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	<title>Revue Que Faire ?</title>
	<link>http://quefaire.lautre.net/</link>
	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Jeunesses, r&#233;sistances et alternatives</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/Jeunesses-resistances-et</link>
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		<dc:date>2009-09-25T08:38:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dani&#232;le Obono</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Jeunesse</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il faut du temps, des ann&#233;es, pour accepter le monde comme il est. Il en faut aussi beaucoup pour accepter de l'accepter. C'est ce qui explique le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant de la jeunesse dans tous les mouvements sociaux. Cela vaut pour les Sans-culottes de la R&#233;volution fran&#231;aise comme pour les jeunes Palestiniens de la premi&#232;re Intifada&#160;; pour les premiers r&#233;volutionnaires russes comme pour les jeunes fondateurs des partis communistes au d&#233;but des ann&#233;es 20...&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela vaut pour les Tutte Bianche de G&#234;nes en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no05-novembre-2006" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;05 - Novembre 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Jeunesse" rel="tag"&gt;Jeunesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il faut du temps, des ann&#233;es, pour accepter le monde comme il est. Il en faut aussi beaucoup pour accepter de l'accepter. C'est ce qui explique le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant de la jeunesse dans tous les mouvements sociaux. Cela vaut pour les Sans-culottes de la R&#233;volution fran&#231;aise comme pour les jeunes Palestiniens de la premi&#232;re Intifada&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour les premiers r&#233;volutionnaires russes comme pour les jeunes fondateurs des partis communistes au d&#233;but des ann&#233;es 20...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela vaut pour les Tutte Bianche de G&#234;nes en 2001, les jeunes Noirs du Watts en 1967 comme pour les lascars des banlieues fran&#231;aises en 2005&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour les &#233;tudiants de mai 1968 comme pour ceux des ann&#233;es 2000, en Italie, en France et en Gr&#232;ce&#8230;Pour autant, il n'y a rien d'automatique dans tout cela. La jeunesse n'est pas en soi et &#224; aucun moment ni r&#233;actionnaire ni r&#233;volutionnaire dans son ensemble. Ce sont seulement certaines de ces parties qui le sont &#224; certains moments. Les &#233;tudiants r&#233;actionnaires du d&#233;but du 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avaient le m&#234;me &#226;ge que les jeunes travailleurs inspir&#233;s par la r&#233;volution russe. Aujourd'hui, en ce d&#233;but du 21&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, dans quelle direction le potentiel explosif de la jeunesse va-t-il se concr&#233;tiser&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La p&#233;riode actuelle est marqu&#233;e par deux dynamiques contradictoires. D'une part la crise du capitalisme pousse la classe dirigeante &#224; mener une offensive imp&#233;rialiste brutale et sanguinaire (n&#233;o-lib&#233;ralisme agressif, guerres et r&#233;action conservatrice). Mais ces politiques suscitent de plus en plus de r&#233;sistances &#224; l'&#233;chelle de masse. De plus en plus clairement le monde se retrouve confront&#233; &#224; l'alternative &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;socialisme ou barbarie&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Dans le m&#234;me temps, avec la perte d'h&#233;g&#233;monie des directions r&#233;formistes (sociale-d&#233;mocrates et staliniennes) sur un mouvement ouvrier lui-m&#234;me en pleine recomposition, de r&#233;elles perspectives de reconstruction du rapport de force en faveur des opprim&#233;s et des exploit&#233;s existent bel et bien. L'avenir de la lutte des classes d&#233;pendra des opportunit&#233;s que saura saisir et des initiatives que saura prendre l'un ou l'autre camp&#8230; Et dans cette situation, la jeunesse peut &#234;tre amen&#233;e &#224; jouer un r&#244;le majeur dans le rapport de force social et politique. Elle a ainsi &#233;t&#233; en pointe des r&#233;sistances de ces derni&#232;res ann&#233;es, des luttes antifascistes aux mobilisations altermondialistes, anti-guerres et antilib&#233;rales. Si donc elle &#234;tre la flamme des r&#233;volutions &#224; venir, il importe de comprendre pourquoi et comment mettre enfin le feu aux poudres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La jeunesse, quelle &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;jeunesse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Car pour commencer ce qu'on appelle la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;jeunesse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est loin d'&#234;tre une donn&#233;e du r&#233;el simple et &#233;vidente. Il existe diff&#233;rentes mani&#232;res d'aborder la question de la jeunesse, et &#224; chaque fois des &#233;cueils &#224; &#233;viter. Ainsi dans les ann&#233;es 1950 par exemple c'est une approche purement m&#233;dicale et psychologique qui avait le quasi monopole dans l'analyse de la jeunesse d&#233;finie comme une p&#233;riode de maturation psychologique conduisant &#224; l'&#226;ge adulte. Une autre approche, de type essentialiste, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;c&lt;i&gt;onf&#232;re &#224; la jeunesse une nature &#233;ternelle, que celle-ci soit psychologique ou morale, tendant &#224; en faire une cat&#233;gorie a-historique et a-sociale dont les comportements sont fix&#233;s une fois pour toute&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, Les jeunes, Paris, Editions La D&#233;couverte, 5e &#233;dition, 1999, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le probl&#232;me, si l'on s'en tient &#224; ce type d'approches c'est de tomber dans une vision r&#233;ductionniste et une interpr&#233;tation politique m&#233;caniste de la jeunesse. C'est ce que d&#233;nonce par exemple Katherine Ross dans son &#233;tude sur la m&#233;moire de mai 1968&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Edgar Morin, &#224; qui l'on attribue souvent l'origine de l'interpr&#233;tation de 68 comme une r&#233;volte de jeunes, et, par l&#224; m&#234;me, la d&#233;fense du d&#233;terminisme et du dynamisme d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;classe d'&#226;ge&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tenta &#224; cette fin de donner une nouvelle impulsion &#224; l'id&#233;e de cohorte d'&#226;ge en tant qu'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant en postulant la formation d'une nouvelle classe d'&#226;ge qui ne correspondait pas aux vieilles manifestations traditionnelles. Il est proche en cela des remarques d&#233;politisantes d'un autre sociologue, Raymond Aron, qui voyait en 68 la pure expression d'une frustration socio-hormonale, une convulsion biologique&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nous sommes en pr&#233;sence d'un ph&#233;nom&#232;ne biologique autant que social.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Or, en 1968 &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les militants refus&#232;rent de se voir sous ce jour, r&#233;sistant aux tentatives d'identification avec n'importe quelle fonction unique, que ce soit &#233;tudiant ou consommateur, ou, pire encore peut-&#234;tre, le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cher t&#233;l&#233;spectateur&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la t&#233;l&#233;vision gaulliste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elle explique aussi bien comment &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Mannheim pensait que le concept de g&#233;n&#233;ration constituait une bonne alternative aux classes pour d&#233;finir socialement les individus. Peut-&#234;tre est-ce la raison pour laquelle des cat&#233;gories comme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;jeunesse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;g&#233;n&#233;ration&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; devinrent si utiles en tant que cat&#233;gories de marketing ou &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;niches&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sociales localisables (la g&#233;n&#233;ration Pepsi, le march&#233; de la jeunesse) pouvant &#234;tre cibl&#233;es par le matraquage de la publicit&#233; et des m&#233;dias.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Selon elle, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;duire Mai 68 &#224; un acteur sociobiologique, la jeunesse, confirme une fois de plus une d&#233;finition naturaliste de la politique et du conflit en parfait d&#233;saccord avec le mouvement de Mai&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un d&#233;terminisme qui donne naissance &#224; une politique qui abolit la politique.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Katherine Ross, Mai 1968 et ses vies ult&#233;rieures, Paris, &#201;ditions Complexe, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La jeunesse ne peut donc pas &#234;tre appr&#233;hend&#233;e comme une donn&#233;e a priori. Pour pouvoir penser de mani&#232;re constructive ce ph&#233;nom&#232;ne il est n&#233;cessaire de l'envisager dans une perspective plus large historiquement. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) la jeunesse, au sens sociologique du terme, n'[a] pas toujours exist&#233;. Elle ne prend en effet une certaine consistance sociale qu'&#224; partir du moment o&#249; se prolongent ces temps de passage qui d&#233;finissent une position sociale incertaine. (&#8230;) la jeunesse n'est pas de tous les temps, elle est une invention sociale, historiquement situ&#233;e, dont les conditions de d&#233;finition &#233;voluent avec la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, op. cit., p.5.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;tape temporaire, transitoire et pr&#233;caire de l'existence, mais qui marque fondamentalement le devenir de l'&#234;tre social et politique, la jeunesse d&#233;finit donc autant une classe d'&#226;ge (biologique et physiologique) qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;cat&#233;gorie sociale&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; particuli&#232;re. Cette cat&#233;gorie sociale n'a pas toujours exist&#233; ni signifi&#233; la m&#234;me chose en tout temps et en tout lieu&#160;: Comme l'explique par exemple Olivier Galland, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la notion de jeunesse s'est construite socialement, et la d&#233;couverte puis la promotion de la jeunesse ne sont pas si anciennes qu'on le croit souvent. La promotion de l'enfance, puis de l'adolescence est le fait de la bourgeoisie ais&#233;e qui, &#224; partir du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, modifie progressivement son attitude &#224; l'&#233;gard de sa descendance. L'illustration la plus frappante en est la baisse de la f&#233;condit&#233; qui permet aux parents de porter une attention plus grande &#224; leurs enfants et &#224; leur &#233;ducation. Ceux-ci apparaissent d&#232;s lors de plus en plus &#8211; en m&#234;me temps que triomphe, avec la R&#233;volution, l'id&#233;e d'&#233;galit&#233; de tous &#224; la naissance &#8211; comme des vecteurs du maintien du statut ou de la promotion sociale de la famille toute enti&#232;re. C'est ainsi que l'&#233;ducation extra-familiale, visant &#224; assurer la r&#233;ussite de l'&#233;tablissement professionnel et social, s'impose progressivement et finit par conf&#233;rer un cadre social &#224; un nouvel &#226;ge de la vie&#160;: l'adolescence.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p. 6.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit ici comment l'invention de la &#8216;jeunesse', et plus largement l'identification, la place et le r&#244;le de cette &#8216;nouvelle' cat&#233;gorie au sein de la soci&#233;t&#233;, est li&#233;e au d&#233;veloppement des forces productives et aux n&#233;cessit&#233;s politiques et id&#233;ologiques que ce d&#233;veloppement particulier (capitaliste) a induit, m&#234;me si ce ne fut pas sans contradictions, et sans diff&#233;renciation selon les secteurs. Elle est la traduction, au niveau de la superstructure id&#233;ologique, de l'&#233;mergence de la bourgeoisie comme classe dirigeante dont les id&#233;es vont peu &#224; peu dominer la soci&#233;t&#233;. En effet &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;.) l'insertion &#233;conomique de la bourgeoisie ne requiert pas au m&#234;me titre que l'&#233;conomie nobiliaire et paysanne ces transmissions patrimoniales attach&#233;es &#224; la terre et &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;maison&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui maintiennent l'enfant dans un &#233;tat de d&#233;pendance totale &#224; l'&#233;gard de l'&#233;conomie familiale. D'une certaine mani&#232;re donc, la d&#233;couverte de l'enfance correspond &#224; l'extension de l'&#233;conomie marchande o&#249; chacun doit &#234;tre libre d'aller o&#249; il veut, et de vendre son travail au prix de ses capacit&#233;s. L'enfant cesse d'&#234;tre le maillon d'une cha&#238;ne familiale attach&#233;e de mani&#232;re intangible &#224; son patrimoine, il est de plus en plus un &#234;tre &#224; former, libre de se lancer dans la vie pour r&#233;ussir ou &#233;chouer selon ses capacit&#233;s et non plus selon les privil&#232;ges associ&#233;s &#224; son nom. C'est pourquoi ce changement est aussi &#233;troitement li&#233; &#224; la promotion des id&#233;es r&#233;volutionnaires qui accompagnent la mont&#233;e &#233;conomique et sociale de la bourgeoisie, &#224; l'id&#233;e selon laquelle tous les &#234;tres humains doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme &#233;gaux &#224; la naissance. S'il en est ainsi, la place de chacun n'est plus donn&#233;e &#224; l'avance, elle est, de toute &#233;vidence, &#224; cr&#233;er par l'&#233;ducation. La famille conjugale, dont l'enfant devient le centre, prend donc le pas, dans la bourgeoisie, sur la famille de type ancien fond&#233;e sur l'autorit&#233; paternelle, la notion de lignage et la conservation du patrimoine&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p.11.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il va sans dire que si les valeurs bourgeoises vont finalement triompher de l'ancien r&#233;gime, il n'y a pas disparition pour autant des influences anciennes. Ainsi les notions de conservation du patrimoine, et de transmission par le lignage existent &#233;galement fortement dans l'id&#233;ologie bourgeoise, m&#234;me si elles ne sont plus dominantes. C'est surtout le cas quand la victoire de la bourgeoisie s'est faite, non par &#233;crasement de l'ordre f&#233;odal, mais par un accord, &#8216;r&#233;volution conservatrice' o&#249; les &#233;lites dominantes comprennent qu' &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; il faut que tout change pour que tout reste pareil&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, bien des choses ont chang&#233; depuis l'apparition de la jeunesse comme acteur social et politique &#224; part enti&#232;re. Non seulement pour ce qui est de la jeunesse elle-m&#234;me, que ce soit sa composition sociale ou son r&#244;le &#233;conomique, mais aussi dans la relation jeunesse et politique, aussi bien les classes dirigeantes que les organisations du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mouvements de jeunesse et rapport au politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son apparition la jeunesse est un sujet pluriel. Au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il en existe trois sortes. Tout d'abord la jeunesse bourgeoise. Le creuset de ses caract&#233;ristiques sociales est l'&#233;cole secondaire, qui reste toutefois ch&#232;re et seulement accessible &#224; une minorit&#233;. C'est plus l'id&#233;e de l'&#233;ducation que l'&#233;ducation elle-m&#234;me qui se d&#233;veloppe. Avec &#233;galement une dimension &#8216;autoritaire'. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La bourgeoise a donc des sentiments m&#234;l&#233;s &#224; l'&#233;gard de sa jeunesse. Si elle admet en elle, voire encourage, le d&#233;sir de r&#233;ussite individuelle, elle veut contr&#244;ler, sans violence mais au besoin avec la plus grande fermet&#233;, la p&#233;riode qui y pr&#233;pare (&#8230;)&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p.14-15.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En outre il existe une certaine discrimination &#224; l'&#233;gard des filles, qui n'auront que tr&#232;s tardivement acc&#232;s &#224; un v&#233;ritable enseignement sup&#233;rieur. Dans la classe ouvri&#232;re, la jeunesse a peu d'existence en soi. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Sur le plan des &#233;tudes et de la l'&#233;tablissement professionnel, la population ouvri&#232;re du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle n'a donc qu'une jeunesse incertaine et vite close par son entr&#233;e pr&#233;coce dans le monde du travail, son entr&#233;e dans la vie matrimoniale semble en revanche &#234;tre plus libre que celle que connaissent bien des jeunes bourgeois. En effet, n'&#233;tant pas dict&#233; par des strat&#233;gies matrimoniales et &#233;tant associ&#233; &#224; une ind&#233;pendance &#233;conomique rapidement acquise, le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sentiment&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; joue plus dans le mariage ouvrier. (&#8230;) Toutefois, l'assimilation du mod&#232;le de la famille conjugale en milieu populaire s'&#233;tablira d&#233;finitivement au tout d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p.19.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, la jeunesse &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;traditionnelle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui correspond globalement &#224; la jeunesse rurale et paysanne de l'ancien r&#233;gime. Si elle connaissait un mode de structuration plus marqu&#233;, &#224; travers notamment le d&#233;veloppement int&#233;gratif des groupes de &#8216;pairs' comme les diff&#233;rentes formes de compagnonnages, son r&#244;le va aller en d&#233;clinant. On assiste en effet &#224; un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) lent processus d'acculturation qui voit s'effriter le r&#244;le social de la jeunesse, sous la double emprise de l'Eglise d'abord, de l'&#233;cole ensuite. (&#8230;) L'&#233;cole, en pr&#233;parant &#224; la vie adulte d'abord une masse croissante de jeunes hommes, et, plus tardivement, de jeunes filles, a amen&#233; un changement irr&#233;versible dont l'influence ne peut &#234;tre uniquement d&#233;crite en termes d'enfermement et de cassure d'une sociabilit&#233; juv&#233;nile &#224; la fois spontan&#233;e et rituelle. Elle a, sans nul doute, r&#233;pondu aussi au d&#233;sir irr&#233;sistible d'une partie de la jeunesse rurale, celle d'abord, des petits artisans et commer&#231;ants, d'&#233;chapper &#224; l'&#233;troitesse de la vie des campagnes, comme au d&#233;sir d'une partie des jeunes ouvriers d'&#233;chapper &#224; leur condition &#233;conomique et sociale.