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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Quand la France prit feu&#160;: Mai 68</title>
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		<dc:date>2011-11-06T13:50:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>Chris Harman</dc:creator>


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		<dc:subject>Gr&#232;ve de masse</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour la majorit&#233; des gens mai 1968 repr&#233;sente la r&#233;volte d'&#233;tudiants en mal d'utopie. Pour d'autres ce fut tout simplement un &#233;chec. Le mouvement de masse de mai 68 a surtout marqu&#233; la fin des certitudes g&#233;n&#233;r&#233;es pendant la p&#233;riode de boom des trente glorieuses, le boom le plus long de l'histoire du capitalisme. Et mai 68 a signal&#233; le d&#233;but d'une nouvelle p&#233;riode d'instabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1973 l'&#233;conomie mondiale rentre en r&#233;cession pour la premi&#232;re fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Greve-de-masse" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve de masse&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L93xH150/arton174-4d51d.jpg&#034; width='93' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour la majorit&#233; des gens mai 1968 repr&#233;sente la r&#233;volte d'&#233;tudiants en mal d'utopie. Pour d'autres ce fut tout simplement un &#233;chec. Le mouvement de masse de mai 68 a surtout marqu&#233; la fin des certitudes g&#233;n&#233;r&#233;es pendant la p&#233;riode de boom des trente glorieuses, le boom le plus long de l'histoire du capitalisme. Et mai 68 a signal&#233; le d&#233;but d'une nouvelle p&#233;riode d'instabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;face&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1973 l'&#233;conomie mondiale rentre en r&#233;cession pour la premi&#232;re fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une r&#233;cession approfondie par le krach p&#233;trolier. Dans les vingt ann&#233;es qui ont suivi, le capitalisme a connu deux nouvelles r&#233;cessions. &#192; chaque fois la reprise est plus lente et, surtout, les travailleurs, sur le dos desquels les classes dirigeantes essaient de r&#233;soudre les probl&#232;mes &#233;conomiques, n'en voient pas les b&#233;n&#233;fices. L'ab&#238;me entre une soci&#233;t&#233; qui n'a jamais cr&#233;&#233; autant de richesses et le bien-&#234;tre de tous ceux qui y habitent n'a jamais &#233;t&#233; aussi important.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis que le texte de Chris Harman est paru pour la premi&#232;re fois, la fin de la guerre froide n'a pas rendu le monde plus s&#251;r mais au contraire plus dangereux. Les interventions militaires, comme en Somalie en 1993, au Rwanda en 1994, ou au Kowe&#239;t en 1991 se multiplient. La concurrence internationale est toujours plus importante, poussant &#224; la confrontation entre les principales puissances du monde, souvent par l'interm&#233;diaire de puissances locales. Tel est le cas en Alg&#233;rie o&#249; la rivalit&#233; &#233;conomique entre la France et les &#201;tats-Unis exacerbe la guerre civile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La chute du mur de Berlin devait signer la fin des id&#233;ologies, de l'histoire, et bien s&#251;r, le triomphe du capitalisme lib&#233;ral. En l'espace d'une d&#233;cennie ces affirmations se sont r&#233;v&#233;l&#233;es fausses. Le march&#233; ne r&#233;gule pas la soci&#233;t&#233;, au contraire il l'&#233;trangle. Le krach boursier d'octobre 1987, la crise mexicaine en 1994 ont n&#233;cessit&#233; l'intervention massive des &#201;tats dominants de la plan&#232;te pour sauver la Bourse et, en passant, l'&#233;conomie mondiale. Le mod&#232;le sud-est asiatique, acclam&#233; par tous les &#233;conomistes bourgeois et par la gauche, s'est effondr&#233; comme un ch&#226;teau de cartes &#224; partir de l'&#233;t&#233; 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ravages du syst&#232;me ont aussi remis &#224; l'ordre du jour la r&#233;sistance des travailleurs. Pendant le mois de d&#233;cembre 1995 les dirigeants europ&#233;ens observaient anxieusement le gouvernement Jupp&#233; qui tentait de r&#233;sister aux gr&#232;ves du secteur public. Depuis, les luttes se sont &#233;tendues en Europe de l'Allemagne &#224; la Gr&#232;ce. Les travailleurs du service de livraison express &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UPS&lt;/span&gt; aux &#201;tats-Unis ont remport&#233; une victoire au bout de quinze jours de gr&#232;ve en ao&#251;t 1997, la premi&#232;re gr&#232;ve nationale aux &#201;tats-Unis depuis 14 ans. Et en Cor&#233;e du Sud des gr&#232;ves de masse secouent le pays et ont contribu&#233; &#224; faire tomber le pr&#233;sident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En f&#233;vrier 1998 l'opposition internationale &#224; l'intervention militaire am&#233;ricaine et britannique a &#233;vit&#233; une nouvelle guerre du Golfe. Le niveau d'opposition &#233;tait tel que le gouvernement am&#233;ricain n'&#233;tait m&#234;me pas capable d'organiser un d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; sans qu'il ne soit domin&#233; par les images d'&#233;tudiants scandant des slogans contre la guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une telle situation les nouvelles g&#233;n&#233;rations se tournent vers la lutte et cherchent des id&#233;es politiques dans un monde o&#249; les divisions entre classes sociales sont plus profondes qu'elles n'ont jamais &#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant longtemps le marxisme a &#233;t&#233; &#233;touff&#233; sous la chape de plomb du stalinisme sous toutes ses variantes. La fin du stalinisme a cr&#233;&#233; un nouvel espace pour une authentique tradition r&#233;volutionnaire. La crise du syst&#232;me et le d&#233;veloppement des luttes dans les ann&#233;e 90 signifient que l'audience potentielle pour les id&#233;es marxistes peut &#234;tre aussi importante qu'en 1968.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est qu'un aspect d'un processus plus global car la crise a aussi cr&#233;&#233; le terreau pour le d&#233;veloppement du fascisme. Faute du d&#233;veloppement d'une alternative socialiste cr&#233;dible, des couches de plus en plus larges de la soci&#233;t&#233; peuvent se tourner en d&#233;sespoir vers lui. Nous sommes engag&#233;s dans une course contre la montre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire russe Trotsky, &#233;crivant sur la situation en France dans les ann&#233;es trente, expliquait que dans une telle situation les illusions dans un possible compromis entre les int&#233;r&#234;ts capitalistes et ceux des travailleurs tombent les unes apr&#232;s les autres. Un des signes de ce processus est la perte de confiance en une solution politique de compromis dans le cadre de la d&#233;mocratie parlementaire. A ce sujet il disait&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le capitalisme a port&#233; les moyens de production &#224; un niveau tel qu'ils se sont trouv&#233;s paralys&#233;s par la mis&#232;re des masses populaires qu'il avait ruin&#233;es. De ce fait, tout le syst&#232;me est entr&#233; dans une p&#233;riode de d&#233;cadence, de d&#233;composition, de pourriture. Non seulement le capitalisme ne peut pas donner aux travailleurs de nouvelles r&#233;formes sociales, ni m&#234;me de simples petites aum&#244;nes, mais encore il est contraint de reprendre m&#234;me les anciennes. Toute l'Europe est entr&#233;e aujourd'hui dans l'&#232;re des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;contre-r&#233;formes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;conomiques et politiques. La politique de spoliation et d'&#233;touffement des masses n'est pas le fruit des caprices de la r&#233;action, mais r&#233;sulte de la d&#233;composition du syst&#232;me capitaliste. C'est l&#224; le fait fondamental et tout ouvrier doit le comprendre s'il ne veut pas &#234;tre dup&#233; par des phrases creuses. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi les partis d&#233;mocratiques se d&#233;composent et perdent l'un apr&#232;s l'autre leurs forces, dans l'Europe enti&#232;re...Les grands ph&#233;nom&#232;nes politiques ont toujours des profondes racines sociales. La d&#233;cadence des partis d&#233;mocratiques est un ph&#233;nom&#232;ne universel dont les causes sont dans la d&#233;cadence du capitalisme lui-m&#234;me...&lt;br class='manualbr' /&gt;Toute la question est de savoir en faveur de qui, de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ou du fascisme, se fera cet effondrement in&#233;vitable.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La crise aujourd'hui se d&#233;veloppe moins brutalement que dans les ann&#233;es trente. Mais elle se d&#233;veloppe. La crise s'&#233;tire beaucoup plus que dans les ann&#233;es trente. Vingt-cinq ans apr&#232;s la premi&#232;re r&#233;cession de 1973-74 il n'y a aucun signe que le capitalisme soit en train de sortir de son marasme &#233;conomique. Au contraire, il s'enfonce toujours plus, et pousse &#224; des confrontations de classe plus importantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il devient crucial pour les socialistes d'apprendre &#224; nouveau comment se connecter au mouvement de masse, comment construire &#224; nouveau un r&#233;seau de militants capables de proposer une alternative. Les le&#231;ons de mai 68 ont alors une double importance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une part elles sont riches d'enseignement sur la dynamique de la gr&#232;ve de masse. Elles nous montrent l'importance des facteurs politiques tels que la r&#233;volte &#233;tudiante et les mouvements contre l'imp&#233;rialisme &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest dans la politisation des jeunes, et l'&#233;tincelle qu'ils peuvent &#234;tre pour les luttes des travailleurs. Mais elles montrent &#233;galement l'importance de d&#233;velopper les id&#233;es r&#233;volutionnaires au sein de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire ne se r&#233;p&#232;te jamais exactement de la m&#234;me fa&#231;on. Les erreurs commises en mai 68 co&#251;teront plus cher aujourd'hui. Reconstruire la tradition r&#233;volutionnaire devient non seulement une possibilit&#233; mais une n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le texte de Chris Harman fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois en anglais en 1988. Il fait partie d'un ouvrage qui analyse les principales luttes de la p&#233;riode 1968-74 dont le titre original est &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;The fire last time&#160;: 1968 and after&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dont nous pr&#233;sentons &#233;galement le prologue qui situe le contexte international du capitalisme &#224; la fin des ann&#233;es soixante..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nick Barrett&lt;/strong&gt;, Paris, mars 1998.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De temps &#224; autre vient une ann&#233;e qui marque toute une g&#233;n&#233;ration.&lt;br class='manualbr' /&gt;Par la suite le fait m&#234;me de la mentionner fait survenir un nombre incalculable d'images dans la t&#234;te de ceux qui en firent l'exp&#233;rience.&lt;br class='manualbr' /&gt;1968 fut ce type d'ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des millions de gens dans le monde qui pensent toujours que ces douze mois ont chang&#233; leur vie de fa&#231;on d&#233;cisive. Et ce ne sont pas seulement ceux qui &#233;taient &#233;tudiants ou hippies comme le sugg&#232;rent les m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car 1968 fut une ann&#233;e pendant laquelle la r&#233;volte &#233;branla trois des r&#233;gimes les plus importants de la plan&#232;te et d&#233;clencha une vague d'espoir dans la jeunesse de nombreux autres pays. Ce fut l'ann&#233;e o&#249; les gu&#233;rillas paysannes d'une des plus petites nations du monde r&#233;sist&#232;rent au pouvoir le plus puissant de l'histoire humaine. Ce fut l'ann&#233;e o&#249; les ghettos noirs se r&#233;volt&#232;rent pour protester contre le meurtre de Martin Lutter King, leader du mouvement de la non-violence. Ce fut l'ann&#233;e o&#249; Berlin devint le point international de focalisation d'un mouvement &#233;tudiant qui remettait en cause les blocs de pouvoirs qui divisaient la ville. Ce fut l'ann&#233;e o&#249; des matraques et des bombes lacrymog&#232;nes furent utilis&#233;es pour que la convention du parti d&#233;mocrate am&#233;ricain m&#232;ne &#224; bien l'&#233;lection d'un candidat &#224; la pr&#233;sidence que les &#233;lecteurs avaient pourtant rejet&#233; dans toutes les primaires et o&#249; des chars russes entr&#232;rent dans Prague pour renverser un gouvernement &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;communiste&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui avait fait des concessions &#224; la pression populaire. Ce fut l'ann&#233;e o&#249; le gouvernement mexicain massacra plus de cent manifestants pour assurer le d&#233;roulement des Jeux Olympiques dans des conditions &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pacifiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce fut l'ann&#233;e o&#249; les manifestations &#224; Derry et &#224; Belfast contre la discrimination mirent le feu aux poudres en Irlande du Nord. Ce fut, surtout, l'ann&#233;e o&#249; la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'histoire paralysa la France et fit paniquer son gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que le monde ne fut pas renvers&#233; comme il le fut en 1648, en 1789 ou 1917. Mais il fut profond&#233;ment &#233;branl&#233;. Et les ondes de choc bris&#232;rent les v&#233;rit&#233;s &#233;tablies qui encha&#238;naient l'esprit de beaucoup de gens, les amenant &#224; croire que la soci&#233;t&#233; pouvait &#234;tre compl&#232;tement chang&#233;e, que tout &#233;tait possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La version m&#233;diatique de 1968 comme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'ann&#233;e des &#233;tudiants&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ignore tout cela et a pr&#233;sent&#233; ce qui s'est pass&#233; comme un choc des g&#233;n&#233;rations bas&#233; sur un engouement soudain pour les longs cheveux, les drogues et les affiches de Che Guevara. L'image de la r&#233;volution a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e au grenier des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;has-been&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; historiques tandis que des anciens dirigeants &#233;tudiants racontent comment ils ont abandonn&#233; leurs r&#234;ves de jeunesse pour les bienfaits de la vie rang&#233;e des classes moyennes. Si la mode de 1968 &#233;tait de se marginaliser et de prendre des acides, maintenant, apparemment, il s'agit de s'int&#233;grer au syst&#232;me et de l&#226;cher la politique socialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette perspective, 1968 fut une anomalie historique, une sorte de croisade men&#233;e par des enfants grandis trop vite, coup&#233;e de ce qui s'&#233;tait pass&#233; avant et de ce qui se passa apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le propos de ce livre est tr&#232;s diff&#233;rent. 1968 fut le produit de contradictions qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es pendant les ann&#233;es qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; et qui ont continu&#233; d'exploser durant la d&#233;cennie suivante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au mois de mai fran&#231;ais succ&#233;da l'automne chaud italien de 1969. Aux ambitions bris&#233;es d'un gouvernement am&#233;ricain succ&#233;da la chute de celui qui suivit, lorsque le pr&#233;sident lui-m&#234;me fut &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mis &#224; nu&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; par le scandale du Watergate. Les &#233;meutes &#233;tudiantes de Varsovie de mars 1968 furent suivies par la r&#233;volte bien plus cons&#233;quente des ouvriers de Gdansk et de Szcecin en 1970-71 tandis que le d&#233;fi lanc&#233; au Stalinisme par le Printemps de Prague pr&#233;c&#233;da le d&#233;fi encore plus grand de Solidarnosc. Les vagues de m&#233;contentement dans les universit&#233;s anglaises en 1968 inaugur&#232;rent les vagues de gr&#232;ves qui finalement d&#233;truisirent le gouvernement Heath en 1974. L'Universit&#233; d'Ath&#232;nes se souleva en novembre 1973, d&#233;clenchant le compte &#224; rebours des jours qui restaient &#224; la dictature grecque. Les cloches de la libert&#233; sonnaient encore &#224; Lisbonne au Portugal en juin 1974 et &#224; Vitoria en Espagne en mars 1976.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai tent&#233; de raconter l'histoire de toute cette p&#233;riode. Malheureusement le temps et la place m'ont emp&#234;ch&#233; de le faire &#224; l'&#233;chelle mondiale. J'ai d&#251; me limiter aux principaux pays europ&#233;ens et aux &#201;tats-Unis, faisant simplement allusion aux &#233;v&#233;nements ailleurs dans le monde (au Vi&#234;t-nam, en Chine, en Pologne, en Yougoslavie, au Mexique, en Tch&#233;coslovaquie) dans la mesure o&#249; ils ont eu un impact imm&#233;diat sur la conscience de ceux qui d&#233;fil&#232;rent dans les rues de ces pays. Mais cela ne devrait mener personne &#224; imaginer que 1968 ne fut qu'une ann&#233;e europ&#233;enne. Car, apr&#232;s tout, 1968 fut l'ann&#233;e o&#249; le mouvement naxalite est n&#233; en Inde lorsque des milliers d'&#233;tudiants ont tent&#233; de faire face avec courage &#224; un r&#233;gime de plus en plus corrompu, l'ann&#233;e des premi&#232;res manifestations, sans succ&#232;s, contre la dictature militaire au Br&#233;sil et du d&#233;but d'un mouvement de gr&#232;ve de masse des &#233;tudiants et des ouvriers dans l'Argentine voisine, l'ann&#233;e o&#249; le gouvernement chr&#233;tien-d&#233;mocrate d'Eduoardo Frei au Chili s'embourbait face aux gr&#232;ves et aux occupations de terres, l'ann&#233;e o&#249; les fedayin d'al-Fatah prirent la direction de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OLP&lt;/span&gt; pour mener leur premi&#232;re bataille majeure contre les forces isra&#233;liennes &#224; Karameh.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1968 fut une ann&#233;e importante parce qu'elle s'inscrivit dans un processus r&#233;volutionnaire mondial. La plupart du temps sa dynamique est lente et conna&#238;t de nombreuses d&#233;faites. Ses d&#233;fenseurs se perdent souvent parmi les emb&#251;ches sem&#233;es par l'ordre ancien. Le r&#233;sultat est qu'ils confondent amis et ennemis. Les opposants &#224; la tyrannie dans une partie du globe s'alignent sur les oppresseurs ailleurs. Des activistes se fatiguent et en viennent &#224; m&#233;priser ceux qui leur succ&#232;dent. Ils se retirent pour faire du jardinage sans s'apercevoir de la radiation du sol et de l'&#233;tat de famine de l'autre c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture. Pourtant, en d&#233;finitive, ce processus r&#233;volutionnaire est le seul porteur d'espoir pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#234;ve de 1968 est la seule alternative aux imp&#233;rialismes rivaux, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest, avec leurs crises &#233;conomiques internes et leurs aventures militaires &#224; l'&#233;tranger, leur syst&#232;me d'armements et leurs accidents nucl&#233;aires, leurs clients dictateurs et leur soutien aux guerres locales d&#233;vastatrices, leur institutionnalisation de l'oppression nationale et leur tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de l'horrible carnage qui peut en r&#233;sulter, l'insistance qu'ils mettent &#224; ce que leur soient rembours&#233;s les int&#233;r&#234;ts croissants des dettes tandis que des centaines de millions de gens meurent de faim et que des pays entiers s'enfoncent dans la famine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour cette raison je d&#233;die ce livre &#224; tous ceux qui se sont battus en 1968 et qui continuent de se battre aujourd'hui, dans l'espoir que la compr&#233;hension de comment nous nous sommes battus alors nous aidera &#224; gagner la prochaine fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chris Harman&lt;/strong&gt;, 20&#160;d&#233;cembre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mois de mai fran&#231;ais&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'histoire n'avance pas toujours au m&#234;me rythme. Parfois, m&#234;me des changements minimes prennent des d&#233;cennies ou des si&#232;cles. Parfois il se passe plus de choses en une nuit qu'au cours des dix ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;. C'est ce qui se produisit la nuit du 10-11&#160;mai 1968 &#224; Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce vendredi soir avait commenc&#233; par une grande manifestation, la cinqui&#232;me depuis le d&#233;but de la semaine, regroupant des &#233;tudiants, lyc&#233;ens et universitaires. La raison &#233;tait l'utilisation de la police pour fermer l'universit&#233; et emp&#234;cher des manifestations de protestation contre les mesures de discipline prises envers des &#233;tudiants de Nanterre. La police avait attaqu&#233; les manifestations pr&#233;c&#233;dentes &#224; coups de matraques et de gaz lacrymog&#232;nes et avait arr&#234;t&#233; plusieurs manifestants. Des &#233;tudiants avaient commenc&#233; &#224; contre-attaquer en jetant des pav&#233;s en direction de la police et en construisant des barricades improvis&#233;es avec des panneaux de signalisation et des grillages. Mais ce soir la manifestation &#233;tait pacifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, vers 22h, les manifestants remarqu&#232;rent que la police leur avait barr&#233; le chemin au niveau des ponts qui traversaient la Seine. La police avait l'intention de prendre la manifestation en tenaille dans les rues autour du boulevard St. Michel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tudiants retourn&#232;rent la tactique de la police contre elle, constituant une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;zone libre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en &#233;difiant des barricades dans toutes les rues adjacentes - aux panneaux, grillages et pav&#233;s on ajouta des voitures renvers&#233;es, du mat&#233;riel de construction des chantiers alentours, des sacs de ciment, des compresseurs, des rouleaux de fil &#233;lectrique et des piliers d'&#233;chafaudages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les habitants de la rue Guy-Lussac et des rues avoisinantes t&#233;moign&#232;rent leur sympathie aux &#233;tudiants en leur apportant du pain, du chocolat et des boissons chaudes. Ceux-ci furent rejoints sur les barricades, o&#249; flottaient des drapeaux rouges et noirs, par un nombre consid&#233;rable de jeunes ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_327 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH353/2259342936_bab980b041_b-9d839.jpg' width='500' height='353' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Ce qui avait commenc&#233; comme un mouvement &#233;tudiant &lt;br class='manualbr' /&gt;s'&#233;tait transform&#233;, pendant &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la nuit des barricades&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &lt;br class='manualbr' /&gt;en une gigantesque confrontation sociale&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vers deux heures du matin le gouvernement donna l'ordre d'intervenir &#224; des milliers de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt;. Il s'en suivit un violent combat de rue. Sans arr&#234;t la police chargeait les barricades, lan&#231;ant des grenades &#224; percussion et des gaz lacrymog&#232;nes, frappant quiconque tombait sous sa main - &#233;tudiant, ouvrier ou simple passant. Les manifestants jetaient &#224; la police tout ce qui passait &#224; port&#233;e de main - pav&#233;s arrach&#233;s au trottoir, gaz lacrymog&#232;nes et grenades qui n'avaient pas encore explos&#233;. Ceux qui habitaient les appartements surplombant la bataille jetaient de l'eau pour att&#233;nuer l'effet des fum&#233;es des gaz lacrymog&#232;ne. Un bon nombre des voitures renvers&#233;es prirent feu. Sans cesse la police devait stopper son offensive. Il lui fallut quatre heures pour reprendre possession des lieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les manifestants n'&#233;taient pas vaincus pour autant. Les dirigeants des principales conf&#233;d&#233;rations syndicales s'&#233;taient rencontr&#233;s toute la soir&#233;e et avaient suivi &#224; la radio les comptes-rendus de la manifestation. L'ampleur de la r&#233;pression et de la lutte devint si &#233;vidente qu'ils appel&#232;rent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'une journ&#233;e le lundi suivant, le 13&#160;mai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour tenter de contenir le mouvement, le premier ministre Pompidou annon&#231;a que l'universit&#233; serait rouverte et que les accusations contre ceux qui &#233;taient arr&#234;t&#233;s seraient &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;examin&#233;es&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Plus tard il expliquera&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; donner la Sorbonne aux &#233;tudiants plut&#244;t qu'ils ne la prennent de force&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Georges Pompidou, Pour r&#233;tablir une V&#233;rit&#233; (Paris 1982) p. 181.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. Les &#233;tudiants &#233;taient d&#233;sormais d&#233;termin&#233;s &#224; occuper l'universit&#233; d&#232;s qu'elle serait rouverte. Plus important, la gr&#232;ve allait &#234;tre la plus massive que la France ait jamais connue, et en l'espace de deux jours, &#224; travers toute la France, les ouvriers occupaient les usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui avait commenc&#233; comme un mouvement &#233;tudiant s'&#233;tait transform&#233;, pendant &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la nuit des barricades&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en une gigantesque confrontation sociale, avec le gouvernement pratiquement paralys&#233; pendant trois semaines tandis que les gens se demandaient s'il devait &#234;tre renvers&#233; par une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement &#233;tudiant en France&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En soi, le mouvement des &#233;tudiants parisiens n'&#233;tait pas bien diff&#233;rent de ceux de Berkeley, Colombia, de Berlin, des villes italiennes ou de la London School of Economics. Jusqu'au d&#233;but du mois de mai le mouvement fran&#231;ais &#233;tait m&#234;me plus faible que la plupart d'entre eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 50 et au d&#233;but des ann&#233;es 60, il y avait eu un mouvement &#233;tudiant de ce type en France pour s'opposer &#224; la guerre d'Alg&#233;rie. La perspective de la conscription d'une part, et l'horreur qu'inspirait l'ampleur de la r&#233;pression par l'arm&#233;e fran&#231;aise d'autre part, avaient amen&#233; beaucoup d'&#233;tudiants &#224; s'aligner sur l'opposition socialiste de gauche &#224; la guerre. &#192; peu pr&#232;s la moiti&#233; des &#233;tudiants s'identifi&#232;rent au syndicat national &#233;tudiant l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;, qui se trouvait aux avant-postes de la lutte contre la guerre. Mais lorsque la guerre cessa en 1963, l'&#233;lan qui avait provoqu&#233; la radicalisation des &#233;tudiants retomba lui aussi. L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; d&#233;clina, paralys&#233;e par des crises de pouvoir internes et par de gros probl&#232;mes financiers. Au d&#233;but de 1968, elle ne pouvait revendiquer repr&#233;senter plus de 80 000 &#233;tudiants sur un total national de 550 000. Elle &#233;tait devenue une organisation o&#249; une petite minorit&#233; d'anciens &#233;tudiants et d'&#233;tudiants plus &#226;g&#233;s form&#233;s politiquement pol&#233;miquait en vase cl&#244;t tandis que la majorit&#233; des adh&#233;rents restait passive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Vladimir Fisera, The Writing on the Wall (London 1978) p. 11&#160;; Lucien Roux (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les activit&#233;s d'&#233;tudiants &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de gauche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;taient, pendant les quatre premiers mois de 1968, bien moins d&#233;velopp&#233;es qu'en Italie, en Allemagne de l'Ouest ou m&#234;me en Grande Bretagne. Une manifestation, le 21&#160;f&#233;vrier, en soutien aux forces de lib&#233;ration nationale au Vi&#234;t-nam ne fut pas plus grosse et consid&#233;rablement moins militante que celle du 17&#160;mars &#224; Londres. 