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	<title>Revue Que Faire ?</title>
	<link>http://quefaire.lautre.net/</link>
	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Italie 1919-1921&#160;: les conseils d'usine</title>
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		<dc:date>2009-10-23T20:52:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leila Soula, L&#230;titia</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Contr&#244;le ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Spontan&#233;it&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Double pouvoir</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avant-propos&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dernier num&#233;ro de Que Faire&#160;?, une place importante &#233;tait accord&#233;e &#224; l'id&#233;e qu'aujourd'hui, un des enjeux principaux pour le NPA &#233;tait de &#171;&#160;populariser l'id&#233;e du contr&#244;le ouvrier&#160;&#187;. Ce d&#233;but de r&#233;flexion a &#233;t&#233; abord&#233; non comme un appel incantatoire &#224; la constitution de conseils ouvriers mais bien comme une nouvelle posture &#224; adopter pour comprendre et penser notre intervention, en tant que r&#233;volutionnaires, dans le d&#233;veloppement de la crise et des mobilisations. Alors que les mobilisations (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-no01-aout-octobre-2009" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - n&#176;01 - Ao&#251;t/Octobre 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Syndicalisme" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Controle-ouvrier" rel="tag"&gt;Contr&#244;le ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Spontaneite" rel="tag"&gt;Spontan&#233;it&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Double-pouvoir" rel="tag"&gt;Double pouvoir&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH90/arton151-71abc.jpg&#034; width='150' height='90' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant-propos&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le dernier num&#233;ro de Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?, une place importante &#233;tait accord&#233;e &#224; l'id&#233;e qu'aujourd'hui, un des enjeux principaux pour le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NPA&lt;/span&gt; &#233;tait de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;populariser l'id&#233;e du contr&#244;le ouvrier&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce d&#233;but de r&#233;flexion a &#233;t&#233; abord&#233; non comme un appel incantatoire &#224; la constitution de conseils ouvriers mais bien comme une nouvelle posture &#224; adopter pour comprendre et penser notre intervention, en tant que r&#233;volutionnaires, dans le d&#233;veloppement de la crise et des mobilisations. Alors que les mobilisations continuent de se d&#233;velopper et se radicalisent &#224; travers de nouveaux tests, les grands de ce monde &#233;laborent (non sans difficult&#233;s et frottements internes) une solution globale &#224; la crise. Dans une telle situation, les r&#233;volutionnaires se doivent, &#224; partir de la r&#233;alit&#233; des luttes et de leur structuration propre, d'adopter la m&#234;me posture afin de peser dans ce contexte et de permettre aux domin&#233;s de passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive. La question fondamentale qui est pos&#233;e par la situation est de savoir quel camp social parviendra &#224; r&#233;soudre la crise. La r&#233;ponse reste ouverte et d&#233;pendra en partie de notre intervention. Pour se donner les moyens de formuler une politique permettant de renverser la logique dominante dans une p&#233;riode o&#249;, quoi qu'elle dise, la classe dirigeante et son projet politique sont plus faibles que jamais, nous devons multiplier les tests et les initiatives mais &#233;galement confronter les exp&#233;riences et analyses actuelles et pass&#233;es. En effet, cette crise de l&#233;gitimit&#233; de la logique capitaliste ne pouvant se r&#233;soudre spontan&#233;ment, elle va s'approfondir&#160;: l'enjeu est de poser d&#232;s aujourd'hui, les jalons th&#233;oriques et pratiques pour faire en sorte que les exploit&#233;s et les domin&#233;s soient dans la meilleure position pour formuler collectivement leurs propres r&#233;ponses, au niveau tant th&#233;orique que pratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les exp&#233;riences de contr&#244;le par les travailleurs de leurs outils de production sont nombreuses, une partie d'entre elles reste encore peu connues et peu travaill&#233;es y compris dans les courants de tradition marxiste en France, notamment celles issues de la p&#233;riode post&#233;rieure &#224; la R&#233;volution Russe. Pourtant, ces moments historiques, en faisant passer les travailleurs du statut de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;salari&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (passifs) &#224; celui de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;producteurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (donc actifs dans le processus de production), modifiant ainsi leurs points de vue sur eux-m&#234;me et sur le monde, sont ceux o&#249; la possibilit&#233; du renversement r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; ne se pose plus comme un horizon lointain mais se trouve incarn&#233;e dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me. Nous devons &#233;tudier ces moments-l&#224; pour en comprendre les sp&#233;cificit&#233;s, &#234;tre en capacit&#233; d'en isoler les &#233;l&#233;ments g&#233;n&#233;ralisables tout en en identifiant les limites objectives et subjectives. L'histoire du mouvement ouvrier doit &#234;tre exploit&#233;e au service du pr&#233;sent et nous permettre de penser l'avenir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exp&#233;rience turinoise des conseils d'usine entre 1919 et 1921 est essentielle en ce sens. En effet, en quelques mois, l'Italie a vu des millions de travailleurs occuper leurs usines et se battre pour le contr&#244;le de la production&#160;: les gr&#232;ves dans les grands centres industriels du nord se sont structur&#233;es autour de conseils d'usine, rompant les barri&#232;res traditionnelles entre les cols blancs et les cols bleus ainsi que l'artificielle s&#233;paration entre les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sph&#232;res&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;conomique et politique. Ces conseils ont permis la g&#233;n&#233;ralisation de la contestation dans la jeune, mais puissante, industrie italienne tout en cr&#233;ant des ponts avec les paysans du sud, les entra&#238;nant dans la lutte et posant, de mani&#232;re embryonnaire, la question du pouvoir. &#201;branlant l'ordre &#233;tabli, les structures bureaucratiques du mouvement ouvrier et le projet politique de la classe dirigeante italienne, ce mouvement dans ses dynamiques, sa structuration mais &#233;galement dans les limites (objectives et subjectives) qu'il a rencontr&#233; est riche d'enseignements pour nous, aujourd'hui. Tr&#232;s peu &#233;tudi&#233;s en France, les &#233;l&#233;ments historiques ou analytiques sur cette p&#233;riode sont extr&#234;mement r&#233;duits et tr&#232;s &#233;parpill&#233;s. Par cons&#233;quent, cet article ne pourra en aborder que les aspects les plus fondamentaux et s'envisage davantage comme une introduction, une sorte de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d&#233;broussaillage&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour approfondir l'&#233;tude de ce moment politique dans les prochains mois.