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p. 21.' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, la jeunesse va passer du statut de cat&#233;gorie sociale reconnue &#224; celui objet d'intervention sociale. C'est en particulier le cas de la jeunesse populaire. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) Construite malgr&#233; elle, presqu'en-dehors d'elle, la jeunesse populaire va peu &#224; peu s'affirmer de mani&#232;re plus autonome, encore que partielle et ambigu&#235;, dans des mouvements qui vont s'affranchir progressivement &#224; la fois de la tutelle des adultes, de celle des bourgeois et de celle du clerg&#233;. Ce triomphe des mouvements de jeunesse sera bient&#244;t aussi celui d'une politique de la jeunesse dans la d&#233;finition de laquelle l'Etat, &#224; partir de Vichy, aura une part grandissante.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p. 22.' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout au long du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle la jeunesse va devenir un enjeu de plus en plus directement politique. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Il s'agit pour les catholiques, puis plus largement pour la bourgeoisie, tout en m&#234;me temps de faire obstacle &#224; la propagation des id&#233;es socialistes, de lutter contre ce que monseigneur Dupanloup appelait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'ath&#233;isme social&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de propager dans la classe ouvri&#232;re des comportements d'ordre, de temp&#233;rance et d'&#233;conomie, de tenter enfin d'imposer un mod&#232;le d'harmonie entre les classes. Tous ces objectifs, on veut les atteindre par l'&#233;ducation des jeunes &#224; la fois parce qu'ils sont plus mall&#233;ables, que la n&#233;cessit&#233; de leur &#233;ducation est naturellement admise, et qu'ils peuvent &#234;tre les vecteurs d'une r&#233;g&#233;n&#233;ration du milieu ouvrier dans son ensemble.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p. 30&#160;??' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s quelques tentatives sous le Front populaire, on observe une inflexion d&#233;cisive avec le r&#233;gime de Vichy qui a une intervention plus active avec d&#233;finition d'objectifs et octroi de moyens, vis-&#224;-vis de la jeunesse. Ce mouvement ne fera que s'amplifier par la suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait majeur de la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre c'est la scolarisation massive de la jeunesse&#160;: entre 1945 et 1958 il y a doublement de la population scolaire, de 1 &#224; 3 millions d'effectifs rien que dans le secondaire par exemple entre 1950 &#224; 1960, et en 1963-64 elle regroupe 10 600 000 jeunes. On assiste &#233;galement &#224; l'apparition d'une culture sp&#233;cifiquement juv&#233;nile qui se d&#233;veloppe au point d'investir la culture de masse, avec des caract&#233;ristiques originales, mais &#233;galement avec des diff&#233;renciations de classe en son sein&#160;: version populaire (bandes des cit&#233;s, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;blousons noirs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dont on retrouve sous d'autres formes des descendants aujourd'hui)&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou version standardis&#233;e des classes moyennes (genre &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Salut les copains&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;). &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) [&#192;] partir des ann&#233;es cinquante, la jeunesse scolaire constitue, et ce dans un mouvement d'une grande ampleur et d'une &#233;tonnante rapidit&#233;, une nouvelle cat&#233;gorie sociale qui n'&#233;tait encore que marginale au d&#233;but du si&#232;cle.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p. 34' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La jeunesse &#233;tudiante en particulier va peu &#224; peu se constituer en un groupe social et politique plus visible et actif. Entre 1900 et 1950, les effectifs &#233;tudiants passent de 27 598 (dont 624 femmes) &#224; 134 408 (dont 45 636 femmes). &#192; l'&#233;chelle de masse c'est sous la forme syndicale que va progressivement et majoritairement s'organiser ce milieu. Une nouvelle g&#233;n&#233;ration forg&#233;e par la R&#233;sistance va donner naissance &#224; un v&#233;ritable syndicalisme &#233;tudiant. Adopt&#233;e lors du congr&#232;s de l'Union national des &#233;tudiants de France (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;) de 1946, la charte de Grenoble symbolise ce processus de syndicalisation de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; qui se base sur la red&#233;finition de l'identit&#233; &#233;tudiante. Pour les r&#233;dacteurs de la Charte, qui s'inspirent directement des principes du Conseil national de la R&#233;sistance, l'&#233;tudiant est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;jeune travailleur intellectuel&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir notamment l'ouvrage collectif Naissance d'un syndicalisme &#233;tudiant. 1946 (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, comme lors de l'engagement de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; dans le mouvement contre la guerre d'Alg&#233;rie, on assiste &#224; une mobilisation massive et autonome des &#233;tudiants sur leurs propres mots d'ordre, &#224; l'oppos&#233; des partis politiques traditionnels. Le syndicat &#233;tudiant, qui regroupe &#224; cette &#233;poque pr&#232;s d'un &#233;tudiant sur deux, est dans ces ann&#233;es &#224; l'apog&#233;e de sa puissance et de son influence comme mouvement de masse de la jeunesse. Dans la d&#233;cennie qui suit il va pourtant entamer son &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d&#233;clin&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es 1960 vont voir se d&#233;velopper une acc&#233;l&#233;ration de la diversification, notamment sociologique, du monde &#233;tudiant. Les &#233;tudiants ne sont d&#233;sormais plus simplement les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;h&#233;ritiers&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la bourgeoisie, d&#233;termin&#233;s exclusivement par cette origine sociale et dont l'instruction centr&#233;e sur la culture g&#233;n&#233;rale avait un r&#244;le plus symbolique que professionnel. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;[L]'harmonie qui existait entre le syst&#232;me universitaire et le syst&#232;me social a &#233;t&#233; bris&#233;e par la croissance des effectifs &#233;tudiants et par le changement rapide de la composition sociale de l'Universit&#233;. Les effectifs universitaires sont pass&#233;s de 150 000 en 1954-1955 &#224; 220 000 &#224; la rentr&#233;e 1961-1962 et &#224; 330 000 en 1964-1965 (plus de 120&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en dix ans, plus de 50&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en trois ans). Parall&#232;lement, entre 1950 et 1965, le rapport du nombre des &#233;tudiants issus des couches moyennes au nombre de ceux issus des couches &#233;lev&#233;es a &#233;t&#233; multipli&#233; par quatre.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, op. cit., p. 39.' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On passe ainsi d'un type d'universit&#233; &#224; un autre, avec un bouleversement de l'&#233;quilibre du syst&#232;me. Cette mutation a &#233;t&#233; le plus important facteur de la crise, les anciens m&#233;canismes d'int&#233;gration ne fonctionnent plus. Entre 1963-1964 les &#233;tudiants se sont d&#233;j&#224; mobilis&#233;s, mais sur des questions purement universitaires, contre avec le plan Fouchet. Face &#224; la conception lib&#233;rale traditionnelle de l'universit&#233; d'un savoir ouvert &#224; tous non &#233;tanche mais diversifi&#233; c'est l'orientation technocratique ultra sp&#233;cialis&#233;e et diff&#233;renci&#233;e en cycles courts pour la masse et cycles longs pour l'&#233;lite qui domine les nouvelles r&#233;formes. Les &#233;tudiants s'opposent alors au technocratisme du plan Fouchet mais ils critiquent aussi la vision traditionnelle et classique de l'universit&#233; qui est inadapt&#233;e aux besoins modernes en comp&#233;tences professionnelles. Il y a encore une forte combativit&#233; avec pr&#232;s d'un quart des &#233;tudiants syndiqu&#233;s. Mais le syndicat &#233;tudiant n'est d&#233;j&#224; plus celui de la grande &#233;poque. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L&lt;i&gt;es accords d'Evian sonnent le glas d'une g&#233;n&#233;ration militante. De profonds bouleversements sont engendr&#233;s par le positionnement de l'organisation, l'opposition de masse au conflit alg&#233;rien &#224; partir de 1960, la r&#233;action gouvernementale, l'affirmation d'une &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; qui n'est plus l'apanage de l'ensemble des &#233;tudiants depuis la scission de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FNEF&lt;/span&gt;, la reconnaissance de la repr&#233;sentativit&#233; de cette seconde organisation par le gouvernement, la perte d'un fort vecteur politique de rassemblement, la poursuite de l'&#233;volution sociologique du milieu. Une contestation plus radicale de l'Universit&#233; selon une perspective r&#233;volutionnaire se d&#233;veloppe avec une nouvelle g&#233;n&#233;ration qui se substitue &#224; la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Yves Sabot, &#171;&#160;L'UNEF et la guerre d'Alg&#233;rie&#160;: le cas de l'AGE de Grenoble (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'orientation syndicale d&#233;velopp&#233;e alors est en d&#233;calage avec les pr&#233;occupations de la masse des &#233;tudiants qui d&#233;laissent un syndicat ne r&#233;pondant plus &#224; leurs attentes, et qui malmen&#233; par des dissensions politiques internes, conna&#238;t une h&#233;morragie militante. Il y a une chute de moiti&#233; des effectifs entre 1964 et 1966. Comme l'explique Jean-Philippe Legois&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) l'orientation &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;universitaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'apr&#232;s 1962 s'est voulue plus politique, avec un projet de transformation sociale plus affirm&#233;, un d&#233;but d'analyse de classe et&#8230;le rejet des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;activit&#233;s de boutique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. (&#8230;) dans un contexte de reflux g&#233;n&#233;ral du mouvement &#233;tudiant et du mouvement social dans sa globalit&#233;, cette orientation se condamne elle-m&#234;me &#224; la marginalit&#233; et s'autosaborde. (&#8230;) Le reste des ann&#233;es 1960 va &#234;tre une succession de crises et de prises de pouvoir au sein de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; ou dans d'autres organisations &#233;tudiantes. Un processus de politisation croissante et acc&#233;l&#233;r&#233;e est entam&#233; qui divise, puis marginalise le mouvement &#233;tudiant. Ce ne sont plus deux orientations syndicales ou deux orientations pour le mouvement &#233;tudiant qui s'affrontent mais bien plus. On a alors perdu cette facult&#233; assez &#233;tonnante de tout articuler, dont a parl&#233; Paul Bouchet&#160;: articuler aussi bien le tirage des polycopi&#233;s, l'activit&#233; que l'on qualifierait aujourd'hui d'associative, l'action syndical voire des positions politiques &#8211; tout en restant sur le plan syndical &#8211; ou r&#233;volutionnaire. Le cadre d'action commun a disparu ou n'existe plus que dans le registre fantomatique du sigle, lequel aura, certes, son importance lors d'un certain mois de mai. Cet &#233;miettement des perspectives pour le mouvement &#233;tudiant constituera tout de m&#234;me un bon terreau pour le mouvement de Mai-Juin 1968, mais fera de celui-ci un feu de paille ou, sur certains plans, une sorte de bouquet final. Mais ceci est d&#233;j&#224; une autre histoire...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Philippe Legois, &#171;&#160;Ann&#233;es 1960&#160;: vers un syndicalisme &#233;tudiant (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;C'est dans ce curieux contexte de crise du militantisme syndical, de r&#233;actions sporadiques contre les r&#233;formes universitaires et les menaces contenues dans le plan Fouchet, de mobilisation enfin sur des th&#232;mes de politique ext&#233;rieurs &#224; l'Universit&#233;, qu'&#233;clatera le mouvement du 22&#160;mars &#224; Nanterre.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Paul Molinari, &#171;&#160;1985-1995&#160;: dix ans de mouvements &#233;tudiants&#160;&#187;, in Robi (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette crise du monde universitaire correspond &#224; une crise plus profonde de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise que la r&#233;volte &#233;tudiante va participer &#224; r&#233;v&#233;ler au grand jour et &#224; une &#233;chelle de masse, avant d'entra&#238;ner le reste du mouvement ouvrier. Et si en 1968 le syndicalisme &#233;tudiant n'est plus l'outil majeur de la mobilisation de la jeunesse scolaris&#233;e, cette derni&#232;re a alors d&#233;montr&#233; de mani&#232;re &#233;clatante, le r&#244;le politique et social explosif qu'elle pouvait d&#233;sormais jouer dans le rapport de force g&#233;n&#233;ral. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;D&#233;j&#224;, lorsque la d&#233;mographie ne comptait que quelques 200 000 &#224; 300 000 &#233;tudiants, le poids politique de ceux-ci, en lequel on reconnaissait donc alors l'existence d'un mouvement social, s'attestait dans la mobilisation contre la guerre d'Alg&#233;rie, &#224; laquelle se trouvait directement expos&#233;e la jeunesse fran&#231;aise, puis pour l'ind&#233;pendance de la nation alg&#233;rienne &#8211; lutte bient&#244;t &#233;largie &#224; des mobilisations anticolonialistes nombreuses et diverses dans la p&#233;riode d'&#233;croulement des empires coloniaux. Il manifeste aussi son importance dans le r&#244;le avant-coureur de la jeunesse &#233;tudiante mobilis&#233;e en 1968, o&#249; se lit sans doute une qualit&#233; sp&#233;cifique de ces mobilisations&#160;: cette capacit&#233; &#224; poser avant tout le monde ce qu'il devient convenu d'appeler des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;probl&#232;mes de soci&#233;t&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais plut&#244;t que d'en attribuer trop exclusivement l'origine &#224; des propri&#233;t&#233;s inh&#233;rentes &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la jeunesse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, faut-il aussi prendre en compte la situation des &#233;tudiants comme celle de jeunes intellectuels pr&#233;par&#233;s &#224; poser des distances critiques &#224; l'&#233;gard des conditions que leur imposent, autant qu'ils les leur offrent, les autres g&#233;n&#233;rations et les pouvoirs socialement constitu&#233;s, et interroger la position r&#233;currente de g&#233;n&#233;rations successives de jeunes filles ou de gar&#231;ons, qui &#224; divers titres se trouvent, comme jeunesse, sp&#233;cialement expos&#233;es &#224; des risques ou &#224; des al&#233;as sociaux particuliers, en-dehors des conditions permanentes de la n&#233;cessaire construction de soi. Ceux de la mobilisation de guerre, on l'a dit, ou ceux qui sont li&#233;s au d&#233;veloppement de l'incertitude des lendemains de l'emploi et du travail ou encore ceux qu'entra&#238;nent des pesanteurs morales ou culturelles issues de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tradition&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des habitudes. Or, ce qui a valu en cette soci&#233;t&#233; quand elle comptait si peu d'&#233;tudiants, alors que leur nombre atteint 2,5 millions, soit dix-fois plus qu'il y a trente ans, vaut aujourd'hui plus encore&#160;: le monde &#233;tudiant se pr&#233;sente avec, ou comme, un potentiel politique nouveau dans une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise en restructuration critique.