2000 personnes seulement particip&#232;rent &#224; la manifestation du 11&#160;avril &#224; laquelle plusieurs organisations de gauche avaient appel&#233; suite &#224; la tentative d'assassinat sur le leader du mouvement &#233;tudiant allemand Rudi Dutschke.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le berceau d'un nouveau mouvement &#233;tudiant de masse &#233;tait d&#233;sormais Nanterre, un nouveau site universitaire construit en banlieue parisienne pour adapter l'universit&#233; &#224; des effectifs en croissance rapide. Les premi&#232;res luttes, relativement peu politis&#233;es, eurent pour objet les conditions de vie et de travail auxquelles les &#233;tudiants &#233;taient oblig&#233;s de s'accommoder. Le campus tentait d'absorber trop d'&#233;tudiants par rapport &#224; ses capacit&#233;s. Par exemple, 80% des &#233;tudiants en langues pouvaient rarement avoir acc&#232;s aux laboratoires de langues. La situation excentr&#233;e de Nanterre rendait difficile l'acc&#232;s aux loisirs et autres am&#233;nagements culturels de la ville de Paris. Et pour couronner le tout, les autorit&#233;s universitaires imposaient des restrictions autoritaires et ridicules aux &#233;tudiants qui r&#233;sidaient sur le site comme l'interdiction faite aux gar&#231;ons d'aller dans les r&#233;sidences des &#233;tudiantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mars 1967, des groupes d'&#233;tudiants envahirent pacifiquement les r&#233;sidences des femmes. En novembre 10 000 &#233;tudiants prirent part &#224; une gr&#232;ve contre les conditions de vie sur le campus. La gr&#232;ve prit fin lorsqu'une commission paritaire fut cr&#233;&#233;e pour statuer sur leurs revendications. En mars et en avril des &#233;tudiants en psychologie et en sociologie vot&#232;rent pour le boycott de leurs examens. Les &#233;tudiants politis&#233;s li&#233;s &#224; des courants anarchistes, trotskistes ou mao&#239;stes jou&#232;rent un r&#244;le dans ces &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mouvements de masse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, soulevant des questions d'ordre plus g&#233;n&#233;ral. Par exemple, il se tint une conf&#233;rence en mars 1967 sur &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Wilhelm Reich et la sexualit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et un an plus tard certains d&#233;fendaient l'id&#233;e que la sociologie, en tant qu'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;id&#233;ologie&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Fisera p. 78.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, devait &#234;tre condamn&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les &#233;tudiants politis&#233;s &#233;taient peu nombreux. Le 22&#160;mars 1968, lors d'une r&#233;union de protestation contre le harc&#232;lement policier des manifestants contre la guerre du Vi&#234;t-nam, fut vot&#233;e l'occupation des locaux administratifs pour la nuit. Sur les 12 000 &#233;tudiants du campus, 142 seulement particip&#232;rent &#224; l'occupation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Chiffre donn&#233; par Cohn-Bendit dans Herv&#233; Bourges (ed.), The Student Revolt&#160;: (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'apr&#232;s une description des &#233;v&#233;nements&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'atmosph&#232;re est &#233;trange, joyeuse et s&#233;rieuse &#224; la fois. Dans un coin un jeune barbu joue de la guitare. On le fait taire tandis que la discussion s'&#233;chauffe. De temps &#224; autre quelqu'un apporte une bo&#238;te contenant des sandwichs et des bouteilles de bi&#232;re...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les discussions ont pour objet la critique de l'universit&#233;, la lutte contre l'imp&#233;rialisme, le capitalisme aujourd'hui. Ils cherchent quels moyens leur permettraient d'exposer les structures r&#233;pressives de l'&#201;tat bourgeois, quelles situations leur permettraient de les mettre &#224; nu, quelle action marcherait comme un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;tonateur&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ils se demandent aussi comment les luttes des &#233;tudiants pourraient se connecter aux luttes des ouvriers, et comment convertir le mouvement de protestation contre la r&#233;pression polici&#232;re en une contestation permanente&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 38.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce groupe minoritaire se baptisa le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mouvement du 22&#160;mars&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et appela &#224; une autre journ&#233;e d'occupation le vendredi 29&#160;mars suivant, dans le but d'organiser une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;journ&#233;e de d&#233;bat contre l'imp&#233;rialisme&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La semaine suivante fut employ&#233;e &#224; mobiliser du soutien &#224; l'aide de tracts et d'affiches, de slogans peints sur les murs, d'interventions dans les amphith&#233;&#226;tres. &#192; ce stade ces militants revendiquaient un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;noyau de quelques 300 extr&#233;mistes capables de rallier mille &#233;tudiants sur un total de 12000.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Fisera, p. 79.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la r&#233;action qu'eurent les autorit&#233;s face &#224; cette minorit&#233; qui multiplia les soutiens parmi les &#233;tudiants &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;non-politis&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pendant que le ministre de l'&#233;ducation Peyrefitte, et les m&#233;dias parlaient d'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;enrag&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;terrorisaient&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les autres &#233;tudiants, l'administration de l'universit&#233; ferma les salles de conf&#233;rences et la biblioth&#232;que les 29 et 30&#160;mars en utilisant la police et les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt;. Cela fit en effet &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;enrager&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une minorit&#233; d'&#233;tudiants&#160;: le mardi suivant 1200 d'entre eux occup&#232;rent l'un des plus grands amphith&#233;&#226;tres pour y poursuivre leur d&#233;bat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s les vacances de P&#226;ques, l'agitation reprit de plus belle. Encore une fois ce fut la r&#233;action des autorit&#233;s qui servit de catalyseur. Le mouvement du 22&#160;mars annon&#231;a &#224; la fin du mois d'avril qu'il organisait une nouvelle journ&#233;e contre l'imp&#233;rialisme les 2 et 3&#160;mai. L'un des leaders du mouvement, Daniel Cohn-Bendit, fut arr&#234;t&#233; par la police et gard&#233; en d&#233;tention pendant 12 h apr&#232;s qu'un &#233;tudiant d'extr&#234;me-droite l'ait accus&#233; de l'avoir attaqu&#233;. Daniel Cohn-Bendit, et sept autres &#233;tudiants furent alors somm&#233;s de compara&#238;tre devant les autorit&#233;s de l'universit&#233; pour distributions de tracts - et les salles de conf&#233;rences ainsi que la biblioth&#232;que de Nanterre furent &#224; nouveau ferm&#233;es et gard&#233;es par la police. Les dirigeants de l'universit&#233; se plaignirent de l'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#233;trange atmosph&#232;re de la facult&#233;... tr&#232;s proche de la psychose d'une guerre.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Posner (ed.), Reflections on the Revolution in France (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me &#224; ce moment l'implication active dans le mouvement &#233;tudiant restait faible. Moins de 400 &#233;tudiants de Nanterre se rendirent &#224; la Sorbonne, la partie principale de l'universit&#233; situ&#233;e au coeur du quartier Rive gauche de la Seine, pour protester contre cette mesure disciplinaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est alors que le recteur de l'universit&#233; et le ministre de l'&#201;ducation provoqu&#232;rent l'escalade d&#233;cisive dans la confrontation. Ils annonc&#232;rent qu'ils allaient fermer l'Universit&#233; de Paris dans sa totalit&#233; et envoy&#232;rent la police pour s'occuper du mouvement de protestation. La police, en tenue anti-&#233;meute compl&#232;te, encercla la Sorbonne et donna l'ordre aux manifestants de partir. Lorsqu'ils s'ex&#233;cut&#232;rent pacifiquement, par groupes de 25 &#224; environ 17 heures, plus de 500 furent arr&#234;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;pression polici&#232;re permit d'accomplir ce que les militants eux-m&#234;mes n'avaient pas r&#233;ussi &#224; faire. D'autres &#233;tudiants commenc&#232;rent &#224; participer aux manifestations. Le cycle r&#233;pression/manifestation s'&#233;tait mis en branle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Des rassemblements spontan&#233;s se form&#232;rent sur la place de la Sorbonne, dans la rue des Ecoles, sur le boulevard St. Michel. Quelques personnes criaient des slogans &#224; tue-t&#234;te. Ceux-ci &#233;taient repris avec force par la foule.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber, Mai 68&#160;: une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale (Paris 1968) p. (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, ils &#233;taient 2 &#224; 3000 &#233;tudiants &#224; se rassembler autour du cordon de police. La police r&#233;pliqua en manoeuvrant pour &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nettoyer&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les rues - elle frappa &#224; coups de matraques quiconque ressemblait &#224; un &#233;tudiant et aspergeait tous les groupes de gaz lacrymog&#232;nes. Quelques &#233;tudiants se d&#233;fendirent en descellant des pav&#233;s. L'id&#233;e se propagea. Il fallut 4 heures &#224; la police pour reprendre contr&#244;le du quartier, blessant cent manifestants et passants dans l'op&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ampleur de la r&#233;pression choqua m&#234;me ceux qui &#233;taient hostiles ou indiff&#233;rents &#224; la minorit&#233; d'&#233;tudiants militants. L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; et le syndicat des professeurs de l'universit&#233;, le SNESup, lanc&#232;rent des mots d'ordre de gr&#232;ve et de manifestations pour le lundi suivant. Des dizaines de milliers de personnes r&#233;pondirent &#224; l'appel dans les &#233;coles &#224; travers tout le pays. A Paris 100 000 tracts furent distribu&#233;s et 30 000 &#233;tudiants, lyc&#233;ens et professeurs particip&#232;rent &#224; la manifestation. Leur but &#233;tait de marcher sur la Sorbonne. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce que les autorit&#233;s voulaient emp&#234;cher &#224; tout prix. Le quartier fut envahi de policiers et de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les premiers manifestants d&#233;fil&#232;rent autour du quartier r&#233;coltant des renforts jusqu'&#224; &#234;tre 6000 individus, puis ils tent&#232;rent de se frayer un passage &#224; travers les cordons de police en direction de l'universit&#233;. Rue St. Jacques, la police chargea&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Cette fois-ci, la police est encore plus violente et les &#233;tudiants encore plus audacieux. C'est l'escalade. Chaque attaque engendre une contre-attaque. Chaque moyen de r&#233;pression engendre un nouveau moyen de d&#233;fense. Chaque jeune homme ou jeune femme sur la ligne de front apprend &#224; se prot&#233;ger des gaz lacrymog&#232;nes - du simple mouchoir &#224; la paire de lunettes de ski en passant par l'utilisation de l'eau ou m&#234;me du citron.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Philippe Labro, Les Barricades de Mai (Paris 1968).' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps des milliers d'autres manifestants se rassemblaient &#224; l'appel de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; &#224; une station de m&#233;tro toute proche. Ceux qui se battaient contre la police se repli&#232;rent pour les rejoindre, puis, ensemble, ils march&#232;rent de nouveau vers la Sorbonne. La confrontation reprit &#224; plus grande &#233;chelle. &#192; la fin de la soir&#233;e 739 manifestants avaient &#233;t&#233; bless&#233;s suffisamment gravement pour n&#233;cessiter une hospitalisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_320 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH366/ouvriers_etudiants-d3434.jpg' width='500' height='366' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Les travailleurs avaient une image peu flatteuse des &#233;tudiants qui &#233;tait encourag&#233;e par les bureaucrates du mouvement ouvrier. &lt;br class='manualbr' /&gt;[...] &#192; pr&#233;sent un nombre consid&#233;rable de jeunes travailleurs &lt;br class='manualbr' /&gt;s'&#233;taient rang&#233;s du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade les luttes du Quartier Latin commenc&#232;rent &#224; dominer l'actualit&#233;. M&#234;me si la radio &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ORTF&lt;/span&gt; - dirig&#233;e par l'&#201;tat - et les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision avaient pour ordre d'ignorer les manifestations, des stations de radio priv&#233;es comme Radio Luxembourg diffusaient des comptes-rendus toutes les heures. Les trois personnalit&#233;s qui &#233;merg&#232;rent comme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;porte-paroles&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du mouvement - Dany Cohn-Bendit, Jacques Sauvegeot, pr&#233;sident provisoire de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;, et Alain Geismar, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNESup, devinrent quasiment des c&#233;l&#233;brit&#233;s sur les ondes. Et le mouvement &#233;tudiant commen&#231;a, pour la premi&#232;re fois, &#224; attirer le soutien des jeunes ouvriers&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il ne faut pas sous-estimer l'envergure des manifestations du 6&#160;mai. Par deux fois les manifestants se sont jet&#233;s contre les forces de l'ordre blessant 345 policiers. La vigueur et le pouvoir de ces manifestations &#233;tudiantes devaient forc&#233;ment exercer une influence sur la classe ouvri&#232;re et sur la jeunesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs avaient une image peu flatteuse des &#233;tudiants qui &#233;tait encourag&#233;e par les bureaucrates du mouvement ouvrier. &#192; leurs yeux, les &#233;tudiants n'&#233;taient que des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fils &#224; papa&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont les bouffonneries &#233;tudiantes n'emp&#234;cheraient pas d'int&#233;grer les rangs des exploiteurs. Le soir du 6&#160;mai cette caricature fut d&#233;truite. Les images des luttes et les comptes-rendus des batailles suscit&#232;rent de l'admiration chez les travailleurs.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Bensa&#239;d et Weber.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les mardi et mercredi suivants d'autres manifestations de masse s'encha&#238;n&#232;rent. Celle du mardi fut une &#233;norme d&#233;monstration de force avec 50 000 manifestants formant des cha&#238;nes bras dessus bras dessous sur toute la largeur de la rue, parcourant 30 kms &#224; travers Paris, d&#233;fiant le pouvoir et chantant l'Internationale sous les fen&#234;tres du gouvernement. Cette nuit-l&#224; il y eut des affrontements mais pas &#224; la m&#234;me &#233;chelle qu'auparavant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent un nombre consid&#233;rable de jeunes travailleurs s'&#233;taient rang&#233;s du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants. &#192; travers toute la France des &#233;tudiants se mirent en gr&#232;ve - y compris ceux de facult&#233;s jusqu'alors &#224; domin&#233;es par la droite, comme celles de droit et de m&#233;decine. Leurs revendications &#233;taient centr&#233;es sur un appel &#224; la fin de la r&#233;pression des &#233;tudiants parisiens, mais elles s'&#233;largissaient &#224; l'ensemble des conditions dans les lieux d'&#233;tudes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais m&#234;me &#224; ce stade le mouvement pouvait &#234;tre stopp&#233;. La manifestation du mercredi 8&#160;mai en est la preuve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois les dirigeants des syndicats parisiens et les dirigeants politiques locaux de gauche se rendirent au d&#233;part de la manifestation &#224; 18h. Mais leur but &#233;tait de ramener la manifestation &#224; une action de routine, &#224; une protestation rituelle. Lorsqu'&#224; 20h la police finit par leur barrer le chemin, le service d'ordre donna l'ordre de se disperser pacifiquement, de peur d'effrayer ces nouveaux alli&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les activistes des nuits pr&#233;c&#233;dentes furent profond&#233;ment d&#233;moralis&#233;s&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; Les militants eurent l'impression que tout &#233;tait fini. D'apr&#232;s eux, le mouvement avait subi une d&#233;faite irr&#233;versible. Il venait d'&#234;tre bris&#233; par les appareils syndicaux.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Bensa&#239;d et Weber.' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un militant, ancien leader de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;, s'exprima ainsi lors d'un meeting le lendemain&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;C'est une chance pour nous que le gouvernement n'ait pas battu en retraite hier soir car dans ce cas nous aurions fait de m&#234;me. Malgr&#233; son extraordinaire combativit&#233;, le mouvement a montr&#233; &#224; quel point il &#233;tait vuln&#233;rable.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le gouvernement n'avait pas battu en retraite. Les ministres qui voulaient faire des concessions s'en virent emp&#234;ch&#233;s par le g&#233;n&#233;ral de Gaulle lui-m&#234;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon son premier ministre, Pompidou, dans Pompidou, p. 180.' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le gouvernement resta sur ses positions r&#233;pressives et pr&#233;para ainsi le terrain pour &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la nuit des barricades&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; deux jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La dynamique de la r&#233;volte des &#233;tudiants parisiens&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent j'ai soulign&#233; &#224; quel point la dynamique de la r&#233;volte &#233;tudiante &#233;tait proche de celle des autres pays . Il y avait un profond sentiment d'ali&#233;nation chez une fraction croissante d'&#233;tudiants non-politis&#233;s et une identification vague aux id&#233;es socialistes r&#233;volutionnaires parmi une toute petite minorit&#233;. La r&#233;pression avait ensuite amen&#233; une partie toujours plus importante d'&#233;tudiants &#224; s'impliquer activement aux c&#244;t&#233;s de cette minorit&#233; et &#224; &#233;couter ses id&#233;es. Les individus qui furent capables d'exprimer les aspirations de la majorit&#233; en termes vaguement r&#233;volutionnaires devinrent, en quelques jours, tr&#232;s connus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'ampleur du mouvement &#224; Paris et son impact furent bien plus importants que n'importe quel autre. Pour en comprendre la raison il faut souligner certains caract&#232;res originaux dans l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France est souvent consid&#233;r&#233;e comme une soci&#233;t&#233; capitaliste occidentale avanc&#233;e. Cependant, sous de Gaulle furent adopt&#233;s certains traits autoritaires qu'on associe g&#233;n&#233;ralement aux pays capitalistes moins d&#233;velopp&#233;s de l'Europe m&#233;diterran&#233;enne, ou m&#234;me aux capitalismes d'&#201;tat bureaucratiques d'Europe de l'Est. De Gaulle fut port&#233; au pouvoir le 13&#160;mai 1958 pour parer un coup d'&#201;tat organis&#233; par l'arm&#233;e fran&#231;aise en Alg&#233;rie. Il avait tent&#233; de satisfaire les buts &#224; long terme du capitalisme fran&#231;ais en passant outre les int&#233;r&#234;ts particuliers de ceux qui constituaient la classe dirigeante. Si, entre 1947 et 1958 les repr&#233;sentants des organisations de la classe ouvri&#232;re avaient &#233;t&#233; pratiquement exclus de toute la vie politique, sous de Gaulle les partis traditionnels repr&#233;sentant la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie furent aussi exclus. Le pouvoir &#233;tait concentr&#233; entre les mains d'un seul homme qui croyait qu'intuitivement il comprenait ce qui devait &#234;tre fait dans l'int&#233;r&#234;t de la classe dirigeante toute enti&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela n'&#233;tait pas une aberration. Cela correspondait au contraire aux besoins du capitalisme fran&#231;ais. C'&#233;tait vrai de l'accord n&#233;goci&#233; rationnellement pour mettre fin &#224; la guerre coloniale en Alg&#233;rie. C'&#233;tait vrai aussi de la modernisation du capitalisme fran&#231;ais pour participer &#224; la course aux profits internationale, m&#234;me si cela signifiait se mettre &#224; dos &#224; la fois des secteurs limit&#233;s du capital et la base &#233;lectorale de masse des partis petit-bourgeois. De Gaulle fut capable de mettre un terme &#224; une guerre impossible &#224; gagner et tr&#232;s co&#251;teuse, d'augmenter la comp&#233;titivit&#233; de l'industrie fran&#231;aise et de faire grimper le taux d'accumulation du capital en France de plus d'un tiers jusqu'&#224; 26% du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PNB&lt;/span&gt;. En termes capitalistes, cet accomplissement est consid&#233;rable. Il suffit de le comparer aux &#233;checs des gouvernements MacMillan et Wilson qui dirig&#232;rent l'Angleterre &#224; cette m&#234;me p&#233;riode.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Michael Kidron, Western Capitalism since the War (Harmondsworh 1970) p. (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il y avait un double prix &#224; payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une part, la classe ouvri&#232;re &#233;tait plus ali&#233;n&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233; qu'en Angleterre, en Allemagne et en Scandinavie. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;En 1966 les travailleurs industriels fran&#231;ais occupaient le deuxi&#232;me rang des travailleurs les moins bien pay&#233;s sur le march&#233; commun et ils avaient la plus longue dur&#233;e de travail. Ils payaient aussi les imp&#244;ts les plus &#233;lev&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Kidron, p. 170.' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#234;me &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;aust&#233;rit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avait une cons&#233;quence sur les universit&#233;s. Le nombre d'&#233;tudiants augmenta pour subvenir aux besoins technologiques du capitalisme moderne en France comme ailleurs&#160;: on comptait 200&#160;000 &#233;tudiants en 1960, 550&#160;000 en 1968. Mais pour g&#233;rer le nombre croissant d'&#233;tudiants il manquait les moyens mat&#233;riels qui existaient ailleurs comme en Allemagne, en Grande Bretagne et aux &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt;. Les facult&#233;s en croissance rapide &#233;taient surpeupl&#233;es et sous-encadr&#233;es et pas moins de 3/5 des &#233;tudiants ne pouvaient terminer leur cycle d'&#233;tude.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, le caract&#232;re autoritaire du r&#233;gime gaulliste signifiait qu'il y avait moins de structures de m&#233;diation entre les d&#233;tenteurs du pouvoir et ceux qui n'en avaient pas. Les salaires et les politiques de l'emploi &#233;taient impos&#233;s sans consultation des bureaucraties des syndicats les plus importants. Les repr&#233;sentants parlementaires se virent refuser pendant des mois toute possibilit&#233; d'intervention par un gouvernement qui fonctionnait par d&#233;cret. Les radio et t&#233;l&#233;vision d'&#201;tat faisaient ouvertement l'objet d'un contr&#244;le politique. Dans l'Enseignement sup&#233;rieur les recteurs et les doyens d'universit&#233; n'&#233;taient rien d'autre que des marionnettes, d&#233;pendant des ordres minist&#233;riels - une situation d'autant plus perverse que tout le monde savait que les ministres eux-m&#234;mes &#233;taient profond&#233;ment divis&#233;s sur la fa&#231;on de moderniser les universit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y avait qu'une fa&#231;on de g&#233;rer le m&#233;contentement populaire en l'absence de structures de m&#233;diation susceptibles de persuader les gens d'abandonner la lutte. C'&#233;tait de recourir tr&#232;s rapidement &#224; la force. Alors qu'en Grande Bretagne, en Allemagne de l'Ouest et en Scandinavie l'utilisation de la police n'&#233;tait pas une caract&#233;ristique centrale des conflits industriels dans les ann&#233;es 60, en France cette m&#233;thode joua un r&#244;le central pour s'assurer que l'ali&#233;nation par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; existante ne puisse trouver un moyen d'expression dans les succ&#232;s de l'activit&#233; syndicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dant le d&#233;veloppement du mouvement &#233;tudiant l'utilisation de la police de cette fa&#231;on s'&#233;tait de plus en plus r&#233;pandue. A Berliet &#224; Lyon, &#224; Rhodiaceta &#224; Besan&#231;on, au Mans, des ouvriers en gr&#232;ve avaient &#233;t&#233; attaqu&#233;s par les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt;. La confrontation la plus violente eut lieu &#224; Caen dans l'entreprise de v&#233;hicules industriels Saviem en janvier 1968 o&#249; les gr&#233;vistes avaient organis&#233; une marche de protestation apr&#232;s que 400 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt; avaient d&#233;barqu&#233; devant les piquets de gr&#232;ve &#224; 4h du matin. Lorsque la manifestation entra dans la ville de Caen, la police attaqua les travailleurs &#224; coups de matraques. Dix d'entre eux furent bless&#233;s. Deux jours plus tard les travailleurs battirent &#224; nouveau le pav&#233;, soutenus par des gr&#233;vistes de quatre usines alentour et par des &#233;tudiants des environs. Cette fois-ci les jeunes travailleurs ignor&#232;rent les appels &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mod&#233;ration' que lan&#231;aient les responsables syndicaux. Ils pass&#232;rent au travers des barri&#232;res de police et ripost&#232;rent aux attaques des policiers en lan&#231;ant des bouteilles, des pierres et des bombes de p&#233;trole. Jusqu'&#224; tard dans la nuit le centre-ville fut transform&#233; en champ de bataille.