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre&#160;: une rupture profonde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_28 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:324px;'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L324xH318/naples-269f3.jpg' width='324' height='318' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Jeune &#201;tat (l'unification des royaumes de la p&#233;ninsule date de 1861) jusqu'alors fortement structur&#233; autour de la production agricole (59&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la production &#233;conomique en 1911) et des grands propri&#233;taires terriens, l'Italie sort structurellement modifi&#233;e de la premi&#232;re guerre mondiale. Pourtant, l'Italie est entr&#233;e tardivement dans la guerre en 1915, et de mani&#232;re tumultueuse&#160;: la bourgeoisie industrielle a manifest&#233; devant le parlement en mai 1915 pour exiger la participation, face &#224; quoi, &#224; Turin, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la guerre s'est lev&#233;e mais est rest&#233;e isol&#233;e. Sans soutien politique de la part du Parti Socialiste Italien (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Parti Socialiste Italien &#233;tait polaris&#233; entre une aile r&#233;formiste conduite (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ni des syndicats dans le reste de la p&#233;ninsule, elle fut r&#233;prim&#233;e violemment. La guerre a permis le d&#233;veloppement de l'industrie et a achev&#233; brusquement le processus de lutte politique entre les propri&#233;taires terriens du sud et les industriels du nord pour le contr&#244;le et l'organisation de l'&#201;tat. Dans cette dynamique, la paysannerie a subi un appauvrissement important, tout en &#233;tant la premi&#232;re source d'hommes dans laquelle on a puis&#233; pour aller mourir au front. La fracture Nord/Sud s'est accentu&#233;e fortement en m&#234;me temps que l'&#201;tat Italien prenait forme. La production de guerre (industrie lourde, chimie, m&#233;tallurgie, etc.) a donn&#233; une base r&#233;elle et solide, dans le m&#234;me temps, &#224; l'&#233;mergence tant d'une v&#233;ritable bourgeoisie capitaliste que d'une classe ouvri&#232;re num&#233;riquement importante et fortement concentr&#233;e dans quelques villes du nord (dans le triangle industriel G&#234;nes-Milan-Turin). Pour se rendre compte de la brusque mutation industrielle qu'a amen&#233;e la guerre, il suffit de regarder quelques chiffres&#160;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La production d'acier passe de 5,2 &#224; 10,8&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la production totale entre 1914 et 1917.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le capital de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt; passe de 17 millions de lires en 1914 &#224; 200 millions en 1919.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La masse ouvri&#232;re a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 5 &#224; Milan entre 1915 et fin 1916.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Entre 1914 et 1918, les effectifs de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt; passent de 4300 &#224; 40 000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin de la guerre, il y a plus de 900 000 ouvriers concentr&#233;s dans la production de guerre, exclusivement dans les grands centres industriels du nord.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, la guerre a drain&#233; son lot de privations et de blessures&#160;: morts, forte inflation, disette, maladie, exode rural, etc. Cependant, elle a &#233;galement permis des rencontres, et des prises de conscience. En effet, au front, les ouvriers et les paysans sont c&#244;te &#224; c&#244;te dans les tranch&#233;es et leur communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t y devient palpable. En ville, c'est une nouvelle g&#233;n&#233;ration de travailleurs sur laquelle s'appuie la production&#160;: les femmes et les paysans. Malgr&#233; les lois interdisant les gr&#232;ves dans les usines, l'augmentation des cadences et l'encadrement militaire de la production, ces &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;jeunes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; prol&#233;taires ne sont pas soumis et ne se laissent pas dompter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale anti-guerre en 1915, Turin est particuli&#232;rement anim&#233;e par les mobilisations ouvri&#232;res pendant la guerre. La R&#233;volution russe de f&#233;vrier 1917 y rencontre, d'ailleurs, un &#233;cho particuli&#232;rement important&#160;: lorsqu'une d&#233;l&#233;gation de Russie vient &#224; Turin le 15&#160;Ao&#251;t 1917, des milliers de Turinois les accueillent aux cris de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Vive L&#233;nine&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (alors que la d&#233;l&#233;gation Russe repr&#233;sentait le gouvernement provisoire qui pers&#233;cutait alors les militants bolcheviques et venait demander aux ouvriers italiens d'intensifier la production d'arme pour mener la guerre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!). Cet &#233;v&#233;nement servit, ironiquement, de d&#233;clencheur &#224; une r&#233;volte ouvri&#232;re de masse dans Turin. Le 21&#160;Ao&#251;t, les femmes et les enfants refusent d'aller travailler et manifestent &#224; cause de la fermeture de huit boulangeries de la ville. Les ouvriers refusent de passer les portes des usines sous le slogan&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Nous n'avons pas mang&#233;, nous ne pouvons pas travailler&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais les causes de cette r&#233;volte sont plus profondes. En effet, lorsque les g&#233;rants annoncent que du pain arrive, les ouvriers quittent l'entr&#233;e de l'usine en scandant&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Au diable le pain&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce que nous voulons c'est la paix&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; bas les profiteurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; bas la guerre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Chris Bambery, A Rebel's guide to Gramsci, Bookmarks, London, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, les rues sont prises d'assaut par la police, l'arm&#233;e et les manifestants qui construisent des barricades dans les quartiers ouvriers. Les casernes sont attaqu&#233;es par les manifestants qui incendient &#233;galement, dans la tr&#232;s catholique Italie, deux &#233;glises... La r&#233;volte est alors r&#233;prim&#233;e par l'arm&#233;e &#224; l'aide notamment de tanks et de fusils mitrailleurs&#160;: cinquante ouvriers p&#233;rissent, les autres sont jug&#233;s par des tribunaux militaires et nombre d'entre eux seront envoy&#233;s dans les tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pouss&#233;e r&#233;volutionnaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1919-1920, l'Italie conna&#238;t un mouvement de grande ampleur, les gr&#232;ves, les manifestations et les occupations d'usines se multiplient. Pour diff&#233;rentes raisons le mouvement italien a une dynamique particuli&#232;re par rapport &#224; l'embrasement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'Europe au sortir de la guerre. Le d&#233;veloppement massif du capitalisme en Italie est une donn&#233;e r&#233;cente compar&#233;e &#224; la France ou plus encore &#224; l'Allemagne &#224; cette &#233;poque, en cons&#233;quence les masses ont rejoint relativement r&#233;cemment les organisations de la classe ouvri&#232;re, qu'il s'agisse des partis ou des syndicats. Cette situation fait que le r&#233;formisme id&#233;ologique est beaucoup moins fort &#224; une &#233;chelle de masse&#160;: les travailleurs italiens n'ont pas, contrairement aux anglais ou aux allemands, la m&#233;moire de cinquante ann&#233;es de conqu&#234;tes partielles. En cons&#233;quence, la radicalisation du mouvement et le caract&#232;re spontan&#233; de l'extension de la gr&#232;ve sont beaucoup plus forts en Italie qu'ailleurs, ce qui explique les formes prises par le mouvement et plus particuli&#232;rement celle des occupations d'usine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'embrasement d&#233;bute toutefois de mani&#232;re relativement similaire aux autres pays europ&#233;ens avec une multiplication des gr&#232;ves dans les villes au sortir de la guerre. On d&#233;nombre ainsi 1663 gr&#232;ves en 1919, chiffre qui monte rapidement &#224; 1881 en 1920, celles-ci impliquant plus d'un million de travailleurs dans la lutte&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; contre 810 gr&#232;ves et 300 000 travailleurs en 1913. Les campagnes, &#224; une &#233;chelle moindre, ne sont pas &#233;pargn&#233;es par ce mouvement puisqu'on y compte 189 gr&#232;ves avec plus d'un million d'actifs agricoles impliqu&#233;s d&#232;s 1920 contre 97 gr&#232;ves en 1913. Turin sera le centre dans lequel ce ph&#233;nom&#232;ne sera le plus abouti et prendra les aspects les plus int&#233;ressants. C'est en effet &#224; Turin que l'on verra des millions de travailleurs occuper leurs usines et reprendre le contr&#244;le de la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; une telle pouss&#233;e r&#233;volutionnaire les patrons et les petits bourgeois prennent peur et commencent alors &#224; se structurer autour d'un projet