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Paul Molinari, &#171;&#160;1985-1995&#160;: dix ans de mouvements &#233;tudiants&#160;&#187;, in Robi (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De Seattle au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt;, une nouvelle g&#233;n&#233;ration politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose imm&#233;diatement, apr&#232;s l'analyse des mouvements de jeunesses caract&#233;ristiques des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes, c'est bien de savoir o&#249; en est donc la jeunesse d'aujourd'hui&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Tout d'abord &#224; quoi ressemble t-elle aujourd'hui&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier 2006, en France, selon les estimations provisoires de l'Insee, la population de moins de 30 ans repr&#233;sentait 22 898 416 personnes sur 62 886 171 de population totale (soit environ 36&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la population), dont 7 851 623 entre 15 et 24 ans (environ 12,4&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) et 11 604 062 entre 14 et 30 ans (environ 18,45&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%). Cette population jeune est majoritairement scolaris&#233;e. Une nouvelle acc&#233;l&#233;ration du ph&#233;nom&#232;ne, perceptible d&#232;s l'apr&#232;s-guerre, a &#233;t&#233; constat&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1980&#160;: en 1997, 61&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des effectifs d'une classe d'&#226;ge ont eu le bac, et pr&#232;s d'un million d'&#233;tudiants du sup&#233;rieur ont &#233;t&#233; ajout&#233;s en plus entre 1980 et 1997. Aujourd'hui, d'apr&#232;s les chiffres du minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale pour 2004-2005 (nombre total d'inscrits), il y a 15 004 400 &#233;l&#232;ves, apprentis et &#233;tudiants en France&#160;: 12 125 700 dans les premier et second degr&#233;s, 2 268 400 d'&#233;tudiants, 383 000 apprentis et 227 300 autres en second degr&#233; agriculture et sp&#233;cial sant&#233;. Les jeunes scolaris&#233;s repr&#233;sentent environ 65&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des moins de 30 ans. La r&#233;volution scolaire reste donc une donn&#233;e majeure de l'analyse de la jeunesse. Elle a des cons&#233;quences multiples notamment en termes de perspectives d'avenir. Ainsi, depuis une bonne vingtaine d'ann&#233;es, on observe, sous la pression conjugu&#233;e, dans une certaine (moindre) mesure du baby boom d'apr&#232;s guerre, mais surtout d'une politique publique et de la volont&#233; de jeunes et des familles, un report d'entr&#233;e des jeunes dans la vie active. Mais les &#233;volutions du syst&#232;me d'enseignement ont &#233;galement introduit de nouveaux &#233;l&#233;ments aux conditions de vie et d'&#233;tude des jeunes scolaris&#233;s. Selon le rapport Eurostudent 2005 47&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des &#233;tudiants sont salari&#233;s (35&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des &#233;tudiants ont d&#233;j&#224; une exp&#233;rience professionnelle avant d'entrer dans l'enseignement sup&#233;rieur)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='Source&#160;:' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tandis que plus de 100 000 &#233;tudiants vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvret&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Chiffres UNEF. Voir notamment UNEF, Le panier de l'&#233;tudiant, rentr&#233;e 2006. (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On observe en outre un allongement de la phase de transition professionnelle, au cours duquel se d&#233;veloppement des situations interm&#233;diaires, pour la plupart d'emplois pr&#233;caires et temporaires. Quand ce n'est pas tout simplement le ch&#244;mage, aujourd'hui &#224; 22,3&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pour une partie non n&#233;gligeable de jeunes actifs (en fait, cela correspond &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;seulement&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 8,2&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de l'ensemble des jeunes qui sont au ch&#244;mage)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Chiffre &#224; manier avec pr&#233;caution. Il s'agit ici du taux de ch&#244;mage parmi les (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces nouveaux d&#233;veloppements ne sont pas le fruit du hasard, mais bien les cons&#233;quences de transformations structurelles du syst&#232;me et de ses besoins. Loin de r&#233;pondre &#224; une volont&#233; &#233;thique de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d&#233;mocratisation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'&#233;ducation, l'&#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale du niveau scolaire de la p&#233;riode d'apr&#232;s guerre correspondait &#224; des besoins sp&#233;cifiques pendant la p&#233;riode. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Elle trouve son origine dans les conditions &#233;conomiques de l'&#233;poque. Durant les ann&#233;es 45-75, sous la double pression d'une croissance exceptionnelle et d'innovations technologiques &#8211; &#233;lectrom&#233;nager, transports, nucl&#233;aire, &#233;nergie chimique &#8211; le march&#233; du travail a connu une forte croissance en volume ainsi qu'un glissement vers des emplois n&#233;cessitant des niveaux de qualification de plus en plus &#233;lev&#233;s. &#192; son tour cette &#233;volution a aliment&#233; une demande croissante en formation et en instruction&#8230; Insistons sur le terme&#160;: c'est bien de massification qu'il convient de parler et non de d&#233;mocratisation de l'enseignement, bien que le discours officiel se plaise &#224; confondre les deux concepts.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='Les nouveaux ma&#238;tres de l'&#233;cole, Nico Hirtt, p.11.' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La crise de mai 1968 met &#224; nu les contradictions entre l'ambition et les n&#233;cessit&#233;s de transformation affich&#233;es, et le retard en termes de moyens humains et financiers&#160;: les structures politiques et administratives ne permettent pas de satisfaire les besoins, il y a un d&#233;calage b&#233;ant entre les aspirations, et la r&#233;alit&#233;. Ces contradictions se sont encore accrues avec le retournement, depuis le milieu des ann&#233;es 1970, de la conjoncture &#233;conomique, et le d&#233;but de la crise end&#233;mique que conna&#238;t le syst&#232;me depuis. Pour y faire face, il a fallut &#233;laborer et mettre en oeuvre une nouvelle politique &#233;conomique d'ensemble&#160;: le n&#233;olib&#233;ralisme. Elle s'est traduite dans la jeunesse par la mise en place (ou les tentatives) de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;formes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui tendent &#224; privil&#233;gier une formation restreinte &#224; l'essentiel pour la majorit&#233; et le retour &#224; une reproduction stricte de l'&#233;lite &#224; travers les parcours d'enseignements plus pouss&#233;s. D'o&#249; les mesures et projet de contre-r&#233;formes de ces derni&#232;res ann&#233;es en France (loi Fillon, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LMD&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ECTS&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LMU&lt;/span&gt;, etc.) de fermeture de l'acc&#232;s &#224; l'enseignement, d'abaissement de l'apprentissage et d'attaques sur les salari&#233;s en ciblant prioritairement les jeunes travailleurs. Mais paradoxalement ce sont ces m&#234;mes transformations qui posent en m&#234;me temps les bases pour de nouvelles mobilisations de la jeunesse, et notamment du milieu scolaris&#233; et &#233;tudiant. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;L'autre assise solide du mouvement &#233;tudiant n'est pas moins politique&#160;: l'&#201;tat met en effet son Universit&#233; en r&#233;forme permanente, dans un processus quasi incessant d'ajustements qui, pour n'&#234;tre pas tous structurels, n'en touchent pas moins &#224; des conditions d'&#233;tudes ou de vie jug&#233;es suffisamment importantes par de larges fractions des populations d'&#233;tudiants pour que ceux-ci s'engagent dans des actions revendicatives d'envergure. (&#8230;) De la position strat&#233;gique de l'Universit&#233; dans la reproduction soci&#233;tale, avec le bouquet de fonctions sociales qui sont les siennes dans l'&#233;conomie, la politique, l'id&#233;ologie, r&#233;sulte ce continuel remaniement visant, selon les finalit&#233;s gouvernementales o&#249; se combinent des positions de classe ou de parti, et des visions plus ou moins r&#233;alistes et prospectives de l'histoire, &#224; faire d&#233;pendre le fonctionnement de l'Universit&#233; d'&#233;volutions, voire de pr&#233;visions, dans les demandes de qualifications en priorit&#233;. Qu'on l'appelle ainsi ou non, toute &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;forme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; porte en elle ces signes de pragmatisme &#233;conomiste et suscite in petto des luttes &#224; l'int&#233;rieur du champs universitaire, et sp&#233;cialement dans sa partie aujourd'hui massive, celle o&#249; se concentre le plus grand nombre d'&#233;tudiants, dans les conditions les moins propices &#224; une pleine libert&#233; d'&#233;tude, l&#224; o&#249; ne se retrouvent pas ou tr&#232;s peu les futurs dirigeants de l'&#233;conomie et de la politique &#233;lev&#233;s dans les institutions de la noblesse d'Etat, ni les futurs membres des professions lib&#233;rales.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Paul Molinari, op. cit., p. 249.' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte politico-&#233;conomique particulier, caract&#233;ristique de la p&#233;riode actuelle, qu'a &#233;merg&#233; la nouvelle g&#233;n&#233;ration politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='Le concept de &#171;&#160;g&#233;n&#233;ration&#160;&#187; n'est pas utilis&#233;e ici au sens r&#233;ductionniste et (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette g&#233;n&#233;ration a &#233;t&#233; form&#233;e dans et par les luttes&#160;: depuis d&#233;cembre 1995 il y a eu les luttes et manif anti Le Pen de 1998 et 2002, le mouvement altermondialiste (Millau, G&#234;nes, Florence, le Larzac), le mouvement anti-guerre, les luttes &#233;tudiantes et lyc&#233;ennes, le mouvement des banlieues, et derni&#232;rement le mouvement anti &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt;. C'est toute une nouvelle g&#233;n&#233;ration qui a fait l'exp&#233;rience, &#224; l'&#233;chelle de masse, de la lutte et de l'organisation, de la confrontation avec l'&#201;tat, et m&#234;me de la victoire. Si les mobilisations de type antifascistes et anti-guerre sont plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;naturellement&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des cadres de mobilisation &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;spontan&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la jeunesse, sa participation massive dans le mouvement altermondialiste correspond pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;mergence nouvelle de cette dynamique particuli&#232;re. Mais au cours de la derni&#232;re p&#233;riode, deux &#233;v&#233;nements majeurs ont marqu&#233; une certaine acc&#233;l&#233;ration du processus de mobilisation et de politisation de la jeunesse&#160;: la r&#233;volte des banlieues d'octobre-novembre 2005 et le mouvement anti &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt; du printemps 2006. Ces deux mouvements sont fondamentalement li&#233;s entre eux, au-del&#224; de la simple relation de cause &#224; effet. Les racines de la col&#232;re et de la r&#233;volte &#233;taient les m&#234;mes&#160;: de l'automne au printemps, la jeunesse, de banlieues et d'ailleurs, s'est r&#233;volt&#233;e contre la fatalit&#233; et le m&#233;pris, refusant l'existence et l'avenir bouch&#233; qu'on tente de lui imposer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;voltes des banlieues d'octobre-novembre 2005 ont &#233;t&#233;, de l'avis de tous, l'expression d'une crise structurelle, de cette guerre de classes dont les cit&#233;s de banlieues sont les premi&#232;res cibles et victimes&#160;: pr&#233;carit&#233;, ch&#244;mage, discriminations sociales et culturelles, s&#233;gr&#233;gation, etc. Apr&#232;s des ann&#233;es et des ann&#233;es &#224; s'en prendre plein la gueule, en novembre 2005, la jeunesse des quartiers a finalement explos&#233; en exprimant le ras le bol g&#233;n&#233;ral. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La bonne nouvelle de novembre est que la jeunesse en France n'est pas pr&#234;te &#224; accepter son statut de citoyen de seconde classe et pr&#233;f&#232;re aller &#224; l'affrontement.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='Lo&#239;c Wacquant, &#171;&#160;Interview &#224; propos des &#233;meutes en banlieues de novembre 2005&#160;&#187;, (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais c'est aussi un signal pour la gauche, et pour l'extr&#234;me gauche, qui se donne pour perspective un changement de soci&#233;t&#233;. Elle doit enfin faire face et venir &#224; bout de son propre passif postcolonial, ce &#8216;plafond de verre' invisible mais bien r&#233;el, ce gouffre de paternalisme et d'hostilit&#233; source m&#234;l&#233;s qui se creuse mois apr&#232;s mois, affaire apr&#232;s affaire, entre elle, la gauche, blanche, &#8216;progressiste' et pleine de bonnes intentions, et la majorit&#233; des opprim&#233;s de ce pays, Noirs, Arabes, Fran&#231;ais-e-s, Africain-e-s, sans papier-&#232;-s, Musulman-e-s, &#8216;Indig&#232;nes', croyant-e-s et infid&#232;l-e-s. La jeunesse des cit&#233;s de banlieues s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre le porte-voix des maux qui touchent les populations les plus exploit&#233;es et opprim&#233;es de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, &#224; partir d'une oppression qui leur &#233;tait sp&#233;cifique. Comme l'explique Olivier Galland, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) ce n'est pas la revendication d'une sp&#233;cificit&#233; culturelle qui est le facteur de mobilisation de cette population, mais trois autres facteurs. Le premier d'entre eux est la constitution d'une identit&#233; collective qui repose sur l'exp&#233;rience du racisme. (&#8230;) Le deuxi&#232;me facteur est le r&#244;le de la police et de la justice, qui, lorsque leur intervention est ressentie comme excessive ou inique, fait passer les jeunes de l'indignation morale &#224; l'action. Le troisi&#232;me facteur est l'existence d'un r&#233;seau associatif qui favorise la formation d'une &#233;lite et d'un encadrement des jeunes immigr&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Mais cela ne suffit pas &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#224; donner un caract&#232;re durable &#224; l'action. Celle-ci n'a connu le succ&#232;s que lorsque les circonstances politiques &#233;taient favorables. Et finalement en dehors de ces p&#233;riodes fastes, le mouvement est tiraill&#233; entre deux strat&#233;gies contradictoires&#160;: une strat&#233;gie infra-politique de repli local qui conduit les jeunes &#224; s'engager dans des actions plus culturelles que sociales et politiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et une strat&#233;gie supra-politique qui en appelle exclusivement &#224; l'&#233;thique et &#224; la morale contre le racisme et dont le mouvement &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SOS&lt;/span&gt; Racisme est le principal promoteur mais qui reste largement &#233;tranger aux jeunes immigr&#233;s des banlieues.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Olivier Galland, ibid., p. 111.' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le mouvement anti-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt;, les &#233;tudiants ont jou&#233; un r&#244;le crucial en entra&#238;nant l'ensemble de la jeunesse, et des salari&#233;s dans une confrontation de masse contre le gouvernement qui s'est sold&#233;e par la premi&#232;re v&#233;ritable victoire de notre camp social depuis au moins 1995. Ce mouvement a r&#233;ussi &#224; faire la &#8216;synth&#232;se' des mouvements pr&#233;c&#233;dant, dont il a pouss&#233; les caract&#233;ristiques le plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Unit&#233; et massivit&#233; du mouvement. La force du mouvement &#233;tudiant alli&#233;e &#224; l'intransigeance de Villepin a permis de gagner l'unit&#233; syndicale et politique qui a &#233;t&#233; un facteur important de la mobilisation. L'implication des salari&#233;s a &#233;t&#233; et massive dans les manifestations, et plus qu'honorable dans la gr&#232;ve. En outre le mouvement anti &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt; a r&#233;ussi &#224; construire une v&#233;ritable unit&#233; au sein de la jeunesse. Dans le milieu &#233;tudiant, entre syndiqu&#233;s et non-syndiqu&#233;s, militants politiques de toutes tendances et non organis&#233;s. Et surtout les &#233;tudiants ont su repousser les tentatives de division du gouvernement qui a essay&#233; d'opposer &#8216;jeunes de banlieue', surtout noirs et arabes, et &#233;tudiants d'universit&#233; consid&#233;r&#233;s comme des &#8216;petits-bourgeois' privil&#233;gi&#233;s, majoritairement blancs. Le sentiment d'une certaine continuit&#233; de la r&#233;volte dans la jeunesse, entre le chaud automne 2005 et le printemps 2006 &#233;tait d'ailleurs tr&#232;s pr&#233;sent dans le mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Auto-organisation. Le coeur du mouvement &#233;tait constitu&#233; par les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales qui ont rassembl&#233; selon les endroits de 400 &#224; 6 000 personnes. La coordination nationale de ces assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, qui s'est construite &#224; la base, a r&#233;ussi &#224; s'imposer comme la voix l&#233;gitime du mouvement notamment aupr&#232;s des directions syndicales. Si aujourd'hui avec la reprise des cours et la fin de la gr&#232;ve, la coordination n'existe plus, des structures de mobilisation perdurent dans un certain nombre d'universit&#233;s, r&#233;pondant au besoin de continuer &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tous ensemble&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; faire de la politique, &#224; se mobiliser et &#224; d&#233;battre. Les cadres qui se construiront et se maintiendront &#224; partir des structures d'auto-organisation du mouvement peuvent constituer les bases de mobilisation pour de futurs mouvements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Politisation. Le mouvement a tr&#232;s t&#244;t pris un caract&#232;re radical et tr&#232;s politique. La radicalit&#233; (notamment dans les modes d'action de gr&#232;ves, blocages, etc.) s'appuyait notamment sur les le&#231;ons tir&#233;es des pr&#233;c&#233;dents mouvements, qui ont convaincu de la n&#233;cessit&#233; de frapper tr&#232;s fort, tr&#232;s vite et tr&#232;s largement pour construire un v&#233;ritable rapport de force. Dans les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AG&lt;/span&gt;, les manifs, les nombreuses r&#233;unions organis&#233;es pendant le mouvement il y a eu un v&#233;ritable bouillonnement d'id&#233;es et d&#233;bats sur des sujets allant de la loi d'&#233;galit&#233; des chances &#224; la question des alternatives au syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme l'explique Robi Morder, en &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) s'opposant au &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;contrat premi&#232;re embauche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, les &#233;tudiants revendiquent le droit au travail et &#224; la d&#233;fense du Code du travail. Sans le savoir, ces centaines de milliers de jeunes donnent corps &#224; une proph&#233;tie vieille de soixante ans. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'&#233;tudiant est un jeune travailleur intellectuel&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ayant, en tant que jeune, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;droit &#224; une pr&#233;voyance sociale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;devoir de s'int&#233;grer dans la jeunesse nationale et mondiale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. (&#8230;) avec la massification et la crise &#233;conomique, les rapports entre les &#233;tudiants et la soci&#233;t&#233; ont chang&#233;&#160;: dans chaque famille, il y a un ch&#244;meur et un &#233;tudiant. Ce qui n'&#233;tait que proclamation en 1946, et m&#234;me encore en 1968, est devenu une r&#233;alit&#233; sociologique.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='Robi Morder, &#171;&#160;Post-scriptum&#160;&#187;, in Robi Morder, op. cit., p. 267-268.' