&#232;re n'a plus le m&#234;me rapport avec le parti ou le syndicat &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;instituteur&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais elle d&#233;veloppe ses propres repr&#233;sentations. Il y a aussi une tr&#232;s forte pr&#233;sence des jeunes issus de l'immigration qui sont tr&#232;s actifs, tr&#232;s revendicatifs et une nouvelle classe &#233;merge. Elle n'est plus dans le m&#234;me mode de reproduction o&#249; le p&#232;re amenait son fils et la m&#232;re sa fille, &#224; l'usine. Maintenant tout le monde passe par l'&#233;cole. C'est un mode de reproduction dans le cadre scolaire, comme l'a analys&#233; Bourdieu pour les classes sup&#233;rieures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les outils politiques et syndicaux dont on a h&#233;rit&#233; pour faire comprendre &#224; la classe ouvri&#232;re sa situation commune sont issus du salariat fordiste. J'emploie le terme pr&#233;cariat avec pr&#233;caution, je le compare au prol&#233;tariat plus qu'au salariat. Pour le mobiliser il y a une difficult&#233; particuli&#232;re, puisqu'il s'agit d'un groupe dont chacun veut sortir. Il faut arriver &#224; faire le groupe pour le d&#233;faire. C'est aussi la fin de la dignit&#233; du travail manuel, du fait de la reproduction scolaire valorisant la culture de l'&#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration actuelle a vu ses parents mis au rebut par la politique de d&#233;sindustrialisation et le ch&#244;mage de masse. Les enfants issus de l'immigration et notamment de l'immigration maghr&#233;bine, ont vu leurs parents exploit&#233;s dans des conditions atroces que n'aurait pas accept&#233;es la classe ouvri&#232;re autochtone, et ils ont &#233;t&#233; les premiers touch&#233;s par le ch&#244;mage, jet&#233;s quand il n'y a plus eu besoin de leur force de travail. Le rejet est encore plus fort. Il n'y a pas de p&#244;le symbolique qui serait la fiert&#233; commune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand dans les ann&#233;es 1980, les jeunes issus de l'immigration ont renvers&#233; le stigmate colonial, pour revendiquer leur pleine place dans la R&#233;publique avec la Marche pour l'&#233;galit&#233;, on aurait pu commencer &#224; construire les institutions politiques, les m&#233;diations pour arriver &#224; reconnecter ces populations rel&#233;gu&#233;es dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques et cr&#233;er l'appareillage symbolique qui leur donnerait une repr&#233;sentation politique dans l'espace public. Or maintenant, il reste des associations qui sont limit&#233;es &#224; la luttes contre les discriminations dans les quartiers et les partis de la gauche non gouvernementale, qui pour cette raison, sont pouss&#233;s en dehors du d&#233;bat officiel qui vise &#224; emp&#234;cher que ces questions soient pos&#233;es. Tous les discours sur la ghetto&#239;sation, l'ethnicit&#233;, la diversit&#233;, la d&#233;linquance participent de la m&#234;me n&#233;buleuse dont l'objet est de bloquer &#224; tout prix la nouvelle question sociale du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XXI&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui est la fragmentation du salariat et ses effets ramificateurs sur la vie familiale et personnelle. On nous dit &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;on comprend que le ch&#244;mage est un probl&#232;me, mais on va d'abord s'occuper de la d&#233;linquance&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de responsabilit&#233; de l'&#201;tat dans cette d&#233;gradation mais en m&#234;me temps, vous dites que l'&#201;tat est la solution. Ne pensez-vous pas que c'est une contradiction&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que l'&#201;tat ne peut qu'aggraver cette pr&#233;carisation&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'&#201;tat qui produit les in&#233;galit&#233;s, c'est &#224; lui de les r&#233;duire pour cr&#233;er des nouveaux droits. Pour moi en d&#233;connectant la subsistance des revenus du travail et en donnant un revenu universel cela ferait de l'&#201;tat un vecteur de resolidarisation. Il faut donner l'acc&#232;s aux biens de bases&#160;: sant&#233;, &#233;ducation formation tout au long de la vie comme le demandent certains syndicats.. qui peut l'organiser en dehors de l'Etat&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'Etat est l'&#233;manation de la collectivit&#233; quand il se donne les moyens d'aider tout le monde. C'est aussi, bien s&#251;r un vecteur de domination, mais c'est une entit&#233; ambigu&#235;. Il faut arriver &#224; s'en servir contre l'Etat lui-m&#234;me, le march&#233;, les lois du march&#233; par la r&#233;gulation sociale et les lois. Sinon on en est r&#233;duit &#224; faire des petits correctifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; tout, il existe aujourd'hui une prise en compte des diff&#233;rences dans le salariat et les syndicats montrent parfois une volont&#233; d'agir pour les pr&#233;caires, comme dans les chantiers navals avec les sous-traitants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut aider &#224; g&#233;n&#233;rer toute organisation qui peuvent f&#233;d&#233;rer au niveau national et international. Il faut g&#233;n&#233;rer une coop&#233;ration &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne. Mais le levier principal est l'Etat national qui reste tr&#232;s fort malgr&#233; ce que l'on dit. Les &#233;lites se servent du discours sur l'int&#233;gration europ&#233;enne pour ne pas se servir des espaces de libert&#233; dont les Etats nationaux disposent pour aider &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s et la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans Les prisons de la mis&#232;re vous faisiez la d&#233;monstration que la p&#233;nalisation avait pour but d'obliger la classe ouvri&#232;re &#224; accepter la pr&#233;carit&#233;. Vous parliez &#224; l'&#233;poque d'une diff&#233;rence entre les Etats-Unis et la France. Aujourd'hui avec des gens comme Sarkozy, n'avez-vous pas le sentiment que cette diff&#233;rence se r&#233;duit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;rive vers le s&#233;curitaire est &#233;vidente. Cela consiste &#224; g&#233;n&#233;raliser la r&#233;ponse p&#233;nale, &#224; tricoter des collaborations entre les services sociaux et la police, entre l'&#233;cole et la police et l'h&#244;pital et la police. Cela ne se fait pas &#224; partir de la demande sociale mais sur des crit&#232;res policiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, on reste dans un sch&#233;ma europ&#233;en. L'&#201;tat social est beaucoup plus fort en France, il y a des r&#233;sistances et m&#234;me du point de vue de l'appareil policier, il n'accepterait pas certaines missions. De plus, il n'y a pas une population cible qui puisse &#234;tre le terrain pour l'exp&#233;rimentation. Le ghetto noir a subi une r&#233;pression qui s'est traduite pas un enfermement de masse qui a mis fin aux &#233;meutes des ann&#233;es 1960. La bonne nouvelle de novembre est que la jeunesse en France n'est pas pr&#234;te &#224; accepter son statut de citoyen de seconde classe et pr&#233;f&#232;re aller &#224; l'affrontement. Il y a aussi que la r&#233;gulation du march&#233; de travail est rest&#233;e plus forte, le processus de pr&#233;carisation est moins avanc&#233; et les capacit&#233;s de r&#233;sistance sont encore fortes. Aux &#201;tats-Unis, il &#233;tait difficile d'expliquer le mouvement autour du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt; car l&#224;-bas, les employ&#233;s non qualifi&#233;s sont licenciables en une minute, donc les gens ont moins de capacit&#233; de r&#233;sistance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis 2002, il y a &#224; la fois une aggravation du discours s&#233;curitaire mais aussi du mouvement de r&#233;sistance et je pense que les gens vont comprendre le discours s&#233;curitaire comme un &#233;cran pour ne pas traiter les probl&#232;mes de fond.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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