politique de droite dure, c'est l'&#233;mergence du mouvement fasciste. De leur c&#244;t&#233;, les organisations du mouvement ouvrier connaissent une mont&#233;e tr&#232;s rapide de leurs effectifs, devenant de v&#233;ritables organisations de masse en l'espace de quelques mois. Les effectifs du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; comme de la Confederazione Generale del Lavoro (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt;) sont ainsi quasiment multipli&#233;s par dix entre 1918 et 1920 avec un passage de 23 000 &#224; plus de 200 000 membres pour le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; tandis que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt; passe de 250 000 &#224; plus de deux millions de travailleurs syndiqu&#233;s. Le m&#234;me chiffre permet au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; de remporter les &#233;lections g&#233;n&#233;rales face aux nationalistes et aux fascistes en novembre 1919&#160;: ces deux millions de voix lui garantissent un quart des si&#232;ges au parlement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte de radicalisation et de polarisation de la classe ouvri&#232;re, un groupe de r&#233;volutionnaires dirig&#233; par Antonio Gramsci, membre de l'aile gauche du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt;, fonde le journal L'Ordine Nuovo. Celui-ci est largement consacr&#233; &#224; la propagande des conseils d'usine. C'est-&#224;-dire &#224; cr&#233;er l'agitation autour des questions relatives &#224; l'organisation r&#233;volutionnaire des travailleurs et &#224; les pousser &#224; devenir les principaux acteurs dans la bataille pour le contr&#244;le de la production et l'autogestion des usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_29 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH290/ordine_nuovo-45ce9.jpg' width='500' height='290' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des commissions internes aux conseils d'usine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les usines turinoises existent alors de mani&#232;re informelle des anc&#234;tres de nos comit&#233;s d'entreprise appel&#233;s commissions internes qui vont conna&#238;tre de profondes mutations. N&#233;es des luttes, celles-ci sont toutefois reconnues par la classe dirigeante depuis le mouvement de gr&#232;ve de 1906 afin de calmer les ardeurs des ouvriers. Un accord est en effet sign&#233; &#224; cette occasion entre la direction de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIOM&lt;/span&gt; (syndicat des m&#233;tallurgistes) et le patronat de Turin qui autorise et reconna&#238;t les commissions internes en &#233;change de la promesse de ne pas lancer de gr&#232;ves durant les trois ann&#233;es &#224; venir. Les efforts conjoints du patronat et des bureaucrates syndicaux permettent petit &#224; petit d'institutionnaliser ces commissions en faisant en sorte, par exemple, que les membres de ces comit&#233;s d'entreprise soient uniquement propos&#233;s par les bureaucraties syndicales, qui les choisissent selon des crit&#232;res bien d&#233;finis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur r&#244;le se limite alors de plus en plus &#224; un cadre de n&#233;gociation avec le patronat. Tout en d&#233;veloppant des revendications ils freinent toute tentative des masses d'entrer dans l'action. Mais leur nature est appel&#233;e &#224; changer rapidement en fonction de l'&#233;volution de la lutte des classes. D&#232;s 1919, dans un contexte d'augmentation des luttes et de multiplication des gr&#232;ves, les r&#233;volutionnaires de L'Ordine Nuovo et notamment Gramsci, Terracini, Tasca ou encore Togliatti s'interrogent et &#233;tudient le processus de radicalisation des travailleurs. Inspir&#233;s par la R&#233;volution russe, ces militants se posent la question suivante&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Existe-t-il un embryon, une vell&#233;it&#233;, une allusion, de gouvernement des soviets en Italie, &#224; Turin&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Leur r&#233;ponse est positive. Pour eux le comit&#233; d'entreprise est &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;un embryon de gouvernement ouvrier, un embryon de soviets&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cette analyse tranche avec la position majoritaire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; qui, tout en se r&#233;f&#233;rant de mani&#232;re abstraite aux soviets de la R&#233;volution russe, fait tout pour limiter le r&#244;le de ces conseils en se cantonnant dans une strat&#233;gie classique de division stricte et arbitraire des t&#226;ches entre terrain &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;conomique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;serv&#233; au syndicat, et terrain &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;politique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour le parti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e du contr&#244;le ouvrier s'impose alors comme une question centrale. L'enjeu est que les travailleurs forgent leurs propres outils et repr&#233;sentations. Il s'agit de mettre en place un cadre qui organise tous les travailleurs, qui brise la barri&#232;re entre &#233;conomie et politique. L'Ordine Nuovo d&#233;veloppe donc l'id&#233;e que les commissions internes doivent se transformer en v&#233;ritables organes r&#233;volutionnaires sur l'exemple des soviets russes et contr&#244;ler la production. Ces comit&#233;s d'entreprise sont, selon Gramsci, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;des organes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qu'il faut absolument lib&#233;rer des limitations impos&#233;es par les chefs d'entreprise, et auxquels il faut infuser une &#233;nergie et une vie nouvelle&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les travailleurs devraient donc se saisir de ces cadres d'organisation, les d&#233;velopper et se les r&#233;approprier. Les membres de L'Ordine Nuovo argumentent alors pour que ces comit&#233;s d'entreprise soient d&#233;sormais compos&#233;s de membres &#233;lus par les ouvriers et que leur t&#226;che principale soit le contr&#244;le de la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette propagande pour des conseils d'usine rencontre rapidement un grand succ&#232;s aupr&#232;s des travailleurs. Des milliers d'entre eux se lancent alors dans la construction de conseils et les militants de L'Ordine Nuovo sont invit&#233;s par les ouvriers &#224; intervenir dans les assembl&#233;es pour discuter avec les gr&#233;vistes. La popularisation de ce mot d'ordre d&#233;montre de la part de ces militants r&#233;volutionnaires une analyse juste de la situation politique et des attentes des travailleurs en gr&#232;ve. Les m&#233;tallurgistes turinois r&#233;pondent ainsi largement &#224; l'appel en s'emparant des commissions internes et en constituant des conseils dans toutes les usines de la ville&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'organisation des conseils d'usine se fonde sur les principes suivants&#160;: dans chaque usine, petite ou grande, un organisme est constitu&#233; sur la base de la repr&#233;sentation (et non sur l'ancienne base du syst&#232;me bureaucratique)&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cet organisme incarne la force du prol&#233;tariat, il lutte contre l'ordre capitaliste, pour le contr&#244;le de la production, en &#233;duquant toute la masse ouvri&#232;re pour la lutte r&#233;volutionnaire et pour la cr&#233;ation de l'Etat ouvrier [&#8230;] il doit repr&#233;senter pour la classe ouvri&#232;re le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; communiste &#224; laquelle on arrivera en passant par la dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Traduction de Gramsci, Scritti politici di Gramsci, tome 1. Traduction (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les conseils d'usine, un outil des travailleurs pour exercer le pouvoir&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_30 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:313px;'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L313xH482/autogestion-770d5.jpg' width='313' height='482' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;Ces conseils d'usine constituent en r&#233;alit&#233; un cercle d'organisation du travail, un organe activement ins&#233;r&#233; dans le processus de la production d&#233;passant les limites d'une activit&#233; exclusivement politique ou revendicative. Leurs