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; nous d'en faire une r&#233;alit&#233; politique qui compte. Le travail est d&#233;j&#224; pas mal commenc&#233; d'ailleurs. En octobre 2006, l'appel sign&#233; par plus de 200 jeunes pour une alternative antilib&#233;rale proclame&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Depuis 2002, nous avons manifest&#233; contre la pr&#233;sence de Le Pen au second tour de la pr&#233;sidentielle, contre la guerre en Irak et au Proche-Orient, contre les r&#233;formes lib&#233;rales dans les universit&#233;s et dans les lyc&#233;es, contre la mondialisation lib&#233;rale&#8230; Nous avons particip&#233; &#224; la victoire du Non de gauche au referendum sur la constitution europ&#233;enne. Dans la rue et dans les urnes, nous avons r&#233;sist&#233; au lib&#233;ralisme et &#224; ses cons&#233;quences. Si nous avons &#233;t&#233; de toutes ces batailles contre le lib&#233;ralisme, c'est que nous sommes parmi ses premi&#232;res victimes. La vie des jeunes, c'est la gal&#232;re assur&#233;e, pour financer nos &#233;tudes, pour chercher un premier emploi stable, pour obtenir un logement d&#233;cent, pour se soigner correctement, pour se d&#233;placer librement, pour se cultiver... &#192; cette pr&#233;carit&#233; s'ajoutent les discriminations et la politique s&#233;curitaire que subissent principalement les jeunes des quartiers populaires qui se sont r&#233;volt&#233;s &#224; l'automne 2005. (&#8230;) Nous sommes de toutes les r&#233;voltes, nous sommes de toutes les victoires, nous serons nous aussi de l'alternative.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir sur le blog&#160;:' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette jeunesse-l&#224; est bien loin des st&#233;r&#233;otypes de la jeunesse r&#233;sign&#233;e, apathique et apolitique, abondamment diffus&#233;s par l'id&#233;ologie dominante et ses instruments m&#233;diatiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une jeunesse qui vit dans ses tripes et dans son quotidien la rage d'une Keny Arkana&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'on a la rage, on restera debout quoi qu'il arrive/La rage d'aller jusqu'au bout et l&#224; o&#249; veut bien nous mener la vie/ Parce qu'on a la rage, on pourra plus s'taire ni s'asseoir dor&#233;navant on s'tiendra pr&#234;t parce qu'on a la rage, le coeur et la foi&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!/Parce qu'on a la rage, on restera debout quoi qu'il arrive,/La rage d'aller jusqu'au bout au del&#224; o&#249; veut bien nous mener la vie, /Parce qu'on a la rage, rien ne pourra plus nous arr&#234;ter, insoumis, sage, marginal, humaniste ou r&#233;volt&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! (&#8230;) Anticapitalistes, alter-mondialistes, ou toi qui cherche la v&#233;rit&#233; sur ce monde, la r&#233;sistance de demain (...incha allah...) &#224; la veille d'une r&#233;volution. Mondiale et spirituelle, la rage du peuple, la rabbia del pueblo, parce qu'on a la rage, celle qui fera trembler tes normes. (...Parce qu'on a la rage...) La rage a pris la populace et la rage est &#233;norme&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='footnote' title='Keny Arkana, &#171;&#160;La Rage&#160;&#187;, in Entre ciment et belle &#233;toile, octobre (...)' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Num&#233;rotez vos abattis les gars, on arrive&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;Les jeunes&lt;/i&gt;, Paris, Editions La D&#233;couverte, 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition, 1999, p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Katherine Ross, &lt;i&gt;Mai 1968 et ses vies ult&#233;rieures&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Complexe, 2005, p. 214-215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p.14-15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p.19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 30&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;??&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 34&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Naissance d'un syndicalisme &#233;tudiant. 1946&#160;: la charte de Grenoble&lt;/i&gt;, coordonn&#233;e par Robi Morder (Editions Syllepse, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Yves Sabot, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et la guerre d'Alg&#233;rie&#160;: le cas de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AGE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; de Grenoble&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in Robi Morder, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Philippe Legois, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ann&#233;es 1960&#160;: vers un syndicalisme &#233;tudiant r&#233;volutionnaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in Robi Morder, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 238-239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Molinari, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;1985-1995&#160;: dix ans de mouvements &#233;tudiants&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in Robi Morder, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Molinari, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;1985-1995&#160;: dix ans de mouvements &#233;tudiants&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in Robi Morder, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source&#160;: &lt;a href=&#034;http://www.his.de/Abt2/Auslandsstudium/Eurostudent/report2005/Downloads/Synopsis%20of%20Indicators/SY&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.his.de/Abt2/Auslandsstudium/Eurostudent/report2005/Downloads/Synopsis%20of%20Indicators/SY&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chiffres &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Voir notamment &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Le panier de l'&#233;tudiant, rentr&#233;e 2006. Enqu&#234;te sur le pouvoir d'achat des &#233;tudiants &#224; la rentr&#233;e universitaire. Disponible en ligne&#160;: &lt;a href=&#034;http://unef-amiens.org/IMG/pdf/Panier_de_l---tudiant_2006.pdf&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://unef-amiens.org/IMG/pdf/Panier_de_l---tudiant_2006.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chiffre &#224; manier avec pr&#233;caution. Il s'agit ici du taux de ch&#244;mage parmi les jeunes actifs. Mesur&#233; selon les crit&#232;res du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B.I.&lt;/span&gt;T., le taux de ch&#244;mage des jeunes peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;lev&#233;&#160;: il &#233;tait par exemple de 20,2&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en mars 2002 (18,2&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pour les hommes et 22,8&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pour les femmes), contre 8,3&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pour les 25-49 ans. Mais cette notion est trompeuse &#224; un double titre. En premier lieu, ce taux est tr&#232;s sensible &#224; l'&#226;ge en tant que tel au sein m&#234;me de la population active des jeunes&#160;: nul &#224; 15 ans, il culmine &#224; 29&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; l'&#226;ge de 20 ans et n'est plus que de 17&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 24 ans. Sa dispersion est donc tr&#232;s importante au sein m&#234;me de la classe d'&#226;ge &#233;tudi&#233;e. Mais surtout, il ne vaut que pour la population active (c'est-&#224;-dire celle qui occupe un emploi ou qui en recherche un), qui ne regroupe que 30&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la tranche d'&#226;ge. En r&#233;alit&#233;, si le ch&#244;mage touche un jeune actif sur cinq, il concerne au total moins d'un jeune sur seize&#160;: les deux tiers (66&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) de ces jeunes sont en effet toujours scolaris&#233;s. En r&#233;alit&#233;, les ch&#244;meurs ne repr&#233;sentaient en mars 2002 que 6&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de cette tranche d'&#226;ge. (Source &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANPE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les nouveaux ma&#238;tres de l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Nico Hirtt, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Molinari, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le concept de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;g&#233;n&#233;ration&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'est pas utilis&#233;e ici au sens r&#233;ductionniste et d&#233;politisant si cher aux thurif&#233;raires falsificateurs de mai 1968 que d&#233;nonce Katherine Ross (op. cit.). Il s'agit plut&#244;t ici de la d&#233;signation d'une certaine classe d'&#226;ge, arriv&#233;e &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;maturit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; politique et sociale dans la fin des ann&#233;es 1990, et qui partage un ensemble de r&#233;f&#233;rences et de r&#233;f&#233;rents sociaux (pour partie) et surtout culturels importants. Ce qui n'annule bien entendu pas les nombreuses diff&#233;renciations que peuvent induire la diversit&#233; des origines sociales et &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ethniques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des membres de ce groupe g&#233;n&#233;rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lo&#239;c Wacquant, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;a href=&#034;http://quefaire.lautre.net/Entretien-avec-Loic-wacquant&#034; class='spip_in'&gt;Interview &#224; propos des &#233;meutes en banlieues de novembre 2005&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in &lt;i&gt;Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;, n&#176;4, juillet/septembre 2006, p.30-35, p.35&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Galland, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb26'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robi Morder, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Post-scriptum&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in Robi Morder, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 267-268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb27'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur le blog&#160;: &lt;a href=&#034;http://appeljeunes.com/&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://appeljeunes.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb28'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Keny Arkana, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La Rage&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, in &lt;i&gt;Entre ciment et belle &#233;toile&lt;/i&gt;, octobre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Afrique du sud&#160;: pointe avanc&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme en Afrique</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/L-Afrique-du-sud-pointe-avancee-du</link>
		<guid isPermaLink="true">http://quefaire.lautre.net/L-Afrique-du-sud-pointe-avancee-du</guid>
		<dc:date>2009-09-15T12:42:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dani&#232;le Obono</dc:creator>


		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la fin de l'apartheid, l'Afrique du sud est r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233;e comme un &#8216;mod&#232;le' pour le reste du continent africain. En plus de son poids politique, &#233;conomique et strat&#233;gique r&#233;el, l'apport historique de ce pays en terme de luttes de masse des opprim&#233;s et des exploit&#233;s, et donc d'exp&#233;riences et de le&#231;ons pour l'ensemble du mouvement ouvrier en Afrique et ailleurs, appelle une attention particuli&#232;re &#224; la trajectoire et aux dynamiques qui s'y d&#233;veloppent actuellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Politique h&#233;g&#233;monique sur le (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no03-avril-juin-2006" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;03 - Avril/juin 2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Imperialisme" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Racisme" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la fin de l'apartheid, l'Afrique du sud est r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233;e comme un &#8216;mod&#232;le' pour le reste du continent africain. En plus de son poids politique, &#233;conomique et strat&#233;gique r&#233;el, l'apport historique de ce pays en terme de luttes de masse des opprim&#233;s et des exploit&#233;s, et donc d'exp&#233;riences et de le&#231;ons pour l'ensemble du mouvement ouvrier en Afrique et ailleurs, appelle une attention particuli&#232;re &#224; la trajectoire et aux dynamiques qui s'y d&#233;veloppent actuellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Politique h&#233;g&#233;monique sur le continent&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expansionnisme &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une des premi&#232;res donn&#233;es g&#233;n&#233;rales importantes &#224; analyser sur l'Afrique du sud est sa place dans les rapports de forces &#233;conomiques mondiaux. Par exemple, c'est ainsi que le magazine attitr&#233; de l'establishment africain d&#233;crit le positionnement du pays&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s tant d'ann&#233;es d'autarcie l'Afrique du sud a fait le pari de la mondialisation. La reconversion de l'appareil productif &#8211; au prix de centaines de milliers de licenciements visant &#224; le rendre plus comp&#233;titif &#8211; et la lib&#233;ralisation des &#233;changes ont favoris&#233; son int&#233;gration dans l'&#233;conomie mondiale&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Augusta Conchiglia, &#171;&#160;L'Afrique du sud, puissance h&#233;g&#233;monique&#160;?&#160;&#187;, G&#233;opolitique (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Afrique du sud a ainsi r&#233;ussi son int&#233;gration dans l'&#233;conomie capitaliste mondiale, et se positionne largement comme un des premi&#232;res puissances &#233;conomiques sur le continent africain, avec par exemple le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PIB&lt;/span&gt; le plus &#233;lev&#233; du continent (130 milliards de dollars en 2003 contre 60 pour l'Alg&#233;rie et 40 pour le Nigeria). Depuis plusieurs ann&#233;es le pays fait m&#234;me preuve d'un expansionnisme &#233;conomique continental qui fr&#244;le la tentative d'h&#233;g&#233;monisme (sous)imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les investissements sud-africains ont en effet su profiter de la vague de lib&#233;ralisation impos&#233;e en Afrique par les programmes de r&#233;ajustements structurels et l'ouverture de nouveaux march&#233;s, rendue possible par la fin des conflits touchant la r&#233;gion (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RDC&lt;/span&gt;, Angola) . Ils sont pass&#233;s de 1 milliards de dollars en 1991 &#224; 9 milliards en 2002. Les exportations de capitaux ont quant &#224; elles augment&#233; &#224; 10 milliards de dollars de 1995 &#224; 2003, soit 60&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% du total des investissements &#233;trangers directs sur le continent. Les entreprises sud africaines sont ainsi en premi&#232;re ligne sur le continent. Les sept seules compagnies africaines parmi les cinquante plus importantes multinationales bas&#233;es dans les pays &#8216;en voie de d&#233;veloppement' sont sud africaines, parmi lesquelles&#160;: la compagnie papeti&#232;re Sappi, la compagnie p&#233;trochimique Sasol, la compagnie de t&#233;l&#233;communication &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MTN&lt;/span&gt;, les brasseries &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SAB&lt;/span&gt; Mille (2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; mondiale) et le g&#233;ant minier Anglogold (1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; producteur mondial). Cet expansionnisme &#233;conomique se d&#233;veloppe principalement autour des secteurs minier et aurif&#232;re, ainsi que du contr&#244;le des sources &#233;nerg&#233;tiques et hydrauliques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette dynamique &#233;conomique n'est pas sans cr&#233;er certaines tensions et inqui&#233;tudes parmi ses &#8216;comp&#233;titeurs' africains, tellement la politique d'exportation sud-africaine est jug&#233;e parfois trop &#8216;agressive'. Ainsi en Afrique australe o&#249; l'Afrique du sud repr&#233;sente 80&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de l'&#233;conomie des pays de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SADC&lt;/span&gt; (acronyme anglais de la communaut&#233; pour le d&#233;veloppement de l'Afrique australe qui regroupe &#8230;..) et o&#249; l'h&#233;ritage des ann&#233;es d'apartheid pendant lesquels le pouvoir blanc imposait des accords &#233;conomiques totalement d&#233;s&#233;quilibr&#233;s aux pays de la r&#233;gion, sans compter les nombreuses interventions militaires meurtri&#232;res, le nouvel &#8216;imp&#233;rialisme' &#233;conomique sud-africain est tr&#232;s mal per&#231;ue. Mais c'est de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale que les vell&#233;it&#233;s sud-africaines de se poser en puissance continentale ont suscit&#233; la m&#233;fiance d'une partie des classes dirigeantes africaines. Il a alors fallu une sensible r&#233;orientation de la politique &#233;trang&#232;re du r&#233;gime post-apartheid, amorc&#233;e v&#233;ritablement avec l'accession de Thabo Mbeki &#224; la pr&#233;sidence en 1999, pour que la strat&#233;gie h&#233;g&#233;monique sud africaine puisse finalement s'imposer, m&#234;me si elle repose sur des bases encore fragiles. Pour mieux faire passer la rapacit&#233; &#233;conomique de son capital l'Etat sud africain s'est ainsi dot&#233; d'une nouvelle rh&#233;torique et de tout un programme politique &#8216;panafricaniste' afin de rallier les sceptiques et les h&#233;sitants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034;Renaissance africaine&#034; et Nepad&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On observe en effet deux phases distinctes dans la politique sud-africaine face au reste du continent. De 1994 &#224; 1998 en gros, la &#8216;croisade' droit de l'hommiste port&#233;e par le charisme d'un Nelson Mandela a malgr&#233; tout tr&#232;s vite montr&#233; les limites d'un unilat&#233;ralisme &#8216;donneur de le&#231;ons' &#224; la mani&#232;re des puissances occidentales, et qui cachait mal la p&#233;n&#233;tration agressive et croissante des capitaux sud-africains un peu partout sur le continent. En 1999, elle a fait place une strat&#233;gie plus &#8216;pragmatique' et multilat&#233;rale de Thabo Mbeki qui s'est beaucoup plus appuy&#233; sur les outils institutionnels tels que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SADC&lt;/span&gt; et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OUA&lt;/span&gt; pour d&#233;gager un consensus continental sur les grandes lignes de sa nouvelle vision pour une &#8216;renaissance africaine'. Ce th&#232;me n'&#233;tait certes pas absent de l'offensive diplomatique sud-africaine au temps de Mandela et il y a une vraie continuit&#233; id&#233;ologique entre les deux pr&#233;sidences. La diff&#233;rence est plut&#244;t dans la d&#233;marche g&#233;n&#233;rale, beaucoup plus inclusive &#224; partir de l'arriv&#233;e au pouvoir de Thabo Mbeki. Ce nouveau projet politique qui a remplac&#233; le nationalisme panafricain des ann&#233;es 1960-70 et l'afro-pessimisme des ann&#233;es 1980 est cens&#233; redonner des perspectives politiques et id&#233;ologiques aux &#233;lites africaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La Renaissance africaine sugg&#232;re un effort continental conduit par l'Afrique du Sud afin de promouvoir une th&#232;se famili&#232;re du type &#8220;fin de l'histoire&#8221;&#8230; La Renaissance africaine telle qu'elle est per&#231;ue par l'Afrique du Sud (le choix des mots est ici important) serait incarn&#233;e par une cha&#238;ne d'&#233;conomies qui, avec le temps, pourraient devenir l'&#233;quivalent africain des Tigres asiatiques&#8230; Dans cette interpr&#233;tation, la Renaissance africaine d&#233;finit l'Afrique comme un march&#233; prosp&#232;re en pleine expansion, &#224; c&#244;t&#233; de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique du Nord, un march&#233; dans lequel le capital sud-africain est appel&#233; &#224; jouer un r&#244;le particulier &#224; travers le d&#233;veloppement du commerce, de partenariats strat&#233;giques, etc. Pour son action en faveur de la globalisation, le continent offrira &#224; l'Afrique du Sud une option pr&#233;f&#233;rentielle sur ce que sont ses largesses traditionnelles&#160;: le p&#233;trole, les min&#233;raux et les mines. &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='P. Vale et S. Maseko, &#171;&#160;South Africa and the African Renaissance&#160;&#187;, (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le pr&#233;sident sud-africain s'est fait le h&#233;raut de cette politique, tout d'abord aupr&#232;s des grandes puissances occidentales aupr&#232;s desquelles il est all&#233; chercher l'approbation primordiale, puis aupr&#232;s de ses coll&#232;gues dirigeants africains. A force de n&#233;gociations et de compromis il a ainsi r&#233;ussi &#224; faire accepter comme nouvelle strat&#233;gie de d&#233;veloppement pour le continent son Nepad (acronyme anglais pour le Nouveau partenariat pour le d&#233;veloppement de l'Afrique) en concertation notamment avec ses confr&#232;res s&#233;n&#233;galais, alg&#233;rien et nig&#233;rian (A. Wade, A. Bouteflika et O. Obasanjo).