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Pouvoir Ouvrier (Paris), janvier-f&#233;vrier 1968, et Ross, p. 163.' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait une strat&#233;gie tr&#232;s simple derri&#232;re une telle utilisation de la police par le gouvernement. La rationalisation forc&#233;e de l'industrie fran&#231;aise faisait cro&#238;tre le ch&#244;mage. Les employeurs pensaient qu'une opposition intransigeante aux revendications des travailleurs accompagn&#233;e d'une r&#233;pression polici&#232;re viendrait rapidement &#224; bout de toute forme de r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but de mai 68 ils semblaient avoir r&#233;ussi. Le niveau de lutte de classe avait augment&#233; en 1967 et les premiers mois de 1968, mais les gr&#232;ves et les lock-outs de cette p&#233;riode se sold&#232;rent presque tous par des victoire pour les patrons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas tr&#232;s surprenant que le gouvernement d&#233;cide d'user des m&#234;mes m&#233;thodes contre les &#233;tudiants que celles qui avaient &#233;t&#233; si efficaces contre les groupes de travailleurs qui avaient tent&#233; de riposter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas surprenant non plus que, face &#224; la r&#233;pression d'une police connue pour sa brutalit&#233;, les &#233;tudiants cherchent &#224; se d&#233;fendre, et ce faisant qu'ils deviennent le centre d'attention de travailleurs qui voulaient faire de m&#234;me. Les m&#234;mes structures qui avaient rendu le r&#233;gime gaulliste tellement performant d'un point de vue capitaliste permettaient au mouvement &#233;tudiant d'avoir un impact plus important que dans les autres pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_321 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/post_barricades-ed4aa.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour quelle raison les &#233;tudiants pouvaient-ils r&#233;ussir l&#224; o&#249; des groupes de travailleurs avaient &#233;chou&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois facteurs sont importants ici. D'abord, la forte centralisation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise s'exprima directement dans la centralisation du syst&#232;me universitaire. Il n'y avait pas moins de 200 000 &#233;tudiants dans la r&#233;gion parisienne avec la plupart des facult&#233;s universit&#233;s concentr&#233;es dans le quartier relativement &#233;troit de la rive gauche. M&#234;me si, comme l'affirmait Cohn-Bendit &#224; l'&#233;poque, seule une minorit&#233; d'environ 30 000 &#233;tudiants participa r&#233;ellement aux manifestations, cela faisait un grand nombre de jeunes qui, nuit apr&#232;s nuit, &#233;taient pr&#234;ts &#224; affronter la police.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, les origines sociales relativement ais&#233;es des &#233;tudiants - 10% seulement &#233;taient issues de foyers ouvriers - signifiaient que la r&#233;pression dont ils furent victimes horrifia une fraction significative des classes moyennes, c'&#233;taient leurs fils et leurs filles que l'on tabassait. Il &#233;tait difficile pour le gouvernement de persister dans sa logique de r&#233;pression aveugle alors qu'il &#233;tait confront&#233; &#224; une double opposition de la part de la classe ouvri&#232;re et de la classe moyenne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, lorsque par le pass&#233; des mouvements ouvriers s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s qui auraient pu battre le r&#233;gime gaulliste - comme lors de la gr&#232;ve des mineurs en 1963 - l'immobilit&#233; de plomb des syndicats et de l'appareil du Parti communiste les avait toujours retenus. La nature transitoire de la population &#233;tudiante signifiait qu'il n'existait pas d'organisation bureaucratique profond&#233;ment enracin&#233;e pour la retenir. Les organisations syndicales etudiantes, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; en particulier, &#233;taient moins rigides et plus sujettes aux pressions de la base que ne l'&#233;taient les syndicats, dans lesquels des bureaucrates en place depuis vingt ou trente ans, vivaient dans la crainte de voir boulevers&#233;es les relations qu'ils avaient &#233;tablies avec la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mois de mai des travailleurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La manifestation qui traversa Paris le 13&#160;mai 1968 &#233;tait la plus importante depuis que la ville avait &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de l'occupation nazie en 1944. Des centaines de milliers de syndiqu&#233;s avec des banderoles de leur entreprise ou de leur section syndicale se joignirent aux dizaines de milliers d'&#233;tudiants et de lyc&#233;ens portant les drapeaux rouges et noirs sous lesquels ils s'&#233;taient battus deux nuits auparavant. &#192; la t&#234;te de la manifestation il y avait une banderole portant&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#201;tudiants, professeurs, travailleurs, solidarit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Juste derri&#232;re, les leaders &#233;tudiants Cohn-Bendit, Geismar et Sauvegeot marchaient c&#244;te &#224; c&#244;te avec les secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux des principales conf&#233;d&#233;rations syndicales, S&#233;guy et Jeanson. Encore et encore, on scandait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;rez nos camarades&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La victoire est dans la rue&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Adieu de Gaulle&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et, marquant l'&#233;trange co&#239;ncidence de la date anniversaire de son arriv&#233;e au pouvoir&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dix ans, &#231;a suffit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement pr&#233;suma que la manifestation marquerait la fin de l'agitation &#233;tudiante. Il tint la police hors du trajet pour &#233;viter d'autres combats autour de barricades. Il n'emp&#234;cha en rien les &#233;tudiants d'occuper la Sorbonne ce soir l&#224; et d'y hisser le drapeau rouge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants syndicaux pensaient eux aussi que cette manifestation serait la fin du mouvement. La conf&#233;d&#233;ration syndicale la plus importante, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, et le Parti communiste qui la dirigeait s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; l'agitation &#233;tudiante qui avait d&#233;marr&#233; &#224; Nanterre. Le secr&#233;taire-adjoint du Parti communiste, George Marchais, avait d&#233;nonc&#233; les premi&#232;res confrontations &#224; Paris comme &#233;tant l'oeuvre de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;groupuscules&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gauchistes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dirig&#233;s par &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'anarchiste allemand Cohn-Bendit&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Il faut d&#233;masquer ces faux r&#233;volutionnaires sans h&#233;siter parce qu'objectivement ils servent les int&#233;r&#234;ts des gros monopoles capitalistes et du pouvoir gaulliste. [...] Pour la plupart ce sont les fils de riches bourgeois [...] qui auront vite fait d'&#233;teindre leur flamme r&#233;volutionnaire pour aller g&#233;rer l'entreprise de papa.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='L'Humanit&#233; (Paris), 3&#160;mai 1968.' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'abord, cette attitude ne sembla pas causer de probl&#232;mes au Parti communiste et &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, sauf parmi les &#233;tudiants. Tr&#232;s peu de personnes en dehors des universit&#233;s et du Quartier Latin comprenaient ce qui se passait.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au lendemain des premiers confrontations, les &#233;tudiants &#233;taient seuls. L'opinion publique s'opposait &#224; leur r&#233;volte parce que les gens ne comprenaient pas les raisons de la violence.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 215.' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais le 5&#160;mai, apr&#232;s le deuxi&#232;me jour de confrontation, les attitudes commenc&#232;rent &#224; changer. Un jeune d&#233;l&#233;gu&#233; syndical d'une usine d'&#233;lectricit&#233; raconta comment &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Au deuxi&#232;me ou au troisi&#232;me jour les gens commenc&#232;rent &#224; soutenir les &#233;tudiants sans vraiment comprendre ce qui les poussait &#224; la r&#233;volte.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 216.' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_322 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH356/manif-03985.png' width='500' height='356' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un dirigeant des Jeunesses communistes du sud de Paris dira plus tard&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;J'ai eu du mal &#224; retenir les gars. Un simple mot d'ordre du parti aurait suffit pour qu'ils se pr&#233;cipitent dans le quartier Latin. L'autorisation ne vint jamais, mais certains y all&#232;rent quand m&#234;me et manifest&#232;rent en portant leurs casques.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 218.' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre militant communiste donna un aper&#231;u similaire&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les jours de manifestations massives, il y avait une v&#233;ritable crise d'absent&#233;isme parmi les militants. Ils disaient qu'ils &#233;taient malades utilisant cela comme une excuse non seulement vis-&#224;-vis de la ma&#238;trise mais aussi vis-&#224;-vis des chefs du parti.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 218.' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette pression par le bas for&#231;a le parti et les dirigeants syndicaux &#224; changer leur position. Le 6&#160;mai, le quotidien communiste &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;non&#231;ait la r&#233;pression du mouvement &#233;tudiant, tout en s'empressant d'ajouter cependant que les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gauchistes et les fascistes font le jeu du gouvernement.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 217' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux jours plus tard, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; se joignait &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;, l'autre principale conf&#233;d&#233;ration, pour se d&#233;clarer solidaire des &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'objectif de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;solidarit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'&#233;tait pas d'&#233;tendre la lutte &#233;tudiante &#224; d'autres parties de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Il s'agissait plut&#244;t de calmer l'impatience des militants de la base syndicale et de la base du parti et de montrer au gouvernement que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; &#233;tait une force &#224; prendre au s&#233;rieux lorsqu'il s'agissait de n&#233;gocier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Andr&#233; Barjonet, qui &#233;tait un des dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; le 13&#160;mai, dit &#224; propos de la manifestation&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; pensait que tout s'arr&#234;terait l&#224;, que ce serait une bonne journ&#233;e de gr&#232;ves et une bonne manifestation.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans George Ross, Workers and Communists in France (Berkeley 1982) p. (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et un historien du communisme fran&#231;ais qui, en g&#233;n&#233;ral, d&#233;fend les tactiques de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; en mai 68, &#233;crit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; esp&#233;rait noyer la r&#233;volte des &#233;tudiants dans une action plus globale o&#249; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; jouerait un r&#244;le d&#233;terminant.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='Ross, p. 182.' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'attitude de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; (deuxi&#232;me conf&#233;d&#233;ration la plus importante apr&#232;s la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;) n'&#233;tait pas si diff&#233;rente. Quoi qu'elle ait vir&#233; de bord plus t&#244;t pour soutenir les &#233;tudiants, son pr&#233;sident Andr&#233; Jeanson reconnut que&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;pour plusieurs de ses organisateurs la manifestation marquait la fin des &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Ross, p. 182.' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La manifestation se dispersa dans le calme. Les &#233;tudiants all&#232;rent dans les lieux occup&#233;s du Quartier Latin sans y rencontrer la police. Les travailleurs retourn&#232;rent dans leurs banlieues ouvri&#232;res en bus ou en voiture, et ils point&#232;rent au travail comme d'habitude le lendemain. Il semblait qu'on en resterait l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, dans l'ouest de la France, &#224; Nantes, les travailleurs de Sud-Aviation avaient tenu chaque mardi une gr&#232;ve de quinze minutes. Ils exigeaient que la r&#233;duction du temps de travail, due &#224; une baisse des commandes, ne d&#233;bouche pas sur une r&#233;duction de leur salaire. Les gr&#232;ves n'&#233;taient pas bien diff&#233;rentes des autres actions syndicales d&#233;fensives qui, l'an pass&#233;, n'avaient gu&#232;re &#233;t&#233; efficaces. On pouvait donc escompter les m&#234;mes r&#233;sultats pour ces gr&#232;ves de quinze minutes qui finiraient par tourner court avec des travailleurs, amers mais d&#233;moralis&#233;s, c&#233;dant &#224; la direction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce mardi-l&#224; les jeunes travailleurs d'un groupe refus&#232;rent de reprendre le travail lorsque les quinze minutes furent &#233;coul&#233;es. Au lieu de cela, ils d&#233;fil&#232;rent dans l'usine obtenant le soutien d'autres travailleurs et ils s&#233;questr&#232;rent le directeur dans son bureau. Cette nuit-l&#224;, 2000 travailleurs se barricad&#232;rent dans l'usine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les dirigeants syndicaux nationaux, Nantes n'&#233;tait rien qu'une aberration locale. Le secteur n'&#233;tait pas un bastion traditionnel et disciplin&#233; du mouvement syndical et il &#233;tait su qu'il y avait des trotskistes et des anarchistes actifs &#224; Sud-Aviation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'occupation ne m&#233;rita que sept lignes dans une page int&#233;rieure de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Tony Cliff et Ian Birchall, France&#160;: The Struggle goes on (London (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'usine de bo&#238;tes de vitesse Renault &#224; Cl&#233;on pr&#232;s de Rouen &#233;tait relativement nouvelle et avait recrut&#233; de jeunes travailleurs souvent fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;s de la campagne n'ayant qu'une faible tradition militante. Environ un tiers seulement des travailleurs avaient particip&#233; &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 13&#160;mai. Mais l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, les travailleurs avaient particip&#233; &#224; l'une des nombreuses luttes de d&#233;fense. Comme le dit un jeune travailleur&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Lorsque nous avons lu dans la presse les comptes-rendus de la manifestation le lendemain, on a eu un peu honte. Tout le monde avait pris part &#224; l'action sauf nous. Il fallait que l'on se rach&#232;te &#224; la premi&#232;re opportunit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 256.' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opportunit&#233; arriva le mercredi. Ce jour-l&#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; appelaient de concert &#224; des manifestations dans l'ensemble du pays pour protester contre les modifications dans le r&#232;glement de la S&#233;curit&#233; sociale. Dans la majeure partie du pays, les actions de protestation re&#231;urent peu de soutien - les travailleurs trouvaient que la gr&#232;ve symbolique de lundi suffisait largement pour une semaine.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Rioux et Blackmann, p. 254.' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cependant les travailleurs &#224; Cl&#233;on d&#233;cid&#232;rent d'&#233;tendre de trente minutes une gr&#232;ve pr&#233;vue pour une heure pour protester contre le fait que beaucoup de travailleurs &#233;taient maintenus sur des contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. L'usine toute enti&#232;re cessa de fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#192; midi les travailleurs apprirent qu'&#224; Nantes, Sud Aviation &#233;tait occup&#233;e. Lorsqu'ils reprirent le travail, ils en parl&#232;rent dans les ateliers. Puis, sous la pression de jeunes travailleurs, une manifestation s'organisa. Les deux cent jeunes travailleurs qui en prirent la t&#234;te, clamant des slogans, la conduisirent sous les fen&#234;tres des locaux de la direction. Ils exigeaient que le directeur rencontre une d&#233;l&#233;gation. Il refusa. Alors les travailleurs bloqu&#232;rent les entr&#233;es des locaux pour emp&#234;cher les dirigeants de sortir. Voil&#224; comment l'occupation de Cl&#233;on commen&#231;a. Ces nouveaux gr&#233;vistes &#233;taient euphoriques. Plus de patron, plus de pers&#233;cutions, la libert&#233; totale. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux avaient du mal &#224; garder le contr&#244;le de la situation, &#233;tablissant un syst&#232;me d'intendance, prot&#233;geant les machines et dressant une liste de revendications.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, pp. 256-7.' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, des douzaines d'autres usines furent occup&#233;es - Lockheed &#224; Beauvais et &#224; Orl&#233;ans, Renault &#224; Flins et au Mans.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Les cibles &#233;taient les industries les plus touch&#233;es par le ralentissement de l'&#233;conomie de 1967-68 et les plus sensibles &#224; la concurrence europ&#233;enne et internationale. L'action commen&#231;a sur des probl&#232;mes r&#233;currents, souvent locaux, sur lesquels les syndicats avaient essay&#233; de mobiliser pendant un certain temps. De jeunes travailleurs, la plupart non-syndiqu&#233;s, d&#233;clench&#232;rent le mouvement et l'&#233;tendirent. Lorsqu'une action &#233;tait d&#233;clench&#233;e elle se heurtait au type de r&#233;action intransigeante des employeurs qui caract&#233;risait la p&#233;riode r&#233;cente. Cependant, dans le contexte changeant de mai une telle r&#233;action enflammait le conflit au lieu de l'intimider. Le r&#233;sultat fut une explosion de luttes ouvri&#232;res qui, pendant deux jours environ, prit les syndicats eux-m&#234;mes par surprise.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb29' class='spip_note' rel='footnote' title='Ross, p. 184.' id='nh29'&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; 17h ce soir-l&#224;, &#224; Renault Billancourt, l'usine qui traditionnellement avait le plus d'influence dans la r&#233;gion parisienne, &#233;tait occup&#233;e. Quelques 80 000 travailleurs &#233;taient maintenant impliqu&#233;s ensemble et chaque bulletin radio citait de nouvelles occupations. Le vendredi les travailleurs occupaient toutes les usines Renault, presque toute l'industrie a&#233;rospatiale, la totalit&#233; de Rhodiaceta et le mouvement s'&#233;tendait &#224; l'industrie m&#233;tallurgique de Paris et de Normandie et aux chantiers navals dans l'ouest. Ce soir-l&#224;, une semaine apr&#232;s la nuit des barricades, les cheminots commenc&#232;rent &#224; occuper les d&#233;p&#244;ts, assurant ainsi que le mouvement continuerait pendant le week-end. Le lundi, les gr&#232;ves s'&#233;taient propag&#233;es aux compagnies d'assurance, aux grands magasins, aux banques et &#224; l'imprimerie - o&#249; les syndicats d&#233;cid&#232;rent que les quotidiens continueraient de para&#238;tre, mais pas les hebdomadaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'espace de deux &#224; trois jours, neuf &#224; dix millions de personnes &#233;taient en gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les observateurs furent surpris de voir le mouvement &#233;tudiant se transformer en un mouvement de gr&#232;ve des travailleurs. Un des dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; dit, plus tard&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je ne croyais pas en un aboutissement &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ouvrier&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'agitation des &#233;tudiants. Mais c'&#233;tait logique . Mettez-vous &#224; la place de nos gars. En quelques jours, ils ont appris beaucoup.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, que l'action &#231;a paie. Personne ne parlait des probl&#232;mes des universit&#233;s avant, maintenant tout le monde en parle...Personne ne pensait que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le vieux&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (de Gaulle) serait vaincu dans les rues. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le vieux&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'a rien dit, Pompidou a c&#233;d&#233; et les &#233;tudiants ont occup&#233; la Sorbonne. Pour couronner le tout, il y a eu la puissance de la manifestation du 13&#160;mai&#160;: il n'y avait rien eu de tel depuis la Lib&#233;ration...Les gens ne s'&#233;taient jamais sentis aussi forts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes les barri&#232;res que le gouvernement avaient &#233;rig&#233;es contre les gr&#232;ves avaient &#233;t&#233; bris&#233;es. Un fonctionnaire devait pr&#233;venir cinq jours &#224; l'avance avant de se mettre en gr&#232;ve. Les enseignants qui firent gr&#232;ve sans pr&#233;venir ne furent pas vir&#233;s. Les travailleurs postaux firent gr&#232;ve le 13&#160;mai sans pr&#233;venir...Le gouvernement &#233;tait incapable de faire respecter ses lois...Dans certaines parties du secteur priv&#233;, les patrons avaient pr&#233;venu&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gr&#232;ve du 13&#160;mai est une gr&#232;ve politique. Si vous y participez, on vous ferme la bo&#238;te.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Les gens firent gr&#232;ve. Il n'y eut pas de lock-outs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les patrons en redoutaient les cons&#233;quences...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;sultat fut que les travailleurs prirent conscience du fait qu'il &#233;tait possible de lutter et que lorsqu'on lutte bien, non seulement il est possible de gagner, mais les risques encourus sont assez minimes...De l&#224; &#224; ce que l'action r&#233;solve de vieux probl&#232;mes, il n'y avait qu'un petit pas &#224; faire.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb30' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 247.' id='nh30'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un gouvernement paralys&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La France a arr&#234;t&#233; de fonctionner. Il n'y avait plus de trains, plus de bus, plus de banques ouvertes et plus de service postal. On en vint bient&#244;t &#224; manquer s&#233;rieusement de carburant. Partout, les usines &#233;taient occup&#233;es ou ferm&#233;es, avec des piquets de gr&#232;ve &#224; l'entr&#233;e. Le mouvement de gr&#232;ve ne s'&#233;tait pas confin&#233; aux industries traditionnelles&#160;: les h&#244;pitaux, les mus&#233;es, les studios et les salles de cin&#233;ma, et m&#234;me les Folies Berg&#232;res &#233;taient touch&#233;s. Le 25&#160;mai, il n'y avait &#224; proprement parler m&#234;me plus de services t&#233;l&#233;vis&#233;s normaux. Les journalistes et le personnel de la production avaient cess&#233; de travailler pour protester contre la censure des informations relatives aux gr&#232;ves par le gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'action combin&#233;e des ouvriers et des &#233;tudiants exer&#231;ait une force d'attraction sur d'autre couches de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;contestation&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - d&#233;fiant l'autorit&#233; &#233;tablie - et cette contestation prenait racine parmi les professions de la classe moyenne&#160;: des architectes dissidents occup&#232;rent les bureaux de l'association qui r&#233;glementait leur profession&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des r&#233;unions d'administrateurs et de statisticiens gouvernementaux publiaient des manifestes d&#233;non&#231;ant l'utilisation de leur comp&#233;tence &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;par le capitalisme et dans l'int&#233;r&#234;t du profit&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb31' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 423.' id='nh31'&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des &#233;tudiants en m&#233;decine (autrefois un bastion de droite parmi les &#233;tudiants) et des internes rejoignaient des mouvements qui d&#233;claraient la fin de la vieille organisation hi&#233;rarchique dans les h&#244;pitaux. Des &#233;tudiants en art et des peintres occup&#232;rent l'&#201;cole des Beaux-Arts pour en faire un centre pour la production collective de milliers d'affiches pour soutenir le mouvement. Certains r&#233;alisateurs se retir&#232;rent du festival &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;comp&#233;titif&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Cannes et discut&#232;rent sur les moyens de sauver l'industrie du cin&#233;ma de la recherche du profit et des monopoles. Des footballeurs professionnels occup&#232;rent le si&#232;ge de la f&#233;d&#233;ration de football.