t&#226;ches sont multiples. Tout d'abord, sur le plan politique, leur r&#244;le est de transmettre et d'&#233;tendre l'exp&#233;rience des conseils &#224; d'autres usines occup&#233;es mais aussi d'impliquer les autres cat&#233;gories de travailleurs dans la lutte. Ensuite, sur le plan &#233;conomique, les conseils organisent la production sur des bases nouvelles impliquant l'ensemble des ouvriers (coordination de la production, commande des mati&#232;res premi&#232;res, etc.). Certaines usines ont m&#234;me r&#233;ussi &#224; maintenir la production. Par exemple, avant l'occupation, les ouvriers de Fiat dans le centre de la ville produisent environ 67 voitures par jour, ils parviennent &#224; en produire quarante par jour au cours de la gr&#232;ve. Au-del&#224; du contr&#244;le de la production, les conseils organisent &#233;galement la r&#233;sistance arm&#233;e, c'est ainsi qu'ils furent &#224; l'origine de la formation de milices afin de faire face &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e par la classe dirigeante durant le mouvement. L'efficacit&#233; de ces conseils pour l'organisation du mouvement est clairement mise en lumi&#232;re par un exemple que donne Gramsci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;L'organisation technique [...] des conseils s'est tellement perfectionn&#233;e qu'il a &#233;t&#233; possible d'arr&#234;ter en cinq minutes le travail de 16 000 ouvriers dispers&#233;s dans les 42 entreprises de l'usine centrale Fiat&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conseils sont &#233;galement des lieux d'&#233;ducation pour l'ensemble des travailleurs, en permettant &#224; ceux-ci de se consid&#233;rer comme des producteurs et non plus des salari&#233;s car ils enseignent les connaissances n&#233;cessaires pour diriger eux-m&#234;mes leurs usines. Cet aspect d&#233;terminant permet aux conseils de d&#233;passer la contradiction fondamentale des syndicats quant &#224; la fa&#231;on dont ceux-ci organisent les travailleurs. Gramsci explique ceci en montrant que les syndicats sont des organisations &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l&#233;gales&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, int&#233;gr&#233;es dans le syst&#232;me capitaliste&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;[le syndicalisme] s'est r&#233;v&#233;l&#233; comme une simple forme de la soci&#233;t&#233; capitaliste et non comme un d&#233;passement potentiel de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il organise les ouvriers, non en tant que producteurs, mais en tant que salari&#233;s [&#8230;] en tant que vendeurs de la marchandise travail&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Contrairement aux organisations syndicales, les conseils ouvriers ont l'avantage, pour l'objectif d'une transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;, de poser la question fondamentale du pouvoir. Cette caract&#233;ristique n'implique pas pour autant l'abandon des syndicats, car ceux-ci doivent jouer un r&#244;le notamment dans la construction de ces conseils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut d'ailleurs noter que cette relation est, comme toujours, dialectique (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais permet d'en saisir les limites intrins&#232;ques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exp&#233;rience des conseils d'usine a permis aux travailleurs turinois de s'envisager pour la premi&#232;re fois comme classe dirigeante &#224; travers le contr&#244;le de la production. Les ouvriers sont d&#233;sormais des producteurs ayant la volont&#233; d'en finir avec le syst&#232;me d'exploitation et de commencer &#224; contr&#244;ler leur vie&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;le conseil est la n&#233;gation de la l&#233;galit&#233; industrielle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Traduction de Gramsci, op. cit.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gramsci insiste sur l'id&#233;e que ces conseils sont des embryons de pouvoir ouvrier en capacit&#233; de renverser le pouvoir bourgeois. Ils forment un embryon d'&#201;tat bas&#233; sur l'auto-&#233;ducation et l'auto-organisation des travailleurs. Ils organisent tous les travailleurs et sont une organisation de base &#224; la diff&#233;rence des commissions internes qui repr&#233;sentent essentiellement les travailleurs adh&#233;rents au syndicat. Gramsci consid&#233;re que les conseils ont un caract&#232;re r&#233;volutionnaire en soi pouvant permettre aux travailleurs turinois de s'&#233;manciper en menant &#224; la construction d'un nouvel &#201;tat ouvrier. Ces conseils permettent en effet aux travailleurs de se structurer et de faire l'exp&#233;rience de la gestion de leurs affaires. Ils sont le moteur de la r&#233;volution ouvri&#232;re en Italie en permettant de donner un sens politique &#224; la lutte des travailleurs turinois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_31 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH300/Sans_titre-14167.jpg' width='500' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Limites du r&#244;le des conseils et orientations dans le mouvement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement a cependant permis de mettre en avant les limites de la structuration des conseils et la n&#233;cessit&#233; d'un parti r&#233;volutionnaire implant&#233; dans la classe &#224; une &#233;chelle nationale. En effet, le mouvement ouvrier est alors encadr&#233; par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt;. Cette situation est tr&#232;s particuli&#232;re car contrairement &#224; la majorit&#233; des pays europ&#233;ens, l'Italie n'a pas encore connu de rupture au sein du parti social-d&#233;mocrate dominant entre r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires. Or, tout en &#233;tant section de la nouvelle Internationale Communiste, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; est majoritairement domin&#233; par des r&#233;formistes. C'est ainsi que la position du courant majoritaire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt;, suivi par la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt;, est que les conseils d'usine se construisent au sein des syndicats afin de mieux les contr&#244;ler. Pendant les dures occupations, ce courant r&#233;formiste d&#233;clare que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; refusera de se lancer dans une action r&#233;volutionnaire tant qu'il n'y a pas un plan d'action coordonn&#233;. Evidemment, il n'a rien fait pour impulser et &#233;laborer ce plan d'action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre position, tout aussi d&#233;sastreuse pour le mouvement, est incarn&#233;e, dans l'aile gauche du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt;, par la fraction communiste r&#233;volutionnaire dirig&#233;e par Amadeo Bordiga. Ce dernier critique le manque d'implication du parti dans le mouvement mais consid&#232;re que l'activit&#233; politique est dans un premier temps plus importante que la lutte &#233;conomique. Le v&#233;ritable instrument de la lutte pour l'&#233;mancipation des travailleurs devant &#234;tre un parti de classe, il consid&#232;re que d&#233;fendre l'id&#233;e que les conseils d'usine, dans un syst&#232;me capitaliste, puissent &#234;tre des organes d'&#233;mancipation des travailleurs sans parler du parti, est une grave erreur politique. D'apr&#232;s Bordiga, il est insens&#233; de parler de contr&#244;le ouvrier alors que le pouvoir politique est encore aux mains de la bourgeoisie&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'erreur des camarades de L'Ordine Nuovo est de soutenir que le prol&#233;tariat peut s'&#233;manciper en gagnant du terrain dans la sph&#232;re &#233;conomique, alors que le capitalisme d&#233;tient avec l'&#201;tat le pouvoir politique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Bordiga, Per la costituzione dei Consigli operai in Italia.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'analyse de Bordiga laisse penser qu'il n'a pas pris la mesure du potentiel qui existe au sein des conseils ouvriers dans l'Italie des ann&#233;es 20. Son analyse le conduira &#224; construire un parti en dehors du mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt; refusent alors d'assumer la direction du mouvement et mettent tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher les travailleurs d'imiter l'exemple de Turin, ce qui pr&#233;cipitera l'&#233;chec du mouvement des conseils. Les strat&#233;gies de la direction r&#233;formiste du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; comme celle de Bordiga porteront un rude coup au mouvement des conseils d'usine. Malgr&#233; leur volont&#233;, les travailleurs de Turin vont se heurter &#224; plusieurs difficult&#233;s techniques. L'isolement paralyse alors les travailleurs qui ne parviennent pas &#224; vendre la production et &#224; se fournir en mati&#232;res premi&#232;res. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt; reprend alors tr&#232;s vite le mouvement en main et signe des accords avec le patronat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt;, la fraction communiste r&#233;volutionnaire de Gramsci est par cons&#233;quent contrainte d'agir seule pour faire la propagande des conseils d'usine. Isol&#233;e, elle est incapable d'entra&#238;ner dans la bataille des franges cons&#233;quentes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt;. C'est pourtant ce qui lui aurait permis de palier au manque d'implantation dont elle souffrait dans le reste de l'Italie, condition n&#233;cessaire pour que les r&#233;volutionnaires puissent &#233;tendre la dynamique des conseils au-del&#224; de Turin. La col&#232;re et la d&#233;termination des travailleurs turinois n'ont en effet pas suffi pour qu'ils en ressortent victorieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte de crise politique et institutionnelle, de nombreuses conditions ont &#233;t&#233; pourtant r&#233;unies pour que les travailleurs s'&#233;mancipent. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGL&lt;/span&gt; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; ont &#233;t&#233; les seules organisations &#224; &#234;tre en capacit&#233; d'&#233;tendre le mouvement turinois &#224; toute l'Italie mais ils ont au contraire &#233;t&#233; la principale cause de l'&#233;chec de ce mouvement en ne lui donnant pas la possibilit&#233; de s'&#233;tendre et de surmonter les contradictions qui se sont pos&#233;es &#224; lui en envisageant notamment la prise du pouvoir. L'exemple des conseils d&#233;montre &#233;galement que la construction de cadres d'auto-organisation ne suffit pas &#224; faire gagner un mouvement. Une organisation r&#233;volutionnaire implant&#233;e, en capacit&#233; de cristalliser le mouvement sur des bases de classe et d'y d&#233;velopper une orientation est une n&#233;cessit&#233; dont le manque s'est alors r&#233;v&#233;l&#233; de mani&#232;re tragique. Ainsi, deux ans apr&#232;s le mouvement des conseils d'usine, Mussolini marche sur Rome. Lorsqu'un parti n'est pas en mesure d'entra&#238;ner l'ensemble de la classe des travailleurs et de mettre ainsi &#224; sa remorque la petite bourgeoisie, cette derni&#232;re se tourne in&#233;vitablement vers le fascisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En septembre 1920, les derni&#232;res occupations d'usines sont lev&#233;es par la force, l'ensemble de la classe ouvri&#232;re est d&#233;moralis&#233; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; est &#224; la fin du mouvement largement discr&#233;dit&#233; aupr&#232;s de cette derni&#232;re. La fraction organis&#233;e par Gramsci rejoint alors Bordiga pour construire un parti communiste italien, distinct des r&#233;formistes. Mais cette d&#233;cision est prise bien tard, sur la base d'un &#233;chec, en dehors de tout mouvement et surtout de mani&#232;re tr&#232;s minoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les conseils d'usine en d&#233;bat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarques comparatives au cours de la discussion sur les conseils ouvriers en Italie dans les ann&#233;es 1920&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Johan Paris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai-juin 1968 en France fut marqu&#233;e par l'irruption de millions de travailleurs sur la sc&#232;ne politique en l'espace de quelques semaines. Ce qui caract&#233;rise pour beaucoup le mouvement fut donc son explosivit&#233;. Trois ph&#233;nom&#232;nes se t&#233;lescop&#232;rent et firent prendre un caract&#232;re original aux &#233;v&#232;nements fran&#231;ais&#160;: tout d'abord le mouvement des &#233;tudiants qui commen&#231;a d&#233;but mai autour du site de Nanterre, auquel s'ajouta le mouvement de revendications des travailleurs, sur fond d'une crise profonde du r&#233;gime &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;bonapartiste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, quasi dictatorial, du g&#233;n&#233;ral De Gaulle. Toutefois, la gr&#232;ve la plus grande que la France n'ait jamais connue ne d&#233;boucha pas sur une perspective anticapitaliste. Jamais les travailleurs ne furent en capacit&#233; de poser la question du pouvoir, qui aurait du s'accompagner de la reprise du contr&#244;le de la production &#233;conomique par eux-m&#234;mes. Dans certains lieux, ils pos&#232;rent la question de la r&#233;partition des richesses, mais ils ne franchirent jamais le cap d&#233;cisif de se poser la question&#160;: qui d&#233;cide, qui contr&#244;le, qui poss&#232;de&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les travailleurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Une poign&#233;e de privil&#233;gi&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand les directions syndicales et politiques, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt; en France, sentirent qu'il y avait des risques pour leur propre survie &#224; laisser trop de place &#224; un pouvoir ouvrier, elles d&#233;cid&#232;rent de freiner et m&#234;me d'arr&#234;ter le mouvement. Ainsi, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en France ne d&#233;boucha sur aucune modification structurelle du r&#233;gime &#233;conomique capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En parall&#232;le, l'Italie connut elle aussi un processus de gr&#232;ve de masse chez les travailleurs. Le mouvement poss&#233;dait des caract&#233;ristiques &#224; la fois diff&#233;rentes et similaires &#224; celui de la France. Diff&#233;rent car il s'&#233;tala sur un temps long, de 1969 &#224; 1976. Durant sept ans, les travailleurs italiens organis&#232;rent une lutte contre le capital en d&#233;veloppant dans la pratique le contr&#244;le ouvrier. Ce fut au printemps 1968, apr&#232;s des gr&#232;ves sur la question des retraites et des disparit&#233;s r&#233;gionales des salaires, qu'apparurent les premiers Comit&#233;s de Base Unitaires (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CBU&lt;/span&gt;). En 1973, on comptait 4 291 conseils d'usine dans tout le pays. Ils se r&#233;pandirent et se d&#233;velopp&#232;rent, notamment dans le nord, et &#233;taient compos&#233;s &#224; la fois d'ouvriers syndiqu&#233;s, de politis&#233;s mais aussi de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;non encart&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce furent ces conseils qui organis&#232;rent les gr&#232;ves, qui &#233;labor&#232;rent les revendications port&#233;es par la mobilisation et qui tent&#232;rent de peser sur les choix de production et parfois m&#234;me, de mani&#232;re sporadique, de prendre le contr&#244;le de cette production. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGIL&lt;/span&gt;, principal syndicat, opta tr&#232;s rapidement pour une politique d'int&#233;gration de ces comit&#233;s aux principes primaires du syndicalisme&#160;: n&#233;gocier les termes de l'exploitation. Face &#224; cette assimilation, les marxistes &#233;taient divis&#233;s et rest&#232;rent largement hostiles au processus. Ce dernier n'eut donc pas une direction politique anticapitaliste qui aurait accompagn&#233; une &#233;mancipation de la classe et une r&#233;appropriation des moyens de production. Sous le poids des directions syndicales, les conseils s'int&#233;gr&#232;rent rapidement &#224; la gestion de l'entreprise capitaliste pour finalement dispara&#238;tre au moment o&#249; le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt; proposa son &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;compromis historique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mouvements de gr&#232;ves de masse au cours des ann&#233;es 1968 en France et en Italie, furent donc diff&#233;rents par leur chronologie, leur intensit&#233; (explosivit&#233; du temps court en France, mouvement rampant en Italie durant sept ans avec des p&#233;riodes plus ou moins intenses) et leur forme structurelle. En Italie, les travailleurs s'organis&#232;rent par centaines de milliers dans des comit&#233;s d'usine alors qu'en France la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; ne laissa que tr&#232;s rarement la place aux ouvriers dans l'animation de la lutte. Toutefois, &#224; aucun moment dans les deux pays, la classe ouvri&#232;re fut en capacit&#233; de dessiner une alternative politique socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces deux exp&#233;riences sont pleines d'enseignements pour les anticapitalistes d'aujourd'hui. En effet, cela montre la n&#233;cessit&#233; d'une strat&#233;gie politique qui permette de poser la question du pouvoir et qui ne s'aurait faire l'&#233;conomie d'une r&#233;sistance globale au syst&#232;me capitaliste, se traduisant &#224; la fois dans les gr&#232;ves de masse et dans la mise en place du contr&#244;le ouvrier. Mais cette articulation ne peut pas pour autant se d&#233;cr&#233;ter. Elle doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e par les travailleurs eux-m&#234;mes, accompagn&#233;s d'une direction politique capable d'&#234;tre une boussole strat&#233;gique coh&#233;rente et globale, sans quoi elle ne pourrait aboutir spontan&#233;ment &#224; une transformation radicale de la soci&#233;t&#233;. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NPA&lt;/span&gt;, aujourd'hui maillon essentiel d'une future direction politique, doit alors tirer les le&#231;ons de l'histoire afin de poser les bases de la reconstruction d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie ouvri&#232;re, pierre angulaire de tout contr&#244;le &#233;conomique, politique ou social de la classe, qui permettrait l'installation &#224; terme du socialisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Parti Socialiste Italien &#233;tait polaris&#233; entre une aile r&#233;formiste conduite par Turati, pr&#234;te &#224; rejoindre n'importe quel gouvernement, et une aile &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;maximaliste&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, la majorit&#233; de gauche dirig&#233;e par Serrati. Les r&#233;formistes ne d&#233;fendaient que le programme minimum du parti pour les r&#233;formes imm&#233;diates tandis que les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;maximalistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mettaient verbalement en avant le programme maximum pour la r&#233;volution. Aucun ne tentait de relier les combats imm&#233;diats dans la perspective de la r&#233;volution. Les diff&#233;rentes sensibilit&#233;s de la gauche r&#233;volutionnaire, &#224; l'image de Bordiga ou de Gramsci, critiquaient les concessions que l'&#233;quipe de Serrati conc&#233;dait aux r&#233;formistes. Au d&#233;clenchement de la guerre, le parti d&#233;fendit la neutralit&#233;, derri&#232;re la formule &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;ni adh&#233;rer, ni saboter&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris Bambery, &lt;i&gt;A Rebel's guide to Gramsci&lt;/i&gt;, Bookmarks, London, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction de Gramsci, &lt;i&gt;Scritti politici di Gramsci&lt;/i&gt;, tome 1. Traduction l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente sur &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1920/07/gramsci_19200700.htm&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1920/07/gramsci_19200700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut d'ailleurs noter que cette relation est, comme toujours, dialectique&#160;: l'activit&#233; des syndiqu&#233;s de base enthousiastes dans la construction des conseils a permis en retour le d&#233;veloppement des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction de Gramsci, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;http://www.antoniogramsci.com/sindcons.htm&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.antoniogramsci.com/sindcons.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bordiga, &lt;a href=&#034;http://books.google.com/books?id=-NkKI4EsoywC&amp;lpg=PA38&amp;ots=Ub--bo-YeI&amp;dq=%22%20che%20il%20proletariato%20possa%20emanciparsi%20guadagnando%22&amp;pg=PA37#v=onepage&amp;q=%22%20che%20il%20proletariato%20possa%20emanciparsi%20guadagnando%22&amp;f=false&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Per la costituzione dei Consigli operai in Italia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;fendre une strat&#233;gie dans le mouvement &#233;tudiant</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/Defendre-une-strategie-dans-le</link>
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		<dc:date>2009-10-20T19:51:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#230;titia</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tudiants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Durant l'&#233;t&#233; 68, Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber, deux des principaux dirigeants de la JCR, entreprennent l'&#233;criture d'un livre intitul&#233; Mai 68&#160;: une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale. Suite au mouvement &#233;tudiant et &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Mai, dont la JCR est (ainsi que les autres organisations d'extr&#234;me gauche) d&#233;sign&#233;e par le pouvoir gaulliste comme responsable, l'organisation est dissoute le 12&#160;juin 1968 par un d&#233;cret minist&#233;riel. Par cons&#233;quent, ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit dans des circonstances contraignantes et assez (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no09-aout-octobre" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;09 - Ao&#251;t / Octobre 2008&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Etudiants" rel="tag"&gt;&#201;tudiants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Durant l'&#233;t&#233; 68, Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber, deux des principaux dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt;, entreprennent l'&#233;criture d'un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Mai 68&#160;: une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Daniel Bensa&#239;d, Henri Weber, Mai 68&#160;: une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale, Maspero, (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Suite au mouvement &#233;tudiant et &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Mai, dont la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt; est (ainsi que les autres organisations d'extr&#234;me gauche) d&#233;sign&#233;e par le pouvoir gaulliste comme responsable, l'organisation est dissoute le 12&#160;juin 1968 par un d&#233;cret minist&#233;riel. Par cons&#233;quent, ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit dans des circonstances contraignantes et assez particuli&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les auteurs n'avaient pas la pr&#233;tention de fournir une &#233;tude scientifique sur les &#233;v&#232;nements de mai 68, ils voulaient s'adresser aux militants qui avaient v&#233;cu le mouvement. A travers cette publication, les auteurs se donnaient pour objectif de livrer les informations et les analyses du mouvement n&#233;cessaires &#224; la poursuite des d&#233;bats et de cr&#233;er la pol&#233;mique d&#233;finie par les auteurs comme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'arme favorite du marxisme r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Bensa&#239;d et Weber traitent de nombreux aspects du mouvement de 68 dans leur ouvrage, ils se consacrent surtout sur l'importance du r&#244;le des &#233;tudiants dans ce mouvement de gr&#232;ve. Par cons&#233;quent, ceci impose de se poser une s&#233;rie de questions sur la nature du milieu &#233;tudiant et les strat&#233;gies qui doivent y &#234;tre d&#233;velopp&#233;es. Une des questions int&#233;ressantes soulev&#233;es par Bensa&#239;d et Weber est&#160;: quelle organisation aurait &#233;t&#233; la plus efficace pour r&#233;pondre au besoin du mouvement&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je me concentrerai dans cet article sur une position d&#233;fendu par la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt; de l'&#233;poque &#224; propos de la mani&#232;re dont le mouvement &#233;tudiant devait s'organiser en 68.