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif de ce projet est de combler le foss&#233; entre l'Afrique et les pays d&#233;velopp&#233;s et d'int&#233;grer le continent au sein de l'&#233;conomie mondiale avec une double strat&#233;gie&#160;: la mise en avant de la r&#233;gion comme espace central de d&#233;veloppement et l'appel au secteur priv&#233; comme acteur cl&#233; de la croissance et de l'investissement. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;C'est Mbeki (&#8230;) qui a tout fait pour tisser des liens &#233;troits avec les grandes puissances, avant m&#234;me le lancement du Nepad. Pour l'essentiel, le Nepad sert les int&#233;r&#234;ts des fractions du capital orient&#233;es vers l'ext&#233;rieur, et c'est sur cette base que se sont regroup&#233;es les &#233;lites africaines qui voient leur pays en butte aux m&#234;mes politiques commerciales protectionnistes du Nord. Plut&#244;t que de repenser l'architecture du commerce mondial, le Nepad et l'Afrique du Sud essaient d'acclimater le n&#233;olib&#233;ralisme &#224; tous les pays africains. Le Nepad peut donc &#234;tre d&#233;crit comme une tentative d'insertion plus profonde de l'Afrique dans l'ordre capitaliste mondial, mais selon des termes ren&#233;goci&#233;s octroyant quelques faveurs aux &#233;lites africaines les plus extraverties&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ian Taylor, &#171;&#160;La politique sud africaine et le Nepad&#160;&#187;, Politique africaine, (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le nouveau gendarme du continent&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un des facteurs majeurs qui a permis &#224; Thabo Mbeki de surmonter les r&#233;ticences de ses pairs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Ces derniers &#233;taient moins d&#233;rang&#233;s par l'id&#233;e d'une &#171;&#160;projection de l'Afrique (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; son alliance avec un certain nombre d'autres dirigeants africains, notamment avec le Nig&#233;rian O. Obasanjo. Etant donn&#233; en effet la taille et l'importance de ce pays sur le continent, qui fait figure de seconde puissance continentale apr&#232;s l'Afrique du sud justement, ce partenariat strat&#233;gique entre les deux &#8216;grands' de l'Afrique, bien qu'encore assez fragile car il repose essentiellement sur les relations entre les deux dirigeants, a &#233;t&#233; fructueux &#224; plusieurs niveaux. Outre une augmentation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes commerciaux entre les deux pays (de 100 millions de dollars en 1999 &#224; 500 millions en 2002, le Nigeria &#233;tant devenu le 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; partenaire africain de l'Afrique du sud), la collaboration diplomatique nig&#233;riano-sud-africaine a gagn&#233; la remise en cause commune du principe d'inviolabilit&#233; des Etats de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OUA&lt;/span&gt; (Organisation de l'unit&#233; africaine), ce qui permet d&#233;sormais &#224; la nouvelle Union africaine (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UA&lt;/span&gt;) qui a remplac&#233; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OUA&lt;/span&gt; en 2002, de d&#233;cider des interventions dans les affaires int&#233;rieures d'un &#201;tat membre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette &#8216;victoire', salu&#233;e comme telle par de nombreux commentateurs &#233;trangers qui se f&#233;licitent ainsi en gros du fait que les Africains eux-m&#234;mes feront le m&#233;nage chez eux entre eux, correspond &#224; la volont&#233; politique des puissances internationales de &#8216;d&#233;l&#233;guer' aux dirigeants locaux la gestion des crises internes, afin d'&#234;tre le moins possible tax&#233;es d'interventionnisme abusif. Elle rejoint les ambitions du &#8216;sous-imp&#233;rialisme' sud-africain, et dans une moindre mesure de l'h&#233;g&#233;monisme r&#233;gional nig&#233;rian, et s'est traduit par l'implication de plus en plus grande des arm&#233;es de ces deux pays dans les conflits africains. Ainsi, apr&#232;s avoir &#8216;restructur&#233;' l'arm&#233;e de l'apartheid d&#233;sormais command&#233;e par des officiers noirs, dont la plupart sont les anciens militants de la branche arm&#233;e du mouvement de lib&#233;ration nationale qui organisaient la gu&#233;rilla contre le r&#233;gime Blancs et son arm&#233;e (sic), l'Afrique du sud s'est impliqu&#233;e dans des op&#233;rations de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;maintien de la paix, gouvernance et reconstruction post-conflit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un certain nombre de pays dont le Rwanda, le Burundi, la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, la Guin&#233;e Bissau, la C&#244;te d'ivoire, le Liberia, le Mali Sao Tom &#233; Princip&#233;, la Somalie et le Soudan. Ce sont, m&#234;me si ils n'en ont pas encore les forces suffisantes, les nouveaux &#8216;gendarmes' du continent, qui comme tout bon gendarme, ne r&#233;pugnent pourtant pas &#224; armer ou soutenir logistiquement des bellig&#233;rants, &#224; travers les ventes d'armes et entreprises de mercenariat plus ou moins officielles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir &#224; ce sujet Jean-Fran&#231;ois Bayart, Stephen Ellis et B&#233;atrice Hibou, &#171; (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alli&#233; &#224; une diplomatie qui a enregistr&#233; quelques succ&#232;s notamment avec la m&#233;diations et les accords de paix en &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RDC&lt;/span&gt; en 2002, et malgr&#233; des d&#233;buts difficiles, l'interventionnisme militaire, aujourd'hui sous couvert &#8216;humanitaire' ou de m&#233;diation, participe amplement au renforcement des int&#233;r&#234;ts politiques, &#233;conomiques et strat&#233;giques de l'Afrique du sud en tant que puissance moyenne &#233;mergente. Mais cette politique h&#233;g&#233;monique n'est pas sans contradictions, dont la plus forte n'est rien moins que sa propre situation et politique int&#233;rieure, qui influe &#224; la fois sur sa cr&#233;dibilit&#233; continentale et sa capacit&#233; &#224; mettre en ouvre son orientation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#8216;nouvelle' Afrique du sud&#160;: postapartheid et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s la fin de l'apartheid, le formidable espoir de lib&#233;ration et d'&#233;mancipation des millions de sud africains, pour la grande majorit&#233; noirs et pauvres, qui avaient port&#233; au pouvoir l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; sont loin d'avoir &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;, et de plus en plus loin de l'&#234;tre. Selon l'indicateur du d&#233;veloppement humain (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IDH&lt;/span&gt;) du Programme des nations unies pour le d&#233;veloppement (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PNUD&lt;/span&gt;), l'Afrique du Sud a recul&#233; de 35 places dans leur classement entre 1990 et 2005, constatant l'appauvrissement g&#233;n&#233;ral de la population. Le pays est toujours min&#233; par des in&#233;galit&#233;s sociales extr&#234;mes&#160;: 51&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% du revenu national annuel est d&#233;tenu par 10&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des foyers les plus riches contre moins de 4&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de ce revenu pour les 40&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des foyers les plus pauvres. 50&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la population vit sous le seuil de pauvret&#233; avec 25&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de ch&#244;mage selon les chiffres officiels. Cette situation socio-&#233;conomique particuli&#232;rement grave a conduit &#224; un niveau de criminalit&#233; et de violence parmi les plus forts du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour certains ce constat justifie l'affirmation que les espoirs suscit&#233;s par la fin de l'apartheid &#233;taient irr&#233;alistes et devaient immanquablement faire face &#224; la r&#233;alit&#233; de l'exercice du pouvoir et de la gestion des affaires par les vainqueurs de la lutte de lib&#233;ration. Ce sont donc les masses qui ont eu tort de croire trop fort &#224; une rapide transformation sociale et &#233;conomique de leur vie et de leur soci&#233;t&#233;, en m&#234;me temps que la victoire politique. La v&#233;rit&#233;, comme toujours, est ailleurs. Si l'espoir d'une grande majorit&#233; de sud africain d'un changement profond de soci&#233;t&#233; ne s'est pas r&#233;alis&#233; ce n'est pas parce qu'il &#233;tait mal fond&#233;, mais surtout parce qu'il &#233;tait mal plac&#233; et mal dirig&#233;. C'est dans l'acceptation du syst&#232;me capitaliste et la conversion au n&#233;olib&#233;ralisme de la direction du mouvement qu'il faut chercher les raisons du &#8216;g&#226;chis' sud africain.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; &#224; l'&#233;preuve du pouvoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En avril 1994 c'est le parti de Nelson Mandela l'&lt;i&gt;African National Congress&lt;/i&gt; (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;) qui remporte &#224; une &#233;crasante majorit&#233; les premi&#232;res &#233;lections libres d'Afrique du sud. Sur la base d'un compromis n&#233;goci&#233; pendant la transition (1990-1994) entre l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; et le Parti national (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NP&lt;/span&gt;), le parti Afrikaner au pouvoir depuis 1948 et artisan du syst&#232;me de l'apartheid, un gouvernement d'union national est form&#233;. Les termes du compromis sont globalement les suivants&#160;: la transformation de l'Afrique du sud en une d&#233;mocratie lib&#233;rale bourgeoise non raciale gouvern&#233;e pendant la p&#233;riode de transition par une coalition gouvernementale form&#233;e de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NP&lt;/span&gt; et l'&lt;i&gt;Inkhata Freedom Party&lt;/i&gt; (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IFP&lt;/span&gt;), parti tribaliste zoulou. C'est le r&#233;sultat d'un &#233;quilibre des forces depuis le milieu des ann&#233;es 1980 qui a contraint le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NP&lt;/span&gt; &#224; accepter de n&#233;gocier la fin de l'apartheid face &#224; la persistance d'un puissant mouvement de masse anti apartheid, mais aussi les dirigeants de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; &#224; renoncer &#224; la lutte arm&#233;e comme moyen de la lib&#233;ration nationale. Malgr&#233; tout ce ne furent pas simplement les talents de n&#233;gociateur des dirigeants de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; mais bien gr&#226;ce les mobilisations des masses, tout au long du processus de transition, qui permirent d'arracher l'essentiel des concessions aux politiciens de l'apartheid. Le rapport de force est ainsi largement en faveur de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;, qui est la premi&#232;re formation politique du pays et va d'ailleurs accro&#238;tre sa domination aux &#233;lections de 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le parti, qui repr&#233;sente plus que tout autre la longue lutte et la victoire contre l'apartheid, est soutenu au sein d'une Alliance tripartite par le &lt;i&gt;Parti communiste d'Afrique du sud&lt;/i&gt; (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt;) et la Cosatu, la puissante conf&#233;d&#233;ration syndicale. L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; est depuis son origine en 1912 un parti nationaliste typique, de centre gauche, globalement d'id&#233;ologie social-d&#233;mocrate. Les particularit&#233;s du mouvement de lib&#233;ration national sud africain lui ont donn&#233; un caract&#232;re tr&#232;s ouvert de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale (parti nationaliste multiracial par principe) et sensibles notamment &#224; de nombreuses influences sur sa gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#233;clar&#233; ill&#233;gal en 1950 et cible particuli&#232;re du premier gouvernement de (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi les intellectuels et activistes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt;, vont largement influencer le programme politique et l'orientation strat&#233;gique du mouvement dans son ensemble. Pendant longtemps ces derniers ont d&#233;fendu la strat&#233;gie &#8216;&#233;tapiste' d&#233;riv&#233;e de l'orthodoxie staliniste qui pr&#233;conisait de gagner d'abord la lib&#233;ration nationale au moyen d'alliances d&#233;mocratiques larges comprenant toutes les classes des populations opprim&#233;es ainsi que des Blancs anti-apartheid&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et seulement apr&#232;s se poserait la question du socialisme. Selon les p&#233;riodes du mouvement et son radicalisme, les &#8216;deux &#233;tapes' ont pu plus ou moins co&#239;ncider en pratique, mais la strat&#233;gie d'ensemble est rest&#233;e celle l&#224;. Cependant, &#224; l'approche de la transition au d&#233;but des ann&#233;es 1990 et surtout avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc sovi&#233;tique, les penseurs et th&#233;oriciens du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt; et de l'alliance se sont retrouv&#233;s sans plus de perspectives &#8216;socialistes' cr&#233;dibles &#224; d&#233;fendre et ont progressivement abandonn&#233; la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire pour une vision r&#233;formiste plus ou moins explicite mais globalement celle de la social d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le changement de perspectives dans la gauche et les syndicats se traduit tr&#232;s vite par un soutien de plus en plus marqu&#233; &#224; une strat&#233;gie de construction nationale post-apartheid bas&#233;e sur l'id&#233;e d'un contrat social unissant l'Etat, le mouvement ouvrier et les capitalistes autour d'un programme o&#249; les syndicats accepteraient des contrainte salariales en &#233;change d'une politique &#233;conomique de r&#233;duction du ch&#244;mage et de la pauvret&#233;. La Cosatu accepta ainsi par exemple de prendre part aux structures de consultation et de n&#233;gociations du gouvernement &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NP&lt;/span&gt; de F. de Klerk. Pour les conseillers &#233;conomiques de la centrale syndicale cette d&#233;cision s'inscrivait dans la nouvelle perspective d'un changement &#233;conomique et social sur la base d'une strat&#233;gie de &#8216;Croissance par la redistribution'. Il s'agit de d&#233;velopper &#224; la fois la cr&#233;ation d'emplois et la production de biens de consommation de base, favorisant la croissance par une redistribution rapide et extensive de la richesse. Ainsi par exemple, le capital pourrait &#234;tre transf&#233;r&#233; de la sp&#233;culation boursi&#232;re vers des industries l&#233;g&#232;res produisant des biens de consommation bon march&#233; ou l'expansion d'infrastructures comme l'&#233;lectricit&#233; ou le t&#233;l&#233;phone, pour les townships noirs en particulier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez ses plus sinc&#232;res d&#233;fenseurs cette nouvelle orientation r&#233;formiste r&#233;pondait n&#233;anmoins &#224; un r&#233;el souci d'am&#233;liorer les conditions mat&#233;rielles de la majorit&#233; des Noirs opprim&#233;s sous l'Apartheid. Mais les nouveaux sociaux d&#233;mocrates sud africains ne prirent nullement en compte les probl&#232;mes et contraintes structurelles d'un capitalisme mondial incapable d&#233;sormais d'accorder les m&#234;mes marges de man&#339;uvres et concessions socio-&#233;conomiques que dans les p&#233;riodes d'apr&#232;s guerre et du boom des ann&#233;es 1960. Le programme &#233;lectoral, le Reconstruction and Development Programme (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RDP&lt;/span&gt;), sur lequel l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; fit sa campagne de 1994 soutenue par l'Alliance tripartite, pr&#233;voyait ainsi bien un volet social tr&#232;s ambitieux et a eu un certain nombre d'effets positifs non n&#233;gligeables, m&#234;me si c'&#233;tait encore loin du compte. Mais la &#8216;r&#233;alit&#233;s' des rapports de forces &#233;conomiques et les contraintes de d&#233;veloppement du capitalisme sud africain ont tr&#232;s vite mis au rencard ce programme &#8216;r&#233;formiste minimal' pour une orientation &#233;conomique plus franchement n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la social d&#233;mocratie au social-lib&#233;ralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle politique macro-&#233;conomique est ainsi d&#233;voil&#233;e en 1996&#160;: le Growth Employment and Redistribution (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GEAR&lt;/span&gt;) qui se fixe comme objectifs une croissance annuelle de 10% des exportations de produits manufactur&#233;s et une augmentation de 36% des &#233;changes commerciaux avec l'Afrique. Ce sera &#233;galement la pierre angulaire de la politique ext&#233;rieure, &#224; travers l'&#233;laboration du Nepad. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GEAR&lt;/span&gt;, lanc&#233; par Thabo Mbeki lui-m&#234;me, alors vice-pr&#233;sident, r&#233;sultait d'une convergence d'int&#233;r&#234;ts&#160;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;, mise sous pression par des conseillers de l'ancien r&#233;gime, par des &#233;conomistes de la Banque mondiale et du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FMI&lt;/span&gt; et des experts issus du monde des affaires, [&#8230;] remit en cause la priorit&#233; accord&#233;e aux d&#233;penses sociales et, &#224; la place, adopta une strat&#233;gie &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale d'exportation qui mettait l'accent sur l'&#233;conomie de march&#233;, la discipline fiscale et la consolidation de la confiance des milieux d'affaires, m&#234;me si cela impliquait de faire des coupes afin d'&#234;tre comp&#233;titifs dans l'&#233;conomie globale.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='N. Murray, &#171;&#160;Somewhere over the rainbow. A journey to the new South Africa&#160;&#187;, (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour F. Barchiesi ce changement de politique fut m&#234;me moins d&#233;pendant de la crise &#233;conomique et des contraintes ext&#233;rieures que des d&#233;bats strat&#233;giques internes entre l'Etat et le capital.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='F. Barchiesi, &#171;&#160;Labour, Neoliberalism and Democratic Politics in Nigeria and (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoiqu'il en soit le gouvernement et son parti du passer en force pour faire accepter ce changement de cap. Comme le rapporte Ian Taylor, programme du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GEAR&lt;/span&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;fut rendu public sans aucune r&#233;serve ni consultation avec les partenaires de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; au gouvernement &#8211; Cosatu et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SAPC&lt;/span&gt;. M&#234;me des dirigeants importants de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; ne furent pas inform&#233;s de son contenu. R&#233;dig&#233; par une petite &#233;quipe d'experts et de techniciens, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GEAR&lt;/span&gt; fut &#233;labor&#233; &#224; partir d'un mod&#232;le de la Banque centrale sud-africaine d&#233;j&#224; utilis&#233; dans les ann&#233;es de l'apartheid et d&#233;crit comme &#8216;l'un des plus conservateurs que l'on puisse choisir aujourd'hui'. (&#8230;) L'id&#233;ologie du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GEAR&lt;/span&gt; &#233;tait en parfaite coh&#233;rence avec le tr&#232;s fort consensus sur l'efficacit&#233; du syst&#232;me de march&#233; (&#8230;). Alors que ce nouveau plan stup&#233;fiait de nombreux &#233;l&#233;ments de gauche &#224; l'int&#233;rieur de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; et de ses alli&#233;s, il attestait tr&#232;s clairement la pr&#233;&#233;minence, au sein du gouvernement, de l'orthodoxie n&#233;olib&#233;rale et faisait de la croissance, plus que de la redistribution, une exigence du d&#233;veloppement.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Ian Taylor, &#171;&#160;La politique sud africaine et le Nepad&#160;&#187;, Politique africaine, (...)' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais il put s'appuyer sur un certain nombre d'alli&#233;s que sa politique avait justement permis de faire &#233;merger et de consolider, au sein du pouvoir et de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La nouvelle bourgeoisie noire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'accession au pouvoir de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; fut en effet accompagn&#233;e par l'arriv&#233;e d'un grand nombre de militants et cadres du mouvement de lib&#233;ration &#224; de nombreux postes souvent tr&#232;s bien pay&#233;s de l'appareil d'Etat (minist&#232;res, consultants, haut fonctionnariat, d&#233;put&#233;s, etc.). Selon un processus assez semblable finalement &#224; celui observ&#233; dans les anciennes colonies du continent au moment des ind&#233;pendances des ann&#233;es soixante, une &#233;lite dirigeante majoritairement blanche et raciste a c&#233;d&#233; la place &#224; une &#233;lite un peu plus multiraciale avec la formation d'une couche de nouveaux bourgeois noirs. Si il n'y a pas eu de redistribution de la richesse qui est rest&#233;e entre les mains d'une minorit&#233;, une partie de la petite bourgeoisie noire a r&#233;ussi &#224; s'&#233;lever socialement gr&#226;ce aux politiques gouvernementales d'&lt;i&gt; &#034;affirmative action&#034;&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;&#034;black economic empowerment&#034;&lt;/i&gt;. La politique d'affirmative action vise officiellement &#224; promouvoir une meilleure repr&#233;sentation de la majorit&#233; noire dans les diff&#233;rents secteurs du pays (administration, services publics et parapublics, soci&#233;t&#233;s nationalis&#233;es et priv&#233;es). Ainsi, dans de nombreux secteurs, des Blancs ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; faire valoir leurs droits &#224; la retraite ou &#224; accepter des licenciements, moyennant une forte indemnit&#233; de d&#233;part. Mais il appara&#238;t de plus en plus clairement qu'elle n'a substantiellement vraiment profit&#233; qu'aux proches de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; et favoris&#233; la constitution d'une classe moyenne noire qui s'est empress&#233;e d'investir certains quartiers chics r&#233;serv&#233;s autrefois aux seuls Blancs au lieu d'aider au d&#233;veloppement des anciens townships.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, de nombreuses entreprises sud-africaines embauchaient des Noirs souvent pour de la figuration afin de se conformer aux exigences du gouvernement dans le cadre de &#034;Black empowerment&#034;. C'est ainsi que par exemple, sur la base du volontariat, pratiquement tous les grands groupes miniers et les banques ont c&#233;d&#233; entre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir notamment Martin Jansen, The State of COSATU, the Social Movements and (...)' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et 26&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de leur capital &#224; des Noirs, Indiens et M&#233;tis. Cette politique l&#224; encore n'a vraiment permis qu'&#224; une petite &#233;lite noire, issue des leaders de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;, de se reconvertir avec succ&#232;s dans les affaires en b&#233;n&#233;ficiant de grosses cessions de capital d'entreprises. Le plus riche d'entre eux est Patrice Motsepe qui a accumul&#233; une fortune de plus de 500 millions de dollars en &#224; peine dix ans. Depuis 2000, des objectifs pr&#233;cis ont &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;s dans certains secteurs (mines, banques, distribution du p&#233;trole, etc.). Ainsi, selon la charte mini&#232;re de 2002 toutes les compagnies doivent c&#233;der 26&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de leur capital d'ici &#224; 2014. Les Noirs devront repr&#233;senter 40&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des cadres en 2009. Mais les entreprises et capitalistes sud africains ont un int&#233;r&#234;t certain &#224; participer &#224; cette politique&#160;: cela leur donne ainsi des &#8216;passes' d'entr&#233;e dans les plus aux hauts minist&#232;res, gr&#226;ce aux liens et connaissances de nombre de ces anciens &#8216;camarades' devenus millionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; b&#233;n&#233;ficie encore d'un large soutien populaire c'est bien cette &#233;troite couche de la bourgeoisie noire qui constitue sa base sociale dominante. Sa politique est directement d&#233;finie pour d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts, qui sont intimement li&#233;s au capital monopolistique sud africain. Ainsi s'est effectu&#233;e la conversion des &#233;lites dirigeantes noires au n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sistances et mouvements sociaux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec patent de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; &#224; transformer la soci&#233;t&#233; sud africaine et sa conversion au n&#233;olib&#233;ralisme a cr&#233;&#233; malaise, tensions et finalement r&#233;sistances au sein du mouvement de masse qui l'avait port&#233; au pouvoir, &#224; commenc&#233; au sein de ses alli&#233;s historiques de la Cosatu et de Sacp. Mais ces derniers portent &#233;galement une responsabilit&#233; certaine dans les nouvelles orientations prises par l'Anc au sein de l'Alliance tripartite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le malaise des alli&#233;s historiques (Sacp et Cosatu)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, que ce soit pendant les &#233;lections de 1994 ou de 1999, plusieurs membres dirigeants de la Cosatu sont devenus d&#233;put&#233;s, parlementaires ou &#233;lus locaux et provinciaux. Ces membres ont souvent &#233;t&#233; mis en avant au sein du gouvernement par exemple, pour soi disant &#8216;repr&#233;senter' les int&#233;r&#234;ts du mouvement ouvrier. Mais aucun n'a fait preuve au cours de ces ann&#233;es de la moindre volont&#233; de se battre pour les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233;, bien au contraire. Certains ont m&#234;me &#233;t&#233; parmi les plus fervents d&#233;fenseurs des politiques les plus antisociales mises en place par les gouvernements successifs. Ces &#233;volutions sont loin d'&#234;tre des caract&#233;ristiques personnelles ou des trajectoires purement individuelles. Au-del&#224; des scandales financiers et des affaires de corruption dans lesquelles se retrouvent trop souvent quelques uns de ces anciens leaders du mouvement, leurs actions sont &#224; mettre en lien avec l'orientation id&#233;ologique et ses cons&#233;quences pratiques qui ont &#233;merg&#233; au cours des ann&#233;es 1990 au sein de ces organisations. La direction de la Cosatu a ainsi effectu&#233; un net tournant &#224; droite en abandonnant ce qui avait fait pr&#233;cis&#233;ment sa force pendant la lutte anti-apartheid, c'est-&#224;-dire un syndicalisme radical et militant, pour une politique plus corporatiste et co-gestionnaire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='footnote' title='F. Barchiesi, op. cit., p.199.' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Comme l'explique F. Barchiesi, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le radicalisme de la Cosatu &#233;tait efficace quand l'Etat de l'apartheid &#233;tait affaibli par l'isolement international mais subit de nouvelles contraintes de la part des nouvelle institutions d&#233;mocratiques dans un contexte de lib&#233;ralisation &#233;conomique et de soutien du capital transnational au gouvernement de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='footnote' title='F. Barchiesi, ibid., p.206.' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi comme le montre le chercheur, l'h&#233;g&#233;monie du mouvement ouvrier en termes de mobilisation de masses a &#233;t&#233; remplac&#233;e par l'h&#233;g&#233;monie de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; en tant que principale force de transformation sociale. Comme dans un syst&#232;me de vase communicant, l'Alliance tripartite a fonctionn&#233; dans le sens d'une &#8216;aspiration' du pouvoir de la Cosatu en tant que force ind&#233;pendante au profit d'une certaine influence au sein du gouvernement. Influence qui s'est vite r&#233;v&#233;l&#233;e toute relative, au vue du peu de cas dont continue &#224; faire preuve le gouvernement &#224; l'&#233;gard des forces du mouvement ouvrier par rapport aux capitalistes. Ainsi &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;tandis que l'&#201;tat reconna&#238;t le r&#244;le du capital en tant que partenaire faisant face &#224; des dynamiques &#8216;internationales', le r&#244;le de monde ouvrier est de mobiliser sa base au sein d'un projet de d&#233;veloppement d&#233;fini et dirig&#233; par l'Etat pour servir les &#8216;vrais' int&#233;r&#234;ts (&#8230;) de la classe ouvri&#232;re. (&#8230;) L'institutionnalisation du mouvement ouvrier dans un contexte d'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale a permis d'appeler &#224; sa d&#233;mobilisation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Martin Jansen, op. cit' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#201;tat sud-africain a ainsi mis en place un ensemble l&#233;gislatif et proc&#233;durier pour mieux institutionnaliser et contr&#244;ler le mouvement ouvrier, comme le Labour Relations Act de 1995, dont l'objectif affich&#233; est de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;de promouvoir la paix sociale comme moyen d'attirer la confiance du monde des affaires au niveau int&#233;rieur et international&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. De m&#234;me des structures comme le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NEDLAC&lt;/span&gt;, institution corporatiste constitu&#233;e de quatre chambres avec des repr&#233;sentants du gouvernement, du monde des affaires, du monde du travail et un &#8216;forum' des organisations de la soci&#233;t&#233; civile, participent de cette strat&#233;gie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation est devenue suffisamment probl&#233;matique aux yeux de tous que m&#234;me la direction de la Cosatu a &#233;t&#233; oblig&#233;e de reconna&#238;tre, dans un document interne, la nature antiouvri&#232;re et antisociale de la politique de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;. Malgr&#233; cela elle maintient toujours son soutien &#224; l'Alliance et &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;. Les solutions propos&#233;es pour inverser la tendance consistent &#224; (re)construire l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; par en bas afin d'influencer sa direction et de la pousser &#224; mener des politiques plus sociales. Cette strat&#233;gie fait totalement l'impasse sur les raisons objectives et id&#233;ologiques qui ont conduit l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; a embrasser le cr&#233;do lib&#233;rale, tout comme les profondes transformations qu'a subi ce parti au cours des derni&#232;res ann&#233;es, notamment en terme de bureaucratisation et de perte d'adh&#233;rents, qui en font un v&#233;ritable instrument de la classe dominante aujourd'hui. Ceci ne signifie pas sous estimer l'influence r&#233;formiste majoritaire que garde ce parti dans les masses, mais comprendre qu'il faudra plus qu'un toilettage institutionnel pour changer fondamentalement les donn&#233;es de la politique actuelle de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;. Ainsi le soutien apport&#233; par une bonne partie du mouvement syndical &#224; Jacob Zuma, ancien vice pr&#233;sident et hier encore grand favori &#224; la succession de Thabo Mbeki avant d'&#234;tre rattrap&#233; par des accusations de corruption qui ont sign&#233; sa &#8216;chute' politique. Derri&#232;re la d&#233;fense de cette figure qui est tr&#232;s loin d'&#234;tre celle d'un r&#233;el &#8216;r&#233;formateur', il y a bien la volont&#233; des dirigeants syndicaux de signifier &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; un certain d&#233;saveu de sa politique, personnifi&#233; par le pr&#233;sident Mbeki. Mais J. Zuma est loin d'&#234;tre une v&#233;ritable alternative. Il est plut&#244;t l'arbre qui cache la for&#234;t de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; en un parti de la classe dirigeante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gauche(s) radicale(s)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il est vrai n&#233;anmoins que le mouvement de soutien r&#233;el qui s'est d&#233;velopp&#233; derri&#232;re Zuma correspond &#224; une col&#232;re plus grande que les illusions des directions syndicales. C'est celle de millions de travailleurs et d'opprim&#233;s qui se sentent aujourd'hui trahis par l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; et consorts. Si Zuma a pu appara&#238;tre comme une opposition au sein du gouvernement, c'est qu'aucune autre force n'est parvenue &#224; &#233;merger comme une v&#233;ritable alternative &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt; n'est plus que l'ombre de ce qu'il &#233;tait, et de ce qu'il avait de meilleur. Comme l'explique A. Callinicos, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(&#8230;) bien que fortement soutenue par les meilleurs des ouvriers organis&#233;s et l'intelligentsia de gauche, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt; &#233;tait devenu une organisation social-d&#233;mocrate aux liens distendus&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Alex Callinicos, &#171;&#160;South Africa after apartheid&#160;&#187;, International socialism, n&#176; (...)' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; victime de la Chute du mur et de la fin des illusions port&#233;es en l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; comme la patrie du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;socialisme r&#233;el&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En pleine confusion id&#233;ologique ses dirigeants ont finalement embrass&#233; la social-d&#233;mocratie. Aujourd'hui, malgr&#233; une certaine influence dans de nombreux milieux, et loin de l'image que certains commentateurs ultra-lib&#233;raux d&#233;veloppent parfois de cette organisation comme l'&#233;minence grise ultra-radicale de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt; n'est en fait plus qu'un appendice de cette derni&#232;re dont elle soutient mordicus la politique. &#192; sa gauche aucune organisation significative n'&#233;merge comme point focal de la col&#232;re et des r&#233;sistances qui ont vu le jour au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Les diff&#233;rentes &#8216;sectes' d'extr&#234;mes gauches ont maintenu longtemps une attitude extr&#234;mement sectaire par rapport &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt;, notamment pendant la p&#233;riode cruciale du d&#233;but des ann&#233;es 1990 quand ces organisations repr&#233;sentaient v&#233;ritablement l'espoir de millions de sud-africains pour leur lib&#233;ration et leur &#233;mancipation, et que la principale d&#233;marcation &#233;tait alors entre ces derniers, notamment l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;, et les repr&#233;sentants de l'ordre ancien et d&#233;fenseurs de l'apartheid comme le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NP&lt;/span&gt;. Cette attitude les a coup&#233; de milliers de travailleurs qui soutenaient les partis de l'Alliance et ont vot&#233; massivement pour eux. Mais elle a eu &#233;galement pour cons&#233;quence de les rendre incapables de r&#233;pondre aux aspirations de ceux qui ont commenc&#233;, tr&#232;s vite, &#224; perdre leurs illusions vis-&#224;-vis du gouvernement d'union nationale et de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;. C'est donc majoritairement vers des courants &#8216;populistes', comme celui dirig&#233; par Winnie Mandela, que se sont tourn&#233;s dans un premier temps une majorit&#233; des d&#233;&#231;us, de plus en plus nombreux, de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux mouvements sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il serait faux de croire par l&#224; m&#234;me que le mouvement est pour autant totalement paralys&#233; et les r&#233;sistances inexistantes. Malgr&#233; la trahison de leurs dirigeants historiques les travailleurs sud-africains ont gard&#233; r&#233;activit&#233; et combativit&#233;. Si les chiffres des gr&#232;ves et des mouvements sociaux sont certainement loin des niveaux de mobilisation qui ont pu &#234;tre ceux des ann&#233;es de luttes anti apartheid, depuis 1994 la classe ouvri&#232;re sud africaine n'est pas rest&#233;e inactive face au attaques lib&#233;rales de &#8216;son' gouvernement. Les syndicats ont &#233;t&#233; souvent oblig&#233;s de suivre ou de soutenir ici et l&#224; les nombreux mouvements de gr&#232;ve qui se d&#233;veloppent. Ainsi en juin dernier, alors que la veille, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; comm&#233;morait &#224; Kliptown sur la place Walter Sisulu, l'adoption de la Charte de la Libert&#233;, des milliers de Sud-africains manifestaient, dans le cadre d'une campagne pour l'emploi et contre la pauvret&#233; men&#233;e par la Cosatu, pour d&#233;noncer une politique qui ne leur a toujours pas apport&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#224; tous emploi et s&#233;curit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme le dit la Charte de la Libert&#233;. De 1995 &#224; 2002, pr&#232;s de cinq millions de personnes sont entr&#233;es sur le march&#233; du travail mais seulement un million d'emplois ont &#233;t&#233; cr&#233;es. Les salaires restent tr&#232;s bas, maintenant ainsi la tradition du r&#233;gime d'apartheid qui reposait sur une main d'ouvre &#224; bon march&#233;. Les salaires &#224; moins de 1000 rands par mois (environ 120 euros) sont courants dans de nombreux secteurs d'activit&#233;. La gr&#232;ve organis&#233;e &#224; cette occasion &#233;tait suivie dans tous le pays dans les secteurs de la m&#233;tallurgie, des mines, du textile qui ont vu des milliers de postes de travail supprim&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet &#233;t&#233; &#233;galement a eu lieu la plus grande gr&#232;ve dans les mines d'or du pays depuis 18 ans. Les 10 000 mineurs blancs affili&#233;s au syndicat Solidarity se sont joints aux 100 0000 mineurs noirs du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUM&lt;/span&gt; qui avaient commenc&#233; la gr&#232;ve. Les mineurs demandaient notamment une augmentation de salaires qu'ils ont r&#233;ussi &#224; gagner. C'est que la gr&#232;ve paralyse les mines des principales compagnies sud-africaines, soit pr&#232;s de 90% de la production d'or du pays. En septembre 2004 ce sont &#233;galement des milliers de travailleurs de la fonction publique qui ont montr&#233; leur m&#233;contentement envers leur employeur en descendant dans la rue lors d'une autre gr&#232;ve &#8216;historique' revendiquant des augmentations de salaires et une am&#233;lioration des conditions de travail, et largement soutenus dans la population. Ces exemples sont loin d'&#234;tre anecdotiques. Ils traduisent la permanence d'une combativit&#233; au sein du mouvement ouvrier parmi le plus radical au monde il y a encore quelques ann&#233;es. A ces mobilisations des travailleurs s'ajoutent en outre celle de &#8216;nouveaux' mouvements sociaux, &#224; savoir celui des nombreuses coalitions et autres mouvements locaux en lutte contre les politiques n&#233;olib&#233;rales de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt; et leur cons&#233;quences d&#233;sastreuses. Comme par exemple le Treatment Action Campaign qui a gagn&#233; devant les tribunaux son action contre le gouvernement sud-africain pour le forcer &#224; procurer des m&#233;dicaments contre le sida aux populations infect&#233;es. Ou la r&#233;volte des habitants des townships contre les expulsions et destructions de leurs habitations par les autorit&#233;s locales qui s'organisent au sein de comit&#233;s &#224; la base &#224; travers tout le pays et s'opposent r&#233;guli&#232;rement &#224; la police et aux &#233;lus &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;. Ou encore les commandos des comit&#233;s locaux anti privatisations qui reconnectent l'eau et l'&#233;lectricit&#233; des familles, reprenant ainsi les traditions de la lutte anti-apartheid. Ces luttes locales ne sont pas d&#233;connect&#233;es des luttes des travailleurs au sein de leurs entreprises et de leurs usines. En effet, la majorit&#233; des travailleurs vivent au sein des townships et des communaut&#233;s qui s'organisent contre les politiques de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans la construction et l'articulation concert&#233;e et organis&#233;e de ces r&#233;sistances qui voient le jour &#224; tous les niveaux de la population sud-africaine, que se trouvent les cl&#233;s pour l'&#233;mergence d'une direction alternative en Afrique du sud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Augusta Conchiglia, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;L'Afrique du sud, puissance h&#233;g&#233;monique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, G&#233;opolitique Africaine, n&#176;&#160;18, avril 2005, p. 169-179, p.171&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Vale et S. Maseko, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;South Africa and the African Renaissance&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;i&gt;International Affairs&lt;/i&gt;, 74 (2), 1998, p. 279. Cit&#233; dans Ian Taylor, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La politique sud africaine et le Nepad&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;i&gt;Politique africaine&lt;/i&gt;, n&#176;91, octobre 2003, p. 127&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ian Taylor, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La politique sud africaine et le Nepad&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;i&gt;Politique africaine&lt;/i&gt;, n&#176;91, octobre 2003, p. 128.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces derniers &#233;taient moins d&#233;rang&#233;s par l'id&#233;e d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;projection de l'Afrique dans une modernit&#233; culturelle et &#233;conomique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Augusta Conchiglia, op. cit., p.172) que par l'&#233;ventuel mise en danger de leurs int&#233;r&#234;ts et circuits particuliers d'exploitation et d'accumulation que pouvait signifier un Nepad au service exclusif de certains int&#233;r&#234;ts sud-africains. Il ne s'agit donc pas l&#224; d'une simple opposition entre les &#8216;modernes' et les &#8216;traditionnels', entre certains dirigeants qui seraient plus ouverts aux changements et &#224; la d&#233;mocratie que d'autres, mais de deux strat&#233;gies diff&#233;rentes au sein des classes dirigeantes africaines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Jean-Fran&#231;ois Bayart, Stephen Ellis et B&#233;atrice Hibou, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;a href=&#034;http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/073137.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;L'Afrique du Sud &#224; la veille d'une consultation d&#233;cisive&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Politique africaine, n&#176;&#160;73, mars 1999, p137-145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;clar&#233; ill&#233;gal en 1950 et cible particuli&#232;re du premier gouvernement de l'apartheid &#233;lu en 1948 le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; va passer dans la clandestinit&#233; et d&#233;velopper une nouvelle politique de travil et construction au sein de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; afin notamment de r&#233;orienter son programme politique jusque l&#224; tr&#232;s nationaliste une politique non-raciale et d&#233;mocratique De nombreux membres noirs du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SACP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; rejoignirent l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et y occup&#232;rent des postes dirigeants tandis que ses dirigeants Blancs formaient le Congr&#232;s des d&#233;mocrate (Congress of Democrats) qui s'allia avec l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et d'autres groupes au sein de la premi&#232;re grande alliance, la Congress Alliance. C'est cette derni&#232;re qui organisa en juin 1955 &#224; Kliptown pr&#232;s de Johannesburg le Congr&#232;s du Peuple, qui adopte la Charte de la libert&#233; (Freedom Charter). Cette Charte &#233;nonce les bases fondamentales des revendications appelant &#224; l'&#233;galit&#233; des droits quelque soit la race. C'est le manifeste historique de r&#233;f&#233;rence de la lutte anti-apartheid. D&#233;j&#224; le document avait &#233;t&#233; con&#231;u comme la proclamation des principes de justice d'un futur r&#233;gime sud-africain&#160;: gouvernement du peuple, &#233;galit&#233; des droits, redistribution des richesses, d&#233;mocratie non raciale. La nouvelle constitution sud africaine, ainsi que le programme &#233;lectoral de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; en 1994 s'en inspireront largement. &#192; partir de 1979, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANC&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et les diff&#233;rents groupes d'oppositions &#224; l'apartheid commencent &#224; s'organiser au sein d'un front d&#233;mocratique uni (United Democratic Front - &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UDF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N. Murray, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Somewhere over the rainbow. A journey to the new South Africa&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;i&gt;Race and Class&lt;/i&gt;, 38 (3), 1997, p. 5. Cit&#233; par Ian Taylor, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La politique sud africaine et le Nepad&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;i&gt;Politique africaine&lt;/i&gt;, n&#176;91, octobre 2003, p. 129.8. Soboul, op. cit., p.11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Barchiesi, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Labour, Neoliberalism and Democratic Politics in Nigeria and South Africa&#160;: A Comparative Overview&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Labour, Capital, Society, volume 30, n&#176;2, novembre 1997, p.193&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ian Taylor, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La politique sud africaine et le Nepad&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;i&gt;Politique africaine&lt;/i&gt;, n&#176;91, octobre 2003, p. 129-130&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Martin Jansen, &lt;i&gt;The State of &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COSATU&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, the Social Movements and the Tasks of Socialists&lt;/i&gt;, paper prepared for the Khanya College Conference on &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COSATU&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; 20-22 October 2005 and completed in December 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Barchiesi, op. cit., p.199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Barchiesi, ibid., p.206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Jansen, op. cit&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alex Callinicos, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;a href=&#034;http://pubs.socialistreviewindex.org.uk/isj70/safrica.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;South Africa after apartheid&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, I&lt;i&gt;nternational socialism&lt;/i&gt;, n&#176;&#160;70, mars 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mai 68 et ses vies ult&#233;rieures, de Kristin Ross</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/Mai-68-et-ses-vies-ulterieures-de</link>
		<guid isPermaLink="true">http://quefaire.lautre.net/Mai-68-et-ses-vies-ulterieures-de</guid>
		<dc:date>2009-09-05T23:01:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dani&#232;le Obono</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans son excellente analyse de mai 1968, le r&#233;volutionnaire anglais Chris Harman revenait sur ce curieux tour souvent pris par l'histoire des luttes et mouvements de masse&#160;: &#171;&#160;Les r&#233;volutions manqu&#233;es peuvent rapidement sortir de notre m&#233;moire. La classe dirigeante s'empresse de r&#233;imposer l'ancien mode de vie, et avec lui, l'ancien mode de penser qui pr&#233;suppose qu'il n'en existe pas d'autre. (...) Et cette suppression de la m&#233;moire peut &#234;tre si efficace que m&#234;me les historiens ont du mal &#224; exhumer la (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no01-juin-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;01 - Juin/septembre 2005&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L100xH150/arton42-c231d.jpg&#034; width='100' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son excellente analyse de mai 1968&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Chris Harman, Quand la France prit feu&#160;: Mai 68, Paris, Publications (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le r&#233;volutionnaire anglais Chris Harman revenait sur ce curieux tour souvent pris par l'histoire des luttes et mouvements de masse&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;volutions manqu&#233;es peuvent rapidement sortir de notre m&#233;moire. La classe dirigeante s'empresse de r&#233;imposer l'ancien mode de vie, et avec lui, l'ancien mode de penser qui pr&#233;suppose qu'il n'en existe pas d'autre. (...) Et cette suppression de la m&#233;moire peut &#234;tre si efficace que m&#234;me les historiens ont du mal &#224; exhumer la v&#233;rit&#233; et &#224; la distinguer de l'imaginaire.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et mai 1968, poursuit-il, n'&#233;tait m&#234;me pas une r&#233;volution manqu&#233;e. C'est dire &#224; quel point le travail de sape de son histoire r&#233;elle fut particuli&#232;rement rapide et r&#233;ussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; cette falsification de la m&#233;moire collective que l'am&#233;ricaine Kristin Ross s'est brillamment attaqu&#233;e avec &lt;i&gt;Mai 1968 et ses vies ult&#233;rieures&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Kristin Ross, Mai 1968 et ses vies ult&#233;rieures, Editions Complexe, 2005, (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; travers l'exemple de mai 1968, c'est toute une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;industrie de la m&#233;moire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que d&#233;monte et d&#233;nonce excellemment Kristin Ross, mettant &#224; jour l'ensemble des processus id&#233;ologiques qu'emploie la classe dominante pour mieux nous faire oublier la r&#233;alit&#233; de nos luttes et la richesse de notre histoire. Aux antipodes du d&#233;luge comm&#233;moratif autour de mai 1968, cet ouvrage revient sur plus de trente ans de discours id&#233;ologiques qui n'ont eu pour but que de brouiller toujours plus la compr&#233;hension.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif de cet ouvrage n'est pas d'apporter une pierre suppl&#233;mentaire &#224; l'immense &#233;difice des repr&#233;sentations de Mai 68. Il se soucie plus de la France des ann&#233;es 2000 que de celle de 1968, s'int&#233;resse davantage &#224; l'&#233;cho qu'au bruit et &#224; la fureur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son objet est de montrer &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;comment l'&#233;v&#233;nement en lui-m&#234;me s'est trouv&#233; d&#233;pass&#233; par ses repr&#233;sentations successives, comment son statut &#233;v&#233;nementiel a r&#233;sist&#233; aux tentatives d'annihilation, &#224; l'amn&#233;sie sociale et aux assauts conjugu&#233;s des sociologues et des ex-leaders &#233;tudiants qui, tour &#224; tour, ont voulu l'interpr&#233;ter ou en r&#233;clamer le monopole. C'est l'&#233;norme litt&#233;rature sur le sujet - et non son occultation - qui, paradoxalement, a favoris&#233; l'oubli des &#233;v&#233;nements en France. Un discours a &#233;t&#233; produit, certes, mais avec pour cons&#233;quence de liquider (pour reprendre une formule de l'&#233;poque), d'effacer ou, au mieux, de brouiller l'histoire de Mai 68.