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FNSEA&lt;/span&gt;, organisation paysanne &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mod&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, avait d&#233;j&#224; pr&#233;vu pour la derni&#232;re semaine de mai de manifester contre les prix agricoles du march&#233; commun et elle &#233;tait pr&#234;te &#224; profiter de l'&#233;tat de faiblesse du gouvernement pour prendre l'initiative. Le gouvernement pouvait toujours compter sur les dirigeants agricoles pour qu'ils apportent leur soutien politique, mais la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MODEF&lt;/span&gt;, d'influence communiste, &#233;tait de plus en plus pr&#233;sente au sein des manifestations paysannes. Dans l'ouest de la France, en particulier, les organisations de jeunes paysans se d&#233;claraient solidaires des ouvriers et des &#233;tudiants. Les paysans qui manifest&#232;rent &#224; Nantes et &#224; Rennes le 24&#160;mai fraternis&#232;rent avec les travailleurs en gr&#232;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que personne en France ne soutenait plus le gouvernement. Certaines indications sugg&#232;rent que la majorit&#233; des petits commer&#231;ants et des hommes d'affaires &#233;taient de son c&#244;t&#233;. Il en &#233;tait de m&#234;me pour les paysans plus &#226;g&#233;s et plus prosp&#232;res. Parmi les gr&#233;vistes, il y en avait qui tol&#233;raient passivement les gr&#232;ves, esp&#233;rant qu'elles permettraient d'obtenir une meilleure paie, sans abandonner leurs id&#233;es de droite ou leurs convictions gaullistes pour autant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces groupes, auxquels il fallait ajouter les gens tr&#232;s riches, repr&#233;sentaient peut-&#234;tre la majorit&#233; de la population. Cependant, de 15 au 29&#160;mai cela n'eut aucune esp&#232;ce d'importance. Le gouvernement &#233;tait de plus en plus isol&#233; et semblait n'avoir aucun moyen de sortir du cul-de-sac dans lequel il s'&#233;tait trouv&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai qu'il disposait des forces arm&#233;es et de la police. Mais jusqu'&#224; quel point pouvait-il compter sur elles dans le cas d'une confrontation directe avec la masse des travailleurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Parmi les 168 000 soldats, 120 000 &#233;taient des appel&#233;s et certains &#233;taient ouvertement sympathisants des gr&#233;vistes. Le Nouvel Observateur, hebdomadaire de gauche, rapporta que lorsque la 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arm&#233;e fut mise en &#233;tat d'alerte pour briser les gr&#232;ves, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;des comit&#233;s se mirent en place pour &#234;tre pr&#234;ts &#224; s'opposer &#224; leurs sup&#233;rieurs et &#224; saboter les convois et les voitures blind&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb32' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 376.' id='nh32'&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La police - ou du moins le noyau dur des 13 500 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt; et des 61 000 gendarmes - semblaient plus s&#251;rs. Ceux qui avaient des id&#233;es de gauche, quelles qu'elles soient, avaient &#233;t&#233; purg&#233;s dans les ann&#233;es 40 et 50, et les id&#233;es racistes et anticommunistes s&#233;vissaient parmi les troupes. Mais tout ceci ne les pr&#233;parait gu&#232;re &#224; g&#233;rer un contexte o&#249; les policiers &#233;taient universellement impopulaires au sein de la classe ouvri&#232;re et dans certains quartiers de la classe moyenne. Certains policiers se plaignaient qu'il leur fallait cacher leur casque et leur badge lorsqu'ils n'&#233;taient plus en service pour &#233;viter d'entrer dans des conflits d&#233;sagr&#233;ables. D'ailleurs la police avait ses propres syndicats et, malgr&#233; leurs id&#233;es de droite, certains se consid&#233;raient comme de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bons syndicalistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_323 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/adieu_deGaulle-09bee.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;[L]es hommes politiques de gauche comme de droite &lt;br class='manualbr' /&gt;avaient le sentiment que le gaullisme touchait &#224; sa fin&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin le comportement du gouvernement avait provoqu&#233; beaucoup de ressentiment parmi les policiers. Il leur avait donn&#233; l'ordre d'attaquer les manifestations &#233;tudiantes alors que le premier ministre Pompidou avait ensuite c&#233;d&#233; aux revendications des &#233;tudiants, et il parlait comme si c'&#233;tait la police seule qui &#233;tait responsable de la r&#233;pression. Le 13&#160;mai un syndicat policier se plaignit que le gouvernement s'&#233;tait servi de la police pour r&#233;primer les &#233;tudiants pour ensuite virer de bord et demander le dialogue. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Pourquoi ne l'avoir pas dit plus t&#244;t&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; demanda le syndicat.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb33' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 382.' id='nh33'&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Deux jours plus tard le secr&#233;taire du syndicat de la police nationale avertit &#224; la radio&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;J'ai presque re&#231;u un mandat lors de notre derni&#232;re Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pour appeler &#224; une gr&#232;ve contre le gouvernement.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb34' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 383.' id='nh34'&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne fait pas de doute qu'il y avait une part de bluff dans ses propos&#160;: le syndicat pouvait esp&#233;rer faire peur au gouvernement pour l'obliger &#224; faire des concessions &#224; la police en termes de salaires et de conditions de travail. Il ne fait aucun doute que c'&#233;tait en partie le r&#233;sultat d'une pression venant de d&#233;&#231;us de droite et d'&#233;l&#233;ments fascisants qui n'avaient jamais pardonn&#233; &#224; de Gaulle d'avoir abandonn&#233; l'Alg&#233;rie et qui bl&#226;maient le gouvernement d'&#234;tre trop &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lib&#233;ral&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec des &#233;tudiants &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;subversifs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Enfin, il y avait probablement ceux qui pensaient que de Gaulle &#233;tait fini et qui ne voulaient pas g&#226;cher leurs perspectives d'avenir professionnel en r&#233;primant ceux qui lui succ&#233;deraient peut-&#234;tre. Mais, quelles qu'en soient les raisons, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;pendant deux semaines le gouvernement sentit la police lui glisser entre les doigts.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb35' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 384.' id='nh35'&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne signifiait pas que la police ne pouvait plus &#234;tre utilis&#233;e. Les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt; &#233;taient toujours capables de matraquer les &#233;tudiants comme ce fut le cas la nuit du 24&#160;mai. Mais mener une attaque contre la masse des travailleurs organis&#233;s &#233;tait diff&#233;rent. S'il y avait la moindre possibilit&#233; que la police refuse les ordres, alors le gouvernement n'oserait pas prendre le risque. Une mutinerie de la police serait une d&#233;faite d&#233;finitive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi le gouvernement dut rester en retrait pendant deux semaines, presque impuissant &#224; faire quoi que ce soit dans le pays qu'il &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gouvernait&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#192; la fin de la premi&#232;re semaine de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le 24&#160;mai, de Gaulle s'adressa au pays sur les ondes. Il tenta de faire cesser l'agitation en promettant &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;un r&#233;f&#233;rendum sur la participation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: s'il perdait le r&#233;f&#233;rendum, il d&#233;missionnerait. Son discours n'inspira pas les forces de droite d&#233;moralis&#233;es et fut tourn&#233; en d&#233;rision par la gauche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les hommes politiques du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;centre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se mirent &#224; chercher un dirigeant pour le remplacer, quelqu'un qui serait plus en contact avec la r&#233;alit&#233; et qui serait capable de reprendre les choses en main.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour restaurer la cr&#233;dibilit&#233; du gouvernement il &#233;tait essentiel d'en finir avec les gr&#232;ves, au moins celles des services publics et de la distribution. Donc, le jour qui suivit l'intervention de Gaulle, Pompidou appela les dirigeants syndicaux et les patrons &#224; des n&#233;gociations nationales. Dimanche, tard dans la nuit, il sembla qu'un accord avait &#233;t&#233; conclu. Les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;accords de Grenelle&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; consentaient &#224; une augmentation de 35% sur les salaires minimums et de 7% sur les autres types de salaires. Mais les dirigeants syndicaux devaient les soumettre au test des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales dans les usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re de ces &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;A.G.&lt;/span&gt; se tint &#224; Renault Billancourt et rassemblait 15&#160;000 travailleurs. C'&#233;tait un bastion de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Mais lorsque Frachon et S&#233;guy parl&#232;rent en faveur de l'accord, ils furent accueillis par une silence lugubre et certains m&#234;me les hu&#232;rent. Par contre, lorsque Jaenson, dirigeant de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; minoritaire souligna que l'accord permettait &#224; l'usine de poursuivre la gr&#232;ve pour ses propres revendications locales, on l'applaudit avec force.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;cision de Renault fut suivie par des votes pour poursuivre la gr&#232;ve &#224; Citro&#235;n, Berliet, Sud-Aviation et Rhodiaceta. Lorsque les gros bataillons ouvriers ouvraient la voie, les bataillons plus petits s'engouffraient apr&#232;s eux. Cet apr&#232;s-midi-l&#224; les dirigeants &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; appel&#232;rent les travailleurs &#224; lutter localement &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;branche par branche pour gagner des r&#233;sultats consid&#233;rablement meilleurs que ceux de Grenelle.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb36' class='spip_note' rel='footnote' title='Georges Seguy de la CGT, cit&#233; dans Ross, p. 202.' id='nh36'&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme le discours de de Gaulle, le stratag&#232;me de Pompidou avait &#233;chou&#233;. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale continua. Pendant les quatre jours suivants, les hommes politiques de gauche comme de droite avaient le sentiment que le gaullisme touchait &#224; sa fin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand, qui s'&#233;tait oppos&#233; &#224; de Gaulle deux ans plus t&#244;t lors de la campagne pr&#233;sidentielle, sugg&#233;ra la formation d'un gouvernement d'urgence sous l'autorit&#233; de l'ancien premier ministre Pierre Mend&#232;s-France. Cette suggestion r&#233;colta le soutien de nombreux courants politiques. Les dirigeants de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; et les socialistes de gauche du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSU&lt;/span&gt; &#233;taient enthousiasm&#233;s par l'id&#233;e. L'&#233;taient aussi les hommes politiques du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;centre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui voulaient quelqu'un capable, d'une part, d'influencer les travailleurs et les &#233;tudiants, et d'autre part de sauvegarder le capitalisme fran&#231;ais.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb37' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir Rioux et Blackmann, pp. 442-458 pour une description d&#233;taill&#233;e de ces (...)' id='nh37'&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le Parti communiste &#233;tait le seul &#224; gauche (&#224; l'exception des petits groupes de socialistes r&#233;volutionnaires) &#224; ne pas souscrire &#224; ce plan. Mais beaucoup pensaient qu'il ne faisait qu'attendre le bon moment pour se voir promettre des postes d'influence. Il d&#233;montra sa force le 29&#160;mai en appelant avec la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; &#224; une manifestation d'un demi-million de personnes pour demander &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;un gouvernement d&#233;mocratique et populaire avec participation communiste.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb38' class='spip_note' rel='footnote' title='Les estimations de l'ampleur de la manifestation varient d'entre 300&#160;000 et (...)' id='nh38'&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ce stade, de Gaulle lui-m&#234;me s'est peut-&#234;tre cru battu. Le 29&#160;mai, il quitta Paris sans dire o&#249; il allait. Des rumeurs se r&#233;pandaient disant qu'il avait d&#233;missionn&#233; et ses partisans furent plus d&#233;moralis&#233;s que jamais. En fait, il &#233;tait parti voir le chef de l'arm&#233;e fran&#231;aise en Allemagne, le g&#233;n&#233;ral Massu. Lorsque de Gaulle r&#233;apparut le lendemain la plupart des gens pensaient qu'il avait simplement op&#233;r&#233; une subtile manoeuvre. Mais son premier ministre, Pompidou, d&#233;clara plus tard que de Gaulle &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;missionner, mais que le g&#233;n&#233;ral Massu le persuada de lutter. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;En r&#233;alit&#233; le g&#233;n&#233;ral souffrait d'une crise morale. Pensant que les jeux &#233;taient faits, il avait choisi de d&#233;missionner. En arrivant &#224; Baden-Baden, il avait l'intention d'y demeurer pendant un bon moment.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;crivit Pompidou&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb39' class='spip_note' rel='footnote' title='Pompidou, p. 197.' id='nh39'&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit de Gaulle savait que la situation &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en disparaissant au milieu d'une grosse crise politique, il misait gros et il avait peu de chances de donner espoir &#224; ses sympathisants ou de terrifier ses opposants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant le gouvernement de Gaulle surv&#233;cut. Et ce ne fut pas tout. Quatre jours apr&#232;s son retour d'Allemagne la situation s'&#233;tait retourn&#233;e contre la gauche avec les gr&#232;ves qui commen&#231;aient &#224; s'arr&#234;ter, la droite &#224; se mobiliser, et la police &#224; attaquer les travailleurs et les &#233;tudiants. Qu'est-ce qui provoqua ce retournement soudain&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La politique dans la gr&#232;ve de masse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la troisi&#232;me semaine de mai la presse &#224; travers le monde parlait de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la r&#233;volution&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en France, comme s'il y avait un seul mouvement r&#233;volutionnaire qui se pr&#233;parait. En fait il n'y avait pas un mais deux mouvements&#160;: celui des &#233;tudiants et celui des travailleurs. S'ils s'influen&#231;aient l'un l'autre, ils allaient &#224; des vitesses diff&#233;rentes, avec chacun sa dynamique propre. Et dans les deux cas, il n'y avait pas seulement des id&#233;es r&#233;volutionnaires qui se d&#233;veloppaient, mais aussi des courants puissants qui pensaient que le mouvement n'avait pas pour finalit&#233; de renverser la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise existante mais de la r&#233;former.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant, nous l'avons vu, s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; &#224; une vitesse folle depuis la petite manifestation dans la cour de la Sorbonne le 3&#160;mai, jusqu'&#224; l'occupation de l'universit&#233; de Paris toute enti&#232;re le 13&#160;mai. Les fers de lance du mouvement avaient &#233;t&#233; des socialistes r&#233;volutionnaires. Leur courage et leur esprit d'initiative lorsqu'ils brav&#232;rent les autorit&#233;s de l'universit&#233; et qu'ils affront&#232;rent la police, avaient amen&#233; des dizaines de milliers d'&#233;tudiants &#224; agir &#224; leur tour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires en tir&#232;rent un prestige &#233;norme. C'&#233;tait une opportunit&#233; in&#233;galable pour expliquer &#224; des &#233;tudiants qui &#233;taient scandalis&#233;s par le comportement de la police et par les mensonges des autorit&#233;s comment le capitalisme g&#226;chait la vie des gens et comment il pouvait &#234;tre combattu. C'est ce qu'entreprirent les dirigeants les plus c&#233;l&#232;bres - Cohn-Bendit, Geismar et Sauvegeot - &#224; l'occasion de r&#233;unions publiques, en intervenant &#224; la radio et dans les journaux. C'est ce que les petites organisations r&#233;volutionnaires &#224; l'int&#233;rieur du mouvement - la Jeunesse communiste r&#233;volutionnaire (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt;) et la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, toutes deux trotskistes, l'Union des jeunes communistes (marxiste-l&#233;niniste) et le Parti communiste de France (marxiste-l&#233;niniste), tous deux mao&#239;stes - entreprirent aussi en multipliant les d&#233;bats. C'est ce que fit un grand nombre d'&#233;tudiants nouvellement politis&#233;s &#224; travers des milliers de discussions dans les universit&#233;s qu'ils occupaient, dans les caf&#233;s et les bars, aux coins des rues &#224; travers tout le Quartier Latin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s t&#244;t, le mouvement &#233;tudiant &#233;labora un nouveau m&#233;canisme organisationnel pour faire de ceux qui venait de rejoindre le mouvement des nouveaux ap&#244;tres diffusant leur message dans des zones nouvelles. Des Comit&#233;s d'Action furent cr&#233;&#233;s, chacun comportant tout d'abord 10 &#224; 25 personnes, capables de se rencontrer pour agir tous les jours. En quelques jours ils &#233;taient des centaines &#233;crivant des milliers de tracts, les distribuant dans tout Paris, tenant des r&#233;unions impromptues &#224; la fois autour du Quartier Latin et dans des quartiers ouvriers, attirant des nouvelles personnes et discutant avec elles comment elles pourraient r&#233;volutionner leur propre zone de vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Une colonne volante d'agitation s'est cr&#233;&#233;e qui visite les arrondissements et les banlieues avec un camion recouvert de drapeaux et de posters comme une plate-forme. Ils vendent le journal de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Action&lt;/i&gt;, distribuent des tracts, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;provoquent&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de petites r&#233;unions, se constituent en petit groupes de discussion sur les trottoirs...&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb40' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 249.' id='nh40'&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Sorbonne fut occup&#233;e le 13&#160;mai, elle devint le centre organisationnel. Ses locaux servirent de bureaux aux Comit&#233;s d'action, ses amphith&#233;&#226;tres servirent de salles de r&#233;union pour des assembl&#233;e quotidiennes de d&#233;l&#233;gu&#233;s de la plupart des comit&#233;s. Le plus grand des amphith&#233;&#226;tres devint le lieu de discussions ininterrompues sur comment r&#233;volutionner la soci&#233;t&#233;. Lorsque l'&#233;crivain et philosophe Jean-Paul Sartre vint parler, 10 000 personnes se tass&#232;rent dans une salle faite pour en contenir habituellement quatre fois moins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre centre d'agitation r&#233;volutionnaire, dirig&#233; principalement vers les intellectuels petits-bourgeois, fut cr&#233;&#233; le 15&#160;mai lorsque des Comit&#233;s d'action &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;culturels' occup&#232;rent le Th&#233;&#226;tre National de France de l'Od&#233;on. A l'int&#233;rieur une banderole proclamait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Lorsque l'Assembl&#233;e Nationale devient un th&#233;&#226;tre bourgeois, le th&#233;&#226;tre bourgeois devient une assembl&#233;e nationale.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Quelques sept mille personnes participaient chaque jour aux d&#233;bats qui y avaient lieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque la p&#233;riode de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale arriva ce n'&#233;tait plus simplement les &#233;tudiants qui prenaient part aux discussion &#224; la Sorbonne et &#224; l'Od&#233;on. Le Quartier Latin &#233;tait devenu un aimant pour tous ceux qui &#233;taient attir&#233;s par l'essor r&#233;volutionnaire. De jeunes travailleurs participaient au mouvement, les membres de la classe moyenne allaient voir le spectacle de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volution' en mouvement, comme ils allaient voir auparavant une pi&#232;ce &#224; la mode ou le dernier film sorti sur les &#233;crans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le Quartier Latin qui fournit la plupart de la symbolique r&#233;volutionnaire des &#233;v&#233;nements de mai. Les b&#226;timents universitaires, avec leurs drapeaux noirs et rouges, et leurs r&#233;unions quasi-permanentes, b&#226;timents que la police n'osait approcher, ressemblaient &#224; une zone &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lib&#233;r&#233;e&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les slogans griffonn&#233;s sur les murs de la Sorbonne - &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'imagination au pouvoir&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Faites de vos r&#234;ves une r&#233;alit&#233; et de votre r&#233;alit&#233; un r&#234;ve&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - furent t&#233;l&#233;graphi&#233;s &#224; travers le monde par les m&#233;dias.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant il &#233;tait absolument faux de dire que l'ensemble du mouvement &#233;tudiant &#233;tait r&#233;volutionnaire. Lorsque la Sorbonne fut occup&#233;e, trois tendances distinctes &#233;merg&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_330 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH499/photo2-68-d46a6.jpg' width='500' height='499' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord ceux qui &#233;taient r&#233;volutionnaires, trotskistes, mao&#239;stes ou anarchistes, consid&#233;raient que la v&#233;ritable remise en cause de la soci&#233;t&#233; se trouvait d&#233;sormais en dehors de l'universit&#233;, parmi la classe ouvri&#232;re. Ce qui leur importait, c'&#233;tait d'aller dans les usines et les quartiers ouvriers, en utilisant la Sorbonne au mieux, comme une plate-forme de lancement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite il y avait ceux qui se consid&#233;raient comme des r&#233;volutionnaires mais qui estimaient que l'universit&#233; devait &#234;tre le si&#232;ge central de leur r&#233;volution. Leur slogan tendait &#224; &#234;tre le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pouvoir &#233;tudiant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui serait r&#233;alis&#233; en rendant les universit&#233;s autog&#233;r&#233;es, organismes autonomes que tout &#233;tudiant ou travailleur pourrait fr&#233;quenter sans restrictions ni examens. Ils d&#233;fendaient l'id&#233;e que c'&#233;tait l'&#233;quivalent &#233;tudiant du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pouvoir ouvrier&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'il fallait dans les entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est indiscutable que les r&#233;volutionnaires du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pouvoir &#233;tudiant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ont attir&#233; beaucoup de soutien chez la masse des &#233;tudiants. Ils s'attaquaient directement &#224; l'ali&#233;nation, aux sentiments d'absurdit&#233; et d'impuissance associ&#233;s aux diff&#233;rentes &#233;tapes du syst&#232;me d'examen. Mais ils &#233;taient confront&#233;s &#224; un dilemme insurmontable. La majorit&#233; des &#233;tudiants pouvait d&#233;tester le syst&#232;me des examens, ils n'en savaient pas moins qu'ils devaient les r&#233;ussir s'ils voulaient se garantir une place &#224; l'universit&#233; l'ann&#233;e suivante ou s'ils voulaient s'assurer une chance d'obtenir un emploi quand ils auraient termin&#233;. Ils sentaient que l'action &#233;tudiante ne pouvait pas &#224; elle seule changer suffisamment l'ensemble de la soci&#233;t&#233; pour proposer une quelconque alternative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sentiment amena beaucoup d'&#233;tudiants &#224; se retirer des occupations pour continuer leurs &#233;tudes de leur c&#244;t&#233;. Ceci fit &#233;merger une troisi&#232;me tendance parmi ceux qui restaient, un r&#233;formisme qui cherchait comment modifier le syst&#232;me des examens et les structures d'autorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'universit&#233; d'une mani&#232;re acceptable pour les grands professeurs et les sections les plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lib&#233;rales&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la classe dirigeante. Pendant la semaine d'occupation de la Sorbonne apr&#232;s le 13&#160;mai, &#224; l'assembl&#233;e des Comit&#233;s d'action fut exprim&#233;e la crainte que le mouvement ne d&#233;cline parce que les &#233;tudiants &#233;taient devenus plus r&#233;ceptifs &#224; l'id&#233;e d'accepter des r&#233;formes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb41' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 276, et Bensa&#239;d et Weber, pp. 159-60.' id='nh41'&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les partisans d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pouvoir &#233;tudiant&#160;heurtaient aux limites du slogan lui-m&#234;me - la v&#233;ritable impuissance des &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui emp&#234;cha que ce probl&#232;me ne fasse couler le mouvement, d&#232;s ce moment et plus tard, fut l'essor du mouvement des travailleurs. Le d&#233;veloppement des gr&#232;ves de masse ce m&#234;me week-end offrait une alternative sans laquelle le mouvement &#233;tudiant aurait imm&#233;diatement bascul&#233; de c&#244;t&#233; du r&#233;formisme. Mais bien que le soul&#232;vement des travailleurs se soit grandement inspir&#233; et ait &#233;t&#233; en partie influenc&#233; par le mouvement &#233;tudiant, il avait sa propre dynamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but du mouvement &#233;tudiant, il n'y avait pas grande chose en termes d'organisation &#233;tudiante sur les facult&#233;s. Ce fut une des raisons pour lesquelles les r&#233;volutionnaires purent jouer un tel r&#244;le dirigeant. Chez les travailleurs la frustration provoqu&#233;e par le r&#233;gime gaulliste avait grandi depuis bien plus longtemps que chez les &#233;tudiants. Mais il y existait une organisation implant&#233;e organiquement m&#234;me s'il n'y avait qu'une minorit&#233; &#224; &#234;tre directement impliqu&#233;e dans la plupart des lieux de travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De nombreux travailleurs consid&#233;raient le Parti communiste et le syndicat qu'il dominait, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, comme leurs organisations de classe. Ceci ne valait pas seulement pour les centaines de milliers de membres du Parti communiste ou pour le million et demi de membres de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Ceci valait aussi pour les nombreux travailleurs qui n'avaient rejoint ni l'un ni l'autre mais qui les consid&#233;raient comme la section militante active de leur classe, la section qui d&#233;fendait les int&#233;r&#234;ts des autres travailleurs. Aux &#233;lections statutaires des d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel, la moiti&#233; des ouvriers manuels vot&#232;rent pour des listes de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Aux &#233;lections parlementaires et municipales, le Parti communiste r&#233;coltait environ 5 millions de voix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, de nombreux travailleurs, en particulier les travailleurs plus &#226;g&#233;s qui se souvenaient de la r&#233;sistance pendant la guerre et des amers conflits d'avant-guerre, se sentaient li&#233;s au Parti communiste plus que par une simple id&#233;ologie. C'est du parti qu'ils avaient appris tout ce qu'ils savaient de la lutte de classe. Ils avaient connu des gens qui &#233;taient morts pour leur croyance dans le parti pendant la guerre. Il en r&#233;sultait que le parti n'avait pas seulement beaucoup de membres et de sympathisants mais aussi qu'il &#233;tait capable de mobiliser ses partisans pour faire tout ce que la direction d&#233;cidait. Il fut capable, par exemple, d'assurer que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; serait forte d'un service d'ordre de 20&#160;000 membres pour la manifestation du 13&#160;mai - 20&#160;000 militants pr&#234;ts &#224; suivre, avec une discipline quasi militaire, les ordres des dirigeants communistes du syndicat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, les communistes et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; montr&#232;rent qu'ils n'aimaient pas l'agitation des &#233;tudiants et qu'il n'&#233;taient pas du tout enthousiastes &#224; l'id&#233;e de voir le mouvement s'&#233;tendre aux travailleurs. Des dirigeants cl&#233;s du parti, comme Georges Marchais (plus tard le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral le plus impopulaire que le parti ait jamais connu), s'oppos&#232;rent m&#234;me &#224; l'appel de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'une journ&#233;e le 13&#160;mai&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb42' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Ross, p. 181.' id='nh42'&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#233;taient &#233;galement contre soutenir le mouvement de gr&#232;ve qui se d&#233;veloppa spontan&#233;ment plus tard dans la semaine.