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Explosion universitaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60, on assiste &#224; une augmentation du nombre des &#233;tudiants dans les universit&#233;s, les &#233;tudiants constituent d&#233;sormais une couche sociale importante pouvant repr&#233;senter une force sociale non n&#233;gligeable. L'universit&#233; est l'outil de la bourgeoisie pour former la main-d'&#339;uvre dont elle a besoin, elle doit par cons&#233;quent sans cesse &#234;tre transform&#233;e pour correspondre &#224; ses nouveaux besoins. Dans les ann&#233;es 60, son souci est d'imposer la sp&#233;cialisation aux &#233;tudiants pour que cette future main d'&#339;uvre ait une connaissance tr&#232;s restreinte et ne puisse en aucun cas remettre en cause le syst&#232;me &#233;conomique. D&#233;sormais les &#233;tudiants auront une formation insuffisante et surtout incompatible avec les progr&#232;s de plus en plus rapides des techniques de production. La position des &#233;tudiants rend &#233;vident le refus qu'ils manifesteront. Les auteurs parlent de position transitoire&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui caract&#233;rise les &#233;tudiants bien davantage que leur origine, c'est leur position transitoire. Emergeant de leur milieu familial, non encore int&#233;gr&#233;s dans leur future classe sociale, ils sont politiquement plus disponibles et ont peu &#224; perdre&#8230; Enfin, et de plus en plus, le milieu &#233;tudiant se d&#233;termine en fonction de son avenir social plut&#244;t qu'en fonction de son origine. Il n'est plus la p&#233;pini&#232;re d'un mandarinat au r&#244;le s&#233;culairement assign&#233;. Les &#233;tudiants ont une place, souvent de plus en plus incertaine, &#224; prendre dans la division technique du travail. Ce sont avant tout des travailleurs intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; de ces &#233;tudiants feront partie de la grande masse des salari&#233;s et sont conscients que leur niveau d'&#233;tude ne garantit plus leur avenir, ce qui par cons&#233;quent explique leurs capacit&#233;s &#224; se mobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Strat&#233;gies de restructuration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bensa&#239;d et Weber soul&#232;vent un &#233;l&#233;ment non n&#233;gligeable, les &#233;tudiants ne sont pas int&#233;gr&#233;s dans les partis bourgeois ou dans le Parti Communiste Fran&#231;ais. De fait, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, les &#233;tudiants ont acquis leur propre exp&#233;rience de lutte &#224; travers le mouvement de soutien au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;, contre la politique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, ce qui a permis au mouvement &#233;tudiant fran&#231;ais de devenir le plus politis&#233; et organis&#233; de l'Europe avec une organisation de masse en son sein qui avait pour ambition de devenir une organisation syndicale&#160;: l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;. Son r&#244;le fut central dans la lutte des &#233;tudiants en soutien au peuple alg&#233;rien. A ce moment pr&#233;cis, on assiste &#224; la naissance du processus de radicalisation politique des &#233;tudiants. Un processus qui s'acc&#233;l&#232;re rapidement. Bensa&#239;d et Weber qualifient le nombre des &#233;tudiants et lyc&#233;ens dans les manifestations contre la guerre coloniale &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d'impressionnant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En r&#233;alit&#233;, le soutien des &#233;tudiants &#224; la lutte de lib&#233;ration de l'Alg&#233;rie a &#233;t&#233; tardif. Mais pour les auteurs, ce mouvement allait in&#233;vitablement transformer l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;, jusqu'alors une organisation &#233;tudiante corporatiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='L'UNEF &#233;tait une corporation &#233;tudiante, elle avait un r&#244;le de gestionnaire et (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en organisation syndicale. Trois ph&#233;nom&#232;nes se produisirent&#160;: le d&#233;part des courants les plus droitiers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Par exemple, rappelons que Le Pen dirigeait l'AGE d'Assas jusqu'au milieu des (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la pr&#233;cipitation de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UEC&lt;/span&gt;, l'organisation de jeunesse la plus importante dirig&#233;e par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, dans une profonde crise &#224; cause de ses positions ambigu&#235;s concernant la guerre d'Alg&#233;rie, et l'&#233;mergence d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants r&#233;volutionnaires qui devinrent les fondateurs et les dirigeants de groupuscules r&#233;volutionnaires. L'importance du mouvement men&#233; par les &#233;tudiants contre la guerre d'Alg&#233;rie poussait l'ensemble des organisations existantes &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie pour structurer le mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FGEL&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='F&#233;d&#233;ration des groupes d'&#233;tudes de lettres.' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; voulaient faire de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;authentique syndicat&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tudiant, cette strat&#233;gie s'appelait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la ligne universitaire &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ils avaient l'ambition de transformer une organisation qui faisait essentiellement de la gestion en organisation qui se devait d'avoir des revendications. L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; devait &#224; pr&#233;sent organiser son milieu, d&#233;fendre les &#233;tudiants, d&#233;velopper de nouvelles formes de lutte en ad&#233;quation avec l'universit&#233;. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FGEL&lt;/span&gt; avait d&#233;velopp&#233; une strat&#233;gie int&#233;ressante mais elle partait du postulat que le milieu &#233;tudiant &#233;tait homog&#232;ne et que les campagnes revendicatives de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; uniraient tout le milieu &#233;tudiant. Bensa&#239;d et Weber expliquent que cette strat&#233;gie &#233;tait mauvaise puisque&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le milieu &#233;tudiant, celui du moins des ann&#233;es 60, n'&#233;tait pas syndicalisable. Il n'avait pas d'int&#233;r&#234;ts homog&#232;nes &#224; d&#233;fendre. 80% des adh&#233;rents &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; avaient pris leurs cartes pour b&#233;n&#233;ficier des polycopi&#233;s et acc&#233;der aux restaurants universitaires de leur choix. Confront&#233;e &#224; des situations tr&#232;s individualis&#233;es, la masse des &#233;tudiants recherchait des solutions individuelles &#224; ses probl&#232;mes. Seule une infime minorit&#233; faisait sien le projet r&#233;volutionnaire de transformer la condition &#233;tudiante.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En effet, les auteurs ont conscience que ce qu'on pourrait appeler la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gauche syndicale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; remportait un franc succ&#232;s lors des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. En revanche, cette h&#233;g&#233;monie &#233;tait moins &#233;vidente lorsque le milieu commen&#231;ait peu &#224; peu &#224; se d&#233;politiser. Bensa&#239;d et Weber explique ce ph&#233;nom&#232;ne en soulignant que le mouvement &#233;tudiant ne peut transformer l'universit&#233; tout seul, il lui faut l'appui du mouvement ouvrier qui jusqu'ici n'a pas rompu avec le r&#233;formiste. C'est pour cette m&#234;me raison que la strat&#233;gie de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FGEL&lt;/span&gt; pouvait fonctionner &#224; la seule condition qu'elle f&#251;t relay&#233;e dans le mouvement ouvrier. Tous les partis repr&#233;sentant la classe ouvri&#232;re refusaient cat&#233;goriquement cette strat&#233;gie et continuaient &#224; poursuivre l'orientation r&#233;formiste. Cette situation contradictoire o&#249; les &#233;tudiants &#233;taient coup&#233;s du mouvement ouvrier mais pr&#233;tendaient vouloir d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts faisait l'objet de nombreux d&#233;bats chez les &#233;tudiants. Dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;, on assiste &#224; des d&#233;bats assez houleux entre les diff&#233;rentes tendances et cela conduit au d&#233;part de nombreux militants du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;syndicat &#233;tudiant &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En 1967, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; n'avait