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Il s'agit d&#232;s lors de retrouver le sens de cet &#233;v&#233;nement politique sans pr&#233;c&#233;dent, en le d&#233;barrassant des oripeaux id&#233;ologiques (&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne biologique autant que social&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volution sexuelle&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, etc.) qui l'ont d&#233;figur&#233; depuis si longtemps, pour restituer &#224; tous ceux et celles qui luttent aujourd'hui cette partie de leur h&#233;ritage politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Restituer la m&#233;moire confisqu&#233;e de mai 1968 commence par d&#233;voiler l'ensemble des clich&#233;s et les processus de fabrication de l'histoire officielle, ses thurif&#233;raires les plus &#233;hont&#233;s et ses organes de diffusions. Aux origines du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mythe soixante-huitard&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on retrouve l'interaction de deux types de discours&#160;: la personnalisation biographique et une interpr&#233;tation sociologique qui r&#233;-inscrit la rupture de mai dans le d&#233;veloppement quasi in&#233;luctable de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, pass&#233;e d'une bourgeoisie autoritaire &#224; une bourgeoisie capitaliste moderne et lib&#233;rale. Mai 1968 est ainsi compris comme l'affirmation d'un statu quo, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;bellion au service du consensus&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dont la soci&#233;t&#233; capitaliste d'aujourd'hui repr&#233;sente l'accomplissement de ses aspirations profondes (libert&#233; et jouissance sans entraves, consommation effr&#233;n&#233;e, etc.). La personnalisation biographique quant &#224; elle r&#233;duit le mouvement de masse aux destins personnels de soi-disant leaders et anciens militants politiques qui ram&#232;nent l'enjeu de la lutte politique &#224; des probl&#233;matiques existentielles. Pour reprendre une description de Guy Hocquenghem, militant de 68 et th&#233;oricien de la lutte homosexuelle, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;[le liquidateur de 68] a le nez de Glucksmann, le cigare de July, les lunettes rondes de Coluche, les longs cheveux de Bizot, la moustache de Debray, la chemise ouverte de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BHL&lt;/span&gt; et la voix de Kouchner&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Leur entreprise commenc&#233;e d&#232;s 1978 avec les premi&#232;res comm&#233;morations, atteint son apog&#233;e en 1988 avec notamment le Proc&#232;s de mai, bijou t&#233;l&#233;visuel o&#249; l'on peut voir &#224; l'&#339;uvre l'ensemble des processus du r&#233;cit r&#233;visionniste, de l'autocritique, type proc&#232;s stalinien&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;oui j'ai &#233;t&#233; un m&#233;chant gauchiste, je l'avoue, c'est ma faute, c'est ma tr&#232;s grande faute&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'autoc&#233;l&#233;bration de sa propre personne en tant qu'incarnant de toute une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;g&#233;n&#233;ration&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, certes un peu na&#239;ve mais pleine de bonne volont&#233;. Leur charge est compl&#233;t&#233;e par les autoproclam&#233;s &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nouveaux Philosophes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de Bernard-Henri L&#233;vy &#224; Luc Ferry, anti marxistes notoires, qui &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;couvrirent&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec quelques trains de retard les horreurs du stalinisme pour mieux appeler &#224; la fin des utopies et de toute pens&#233;e syst&#233;mique contestataire de l'ordre capitaliste dont ils deviennent les meilleurs d&#233;fenseurs. Cette strat&#233;gie de r&#233;cup&#233;ration et de confiscation de la parole de soixante-huit trouve une voie royale de diffusion dans la plupart des grands m&#233;dias. De Lib&#233;ration, qui de journal radical fond&#233; aux lendemains de 1968 finit tr&#232;s vite par &#234;tre r&#233;int&#233;gr&#233; dans le syst&#232;me de production id&#233;ologique, charg&#233; par &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'orchestre de la presse dominante&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de se sp&#233;cialiser dans &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la cr&#233;ation d'une sorte d'enclave culturelle pour la gauche. (...) l'&#233;mergence du consensus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lib&#233;ral-libertaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (selon la d&#233;finition pr&#233;monitoire de l'id&#233;ologie du journal par Serge July en 1978) des ann&#233;es 1980.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#192; l'&#233;mission de t&#233;l&#233;vision Apostrophes qui permettra de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lancer&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; bon nombre de ces nouveaux &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;intellectuels&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m&#233;diatiques. Il s'agira pour les repentis et les revanchards de 1968 en se servant d'une version falsifi&#233;e de mai &#224; m&#234;me de contenter le pouvoir de s'assurer une place privil&#233;gi&#233;e dans le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Alg&#233;rie, les &#233;tudiants et la gr&#232;ve de masse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une r&#233;volution purement culturelle men&#233;e exclusivement par des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;jeunes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tend &#224; substituer &#224; la repr&#233;sentation marxiste de la lutte des classes une soci&#233;t&#233; principalement cliv&#233;e en fonction des &#226;ges. Ainsi la plus importante dimension de 1968, celle du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;plus grand mouvement de masse de l'histoire de France, la gr&#232;ve la plus importante de l'histoire du mouvement ouvrier fran&#231;ais et l'unique insurrection &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;g&#233;n&#233;rale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'aient connue les pays occidentaux surd&#233;velopp&#233;s depuis la Seconde Guerre mondiale&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, est &#233;vacu&#233;e au profit de la vision &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;narcissique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'une qu&#234;te individualiste et spirituelle. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;(...) &lt;i&gt;Mai 1968 ne fut ni une grande r&#233;forme culturelle, ni une pouss&#233;e vers la modernisation, ni l'aube d'un nouvel individualisme. Et ce ne fut surtout pas une r&#233;volte de celte cat&#233;gorie sociale appel&#233;e &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;jeunes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce fut, en revanche, la r&#233;volte simultan&#233;e de travailleurs et d'&#233;tudiants qui se d&#233;clencha dans le contexte particulier de la fin de la guerre d'Alg&#233;rie. Cette guerre marqua l'enfance de certains, d'autres, adolescents ou adultes, v&#233;curent le massacre de centaines de travailleurs alg&#233;riens par la police de Papon le 17&#160;octobre 1961, ainsi que Charonne et les attaques presque quotidiennes de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OAS&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Kristin Ross nous relate une autre version de l'histoire. L'histoire d'un mai commenc&#233; bien avant 1968 et non pas li&#233; &#224; une identit&#233; particuli&#232;re et des motifs &#233;go&#239;stes mais au contraire &#224; des dynamiques collectives de recherche d'&#233;galit&#233; contre le cloisonnement et les hi&#233;rarchisations sociales et d'exp&#233;riences in&#233;dites du plaisir &#224; redevenir acteur de sa propre vie, &#224; faire de la politique. L'histoire de mai se red&#233;ploie ainsi &#224; l'ensemble des probl&#233;matiques pleinement politiques du moment. Il appara&#238;t alors que ses racines s'&#233;tendent en fait sur pr&#232;s de deux d&#233;cennies, trouvant ses origines dans les &#233;chos militants de la guerre d'Alg&#233;rie pour se perp&#233;tuer jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970 des derniers comit&#233;s de quartiers parisiens aux plateaux du Larzac, malgr&#233; l'intense r&#233;pression et le climat de peur qui r&#232;gne alors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les diff&#233;rents aspects remis en lumi&#232;re par l'auteure, les racines alg&#233;riennes de la prise de conscience politique, et au-del&#224;, le lien avec les luttes anticolonialistes et tiers-mondistes occupent une place &#224; part et importante. En effet &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;dans les ann&#233;es 1960, la politisation massive de la jeunesse des classes moyennes fran&#231;aises s'est d&#233;velopp&#233;e sur fond de relations pol&#233;miques et d'identifications impossibles avec deux figures totalement absentes de ce tableau&#160;: l'ouvrier et le militant anticolonialiste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce sont les deux rep&#232;res embl&#233;matiques du foisonnement d'id&#233;es, d'ouvrages, d'arguments qui fa&#231;onnent la conscience politique de dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes pendant cette p&#233;riode. Et voici comment par exemple se fait la transition&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; Le tiers-mondisme fran&#231;ais n'&#233;tait, dans une certaine mesure, rien de plus que la reconnaissance, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1950, du fait que les anciens colonis&#233;s, gr&#226;ce aux guerres d'ind&#233;pendance, forment d&#233;sormais une nouvelle figure du d&#233;mos, du peuple au sens politique du terme (les damn&#233;s de la terre). (...) Le tiers-mondisme du d&#233;but des ann&#233;es 1960 s'est maintenu m&#234;me apr&#232;s la guerre d'Alg&#233;rie, avant de b&#233;n&#233;ficier, au milieu de la m&#234;me d&#233;cennie, du durcissement de l'engagement am&#233;ricain au Vietnam. C'est le mao&#239;sme qui, selon de nombreux militants de la gauche fran&#231;aise, a assur&#233; la transition, d&#233;tournant l'attention jusqu'alors accord&#233;e au paysan luttant contre la colonisation vers l'ouvrier de la m&#233;tropole, pour reconna&#238;tre, avec les gr&#233;vistes des usines automobiles de Turin, que le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vietnam est dans nos usines&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est ainsi que l'ouvrier fran&#231;ais devient la figure centrale des mouvements sociaux de Mai 68 stricto sensu. Le mao&#239;sme n'en &#233;tait cependant pas le seul responsable. En France, au cours des ann&#233;es 1960, anticapitalisme allait de pair avec anti-imp&#233;rialisme, et leurs discours s'enchev&#234;traient dans une trame complexe. &#192; cette &#233;poque, le slogan &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tous debout, camarades, pour la Bolivie socialiste&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suffisait &#224; mobiliser 3 000 trotskistes un soir de semaine &#224; la Mutualit&#233; de Paris.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Cette r&#233;alit&#233;, les fossoyeurs officiels de mai s'acharneront &#224; l'enfouir en transformant un anti-colonialisme militant en humanitarisme droit-de-l'hommiste mis&#233;rabiliste dans sa version Kouchnerienne. Et l'auteure de nous interpeller, faisant involontairement &#233;chos aux d&#233;bats qui secouent la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gauche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pr&#233;cis&#233;ment aujourd'hui&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;certains probl&#232;mes fran&#231;ais contemporains, comme la mont&#233;e de nouvelles formes de n&#233;oracisme centr&#233;es sur la figure de l'immigr&#233;, le statut n&#233;buleux des habitants de territoires comme la Nouvelle-Cal&#233;donie ou la Guadeloupe, ou de celui de certains habitants des banlieues des grandes villes fran&#231;aises, sugg&#232;rent que la page de l'Alg&#233;rie et des ann&#233;es 1960 n'a pas encore &#233;t&#233; tourn&#233;e. Mais l'effort fourni par une partie de la gauche, soucieuse de se d&#233;faire d'une identit&#233; largement fond&#233;e sur le rejet du capitalisme et le d&#233;sir d'en finir une fois pour toutes avec leur pass&#233;, tout en conservant une vague aura gauchiste l&#233;gitimant celte condamnation, montre &#224; quel point le tiers-mondisme constitue encore un obstacle.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; C'est bien ce que d'aucuns nomment aujourd'hui un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;continuum temporel&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du colonialisme au post-colonialisme persistant en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par le retour sur les intellectuels et militants, les milieux et pratiques politiques qui ont bien avant la date m&#234;me de 1968 fourni les bases politiques et id&#233;ologiques de la r&#233;volte, la m&#233;moire collective des &#233;v&#233;nements se recr&#233;e et nous livre l'intensit&#233;, la force et l'impact politique du bouleversement g&#233;n&#233;ral de 1968. Kristin Ross fait ainsi revivre toute la ferveur et le bouillonnement de mai, en utilisant un faisceau de source et de mat&#233;riel bibliographique particuli&#232;rement riche. Des revues aux collectifs d'auteurs comme Partisans, R&#233;voltes logiques ou le Forum-Histoire, aux &#339;uvres cin&#233;matographiques telles que La reprise du travail aux usines Wonder. Des romans de Jean-Fran&#231;ois Vilar comme Nous cheminons entour&#233;s de fant&#244;mes aux fronts trou&#233;s aux librairies comme La joie de lire et aux maisons d'&#233;ditions comme celle de Maspero r&#233;actualisent le souvenir politique de la p&#233;riode. De m&#234;me, la r&#233;alit&#233; du lien entre le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mai &#233;tudiant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mai ouvrier&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est illustr&#233;e par l'exemple de ces lieux de rencontre in&#233;dits o&#249; se fit la jonction entre &#233;tudiants et travailleurs comme le Comit&#233; d'action Travailleurs-&#201;tudiants des environs de Censier qui &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;s'assigna la t&#226;che sp&#233;cifique de cr&#233;er des liens entre l'universit&#233; et les usines. Censier &#233;tait un peu en dehors des sentiers battus pour les journalistes, qui s'int&#233;ressaient davantage &#224; la Sorbonne et au th&#233;&#226;tre de l'Od&#233;on, ces grands amphith&#233;&#226;tres du d&#233;lire verbal. (...) &#224; Censier, le d&#233;placement fonctionnait dans l'autre sens&#160;: ce n '&#233;taient pas les &#233;tudiants qui allaient vers les ouvriers, mais l'inverse. En effet, ils &#233;taient attir&#233;s par les &#233;normes possibilit&#233;s mat&#233;rielles offertes pas les lieux&#160;: locaux ouverts &#224; toute heure, machines &#224; ron&#233;otyper, main-d'&#339;uvre constamment disponible pour des liaisons, des travaux d'imprimerie, des d&#233;bats, etc. Son existence pr&#233;vient tout d&#233;ni ironique de la mythologie ouvri&#232;re souvent attribu&#233;e &#224; Mai, de m&#234;me qu'elle mine l'opinion selon laquelle la gr&#232;ve s'est d&#233;velopp&#233;e de mani&#232;re autonome, sans aucun lien avec le mouvement &#233;tudiant, affirmant que leur simultan&#233;it&#233; n '&#233;tait que pure co&#239;ncidence.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Anticapitalismes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous ces t&#233;moignages renouent le fil de la m&#233;moire et r&#233;futent l'id&#233;e qu'il ne se serait rien pass&#233; d'exceptionnel en mai 1968. Et ce fil rouge de la m&#233;moire court jusqu'&#224; aujourd'hui, reliant l'esprit de mai tel que r&#233;habilit&#233; ici, entre ruptures et continuit&#233;s, &#224; cet autre grand 'retour' du mouvement de masse et renouveau anticapitaliste que fut 1995. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dans la version consensuelle &#233;labor&#233;e dans les ann&#233;es 1980, Mai &#233;tait suppos&#233; avoir rendu d&#233;finitivement obsol&#232;tes tout renouveau du mouvement ouvrier ou tout mouvement de masse populaire. Apr&#232;s tout, Mai &#233;tait cens&#233; &#234;tre, du moins dans la conception d'Aron, la derni&#232;re des insurrections du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une sorte de p&#226;le simulacre orchestr&#233; par des &#233;tudiants en mal de drame historique qui d&#233;boucha, en fin de compte, sur un psychodrame. Or, probl&#232;me&#160;: voil&#224; que, malgr&#233; tout, il se passait &#224; nouveau quelque chose, quelque chose que les organes de presse de la modernit&#233; anglo-saxonne consid&#233;raient avec horreur et m&#233;pris&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Des gr&#233;vistes par millions, des batailles dans les rues les &#233;v&#233;nements de ces deux derni&#232;res semaines en France font ressembler le pays &#224; une r&#233;publique banani&#232;re dans laquelle un gouvernement assi&#233;g&#233; tente d'imposer une politique d'aust&#233;rit&#233; &#224; une population hostile.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (...) Les gr&#232;ves de l'hiver 1995 n'&#233;taient pas l'accomplissement d'un potentiel non r&#233;alis&#233; en mai 1968. Mais, en interrompant pour un temps l'ordre &#233;tabli, chacun des deux &#233;v&#233;nements fut un v&#233;ritable &#233;v&#233;nement politique qui revendiquait une nouvelle fa&#231;on de formuler l'&#233;galit&#233;, en dehors de l'Etat et des partis&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chacun concevait la politique comme une pol&#233;mique autour de l'&#233;galit&#233; sociale. Le foss&#233; s&#233;parant l'&#233;lite politico-m&#233;diatico-intellectuelle des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ouvriers&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peuple&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pendant l'hiver 1995 faisait rena&#238;tre la division pol&#233;mique qui avait &#233;t&#233; au coeur de 68. (...) Ce faisant, les gr&#232;ves rouvraient le foss&#233; de Mai et d&#233;chiraient le consensus qui s'&#233;tait form&#233; &#224; la surface des &#233;v&#233;nements de 68. (...) Les gr&#232;ves de 1995, Seattle et d'autres manifestations politiques agit&#233;e semblent, en d&#233;pit des diff&#233;rences, partager un d&#233;nominateur&#160;: l'affirmation &#224; grande &#233;chelle du refus du nouvel ordre mondial lib&#233;ral structur&#233; par l'&#233;conomie de march&#233;. Toutes ont suscit&#233; et continuent de susciter un nouveau regard sur 1968. Gr&#226;ce &#224; cette red&#233;couverte, l'anticapitalisme radical du mouvement et la lutte des classes des ann&#233;es entourant Mai 68, depuis la fin de la guerre d'Alg&#233;rie aux gr&#232;ves Lip du milieu des ann&#233;es 1970, occupent &#224; nouveau le devant de la sc&#232;ne.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kristin Ross nous restitue &#224; travers la m&#233;moire de mai 1968 une partie de notre histoire. Son travail, dans la lign&#233;e d'un Howard Zinn, milite activement en faveur d'un renouvellement des approches historiques de la recherche qui puisse nourrir nos luttes d'aujourd'hui. &#192; lire donc, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ABSOLUMENT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris Harman, &lt;a href=&#034;http://quefaire.lautre.net/Quand-la-France-prit-feu-Mai-68&#034; class='spip_in'&gt;Quand la France prit feu&#160;: Mai 68&lt;/a&gt;, Paris, Publications &#201;tincelle, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kristin Ross, &lt;i&gt;Mai 1968 et ses vies ult&#233;rieures&lt;/i&gt;, Editions Complexe, 2005, p.7-9. Sauf indication contraire l'ensemble des citations de l'article sont des extraits de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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