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb43' class='spip_note' rel='footnote' title='Ross, p. 185.' id='nh43'&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la plupart des dirigeants communistes et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; pensaient qu'ils ne pouvaient plus ignorer un mouvement qu'ils n'avaient pas initi&#233;. Leurs propres membres montraient des signes de r&#233;bellion. De plus les dirigeants avaient beaucoup &#224; gagner en soutenant un certain degr&#233; d'action, &#224; condition qu'ils sachent le ma&#238;triser et que l'action militante puisse &#234;tre cantonn&#233;e aux limites qu'ils auraient fix&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La politique est l'exercice du pouvoir. En fin de compte, le seul v&#233;ritable pouvoir dont disposait le Parti communiste - comme monnaie d'&#233;change &#224; mettre sur la table de la soci&#233;t&#233; bourgeoise - provenait de leur capacit&#233; &#224; contr&#244;ler une partie de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti communiste voulait avoir une influence dans le parlement. Il avait pour but de former un front &#233;lectoral avec les restes des Partis socialiste et radical. Il avait d&#233;j&#224; fait la moiti&#233; du chemin. En 1965, il avait convaincu Fran&#231;ois Mitterrand, ancien ministre de l'int&#233;rieur (qui ne se proclamerait pas socialiste avant quelques ann&#233;es), d'accepter que le Parti communiste participe &#224; sa campagne pr&#233;sidentielle. En 1967 le Parti communiste avait conclu un accord &#233;lectoral avec la F&#233;d&#233;ration de la gauche qui regroupait les socialistes de droite avec les radicaux de la classe moyenne. Mais il voulait sceller l'alliance en s'entendant sur un programme &#233;lectoral commun et un accord donnant aux communistes des postes minist&#233;riels en cas de victoire &#233;lectorale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Parti communiste ne pouvait gagner tout cela que s'il pouvait montrer &#224; ses alli&#233;s potentiels qu'il disposait d'un soutien substantiel dans la classe ouvri&#232;re que ceux-ci ne pouvaient obtenir. D'apr&#232;s la plupart de ses dirigeants, c'&#233;tait en prenant en main le mouvement de gr&#232;ve et en exer&#231;ant un contr&#244;le &#233;troit sur celui-ci que cela &#233;tait possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; voulaient eux &#234;tre reconnus comme des partenaires l&#233;gitimes dans les n&#233;gociations, mais plut&#244;t par le gouvernement et les patrons que par les parlementaires de gauche. En particulier, ils voulaient mettre fin &#224; la discrimination exerc&#233;e depuis longtemps par certains patrons contre la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Y parvenir n'&#233;tait possible qu'en faisant la preuve qu'ils &#233;taient capables de d&#233;marrer et d'arr&#234;ter les luttes de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La gr&#232;ve d'une journ&#233;e du 13&#160;mai semblait convenir parfaitement &#224; leurs ambitions. Elle leur permit de s'identifier suffisamment au mouvement &#233;tudiant victorieux pour dissiper le m&#233;contentement qui flottait parmi leurs propres rangs. En m&#234;me temps ils affichaient leur force de fa&#231;on &#224; impressionner tout le monde et cela, semblait-il, sans le moindre risque de d&#233;clencher un mouvement qui leur &#233;chapperait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La multiplication spontan&#233;e de gr&#232;ves et d'occupations d'usines plus tard dans la semaine compliqu&#232;rent les choses. C'&#233;tait un mouvement dont le contr&#244;le risquait de leur &#233;chapper. C'est la raison pour laquelle ils ne firent rien pour encourager ou propager les premi&#232;res gr&#232;ves &#224; Sud-Aviation ou &#224; Cl&#233;on. Cependant, une fois que le mouvement &#233;tait entam&#233;, il semblait plus dangereux de rester en retrait que de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;courir en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour le canaliser et le contr&#244;ler. &#192; partir du jeudi soir c'est ce qu'ils firent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les militants du parti et les militants syndicaux eurent pour consigne, non seulement de soutenir les gr&#232;ves qui d&#233;marraient spontan&#233;ment, mais de prendre les devants en impliquant dans le mouvement des nouveaux lieux de travail, en organisant des piquets, en se d&#233;cr&#233;tant eux-m&#234;mes comit&#233;s de gr&#232;ve, en s'assurant qu'ils prenaient en charge les occupations. Leur t&#226;che &#233;tait &#224; double face&#160;: &#233;tendre le mouvement de gr&#232;ve mais aussi le contr&#244;ler, s'assurer qu'il restait canalis&#233; par le syndicat et qu'il n'&#233;tait influenc&#233; ni par les groupes r&#233;volutionnaires ni par les &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la gr&#232;ve de Renault Billancourt on vit tr&#232;s t&#244;t ce que cela signifiait. Des &#233;tudiants de la Sorbonne firent une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;longue marche' &#224; travers Paris pour montrer leur solidarit&#233; et pour proposer leur soutien. Ils furent bloqu&#233;s par des rang&#233;es du service d'ordre de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; qui emp&#234;ch&#232;rent l'acc&#232;s vers les travailleurs &#224; l'int&#233;rieur de l'usine. Cette exp&#233;rience fut r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; moindre &#233;chelle usine apr&#232;s usine. La lutte des &#233;tudiants avait peut-&#234;tre inspir&#233; la lutte des travailleurs mais la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et le Parti communiste &#233;taient d&#233;termin&#233;s &#224; ce que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;leurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; travailleurs ne soient pas influenc&#233;s par les &#233;tudiants r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour contr&#244;ler les gr&#232;ves les militants syndicaux et les militants du parti d&#233;courag&#232;rent les autres travailleurs de participer aux occupations ou &#224; discuter des probl&#232;mes que soulevait le mouvement. Comme l'&#233;crit un historien du Parti communiste et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au d&#233;part la pr&#233;occupation majeure de la conf&#233;d&#233;ration, dans les jours qui suivirent le 17&#160;mai, fut de s'assurer que les militants &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; dirigeraient le plus de comit&#233;s de gr&#232;ve &#233;lus localement possible.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat fut que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dans une minorit&#233; de cas... les occupations &#233;taient un ph&#233;nom&#232;ne de masse qui donnaient lieu &#224; un grand nombre de discussions et de d&#233;bats. Mais le plus souvent les actions &#233;taient encadr&#233;es, c'est &#224; dire que des usines enti&#232;res &#233;taient occup&#233;es par des &#233;quipes squelettiques constitu&#233;es par les piquets et des travailleurs de la maintenance... Dans ce genre de cas, la plupart des gr&#233;vistes restaient probablement &#224; la maison et suivaient &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision, s&#251;rement avec beaucoup de sympathie, comment la crise &#233;voluait.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb44' class='spip_note' rel='footnote' title='Ross.' id='nh44'&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela eut forc&#233;ment un effet consid&#233;rable sur le mouvement dans son ensemble. La politisation qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e parmi les &#233;tudiants et qui allait affecter une minorit&#233; de travailleurs ne s'&#233;tendit pas &#224; la masse des travailleurs parce qu'on les retint de participer au conflit et de discuter des enseignements &#224; en tirer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les accords de Grenelle furent r&#233;v&#233;lateurs du r&#244;le que jou&#232;rent la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et le Parti communiste. Le gouvernement ne r&#233;ussit pas &#224; satisfaire beaucoup des revendications cl&#233;s des dirigeants syndicaux&#160;: l'augmentation des salaires ne profitait qu'&#224; un travailleur sur cinq et n'offrait rien aux principaux groupes qui avaient d&#233;clench&#233; la gr&#232;ve&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y avait aucune garantie de paiement des journ&#233;es de gr&#232;ve&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y avait pas de r&#233;duction du temps de travail, pas d'augmentation automatique index&#233;e sur le co&#251;t de la vie pour prot&#233;ger la valeur des hausses de salaires dans les mois &#224; venir. Pourtant les dirigeants syndicaux pouvaient sortir de la r&#233;union en disant&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Grenelle repr&#233;sente un tournant dans les relations entre les syndicats et le gouvernement&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb45' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 408.' id='nh45'&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Parce qu'apr&#232;s de nombreuses ann&#233;es, le gouvernement permettait aux syndicats de contr&#244;ler les travailleurs &#224; sa place&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, les communistes et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; devaient rester toujours attentifs pour prot&#233;ger leur flanc gauche. C'est pourquoi, apr&#232;s l'hostilit&#233; avec laquelle Renault Billancourt avait accueilli les accords, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; donna le feu vert &#224; ses membres pour qu'ils restent mobilis&#233;s sur des revendications locales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me conf&#233;d&#233;ration la plus importante, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;, avait suivi une strat&#233;gie diff&#233;rente de celle de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; pendant des ann&#233;es. Elle n'&#233;tait li&#233;e &#224; aucun parti politique et s'occupait surtout de recruter et d'&#233;tendre son influence. Pour plusieurs de ses dirigeants, la fa&#231;on d'y arriver c'&#233;tait, &#224; travers les luttes, d'&#233;tendre les droits de n&#233;gociation &#224; la base plut&#244;t que de planifier nationalement des d&#233;monstrations de force d'une journ&#233;e ou d'une demie journ&#233;e comme le faisait la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Et, comme c'est souvent le cas pour les syndicats plus petits qui esp&#232;rent grandir vite, les dirigeants nationaux de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; n'eurent aucun complexe &#224; laisser les militants locaux faire ce qu'ils voulaient, du moment qu'ils recrutaient de nouveaux membres. C'est ainsi qu'une conf&#233;d&#233;ration syndicale traditionnellement &#224; droite de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; (et qui avait eu r&#233;cemment des liens informels avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;M.R.P.&lt;/span&gt; chr&#233;tien-d&#233;mocrate) s'engagea dans une phras&#233;ologie de gauche et avait des repr&#233;sentants li&#233;s au petit parti socialiste de gauche, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSU&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;object classid=&#034;clsid:D27CDB6E-AE6D-11cf-96B8-444553540000&#034; id=&#034;Visionneuse&#034; width=&#034;512&#034; height=&#034;384&#034; codebase=&#034;http://fpdownload.macromedia.com/get/flashplayer/current/swflash.cab&#034;&gt; &lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.ina.fr/video/ticket/I00004470/1018824/f4066623969c8f46dbb92b8baebc2641&#034; /&gt; &lt;param name=&#034;pluginspage&#034; value=&#034;http://www.macromedia.com/go/getflashplayer&#034;&gt; &lt;param name=&#034;align&#034; value=&#034;middle&#034;&gt; &lt;param name=&#034;quality&#034; value=&#034;high&#034; /&gt; &lt;param name=&#034;scale&#034; value=&#034;showall&#034;&gt; &lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034;&gt; &lt;param name=&#034;menu&#034; value=&#034;true&#034;&gt; &lt;param name=&#034;devicefont&#034; value=&#034;false&#034;&gt; &lt;param name=&#034;bgcolor&#034; value=&#034;#FFFFFF&#034; /&gt; &lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034; /&gt; &lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034; /&gt; &lt;param name=&#034;flashvars&#034; value=&#034;&#034;&gt; &lt;embed src=&#034;http://www.ina.fr/video/ticket/I00004470/1018824/f4066623969c8f46dbb92b8baebc2641&#034; quality=&#034;high&#034; bgcolor=&#034;#FFFFFF&#034; width=&#034;512&#034; height=&#034;384&#034; name=&#034;Visionneuse&#034; align=&#034;middle&#034; quality=&#034;high&#034; allowScriptAccess=&#034;always&#034; allowFullScreen=&#034;true&#034; type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; pluginspage=&#034;http://www.adobe.com/go/getflashplayer&#034; flashvars=&#034;&#034;&gt; &lt;/embed&gt;
&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d'abord &#233;t&#233; contre le mouvement &#233;tudiant, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; s'y rallia avant la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et &#233;tablit des liens avec l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;. Lorsque la vague de gr&#232;ve d&#233;ferla, les dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; ne se cantonn&#232;rent pas &#224; des revendications purement &#233;conomiques comme le faisait la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Au lieu de cela ils parl&#232;rent en des termes qui pouvaient para&#238;tre r&#233;volutionnaires &#224; des militants d&#233;&#231;us par le comportement du Parti communiste et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, mettant en avant la revendication d'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;autogestion&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (le contr&#244;le par les travailleurs) - sans pour autant expliquer clairement si cela signifiait une participation aux structures de gestion existantes ou s'il fallait les renverser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais au moment crucial, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; &#233;tait tout aussi pr&#234;te que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; &#224; conclure de sales accords. Ils ne rejet&#232;rent pas la proposition de Grenelle, m&#234;me si plus tard ils seraient pr&#234;ts &#224; un discours militant pour attirer les dissidents de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, l'&#233;chec des accords de Grenelle pour arr&#234;ter la gr&#232;ve amena beaucoup de dirigeants capitalistes de premier plan &#224; penser que le r&#233;gime de de Gaulle &#233;tait fini. Mais cela constituait un probl&#232;me tout aussi important pour les dirigeants du Parti communiste, de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; que pour le gouvernement. Leur but avait toujours &#233;t&#233; de se servir de l'agitation comme d'une monnaie d'&#233;change pour augmenter leur propre pouvoir &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me existant. Mais &#224; pr&#233;sent ce syst&#232;me &#233;tait lui-m&#234;me remis en cause. Comme le dit un des dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;, il ne restait plus d' &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;interlocuteur&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comp&#233;tent avec qui n&#233;gocier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb46' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 450.' id='nh46'&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants syndicaux et ceux du parti montr&#232;rent tous des signes de panique. Ils n'avaient pas eu l'intention de renverser le gouvernement. Mais s'il devait tomber alors il leur fallait s'assurer qu'il ne tombe pas dans des mains trop &#233;loign&#233;es des leurs. Les dirigeants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; soutinrent une marche de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; jusqu'au stade Charl&#233;ty o&#249; 40&#160;000 personnes se r&#233;unirent et o&#249; les discours &#233;taient &#224; tonalit&#233; r&#233;volutionnaire, pour ensuite reprendre l'appel lanc&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand &#224; former un gouvernement dirig&#233; par Mend&#232;s-France. Les communistes et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; &#233;taient maintenant vraiment effray&#233;s. Ils craignaient de se faire &#233;clipser par un mouvement qui rassemblait ceux qui &#233;taient &#224; leur propre gauche et &#224; leur propre droite, d'un c&#244;t&#233; une grande partie des &#233;tudiants, et de l'autre des hommes politiques socialistes et radicaux. La seule fa&#231;on pour eux d'emp&#234;cher que d'autres partisans leurs soient enlev&#233;s &#233;tait d'organiser leur propre manifestation politique&#160;: le mercredi (deux jours apr&#232;s l'assembl&#233;e &#224; Renault) ils organis&#232;rent leur manifestation massive en faveur d'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;un gouvernement populaire et d&#233;mocratique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait une partie de bluff et de double-bluff. Ni la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, ni le Parti communiste, ni la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;, ni Mitterrand ou Mend&#232;s-France n'&#233;taient pr&#234;ts &#224; prendre le risque de lutter s&#233;rieusement pour renverser de Gaulle. Les seules personnes qui auraient pu &#234;tre pr&#234;tes &#224; le faire c'&#233;tait une partie des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires - mais tenus en respect hors des usines, les forces leur manquaient. Au lieu de cela le but du jeu consistait pour chacun &#224; s'assurer le droit de prendre part &#224; l'action au cas o&#249; de Gaulle partirait de lui-m&#234;me. Le r&#233;gime tout entier n'avait plus qu'&#224; mettre leur bluff &#224; l'&#233;preuve. C'est ce qu'il fit le jeudi 30&#160;mai.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;nouement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si nous ne savons pas exactement ce qui s'est pass&#233; lorsque de Gaulle &#233;tait en Allemagne le 29&#160;mai, nous savons ce que lui et son premier ministre, Pompidou, ont fait lorsqu'il revint en France le lendemain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, ils mirent en branle la machine du parti gaulliste pour organiser une manifestation de soutien au r&#233;gime dans le centre de Paris. Puis, ils firent savoir qu'ils concentraient des troupes de l'arm&#233;e autour de la ville. Enfin, lorsque la manifestation commen&#231;a &#224; se rassembler, de Gaulle s'exprima &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son message &#233;tait clair et alla droit au but. Il s'accrochait au pouvoir. Ceux qui le d&#233;fiaient usaient des moyens de l'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;intimidation, de la propagande et de la tyrannie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; aux ordres du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;communisme totalitaire&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il fallait les arr&#234;ter, par la force si besoin &#233;tait. Et au lieu du r&#233;f&#233;rendum, qu'il leur &#233;tait impossible de mettre en place, il dissolvait le parlement et appelait &#224; des &#233;lections.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; exactement ce que les pro-gaullistes voulaient entendre&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;communisme totalitaire&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ils avaient &#233;t&#233; impuissants pendant au moins un mois pendant que la gauche prenait possession de rue. &#192; pr&#233;sent, ils essaimaient des parties les plus riches de la capitale vers la place de la Concorde pour acclamer de Gaulle et exprimer leur m&#233;pris pour les travailleurs et les &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a souvent dit que cette manifestation, forte de 5 &#224; 600&#160;000 personnes, a fait tourner la chance en faveur de de Gaulle. C'est un jugement erron&#233;. C'&#233;tait une chose pour les gens ais&#233;s de marcher un soir &#224; travers le centre de Paris. C'en &#233;tait une tout autre de remettre la totalit&#233; de la machine industrielle fran&#231;aise en marche. En effet, cette nuit-l&#224;, ils n'os&#232;rent m&#234;me pas traverser la Seine pour aller d&#233;fier les &#233;tudiants qui contr&#244;laient encore la rive gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En termes de forces &#224; sa disposition, la faiblesse r&#233;elle du r&#233;gime fut d&#233;montr&#233;e la nuit suivante. La police tenta de briser la gr&#232;ve des cheminots en expulsant les piquets de certaines gares. Mais ils ne purent forcer les travailleurs &#224; reprendre le travail, et le r&#233;seau resta paralys&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_328 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/jpg_zemourmai68-2f711.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;D'abord, ils mirent en branle la machine du parti gaulliste &lt;br class='manualbr' /&gt;pour organiser une manifestation de soutien au r&#233;gime &lt;br class='manualbr' /&gt;dans le centre de Paris. Puis, ils firent savoir qu'ils concentraient des troupes de l'arm&#233;e autour de la ville&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable atout de de Gaulle a &#233;t&#233; de mettre &#224; l'&#233;preuve le bluff des dirigeants syndicaux et des hommes politiques de gauche. C'est &#224; eux en personne qu'il s'adressait lorsqu'il posa le choix entre une guerre civile ou le laisser pr&#233;sider aux &#233;lections parlementaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;action des parlementaires de gauche apr&#232;s le discours de de Gaulle fut de le d&#233;noncer. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;De Gaulle a lanc&#233; un appel &#224; la guerre civile&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dit Mitterrand, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;c'est la voix d'un dictateur&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb47' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 465.' id='nh47'&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'opinion du Parti communiste &#233;tait similaire. Pourtant, aucun des partis de gauche ou des syndicats ne suivirent de telles affirmations en d&#233;clarant la guerre au r&#233;gime. Au lieu de cela ils s'empress&#232;rent d'accueillir favorablement les &#233;lections. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;C'est dans les int&#233;r&#234;ts des travailleurs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dit S&#233;guy le jour suivant, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d'&#234;tre capables d'exprimer leurs d&#233;sirs de changement dans le contexte des &#233;lections.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb48' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Ross, p. 208.' id='nh48'&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pour la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et le Parti communiste, pr&#233;parer la bataille &#233;lectorale signifiait en finir avec le mouvement de gr&#232;ve aussi vite que possible. En trois jours des n&#233;gociations furent conclues entra&#238;nant la reprise du travail dans les secteurs cl&#233;s du service public&#160;: l'&#233;lectricit&#233; et le gaz, La Poste, les chemins de fer. Ce que la police n'avait pas r&#233;ussi &#224; faire le samedi soir, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; y parvint le mardi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce week-end l&#224; &#233;tait un pont. Lorsque les gens entam&#232;rent leur week-end le vendredi soir, le gouvernement &#233;tait encore tr&#232;s faible, malgr&#233; la manifestation de la nuit pr&#233;c&#233;dente. Lorsque le pont prit fin le mardi, les voies de communications fonctionnaient &#224; nouveau dans la majeure partie du pays, l'essence &#233;tait accessible &#224; tous et l'&#233;lan du mouvement de gr&#232;ve &#233;tait bris&#233;. Les riches et les puissants purent alors enfin pousser un soupir de soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les r&#233;volutionnaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le choix du Parti communiste et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; d'en finir avec le mouvement des gr&#232;ves &#224; des fins &#233;lectorales ne se fit pas sans contestation. Deux jours apr&#232;s le discours de de Gaulle, 30 000 manifestants d&#233;fil&#232;rent dans les rues de Paris en scandant &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#201;lections, trahison&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Ce n'est qu'un d&#233;but - le combat continue&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais, si en temps &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 30&#160;000 personnes peuvent sembler beaucoup, ce n'&#233;tait pas suffisant pour influer de fa&#231;on d&#233;terminante sur la crise politique que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise connaissait alors. Ils pouvaient faire beaucoup de bruit dans les rues. Mais ils ne pouvaient en aucun cas emp&#234;cher que se fassent les accords cl&#233;s qui mettaient un terme aux gr&#232;ves dans les grandes entreprises publiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne signifiait pas que les travailleurs dans ces entreprises &#233;taient n&#233;cessairement satisfaits de reprendre le travail. M&#234;me si les patrons de l'&#233;lectricit&#233; et du gaz, des chemins de fer et du M&#233;tro offraient de larges concessions &#233;conomiques, les travailleurs ont souvent retard&#233; le moment de les accepter. En effet, d'apr&#232;s ce qu'en dit un dirigeant syndicaliste par la suite&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Malgr&#233; la question de l'argent et autres difficult&#233;s...la gr&#232;ve &#233;tait un peu devenue comme une f&#234;te. Pendant deux ou trois semaines les gr&#233;vistes avaient fait l'exp&#233;rience d'une atmosph&#232;re de libert&#233; totale&#160;: pas de patron, pas de chef, la hi&#233;rarchie avait disparu. C'est pourquoi les gens h&#233;sit&#232;rent avant d'arr&#234;ter la gr&#232;ve.