en son sein presque plus de militants. Bensa&#239;d et Weber d&#233;veloppent l'id&#233;e que dans le milieu &#233;tudiant&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y avait la place pour une organisation politique de masse, non pour un authentique syndicat. Une telle organisation ne se serait pas adress&#233;e au milieu &#233;tudiant comme un milieu homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt; d&#233;fendaient l'id&#233;e que si l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; &#233;tait devenue une organisation politique de masse, elle organiserait la contestation et d&#233;velopperait des revendications pour les &#233;tudiants. De fait, elle assumerait &#233;galement l'aspect politique de ces revendications, ce qu'elle ne pouvait pas faire en tant que syndicat. Une organisation politique pourrait avoir un champ d'intervention plus large que le champ syndical. Elle aurait eu les moyens d'organiser massivement la lutte de solidarit&#233; avec la r&#233;volution vietnamienne, ainsi qu'organiser la solidarit&#233; avec les travailleurs. Ceci lui aurait procur&#233; un large espace pour diffuser les id&#233;es r&#233;volutionnaires et convaincre du socialisme&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barrass&#233;e de tout mim&#233;tisme &#224; l'&#233;gard du syndicalisme ouvrier, elle aurait pu penser ind&#233;pendamment des probl&#233;matiques &#233;cul&#233;es le r&#244;le nouveau qui incombe au mouvement &#233;tudiant dans la soci&#233;t&#233; capitaliste avanc&#233;e. Concevant son intervention comme pleinement, centrant cette intervention sur divers fronts de lutte de classes, elle serait demeur&#233;e un centre de polarisation pour la gauche &#233;tudiante.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bensa&#239;d et Weber critiquent l'&#233;chec de l'exp&#233;rience syndicale de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; mais admettent qu'elle a apport&#233; des aspects positifs. En effet, elle a permis tout d'abord aux militants d'analyser de mani&#232;re pointue le r&#244;le de l'universit&#233; dans le syst&#232;me capitaliste, ensuite de tenter des exp&#233;riences d'auto-structuration dans le milieu &#233;tudiant et enfin de poser toutes les questions n&#233;cessaires &#224; l'&#233;laboration d'une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Les d&#233;bats &#233;taient riches, d'un haut niveau politique et &#224; l'origine de la formation de militants r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Aujourd'hui...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat qui consiste &#224; se poser la question de savoir s'il faut une organisation politique dans le milieu &#233;tudiant plut&#244;t qu'une organisation syndicale peut para&#238;tre obsol&#232;te aujourd'hui. En effet, quarante ans apr&#232;s, la plupart des &#233;tudiants de notre organisation de jeunesse d&#233;fendent le fait qu'il faut s'impliquer dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; et poursuivre sans cesse le travail syndical &#233;tudiant. Il n'est pas question de remettre en cause cette strat&#233;gie, les derniers mouvements &#233;tudiants nous ont montr&#233; &#224; quel point l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; &#233;tait importante pour la victoire d'un mouvement. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt; est l'exemple qui illustre le mieux cet &#233;tat de fait. En revanche, il est n&#233;cessaire de noter en s'appuyant sur les quatre derni&#232;res ann&#233;es que les &#233;tudiants en g&#233;n&#233;ral se mobilisent de mani&#232;re plus importante pour des questions d'ordre sociales et nettement moins pour des questions d'ordre universitaire. Le mouvement &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LMD&lt;/span&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LRU&lt;/span&gt; n'ont pas mobilis&#233; autant d'&#233;tudiants que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt;. Actuellement, les &#233;tudiants ne sont plus ceux de 68. De fait un mouvement similaire au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CPE&lt;/span&gt; aurait &#233;t&#233; inimaginable. La massification accrue de l'universit&#233; a permis &#224; un nombre important d'&#233;tudiants issus de milieux modestes d'acc&#233;der aux &#233;tudes sup&#233;rieures. L'universit&#233; fran&#231;aise compte en son sein environ deux millions d'&#233;tudiants. Beaucoup d'entre eux sont contraints de travailler pour financer leurs &#233;tudes&#160;: un &#233;tudiant sur deux est salari&#233;. En effet, la pr&#233;carit&#233; &#233;tudiante s'accroit de mani&#232;re significative et le syst&#232;me d'aide mis &#224; leur disposition ne r&#233;pond plus aux besoins des &#233;tudiants. Le pouvoir d'achat des &#233;tudiants chute consid&#233;rablement alors que les frais d'inscription augmentent d'ann&#233;e en ann&#233;e, que les prix des loyers flambent et que le co&#251;t de la vie est en hausse. De plus, il faut noter qu'&#224; la diff&#233;rence des &#233;tudiants de 68, les &#233;tudiants sont d&#233;sormais contraints d'&#233;tudier plus longtemps pour obtenir un niveau de qualification suffisant, leur permettant d'aspirer &#224; des emplois bien r&#233;mun&#233;r&#233;s. Face &#224; cette d&#233;gradation des conditions de vie des &#233;tudiants, la bourgeoisie propose des r&#233;formes empirant indubitablement la situation de ces derniers. Tout ceci est &#224; l'origine de la radicalisation des &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ecrit en moins de 3 semaines dans des conditions particuli&#232;res, et malgr&#233; ses objectifs modestes, Une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale a longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme une r&#233;f&#233;rence dans la mesure o&#249; y &#233;tait annonc&#233; en germe l'orientation qui allait &#234;tre celle de la Ligue Communiste dans les ann&#233;es qui suivirent. Sur cet aspect comme sur d'autres, celle-ci a depuis fait l'objet de nombreuses critiques, notamment de la part des auteurs eux-m&#234;mes. N&#233;anmoins, le livre de Bensa&#239;d et Weber est tr&#232;s instructif en ce sens o&#249; il nous fournit de pr&#233;cieux indices pour r&#233;pondre aux probl&#233;matiques pos&#233;es par les mouvements &#233;tudiants des derni&#232;res ann&#233;es. L'analyse de Bensa&#239;d et Weber a permis &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt; de d&#233;velopper sa propre strat&#233;gie pour le mouvement &#233;tudiant en 68. Quarante ans apr&#232;s, il est n&#233;cessaire que les r&#233;volutionnaires renforcent leurs analyses du milieu &#233;tudiant, du r&#244;le de l'universit&#233; et des transformations qu'elle subit actuellement&#160;: les origines sociales des &#233;tudiants, les conditions de vie mais &#233;galement d'&#233;tude de ces derniers, le niveau de qualification offert par l'universit&#233; fran&#231;aise et les perspectives de la formation universitaire pour les &#233;tudiants, le processus de transformation du syst&#232;me universitaire op&#233;r&#233; par la bourgeoisie et les diff&#233;rents mouvements qui ont tent&#233; de s'y opposer ces derni&#232;res ann&#233;es. Toutes ces questions sont n&#233;cessaires non seulement pour d&#233;velopper une analyse compl&#232;te du milieu &#233;tudiant mais aussi pour &#233;laborer une strat&#233;gie efficace. C'est-&#224;-dire une m&#233;thode qui peut apporter des pistes aux r&#233;volutionnaires sur le type d'organisation n&#233;cessaire aujourd'hui&#160;: une organisation capable d'articuler les questions sociales et les questions universitaires, et d'int&#233;grer ces probl&#233;matiques &#224; un projet global de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, Henri Weber, &lt;i&gt;Mai 68&#160;: une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Maspero, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &#233;tait une corporation &#233;tudiante, elle avait un r&#244;le de gestionnaire et les militants proposaient des services aux &#233;tudiants mais n'&#233;tait en aucun cas une force de contestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, rappelons que Le Pen dirigeait l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AGE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; d'Assas jusqu'au milieu des ann&#233;es 50&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration des groupes d'&#233;tudes de lettres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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