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb49' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 512.' id='nh49'&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une fois le travail repris, nombreux &#233;taient ceux qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; arr&#234;ter &#224; nouveau&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dans certains d&#233;p&#244;ts de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RATP&lt;/span&gt;, par exemple, tout ce qu'il fallait c'&#233;tait qu'un militant d&#233;termin&#233; soit pr&#233;sent, le genre de militant que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; appelait un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gauchiste&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou bien, comme dans certains d&#233;p&#244;ts postaux, il suffisait qu'une revendication pr&#233;cise, comme la r&#233;duction de la semaine de travail, ne soit pas satisfaite.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb50' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 513' id='nh50'&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais de tels militants &#233;taient rares et isol&#233;s. La gauche r&#233;volutionnaire &#233;tait extr&#234;mement faible au d&#233;but des &#233;v&#233;nements de mai - les organisation mao&#239;stes et trotskistes avaient &#224; peu pr&#232;s 400 membres chacune et aucun d'entre eux n'appartenait &#224; la classe ouvri&#232;re. M&#234;me le groupe trotskiste Voix Ouvri&#232;re (plus tard rebaptis&#233; Lutte ouvri&#232;re) qui refusa de faire un travail politique dans le milieu &#233;tudiant, &#233;tait constitu&#233; en grande partie d'&#233;tudiants et d'anciens &#233;tudiants qui diffusaient des tracts &#224; l'ext&#233;rieur des usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant le mois de mai, le nombre d'individus qui se consid&#233;raient &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volutionnaires&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'&#233;tait massivement accru, jusqu'&#224; se chiffrer en dizaines de milliers. Mais la plupart &#233;taient des &#233;tudiants. La fa&#231;on dont le Parti communiste et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; assur&#232;rent que les gr&#232;ves restent passives et la mani&#232;re dont ils exclurent les &#233;tudiants r&#233;volutionnaires des usines assura que ce soit le cas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_326 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH335/mourir-a-30-ans-1982-04-g-325f0.jpg' width='500' height='335' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La faiblesse des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires se r&#233;v&#233;la clairement lors de la manifestation &#224; laquelle l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt; appela le 24&#160;mai pour protester contre l'expulsion de Dany Cohn-Bendit alors qu'il rentrait en France apr&#232;s un voyage en Allemagne. Les communistes et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; cherch&#232;rent &#224; saboter le mouvement en appelant eux aussi &#224; une manifestation le m&#234;me soir. La police ignora d&#233;lib&#233;r&#233;ment la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et attaqua la manifestation &#233;tudiante forte de 30 000 personnes. Un &#233;tudiant fut tu&#233;, beaucoup d'autres furent bless&#233;s ou arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, les leaders du mouvement &#233;tudiant comme Dany Cohn-Bendit, reconnurent que le mouvement n'avancerait pas s'il ne faisait que manifester dans la rue. Les &#233;tudiants devaient se frayer un passage vers ceux qui &#233;taient impliqu&#233;s dans les gr&#232;ves.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb51' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux et Blackmann, p. 553.' id='nh51'&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, m&#234;me lorsque les &#233;tudiants nouvellement r&#233;volutionnaires parvinrent &#224; gagner une audience parmi les jeunes ouvriers, les probl&#232;mes demeuraient. Un jeune ouvrier de chez Renault raconta les discussions qu'il avait eues avec les &#233;tudiants qui avaient march&#233; jusqu'&#224; Billancourt&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le contact &#233;tait bon avec les &#233;tudiants, mais leurs arguments n'&#233;taient pas clairs. Il faut voir que c'&#233;tait la premi&#232;re fois que nous rencontrions ce genre d'individu. Nous n'&#233;tions pas habitu&#233;s &#224; leur fa&#231;on de parler et ils nous faisaient l'effet de b&#234;tes curieuses venant d'un autre monde.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb52' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 281.' id='nh52'&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me venait en partie de la nature de certaines des id&#233;es &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volutionnaires&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'avaient les &#233;tudiants. Beaucoup d'entre eux &#233;taient influenc&#233;s par des id&#233;es anarchistes et tiers-mondistes, et d'apr&#232;s eux la classe ouvri&#232;re &#233;tait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;achet&#233;e&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; par le syst&#232;me et l'ennemi n'&#233;tait pas tant le capitalisme que la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233; de consommation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - la recherche du bien-&#234;tre mat&#233;riel. Cela pouvait avoir un attrait moral pour des &#233;tudiants rejetant la paisible existence des classes moyennes offerte &#224; ceux qui se compromettaient avec le syst&#232;me&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela pouvait difficilement repr&#233;senter un attrait pour des travailleurs pour qui avoir une voiture, un lave-linge, un frigo, une t&#233;l&#233;vision &#233;taient autant de moyens d'&#233;chapper &#224; la m&#233;diocrit&#233; de la vie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De telles attitudes signifiaient que pendant que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; tentait de confiner les gr&#232;ves &#224; des exigences purement &#233;conomiques, en affirmant que les ouvriers n'&#233;taient pas int&#233;ress&#233;s par les probl&#232;mes sociaux et politiques plus larges, beaucoup de ces &#233;tudiants rejetaient les revendications &#233;conomiques comme hors de propos et parlaient simplement de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;contestation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d&#233;mystification&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;lutte contre l'autorit&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il y avait un probl&#232;me m&#234;me avec ceux des &#233;tudiants qui, sous l'influence de groupes tels que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JCR&lt;/span&gt;, comprenaient que la lutte pour des revendications mat&#233;rielles amenait de nombreux groupes de travailleurs beaucoup plus loin dans la remise en cause de l'&#201;tat. Les &#233;tudiants &#233;taient en grande majorit&#233; issus de la classe moyenne et s'&#233;taient politis&#233;s au travers de discussions abstraites qui se d&#233;roulaient dans le milieu universitaire. Le r&#233;sultat &#233;tait qu'ils ne savaient pas comment expliquer leurs id&#233;es &#224; des travailleurs ayant une exp&#233;rience des choses tr&#232;s diff&#233;rente et avaient tendance &#224; parler un langage &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;intellectualiste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui n'avait pas de sens pour la plupart de travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;taient des faiblesses que la gauche r&#233;volutionnaire ne pouvait d&#233;passer qu'au cours de la lutte, avec des &#233;tudiants se battant aux c&#244;t&#233;s des travailleurs les plus militants, apprenant d'eux la r&#233;alit&#233; de la vie de la classe ouvri&#232;re et les aidant &#224; g&#233;n&#233;raliser &#224; partir de leur propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Comit&#233;s d'action donnait les moyens aux &#233;tudiants et aux travailleurs d'agir et apprendre ensemble. Le petit nombre de socialistes r&#233;volutionnaires qui avaient &#233;t&#233; actifs avant mai eurent la possibilit&#233; d'&#233;tendre leur influence au cours des &#233;v&#233;nements en exposant leurs id&#233;es au sein de ces Comit&#233;s qui ensuite les diffusaient &#224; une audience bien plus large.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette mesure, les Comit&#233;s d'action fonctionn&#232;rent comme un substitut pour un parti socialiste r&#233;volutionnaire. Mais ce n'en &#233;tait pas un particuli&#232;rement bon. Sur la base des d&#233;bats soutenus qui ont lieu bien avant une mont&#233;e de luttes de masse, un parti r&#233;volutionnaire d&#233;veloppe une analyse claire des &#233;v&#233;nements, une compr&#233;hension quant &#224; la fa&#231;on d'argumenter pour d&#233;fendre son point de vue face aux diff&#233;rentes sections de travailleurs, et une discipline interne consentie. Il peut r&#233;agir rapidement et comme un seul homme &#224; des &#233;v&#233;nements changeant rapidement. Les Comit&#233;s d'action n'avaient aucun de ces avantages. &#192; des moments cl&#233;s, leurs assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales s'embourbaient dans des discussions apparemment interminables de telle fa&#231;on qu'ils ne pouvaient pas r&#233;agir aux manoeuvres du r&#233;gime, du Parti communiste et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; ou des dirigeants de gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce probl&#232;me se posa de fa&#231;on extr&#234;mement aigu&#235; apr&#232;s le discours de de Gaulle du 30&#160;mai. Un peu partout, les gens cherchaient une alternative qui r&#233;pondrait &#224; sa menace d'une guerre civile, quelque chose d'autre que l'appel &#224; la reprise du travail lanc&#233; par la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;. Mais le mouvement &#233;tudiant &#233;tait incapable d'en proposer une. Une r&#233;union le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;juin pour &#233;tablir un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mouvement r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'aboutit &#224; rien&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'assembl&#233;e des Comit&#233;s d'action le soir suivant fut &#233;galement infructueuse&#160;: les discussions tra&#238;n&#232;rent jusqu'&#224; ce que beaucoup de d&#233;l&#233;gu&#233;s quittent la salle, &#233;puis&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb53' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir les r&#233;cits dans Rioux et Blackmann, p. 559 et dans Bensa&#239;d et Weber, pp. (...)' id='nh53'&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En plus de cela, m&#234;me les estimations les plus optimistes quant &#224; l'influence des Comit&#233;s d'action d&#233;clar&#232;rent que ceux-ci n'existaient plus que dans un quart des lieux de travail en gr&#232;ve.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb54' class='spip_note' rel='footnote' title='Un dirigeant de la CFDT cit&#233; par Rioux et Blackmann, p. 451.' id='nh54'&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans beaucoup de ces endroits les comit&#233;s n'&#233;taient que des groupes d'&#233;tudiants et de jeunes travailleurs, capables d'exercer une pression mais &#233;prouvant beaucoup plus de difficult&#233;s quand il s'agissait de contester, sur le lieu de travail, la direction de militants &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; implant&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci eut pour r&#233;sultat que, si la gauche r&#233;volutionnaire pouvait agir comme un p&#244;le d'attraction pour les travailleurs qui ne voulaient pas suivre l'abandon de la gr&#232;ve par le Parti communiste et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, elle ne pouvait cependant pas l'emp&#234;cher. Et donc elle ne pouvait pas emp&#234;cher la liquidation du mouvement de mai.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin am&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement social puissant, impliquant des millions de gens ne peut pas simplement s'immobiliser. Si sa dynamique premi&#232;re se brise, il commence &#224; faire marche arri&#232;re. Tous ceux, &#224; moiti&#233; convaincus, que le mouvement a pu entra&#238;ner par sa confiance et sa puissance, s'en d&#233;tachent, ne le voyant plus comme un moyen d'en finir avec les frustrations et les oppressions mesquines qui paralysent leur vie. Tous les politiciens opportunistes qui l'avaient vu comme un bon moyen de faire avancer leur carri&#232;re sautent alors dans un autre wagon. Tous les ennemis du mouvement se sentent renforc&#233;s par l'affaiblissement de son influence sur ceux qui vacillaient entre lui et eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;cision des communistes et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; de remettre les entreprises publiques au travail conduisit in&#233;vitablement &#224; l'&#233;croulement du mouvement de mai. Le r&#233;tablissement des transports publics et de la distribution de gaz mit fin &#224; la paralysie des sections de la classe moyenne qui soutenaient le gouvernement. La machine politique gaulliste redevint op&#233;rationnelle, avec diffusions de tracts collages d'affiches et organisation de manifestations locales et nationales. Les gens qui, &#224; peine une semaine plus t&#244;t, consid&#233;raient que seul un gouvernement de gauche, quel qu'il soit, permettrait un retour &#224; l'ordre, s'en remettaient &#224; nouveau &#224; de Gaulle. La possibilit&#233; d'une mutinerie dans la police disparut car, pour la premi&#232;re fois depuis le d&#233;but des manifestations &#233;tudiantes, elle sentait qu'au moins une partie du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;public&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la soutiendrait si elle en venait &#224; durcir son action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette semaine l&#224;, pour la premi&#232;re fois la police attaqua les gr&#233;vistes. Le 5&#160;juin elle prit le contr&#244;le des studios de radio et de t&#233;l&#233;vision aux gr&#233;vistes. Le lendemain, les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt; p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans l'usine Renault &#224; Flins et expuls&#232;rent les piquets. Le jour suivant ils r&#233;pondirent violemment &#224; la tentative des gr&#233;vistes qui tentaient de reprendre possession des lieux, tuant un lyc&#233;en. Le 10&#160;juin, les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt; furent appel&#233;s &#224; intervenir dans le Quartier Latin pour la premi&#232;re fois depuis le 13&#160;mai. Le 11&#160;juin ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans l'usine Peugeot &#224; Sochaux frappant les gr&#233;vistes alors qu'ils tentaient de s'enfuir et attaquant les travailleurs de la zone environnante, en tuant deux. Ce m&#234;me jour il y eut des attaques par la police sur les travailleurs et les &#233;tudiants &#224; St-Nazaire, Toulouse et Lyon. Quelques jours plus tard, le gouvernement interdit formellement toute les organisations trotskistes et mao&#239;stes ainsi que le Mouvement du 22&#160;mars, alors qu'il lib&#233;rait le g&#233;n&#233;ral Salan, dirigeant de l'organisation terroriste de droite du d&#233;but des ann&#233;es 60, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OAS&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce ne sont pas les attaques de la police en elles-m&#234;mes qui ont bris&#233; les gr&#232;ves qui continuaient. &#192; Flins et &#224; Sochaux les travailleurs r&#233;occup&#232;rent les usines et la police finalement se retira. Les gr&#232;ves &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision se poursuivirent pendant des semaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant l'esprit des gr&#232;ves avait chang&#233; du tout au tout. Partout les travailleurs &#233;taient &#224; l'offensive jusqu'au 31&#160;mai. Lorsque le secteur public reprit le travail ce week-end l&#224;, les patrons se sentirent assez confiants pour passer &#224; l'offensive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les concessions faites par le gouvernement lors des accords de Grenelle avaient eu pour but de diviser le mouvement ouvrier. Ils offraient de fortes augmentations &#224; une minorit&#233; de travailleurs ayant un bas salaire, mais beaucoup moins aux grandes usines d'&#233;quipement et de textile qui avaient &#233;t&#233; les fers de lance des gr&#232;ves de masse. Il s'agissait d'obtenir un retour au travail qui laisserait ces usines sans gains cons&#233;quents. Cette tactique n'aboutit pas tant que les services publics cl&#233;s &#233;taient encore en gr&#232;ve. Mais maintenant que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; avait r&#233;ussi &#224; leur faire reprendre le travail, les choses &#233;taient bien diff&#233;rentes. La lutte usine par usine pour obtenir des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;am&#233;liorations locales&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; permit aux patrons d'&#233;puiser ces m&#234;mes usines qui avaient dirig&#233; le mouvement de mai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus tard un dirigeant syndical des m&#233;tallos dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Ni le gouvernement ni les patrons n'&#233;taient pr&#234;ts &#224; pardonner la peur qu'ils venaient de conna&#238;tre. Ils s'&#233;taient trouv&#233;s impuissants face aux &#233;tudiants, ils n'avaient aucun pouvoir contre les travailleurs du secteur public qui avaient les moyens de paralyser le pays tout entier. Mais si les industries de l'automobile et de la m&#233;tallurgie prolongeaient leur paralysie de deux semaines, il &#233;tait emb&#234;tant mais n&#233;cessaire de forcer les travailleurs militants &#224; abandonner. En les punissant, ils effa&#231;aient un mois de capitulations gouvernementales et de honte patronale.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb55' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 522.' id='nh55'&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce nouveau climat, les patrons us&#232;rent de toutes leurs vieilles m&#233;thodes pour casser les syndicats - des votes secrets o&#249; des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;majorit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fictives votaient pour le retour au travail, l'utilisation de syndicats jaunes et de contrema&#238;tres pour forcer les piquets de gr&#232;ves, l'utilisation de la police pour tabasser des travailleurs en gr&#232;ve, les d&#233;clarations que quiconque r&#233;sistait &#224; de telles actions &#233;tait un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;dangereux provocateur&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;part les attaques des patrons et du gouvernement firent r&#233;agir les groupes qui avaient d&#233;j&#224; repris le travail et les incit&#232;rent &#224; se mobiliser &#224; nouveau en solidarit&#233; avec ceux qui &#233;taient encore en gr&#232;ve. Ce sentiment &#233;tait tel que la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; proposa une journ&#233;e d'action pour les soutenir. Mais la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; s'en prit &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d&#233;cision unilat&#233;rale de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en disant que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la solidarit&#233; ne doit pas aboutir &#224; des incidents semblables &#224; ce qui s'est pass&#233; &#224; Flins.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont elle faisait porter la responsabilit&#233; &#224; des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;provocateurs d'extr&#234;me-gauche&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toute discussion de reprise de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une provocation dangereuse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tout ce qui pouvait &#234;tre fait pour les gr&#233;vistes c'&#233;tait de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;colter de l'argent&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb56' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 524.' id='nh56'&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les principales usines automobiles - Renault, Citro&#235;n et Peugeot - &#233;taient encore en gr&#232;ve &#224; la mi-juin. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; r&#233;ussit &#224; conclure un accord pour que le travail reprenne &#224; Renault en &#233;change d'une augmentation de salaire de 10 &#224; 14%, d'une r&#233;duction du temps de travail d'une heure et demie par semaine et du paiement de la moiti&#233; des journ&#233;es de gr&#232;ve. M&#234;me ce cadeau fut rejet&#233; par un cinqui&#232;me des travailleurs et &#224; Flins, l&#224; o&#249; les affrontements avec la police eurent lieu, par 40% d'entre eux. Quelques jours plus tard Peugeot reprenait le travail et Citro&#235;n suivit le 24&#160;juin. Dans les deux cas, les travailleurs retourn&#232;rent &#224; l'usine avec le sentiment d'avoir gagn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais m&#234;me si les patrons n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;punir&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ces travailleurs comme ils l'esp&#233;raient, ils avaient tout de m&#234;me de quoi se f&#233;liciter. Les travailleurs qui avaient d&#251; prolonger la gr&#232;ve le plus longtemps pour obtenir du mouvement de mai quelques am&#233;liorations significatives &#233;taient ceux qui traditionnellement avaient la plus faible organisation. Il y avait peu de chances pour qu'ils refassent gr&#232;ve avant un certain temps et cela donnait aux patrons la possibilit&#233; d'emp&#234;cher le d&#233;veloppement d'organisations de base fortes et de reconstruire les syndicats jaunes. Des entreprises comme Citro&#235;n et Peugeot ont certes d&#251; faire des concessions &#233;conomiques aux gr&#233;vistes, mais elles devaient rester, apr&#232;s mai 68, les bastions de non-organisation syndicale qu'elles avaient toujours &#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_325 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH693/1968_mai_Retour_la_normale-bd01f.jpg' width='500' height='693' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un cas important, la fragmentation du mouvement par les reprises locales du travail apr&#232;s la fin de mai d&#233;boucha conduisit &#224; une d&#233;faite d&#233;sastreuse - dans le service public de la radio et de la t&#233;l&#233;vision, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ORTF&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journalistes et les techniciens n'avaient que tardivement rejoint totalement le mouvement de mai. Ils s'&#233;taient ralli&#233;s au mouvement parce que les dirigeants du service refusaient syst&#233;matiquement de les laisser dire la v&#233;rit&#233; sur l'ampleur du mouvement de mai ou de les laisser interviewer les opposants &#224; la politique du r&#233;gime - m&#234;me si ces derniers &#233;taient les plus respectables des politiciens bourgeois. D'abord la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; les somma de ne pas entrer en gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Mais &#224; la longue la frustration s'accumula tellement qu'ils d&#233;clench&#232;rent une gr&#232;ve totale et occup&#232;rent les studios. Le gouvernement fut oblig&#233; de diffuser des &#233;missions squelettiques depuis un studio de la Tour Eiffel bien prot&#233;g&#233; par les forces de l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le retour &#224; la normalit&#233; au d&#233;but du mois de juin permit au gouvernement de se venger. Le 5&#160;juin un nouveau directeur g&#233;n&#233;ral de programmation fut nomm&#233;. qui renvoya treize journaliste et six producteurs, fit intervenir la police pour reprendre le contr&#244;le des studios et reprit le cours normal des services t&#233;l&#233; et radio avec des non-gr&#233;vistes et des briseurs de gr&#232;ve nouvellement recrut&#233;s. Le gouvernement offrit alors d'augmenter les salaires et d'am&#233;liorer les conditions de travail en &#233;change d'un contr&#244;le complet sur le contenu des programmes. Sous la pression de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, les techniciens reprirent le travail dans ces conditions le 19&#160;juin. Les journaliste r&#233;sist&#232;rent encore pendant trois semaines, avant d'admettre leur d&#233;faite compl&#232;te le 12&#160;juillet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut difficilement surestimer ce que cela repr&#233;sentait pour le gouvernement d'isoler et de briser la gr&#232;ve des ondes. Pendant la derni&#232;re semaine de mai, le silence des cha&#238;nes radio et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TV&lt;/span&gt; &#233;tait un symbole de la faiblesse du gouvernement. Lorsque le 5&#160;juin il en reprit le contr&#244;le, c'&#233;tait signe d'un regain de force et cela lui fut d'un grand soutien pour sa propagande &#233;lectorale, au cours de laquelle le gouvernement se posa comme la seule alternative au chaos.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une opportunit&#233; r&#233;volutionnaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions manqu&#233;es peuvent rapidement sortir de notre m&#233;moire. La classe dirigeante s'empresse de r&#233;imposer l'ancien mode de vie, et avec lui, l'ancien mode de penser qui pr&#233;suppose qu'il n'en existe pas d'autre. La p&#233;riode r&#233;volutionnaire en vient &#224; ressembler &#224; un &#233;trange d&#233;lire aux yeux de la majorit&#233; de la population, comme quelque chose de compl&#232;tement dissoci&#233; du cours r&#233;el de la vie de la soci&#233;t&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re que les r&#234;ves et les cauchemars sont s&#233;par&#233;s du cours r&#233;el de la vie d'un individu. Seuls les romantiques incurables sont cens&#233;s y aspirer encore. Et cette suppression de la m&#233;moire peut &#234;tre si efficace que m&#234;me les historiens ont du mal &#224; exhumer la v&#233;rit&#233; et &#224; la distinguer de l'imaginaire. G&#233;n&#233;ralement, seule une nouvelle pouss&#233;e r&#233;volutionnaire fait remonter les souvenirs &#224; la m&#233;moire de milliers de participants qui confirment la r&#233;alit&#233; de ce qui s'est pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France de 1968 ne fut m&#234;me pas une r&#233;volution manqu&#233;e. On a beaucoup parl&#233; &#224; l'&#233;poque de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volution&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en particulier dans le Quartier Latin et dans les m&#233;dias &#233;trangers. Mais il n'y eut aucune tentative de prise du pouvoir d'&#201;tat. De ce fait, le processus qui consiste &#224; mettre ce morceau d'histoire entre parenth&#232;ses, de le consigner aux post-scriptum historiques de ce-qui-aurait-pu-arriver, se fit encore plus rapide que d'habitude. Vingt ans plus tard, 1968 porte universellement l'&#233;tiquette de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'ann&#233;e des &#233;tudiants&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme si la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'histoire n'avait pas eu lieu, comme si l'un des gouvernements les plus puissants du monde occidental n'avait pas vacill&#233; pendant une semaine au bord de l'auto-dissolution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une des sources de cette amn&#233;sie collective fut le Parti communiste fran&#231;ais. Puisqu'il avait tout fait au long du mois de mai pour emp&#234;cher le mouvement de se politiser, pire encore de devenir r&#233;volutionnaire, et puisqu'il s'&#233;tait vu oblig&#233; de modifier momentan&#233;ment sa position dans la derni&#232;re semaine de mai de peur que le mouvement ne lui &#233;chappe s'il ne pr&#234;tait pas main forte, il dut faire de son mieux ensuite pour d&#233;montrer que la r&#233;volution avait toujours &#233;t&#233; impossible. Le Parti communiste invoqua les r&#233;sultats des &#233;lections de la fin du mois de juin pour justifier sa conception&#160;: les partis de droite, apr&#232;s tout, avaient gagn&#233; des voix et des si&#232;ges au d&#233;triment de la gauche. Il disait qu'il n'y avait jamais eu le soutien suffisant pour une tentative r&#233;volutionnaire. Cela aurait &#233;t&#233; de l'aventurisme complet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet argument &#233;tait - et est toujours - doublement erron&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, juin n'&#233;tait pas mai. En mai, la grande majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re et une section consid&#233;rable de la classe moyenne tenaient le r&#233;gime pour responsable du fait que les &#233;tudiants en &#233;taient venus &#224; dresser les barricades et que dix millions de travailleurs s'&#233;taient mis en gr&#232;ve. Ceux qui &#233;taient hostiles &#224; ce qui se passait se sentaient impuissants, incapables de contenir cette immense convulsion sociale. C'est pourquoi ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; s'accorder au mieux avec ceux qui d&#233;tenaient quelque contr&#244;le sur le mouvement - une attitude qui rel&#232;ve quelque peu de la r&#233;signation des travailleurs en &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;temps normal&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui acceptent des emplois qu'ils d&#233;testent et des vies priv&#233;es qui ne leur procurent aucune joie.&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;[D]ire qu'il y avait un potentiel r&#233;volutionnaire au mois de mai &lt;br class='manualbr' /&gt;ne signifie pas que le choix se r&#233;sumait aux &#233;lections &lt;br class='manualbr' /&gt;d'un c&#244;t&#233; et &#224; la guerre civile de l'autre&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme juin progressait, ces attitudes chang&#232;rent de fa&#231;on d&#233;cisive. Le r&#233;gime &#233;tait en train de r&#233;tablir l'essentiel de l'ordre ancien. La contestation dans le secteur public et dans de larges sections industrielles tirait &#224; sa fin. Les &#233;tudiants se retrouvaient &#224; nouveau une minorit&#233; isol&#233;e et impuissante. D&#233;sormais le choix ne se faisait plus entre un gouvernement bredouillant et un mouvement de masse apparemment inarr&#234;table, mais entre des politiciens au gouvernement qui d&#233;montraient leur ma&#238;trise des &#233;v&#233;nements et des politiciens dans l'opposition qui promettaient seulement de pouvoir en faire autant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le changement d'humeur affecta m&#234;me certains de ceux qui avaient &#233;t&#233; des participants enthousiastes au mouvement. En mai, comme dix millions de personnes &#233;voluaient ensemble, des individus de toutes sortes avec des id&#233;es assez conservatrices pouvaient concevoir une solution &#224; leurs probl&#232;mes particuliers dans un effort collectif de masse. A la fin du mois de juin ils retrouv&#232;rent de nouveau un monde dans lequel seule l'attitude individualiste pouvait apporter une am&#233;lioration personnelle. Les derni&#232;res &#233;tincelles de lutte &#233;tudiante et ouvri&#232;re semblaient d&#233;sormais &#234;tre source de chaos, de danger, et non plus &#234;tre la cl&#233; pour r&#233;organiser la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant il n'y avait objectivement aucune raison pour que le mouvement se d&#233;sagr&#232;ge ainsi pendant la premi&#232;re semaine de juin. S'il le fit c'est parce que les organisation politiques et syndicales les plus puissantes au sein de la classe ouvri&#232;re concentr&#232;rent tous leurs efforts &#224; un retour au travail dans les services publics cl&#233;s. Ce faisant, elles amen&#232;rent pr&#233;cis&#233;ment le changement d'attitude qui permit aux gaullistes de gagner les &#233;lections et qui accr&#233;ditait l'id&#233;e selon laquelle aucun changement r&#233;volutionnaire n'&#233;tait possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, dire qu'il y avait un potentiel r&#233;volutionnaire au mois de mai ne signifie pas que le choix se r&#233;sumait aux &#233;lections d'un c&#244;t&#233; et &#224; la guerre civile de l'autre, comme le d&#233;clara de Gaulle le 29&#160;mai. Il y avait une troisi&#232;me option - l'extension et l'approfondissement du mouvement de mani&#232;re &#224; ce que le gouvernement soit emp&#234;ch&#233; de recourir aux forces arm&#233;es de l'&#201;tat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela aurait signifi&#233; encourager les formes d'organisations des gr&#232;ves qui entra&#238;naient tous les travailleurs, les plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arri&#233;r&#233;s' comme les plus avanc&#233;s, &#224; modeler eux-m&#234;mes leur propre avenir - par des comit&#233;s de gr&#232;ve, des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales r&#233;guli&#232;res dans les usines occup&#233;es, des piquets de gr&#232;ve et des rotations d'occupations impliquant un maximum de gens, des d&#233;l&#233;gations envoy&#233;es &#224; d'autres usines et &#224; d'autres sections de la soci&#233;t&#233; impliqu&#233;es dans la lutte. Ainsi tout le monde aurait eu la possibilit&#233; de participer directement &#224; la lutte et de discuter des le&#231;ons politiques &#224; en tirer. Ceci aurait signifi&#233; aussi la g&#233;n&#233;ralisation des revendications de ceux qui luttaient de fa&#231;on &#224; ce qu'aucune section de travailleurs ne reprenne le travail avant que des d&#233;cisions concernant des questions d'ordre vital qui pr&#233;occupaient les travailleurs d'autres sections ne soient prises - sur la s&#233;curit&#233; de l'emploi, des emplois garantis pour les jeunes travailleurs, le paiement int&#233;gral des journ&#233;es de gr&#232;ve, des droits syndicaux complets dans des usines anti-syndicats comme Peugeot et Citro&#235;n, un contr&#244;le d&#233;mocratique sur les diffusions d'&#233;missions radio et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TV&lt;/span&gt; par les repr&#233;sentants &#233;lus des journalistes et des techniciens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;B&#226;ti sur ces bases, le mouvement aurait emp&#234;ch&#233; le gouvernement de rasseoir son pouvoir. Si le gouvernement c&#233;dait aux revendications du mouvement, il ne serait qu'un canard boiteux, et clairement, il deviendrait l'otage du mouvement de masse des travailleurs . S'il ne c&#233;dait pas, il resterait incapable de venir &#224; bout de la paralysie du pays assez rapidement pour emp&#234;cher ses propres partisans de rechercher une alternative &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;responsable&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui, &#224; son tour, serait vraisemblablement prise en otage par le mouvement de masse. Dans les deux cas, le gouvernement n'aurait jamais &#233;t&#233; en &#233;tat de gagner les &#233;lections de la fin juin. Le r&#233;sultat des &#233;lections aurait &#233;t&#233; devanc&#233; par le mouvement dans les usines et dans les rues - comme cela allait &#234;tre le cas en Grande Bretagne cinq ans et demi plus tard, lorsque un mouvement de moindre ampleur, la gr&#232;ve des mineurs de 1974, se prolongea jusqu'aux &#233;lections qui d&#233;bouch&#232;rent sur un vote contre le gouvernement en place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a, bien s&#251;r, aucune garantie que, si le Parti communiste et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; avaient pouss&#233; pour cela, ils auraient gagn&#233; sur tous les points. Mais ce qui peut &#234;tre dit avec certitude c'est qu'en refusant de mener campagne pour cela ils ont assur&#233; la fin du mouvement de mai et la victoire &#233;lectorale des gaullistes. Ils ont aussi fait en sorte que les syndicats fran&#231;ais continuent &#224; organiser une fraction moins importante de la classe ouvri&#232;re que dans tous les autres pays europ&#233;ens industrialis&#233;s malgr&#233; l'implication dans une gr&#232;ve la plus importante que les autres pays aient connue jusque l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette troisi&#232;me option n'aurait pas conduit imm&#233;diatement &#224; une r&#233;volution socialiste. Mais elle aurait amen&#233; une situation politique d'une extr&#234;me instabilit&#233; dans laquelle une classe ouvri&#232;re victorieuse aurait pu prendre conscience de ses propres int&#233;r&#234;ts et de sa propre capacit&#233; &#224; diriger la soci&#233;t&#233;. Il est certain que c'est parce que le champ des possibles &#233;tait si largement ouvert que les dirigeants communistes et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; se h&#226;t&#232;rent d'accepter la voie &#233;lectorale, la voie la moins dangereuse pour sortir de la crise, m&#234;me si celle-ci profita &#224; de Gaulle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.amazon.com/Fire-Last-Time-Chris-Harman/dp/1898876355" class="spip_out"&gt;Traduction depuis l'anglais de l'article consacr&#233; &#224; la France dans l'ouvrage intitul&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;The Fire Last Time&#160;: 1968 and after&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Pompidou, &lt;i&gt;Pour r&#233;tablir une V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; (Paris 1982) p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vladimir Fisera, &lt;i&gt;The Writing on the Wall&lt;/i&gt; (London 1978) p. 11&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Lucien Roux et Ren&#233; Backmann, &lt;i&gt;L'Explosion de Mai&lt;/i&gt; (Paris 1968) p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fisera p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chiffre donn&#233; par Cohn-Bendit dans Herv&#233; Bourges (ed.), &lt;i&gt;The Student Revolt&#160;: the activists speak&lt;/i&gt; (London 1968) p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fisera, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Posner (ed.), &lt;i&gt;Reflections on the Revolution in France&lt;/i&gt; (Harmondsworth 1970) p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber, &lt;i&gt;Mai 68&#160;: une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (Paris 1968) p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Labro, &lt;i&gt;Les Barricades de Mai&lt;/i&gt; (Paris 1968).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bensa&#239;d et Weber.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bensa&#239;d et Weber.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon son premier ministre, Pompidou, dans &lt;i&gt;Pompidou&lt;/i&gt;, p. 180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Kidron, &lt;i&gt;Western Capitalism since the War&lt;/i&gt; (Harmondsworh 1970) p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kidron, p. 170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pouvoir Ouvrier&lt;/i&gt; (Paris), janvier-f&#233;vrier 1968, et Ross, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; (Paris), 3&#160;mai 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 217&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans George Ross, &lt;i&gt;Workers and Communists in France&lt;/i&gt; (Berkeley 1982) p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ross, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Ross, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Tony Cliff et Ian Birchall, &lt;i&gt;France&#160;: The Struggle goes on&lt;/i&gt; (London 1968) p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb26'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb27'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Rioux et Blackmann, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb28'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, pp. 256-7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb29'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh29' class='spip_note' title='Notes 29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ross, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb30'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh30' class='spip_note' title='Notes 30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 247.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb31'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh31' class='spip_note' title='Notes 31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 423.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb32'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh32' class='spip_note' title='Notes 32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 376.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb33'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh33' class='spip_note' title='Notes 33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 382.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb34'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh34' class='spip_note' title='Notes 34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 383.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb35'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh35' class='spip_note' title='Notes 35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 384.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb36'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh36' class='spip_note' title='Notes 36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Seguy de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, cit&#233; dans Ross, p. 202.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb37'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh37' class='spip_note' title='Notes 37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Rioux et Blackmann, pp. 442-458 pour une description d&#233;taill&#233;e de ces journ&#233;es voir &#233;galement Ross, pp. 203-4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb38'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh38' class='spip_note' title='Notes 38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les estimations de l'ampleur de la manifestation varient d'entre 300&#160;000 et 400&#160;000 dans Rioux et Blackmann, p. 446 &#224; 800 000 dans Ross, p. 206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb39'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh39' class='spip_note' title='Notes 39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pompidou, p. 197.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb40'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh40' class='spip_note' title='Notes 40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb41'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh41' class='spip_note' title='Notes 41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 276, et Bensa&#239;d et Weber, pp. 159-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb42'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh42' class='spip_note' title='Notes 42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Ross, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb43'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh43' class='spip_note' title='Notes 43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ross, p. 185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb44'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh44' class='spip_note' title='Notes 44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ross.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb45'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh45' class='spip_note' title='Notes 45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 408.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb46'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh46' class='spip_note' title='Notes 46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 450.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb47'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh47' class='spip_note' title='Notes 47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb48'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh48' class='spip_note' title='Notes 48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Ross, p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb49'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh49' class='spip_note' title='Notes 49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 512.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb50'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh50' class='spip_note' title='Notes 50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 513&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb51'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh51' class='spip_note' title='Notes 51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rioux et Blackmann, p. 553.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb52'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh52' class='spip_note' title='Notes 52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 281.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb53'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh53' class='spip_note' title='Notes 53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les r&#233;cits dans Rioux et Blackmann, p. 559 et dans Bensa&#239;d et Weber, pp. 209-10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb54'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh54' class='spip_note' title='Notes 54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un dirigeant de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; cit&#233; par Rioux et Blackmann, p. 451.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb55'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh55' class='spip_note' title='Notes 55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 522.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb56'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh56' class='spip_note' title='Notes 56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Rioux et Blackmann, p. 524.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mai rampant ou automne chaud&#160;?</title>
		<link>http://quefaire.lautre.net/Mai-rampant-ou-automne-chaud</link>
		<guid isPermaLink="true">http://quefaire.lautre.net/Mai-rampant-ou-automne-chaud</guid>
		<dc:date>2011-09-25T12:32:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques-Marc Chastaing</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Classes</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve de masse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article est un texte de contribution aux d&#233;bats internes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NPA&lt;/span&gt;, en r&#233;ponse &#224; un texte de Philippe Corcuff intitul&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;a href=&#034;http://www.npa2009.org/content/pour-une-guerilla-sociale-durable-et-pacifique-par-philippe-corcuff&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Pour une gu&#233;rilla sociale durable et pacifique&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il revient sur la r&#233;f&#233;rence au &#034;mai rampant&#034; italien utilis&#233; par Corcuff pour analyser le r&#233;cent mouvement des retraites afin d'en discuter la pertinence. Une version raccourcie de cet article est parue dans la revue n&#176;6, version papier.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-no07-juillet-aout-2011" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - n&#176;07 - Juillet/Ao&#251;t 2011&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L101xH150/arton281-473a8.jpg&#034; width='101' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour penser le pr&#233;sent, il n'est pas indiff&#233;rent de choisir sa r&#233;f&#233;rence au pass&#233;. C'est &#224; juste titre l'argument de Ph.Corcuff lorsqu'il choisit le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mai rampant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; italien plut&#244;t que le mai 68 fran&#231;ais pour aider &#224; comprendre le mouvement des retraites.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sistance ou r&#233;volution&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'avantage de la grille de lecture du &#034;mai rampant&#034;, c'est de placer les &#233;v&#232;nements dans leur d&#233;veloppement, c'est penser en terme de p&#233;riode et pas d'&#233;v&#232;nements soudains. On a souvent coutume en effet d'appeler &#034;mai rampant&#034;, l'ensemble des &#233;v&#232;nements qui englobent en Italie toute la p&#233;riode qui va de mars 68 &#224; d&#233;cembre 69, voire, parfois, jusqu'&#224; 1979-80.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;f&#233;rence n'a par contre plus cet avantage si l'on ne met pas ces &#233;v&#232;nements en relation avec les &#233;volutions &#233;conomiques, sociales et politiques profondes dont ils sont les r&#233;v&#233;lateurs et qu'on ne s'en tient qu'&#224; la chaine &#233;v&#232;nementielle. Les 18 mois du mai rampant deviennent alors un tout soudain et fortuit au m&#234;me titre que les deux mois du mai 68.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l&#224; o&#249; si l'on pousse jusqu'au bout l'amorce de raisonnement contenu dans la r&#233;f&#233;rence au mai rampant, on d&#233;bouche sur la question du cycle historique. Car plus que d'opposer mai rampant et mai 68, il est plus productif de chercher ce qu'il y a de commun &#224; ces deux &#233;pisodes, comme d'ailleurs aux &#233;v&#232;nements &#224; la m&#234;me &#233;poque qui ont travers&#233; de nombreux pays de la plan&#232;te des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt; au Nig&#233;ria en passant par l'Allemagne ou le Pakistan et qui ont fait de toute la p&#233;riode qui va de la fin des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1970 un cycle historique commun de luttes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et s'il faut se poser la question de la nature du mouvement des retraites, on ne peut le faire qu'en le liant non seulement aux luttes du printemps 2009 en France mais aussi &#224; tous les mouvements qui sont en train de traverser l'Europe dans la m&#234;me p&#233;riode voire plus loin comme ceux d'Afrique du Nord pour le moins. C'est-&#224;-dire que si on cherche l'appui d'une r&#233;f&#233;rence au pass&#233;, la question qu'il faut se poser est de savoir si nous sommes entr&#233;s ou non aujourd'hui dans un nouveau cycle historique de luttes li&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; la crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De la r&#233;ponse que nous donnons &#224; cette question d&#233;pend l'attitude que nous devons avoir pour les petites choses comme pour les grandes, de notre politique dans les cantonales, du contenu de nos alliances &#233;ventuelles, de nos campagnes sociales, des choix de construction de notre organisation et de l'orientation politique globale du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NPA&lt;/span&gt;. Si nous sommes entr&#233;s dans un tel cycle de luttes, nous assisterons &#224; une politisation et une radicalisation des jeunes et des milieux populaires. D&#232;s lors, dans tous les domaines, nous devons non seulement nous y pr&#233;parer, nous-m&#234;mes, politiquement, id&#233;ologiquement et organisationnellement mais avoir une politique qui y pr&#233;pare les plus larges masses, qui s'adresse en ce sens directement aux travailleurs en rupture avec toutes les fausses lunes pass&#233;es de la gauche et de la gauche de gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un point de vue id&#233;ologique, cela veut dire une &#034;rupture&#034; intellectuelle avec les d&#233;cennies pass&#233;s. Nous devons abandonner les habitudes trop courantes d'un certain d&#233;faitisme intellectuel qui se cachent souvent sous l'&#233;clectisme des r&#233;f&#233;rences et sous le vocable g&#233;n&#233;ral de l'esprit de &#034;r&#233;sistance&#034;. Nous devons abandonner ce &#034;bon ton&#034; du d&#233;sespoir intellectuel. Nous ne &#034;r&#233;sistons&#034; plus, nous pr&#233;parons l'offensive et prenons ouvertement et clairement le vocabulaire de la &#034;r&#233;volution&#034;. Il nous faut faire comprendre que l'enjeu majeur actuel pour notre organisation est d'avoir la volont&#233; de voir le subversif dans le r&#233;el qui se d&#233;roule sous nos yeux et de se donner les outils intellectuels, organisationnels et politiques pour cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi, faute de ce choix, Ph. Corcuff ne voit le subversif que dans le d&#233;tail du mouvement et pas dans la dynamique g&#233;n&#233;rale de la p&#233;riode. Ce qui a un certain nombre de cons&#233;quences. D'abord, d'&#234;tre toujours &#224; la tra&#238;ne des mouvements, de ne pas pouvoir y peser en n'en ayant pas l'intelligence. Ensuite de tenter de compenser ce &#034;suivisme&#034; social et politique par de purs appels incantatoires &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, &#224; la juste critique que fait Corcuff de ces appels incantatoires &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale lors du mouvement des retraites faute d'une &#034;intelligence de la situation&#034;, il oublie d'associer le suivisme politique et id&#233;ologique qui les provoque en les pr&#233;c&#233;dant dans les p&#233;riodes de calme. C'est pourquoi il oppose cette impuissance g&#233;n&#233;rale de l'incantation et l'effilochement du mouvement g&#233;n&#233;ral &#224; l'aspect &#034;durable, multiforme et convergent&#034; du d&#233;tail du mouvement qu'il retrouve dans la dur&#233;e sans but du mai rampant, de ce mouvement italien sans gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Il donne ainsi, malgr&#233; lui, suivant ce qu'il explique et le regrette dans la derni&#232;re revue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TEAN&lt;/span&gt;, le sentiment qu'il oppose le mouvement lui-m&#234;me &#224; sa dynamique de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais on ne peut faire autrement lorsqu'on n'est arm&#233; que du seul esprit de &#034;r&#233;sistance&#034; et sans esprit &#034;r&#233;volutionnaire&#034;. On ne peut qu'opposer le d&#233;tail du mouvement &#224; sa compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale, l'&#233;v&#232;nement &#224; sa dynamique, l'ensemble &#224; ses moments paroxystiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, logique de cela, on ne peut que ramener l'&#233;conomie politique &#224; la sociologie, sugg&#233;rer les vieilles caricatures du &#034;tout ou rien&#034;, de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (ou r&#233;volution) sous la forme du &#034;Grand soir&#034;, qui opposent les r&#233;volutionnaires &#224; la lutte quotidienne, la r&#233;forme &#224; la r&#233;volution. Alors que ce que montrent plus de cent ans d'histoire, c'est qu'il n'y a que le combat des r&#233;volutionnaires qui ait obtenu des r&#233;formes partielles et que ce sont ceux qui veulent le &#034;tout&#034; qui obtiennent le &#034;rien,&#034; ou plus, exactement un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi, il doit aller chercher de mani&#232;re anachronique chez le tr&#232;s controvers&#233; G.Sorel son id&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale comme un mythe (alors que ce dernier ne donnait absolument pas le sens &#034;d'illusion&#034; &#224; ce terme mais tout l'inverse) et l'associer &#224; l'id&#233;e de &#034;gr&#232;ve de masse&#034; ( ou &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;, &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique&#034; suivant les moments et les traductions) de Rosa Luxembourg qui &#233;tait au contraire chez elle un concept de combat contre le mythe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#034;anarcho-r&#233;formiste&#034; d'un G. Sorel qui en faisait un tout fantasmatique, un &#034;Grand soir&#034;, emp&#234;chant toute intelligence de la situation, dissociant la lutte &#233;conomique de la lutte politique et ne posant pas la question du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons que R.Luxembourg, concevait la &#034;gr&#232;ve de masse&#034; ou &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique&#034; comme une &#233;pisode, un cycle de nombreuses ann&#233;es, o&#249;, disait-elle, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; la r&#233;volution pr&#233;c&#232;de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et pas l'inverse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est-&#224;-dire o&#249; la politisation des masses, l'&#233;tat d'esprit potentiellement r&#233;volutionnaire de ces derni&#232;res est &#224; l'origine des luttes sociales dans lesquelles elles s'engagent et leur donne sur toute une p&#233;riode cette orientation &#224; la g&#233;n&#233;ralisation, premi&#232;re &#233;tape vers le renversement r&#233;volutionnaire du capitalisme et la prise du pouvoir par les masses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_286 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/INDIGNADOS-ca318.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai rampant ou automne chaud&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Choisir le &#034;mai rampant&#034;des &#233;tudiants, et pas &#034;l'automne chaud&#034; des ouvriers italiens, faire commencer la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique&#034; italienne en 1966 est tout &#224; la fois anachronique et en m&#234;me temps r&#233;v&#233;lateur de cet &#233;tat d'esprit avec lequel nous devons rompre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement des retraites n'a pas &#233;t&#233; une mobilisation &#233;tudiante mais ouvri&#232;re. Privil&#233;gier le &#034;mai rampant&#034; &#233;tudiant, c'est donner &#224; la vague de luttes ouvri&#232;res italiennes de 1969 nomm&#233;e &#034;l'automne chaud&#034;, le c&#339;ur des &#233;v&#232;nements italiens, la signification d'un simple prolongement du mouvement &#233;tudiant, ce qui est tout autant une l&#233;gende que celle du &#034;mai 68&#034; fran&#231;ais. Ce n'est pas exact chronologiquement car ce ne sont pas les &#233;tudiants, mais les ouvriers qui ont commenc&#233; le long mouvement de luttes de l'Italie des ann&#233;es 1960 et 1970. Ce n'est pas exact non plus quand &#224; l'importance des mobilisations des uns et des autres et leurs poids respectifs sur la vie du pays. Ce n'est pas exact enfin pour leurs significations respectives, puisque c'est le mouvement ouvrier qui a r&#233;v&#233;l&#233; et donn&#233; sens aux &#233;volutions &#233;conomiques, sociales et politiques de toute une p&#233;riode auquel le mouvement &#233;tudiant a seulement tent&#233; de donner prolongement et forme &#224; travers notamment ce qui s'est appel&#233; &#034;l'op&#233;ra&#239;sme&#034; et la construction d'organisations type Lotta Continua, Potere Opera&#239;o ou d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence au mai rampant n'est donc pas bonne mais a surtout des effets pervers. Car le plus frappant dans l'effort de contextualisation de Ph. Corcuff pour comprendre le mouvement des retraites c'est qu'il est capable d'aller chercher l'Italie mais oublie avec les ouvriers la crise et, de ce fait, le r&#244;le des syndicats. Ce qui permet d'une part, en oubliant la dimension potentiellement catastrophique de la situation actuelle, d'oublier la lutte de classes ouvriers/capitalistes qui a une longue histoire, de se r&#233;f&#233;rer implicitement &#224; la notion de &#034;multitude&#034; dans son instant plut&#244;t que celle des &#034;classes&#034; dans leur histoire, de limiter en cons&#233;quence le mouvement des retraites &#224; sa gestion de l'imm&#233;diat et, d'autre part, en autonomisant le mouvement social de ses organisations, de chercher dans la comparaison anachronique d'un pass&#233; intemporel des r&#233;ponses pacifiques et progressives pour aujourd'hui. Ce qui revient &#224; poser l'Italie pour ne retenir que la d&#233;sob&#233;issance civile individuelle de Thoreau et borner le mouvement des retraites au simple fait de se soustraire aux r&#232;gles comme le refus de payer l'imp&#244;t de Thoreau, alors que le mouvement a &#233;t&#233; bien plus loin et a remis en cause ces r&#232;gles. Bref un &#034;mai rampant&#034; qui, faute de p&#233;riodisation, nous entra&#238;ne dans le domaine du merveilleux o&#249; on peut changer le monde sans poser la question du pouvoir et distordre l'histoire en additionnant G.Sorel &#224; R.Luxembourg.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour mieux juger de la pertinence du &#034;mai rampant&#034; pr&#233;tendument oppos&#233; au mythe de la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;, regardons ce qui s'est pass&#233; en Italie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_287 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH330/g18_25500453-e50a9.jpg' width='500' height='330' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La crise du refus du travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Toutes les soci&#233;t&#233;s occidentales dans ces ann&#233;es 1960 et 1970 ont connu la m&#234;me crise, &#224; des degr&#233;s divers, que les patrons ont appel&#233; pudiquement la crise du refus du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre la moiti&#233; des ann&#233;es 1950 et le d&#233;but des ann&#233;es 1960, en moins de dix ans, la soci&#233;t&#233; italienne est pass&#233;e d'une soci&#233;t&#233; mi-industrielle, mi-agricole, &#224; une soci&#233;t&#233; industrielle &#233;volu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail industriel, aid&#233; par l'introduction de machines n&#233;cessitant pas ou tr&#232;s peu de formation, &#233;volue vers la parcellisation du travail, la d&#233;qualification massive des t&#226;ches. La croissance &#233;conomique est telle que les patrons manquent d'une main d'&#339;uvre acceptant les nouvelles conditions de travail p&#233;nibles de l'industrie automobile. Les patrons se d&#233;barrassent de leur vieux noyau d'ouvriers professionnels et embauchent massivement des jeunes sans exp&#233;rience, souvent immigr&#233;s et, en Italie, des migrants du Sud du pays. Mais cette g&#233;n&#233;ration de nouveaux salari&#233;s europ&#233;ens refuse le type de travail qui leur est impos&#233; en &#233;change de l'augmentation du pouvoir d'achat qui leur est promis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode dite du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;miracle &#233;conomique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, entre 1955 et 1960, plus de huit millions et demi de personnes &#233;migr&#232;rent du Sud au Nord et vers les grandes villes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Turin passa de 700 000 habitants en 1951 &#224; 1 600 000 habitants en 1962. Les quartiers ouvriers d&#233;bordent&#160;: Mirafiori Sud passe de 19 000 habitants en 1951 &#224; 120 000 en 1960, Lingotto de 24 000 &#224; 43 000 et Santa Rita de 23 000 &#224; 89 000. Ce qui liera les probl&#232;mes de logement &#224; ceux de l'usine, ce qui ne sera pas sans cons&#233;quence. L'usine Fiat Mirafiori avec ses 50 000 salari&#233;s &#233;tait la plus grande concentration ouvri&#232;re de l'Europe pendant que l'ensemble des usines Fiat de Turin repr&#233;sentait plus de 90 000 salari&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode de quasi plein emploi, ces jeunes n'acceptent pas facilement de se faire exploiter car les charges de travail s'accroissent plus vite que l'embauche ou les salaires. La prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale devenant manifeste, ces nouveaux recrut&#233;s ne sont plus aussi sensibles &#224; la mentalit&#233; de reconstruction de l'apr&#232;s-guerre qui s'incarnait dans la hi&#233;rarchie des cat&#233;gories int&#233;gr&#233;e dans les accords entre patronat et syndicats. Cette jeunesse ne supporte plus les longues semaines de travail pass&#233;es &#224; faire un travail parcellis&#233; et sans qualification, &#224; des cadences toujours plus &#233;lev&#233;es et pour des salaires grignot&#233;s par l'inflation qui ne progressent pas en rapport des profits confortables de l'entreprise. L'inflation galopante du moment qui se traduit par une baisse du pouvoir d'achat ruine les promesses d'un avenir meilleur. Pour domestiquer et diviser cette masse de nouveaux ouvriers, le patronat avait multipli&#233; les cat&#233;gories professionnelles avec l'aide des syndicats et du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt; qui acceptaient sa logique d'ascension sociale individuelle (durant les premiers mois de 1969 seulement, une quarantaine de conflits &#233;clat&#232;rent sur le seul motif de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;changements de cat&#233;gories&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des ouvriers &#224; la Fiat-Mirafiori). Le refus du travail se constate par un absent&#233;isme consid&#233;rable et un roulement d&#233;mentiel du personnel. Cette jeune classe ouvri&#232;re am&#232;ne un sang et un &#233;tat d'esprit nouveaux &#224; l'ancienne, auparavant contrainte par le patronat, aid&#233; du stalinisme, &#224; reconstruire le pays dans le sang et les larmes au nom de l'unit&#233; nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une premi&#232;re vague de gr&#232;ves sauvages &#233;clata dans la m&#233;tallurgie du Nord en 1960-61, faisant usage d'un refus collectif des heures suppl&#233;mentaires obligatoires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans les autres pays d'Europe la tactique syndicale &#224; ce moment avait pour but de paralyser la production au moindre co&#251;t pour les ouvriers. Une application judicieuse de la gr&#232;ve a singhiozzo (dans l'atelier) et a sacchiera (arr&#234;ts coordonn&#233;s sur tout le site) m&#232;ne rapidement au chaos dans la production. Mais, comme ailleurs, les aspirations de la jeunesse ouvri&#232;re d&#233;bord&#232;rent cette tactique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_288 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH324/comune12-e0d0a.jpg' width='500' height='324' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la Piazza Statuto &#224; Valle Guila&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En juin 1962, &#224; la Fiat de Turin, qui depuis des ann&#233;es n'avait plus vu de mouvement, une gr&#232;ve &#233;clate, entra&#238;nant des milliers de travailleurs pour le renouvellement de la convention collective. La direction de Fiat signe un accord bidon avec les syndicats &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UIL&lt;/span&gt;( dirig&#233; par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; et les R&#233;publicains) et Sida (un syndicat jaune patronal qui porte bien son nom) et proclame le lock-out. La r&#233;ponse des travailleurs fut une manifestation et... la prise d'assaut du si&#232;ge de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UIL&lt;/span&gt;, Piazza Statuto. Elle fut suivie de violents affrontements entre la police et des ouvriers, en grande partie jeunes et d'origine m&#233;ridionale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1964, de nouvelles gr&#232;ves &#233;clatent, puis, en 1966, naquit le premier organisme ouvrier de base, le conseil d'usine, &#224; l'occasion d'une gr&#232;ve chez Siemens &#224; Milan, qui d&#233;montrait que parmi les travailleurs existait une volont&#233; de lutter en &#233;lisant leurs propres repr&#233;sentants, sans se fier aux bureaucrates syndicaux, r&#233;v&#233;lant les fondements sociaux d'une transformation des mentalit&#233;s, ph&#233;nom&#232;ne qui allait exploser en 1969.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement ouvrier de la Piazza Statuto fonctionne pour toute la soci&#233;t&#233; comme un r&#233;v&#233;lateur de ce nouvel &#233;tat d'esprit. C'est cela le tournant, le moment fondateur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et il faut nous demander si nous connaissons aujourd'hui, comme je le pense, depuis la r&#233;volte de l'hiver 2008 des jeunes grecs qui ne voulaient pas &#234;tre une g&#233;n&#233;ration &#224; 700 euros, des &#233;v&#233;nements portant une telle signification, un tel tournant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;v&#232;nements entra&#238;nent en 1966, date choisie par Ph.Corcuff pour faire commencer le mouvement, une contestation des &#233;tudiants contre la hausse des droits d'inscription &#224; l'universit&#233; en mettant en ligne de mire le caract&#232;re de classe du syst&#232;me d'enseignement. Comme la contestation de la cat&#233;gorisation et de la hi&#233;rarchie &#224; l'usine, les &#233;tudiants remettent en question l'autoritarisme acad&#233;mique, ressenti comme un conditionnement en faveur d'un consensus et d'une passivit&#233; g&#233;n&#233;rale. La critique exprim&#233;e par le mouvement &#233;tudiant est dirig&#233;e contre le syst&#232;me capitaliste mais aussi, dans le prolongement de la Piazza Statuto, contre les partis, et syndicats de gauche, accus&#233;s d'avoir renonc&#233; &#224; toute tentative de transformation radicale du syst&#232;me existant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, depuis les &#233;v&#232;nements de la Piazza Statuto, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSI&lt;/span&gt; s'est rapproch&#233; de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne et l'Italie est dirig&#233;e dans cette fin des ann&#233;es 1960 par cette majorit&#233; de centre-gauche, qui a rapidement mis de c&#244;t&#233; les promesses initiales de r&#233;formes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt; de son c&#244;t&#233; regarde avec une r&#233;serve croissante puis avec une hostilit&#233; d&#233;clar&#233;e ce mouvement ouvrier et &#233;tudiant qui refuse de reconna&#238;tre son leadership. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1967, ces luttes &#233;tudiantes se radicalisent et font t&#226;che d'huile. Les &#233;tudiants de Pise puis de Milan et de Turin occupent leur universit&#233;. En d&#233;cembre, la vague d'occupation touche les universit&#233;s de Naples, Pavie, Cagliari, Salerne et G&#234;nes. Face &#224; l'expansion du mouvement, les recteurs demandent l'intervention des forces de l'ordre. D&#232;s janvier 1968, une dizaine de villes universitaires de la p&#233;ninsule sont en lutte. &#192; Padoue, Venise, Pise, Milan et Florence, les affrontements entre &#233;tudiants et forces de l'ordre sont d'une violence extr&#234;me. Lors du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;mars &#224; Rome, des milliers d'&#233;tudiants affrontent les flics dans des combats de rue pendant plusieurs heures. Cette bataille de la Valle Guila, fera plusieurs centaines de bless&#233;s autant chez les &#233;tudiants que chez les flics. Cet &#233;v&#233;nement initiera plus de 18 mois d'agitation universitaire, le &#034;mai rampant&#034;, dont les batailles de rue d'une rare violence dans de nombreuses villes. Les r&#233;percussions de Valle Guila sont immenses et font d&#233;finitivement passer le mouvement &#233;tudiant du plan de la simple contestation universitaire &#224; celui d'une opposition frontale &#224; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, cristallisant l'opposition ouvri&#232;re qui s'&#233;tait manifest&#233;e localement en 1960-61, 1962, 1964 et 1966, vers une forme clairement nationale et politique, vers la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant l'&#233;t&#233; 68, la fermeture des universit&#233;s entra&#238;ne le d&#233;placement de la contestation vers les institutions culturelles. Artistes et &#233;tudiants interrompent la Biennale de l'art contemporain et le Festival du cin&#233;ma de Venise. En automne, la balle passe dans le camp des lyc&#233;ens, qui occupent les &#233;tablissements scolaires et organisent de grandes manifestations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La culture du mouvement &#233;tudiant est constitu&#233;e des diverses revues de la gauche non institutionnelle auquel la pr&#233;&#233;minence de la contestation ouvri&#232;re donnera le visage de &#034;l'op&#233;ra&#239;sme&#034;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de la critique de la soci&#233;t&#233; de consommation &#233;labor&#233;e par l'Ecole de Francfort puis Marcuse, et de l'effervescence dans le tiers-monde amorc&#233;e par le combat de lib&#233;ration des ex-colonies et relanc&#233;e par la guerre du Vietnam&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de &#034;l'antipsychiatrie&#034; et du mouvement libertaire de la jeunesse apparu pendant les ann&#233;es du &#034;beat italiano&#034;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du courant de pens&#233;e f&#233;ministe, &#233;labor&#233; de mani&#232;re originale par certaines intellectuelles italiennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_289 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/Sciopero_operai_Pirelli_fuori_dalla_fabbrica__Milano_1969-0a15d.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre temps, le mouvement n'a pas cess&#233; chez les ouvriers amplifiant ses caract&#233;ristiques de d&#233;part. Cela allait &#234;tre explicite durant toute l'ann&#233;e 1968 chez Pirelli &#224; Milan, avec la naissance du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comit&#233; unitaire de base&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CUB&lt;/span&gt;, qui prolongeait l'exp&#233;rience Siemens de 1966. En 1968 &#224; Valdagno, petite ville de la V&#233;n&#233;tie r&#233;actionnaire ayant toujours v&#233;cu autour de l'industrie textile Marzotto, la col&#232;re ouvri&#232;re &#233;clata de fa&#231;on impr&#233;vue. Parmi ces travailleurs du textile soumis &#224; un paternalisme digne du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, un conflit sur les temps de travail mais parti des profondeurs se transforma rapidement en une gr&#232;ve et une r&#233;volte. Le 19&#160;avril, la population de la petite ville descendit dans la rue, affronta la police et jeta bas la statue de Gaetano Marzotto, fondateur de la dynastie patronale du lieu. Le 2&#160;d&#233;cembre 1968 encore, &#224; Avola en Sicile, la police tirait et tuait deux ouvriers agricoles en gr&#232;ve. Quelques mois apr&#232;s, le 9&#160;avril 69, la m&#234;me police tuait deux personnes &#224; Battipaglia, en Campanie, au cours d'une manifestation contre des fermetures d'entreprises. 1969 et &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'automne chaud&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8232;Au printemps 1969, ce sont les ouvriers qui emp&#234;chent le d&#233;clin du mouvement &#233;tudiant, notable dans le reste de l'Europe. Des luttes paralysant la production pendant plus de 50 jours &#233;clatent dans des centaines d'usines grandes et petites, sur les m&#234;mes th&#232;mes&#160;: pour l'&#233;galit&#233; salariale et contre l'autoritarisme, voire la r&#233;pression, r&#233;gnant dans les entreprises. &#192; l'avant-garde, on trouve les plus grandes usines, o&#249; leur nombre met les travailleurs en confiance. Fin juin une gr&#232;ve &#233;clate chez Montedison &#224; Porto Marghera, pr&#232;s de Venise, o&#249;, beaucoup de travailleurs accueillent favorablement les manifestations de solidarit&#233; des &#233;tudiants, que les syndicats accusent pourtant d'utiliser la gr&#232;ve &#224; des fins politiques, de dresser les mod&#233;r&#233;s contre les radicaux, de vouloir le &#034;tout ou rien&#034;, le Grand soir mythique, etc... La grande usine Fiat de Mirafiori &#224; Turin, elle aussi, est en &#233;bullition. Le 22&#160;mars les ouvriers des presses d&#233;cident l'auto-r&#233;duction de la production. Le 11&#160;avril c'est la gr&#232;ve totale pour la premi&#232;re fois depuis vingt ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les syndicats, d&#233;pass&#233;s, tentent de reprendre la main en ne mettant en avant qu'un des aspects de la lutte qui ne contestait pas directement les industriels, la d&#233;nonciation du probl&#232;me du logement et de la hausse des loyers. Sur ce th&#232;me, ils organisent une journ&#233;e de gr&#232;ve nationale le 3&#160;juillet 1969. La man&#339;uvre se transforma en son contraire puisque de cette journ&#233;e, la contestation des ouvriers turinois de Fiat s'&#233;tendit autour d'eux &#224; d'autres cat&#233;gories sociales, notamment les &#233;tudiants qui s'associ&#232;rent &#224; eux pour prendre comme cible l'usine de Fiat la plus importante, celle de Mirafiori &#224; Turin. Des &#233;chauffour&#233;es violentes s'ensuivirent entre des manifestations d'ouvriers et d'&#233;tudiants convergeant vers Mirafiori et la police qui tentait de prot&#233;ger l'usine. Le combat de rue s'&#233;tendit peu &#224; peu au quartier puis &#224; d'autres secteurs de Turin. Les &#233;chauffour&#233;es de Turin furent le point de d&#233;part de &#034;l'automne chaud&#034;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le retour des vacances, les gr&#232;ves qui n'avaient pas cess&#233;, reprirent de plus belle et s'&#233;tendirent un peu partout dans le pays. Le 2&#160;septembre, &#224; la Fiat de Turin, une gr&#232;ve de deux heures proclam&#233;e par les syndicats est prolong&#233;e par des centaines de travailleurs bloquant la cha&#238;ne de montage. 30 000&#160;travailleurs sont renvoy&#233;s chez eux&#160;: c'est une tactique de la direction pour les dresser les uns contre les autres, les mod&#233;r&#233;s contre les radicaux. La bureaucratie syndicale reprend la situation en main, r&#233;ussissant &#224; obtenir de Fiat le retrait de ce lock-out et &#224; isoler, selon ses mots, la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;minorit&#233; d'ouvriers extr&#233;mistes qui, en bloquant la cha&#238;ne de montage, font du tort &#224; tous les travailleurs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les directions syndicales avaient eu le temps de prendre la mesure du m&#233;contentement ouvrier et de mettre au point leur tactique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet automne de 1969 &#233;tait aussi l'&#233;ch&#233;ance des contrats collectifs de 5 millions d'ouvriers de la m&#233;tallurgie, de la chimie, du b&#226;timent et d'autres cat&#233;gories. Les dirigeants syndicaux avaient ainsi un cadre tout trouv&#233; permettant de canaliser et &#233;mietter l'explosion de m&#233;contentement ouvrier&#160;: ils allaient fixer aux m&#233;tallos l'objectif d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bon contrat&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour la m&#233;tallurgie, aux travailleurs de la chimie celui d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bon contrat&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour leur cat&#233;gorie, etc., permettant d'&#233;viter le mouvement d'ensemble, la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034; et la mise en cause directe du gouvernement. Les directions syndicales mirent au point la tactique dite des gr&#232;ves &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;articul&#233;es&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: tel jour les m&#233;tallos firent gr&#232;ve, tel autre les travailleurs de la chimie, tel autre le b&#226;timent. Des gr&#232;ves &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;g&#233;n&#233;rales&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; purent aussi avoir lieu... mais par province ou m&#234;me par ville, contre la vie ch&#232;re ou la hausse des loyers. Au niveau des entreprises, les dirigeants syndicaux pr&#244;naient les gr&#232;ves tournantes, un atelier apr&#232;s l'autre, sous pr&#233;texte de causer le plus de dommages possible aux patrons &#224; moindres frais pour les ouvriers. Mais le but r&#233;el &#233;tait d'emp&#234;cher que l'ensemble des travailleurs se retrouvent dans la m&#234;me lutte, dans la g&#233;n&#233;ralisation politique de cette lutte. Ainsi, on assista &#224; une multitude de gr&#232;ves et journ&#233;es d'action par cat&#233;gorie professionnelle, secteur d'industrie, branche, atelier, usine, ville ou r&#233;gion pour emp&#234;cher l'unification de la lutte de l'ensemble des travailleurs, pour emp&#234;cher la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; une diff&#233;rence essentielle avec le mouvement des retraites qui rend la comparaison avec le &#034;mai rampant&#034; peu efficiente. Le mouvement italien commen&#231;a par la diversit&#233; &#233;conomique sans arriver &#224; la d&#233;passer. Le mouvement fran&#231;ais trouva d&#233;s le d&#233;but son unit&#233; autour d'un probl&#232;me unique, la r&#233;forme des retraites, en m&#234;me temps qu'il &#233;tait directement politique par le fait qu'il remettait en cause la politique d'un &#201;tat qui joue un r&#244;le crucial en mati&#232;re de droit social. La crise y est pour quelque chose, mais c'est aussi une tradition fran&#231;aise o&#249; la centralit&#233; politique des institutions sociales, y compris le r&#244;le central de Paris &#224; la diff&#233;rence des diverses capitales italiennes, Rome, Turin, Milan, Naples... pousse traditionnellement &#224; la politisation plus rapide de toutes les questions qu'elles soient &#233;conomiques, sociales ou soci&#233;tales. La s&#233;paration entre l'action syndicale et l'espace politique est sp&#233;cifiquement t&#233;nue dans notre pays. La jonction de cette sp&#233;cificit&#233; historique g&#233;n&#233;rale et celle, particuli&#232;rement politique des retraites sur fond de crise du capitalisme, a pos&#233; tr&#232;s diff&#233;remment que dans le &#034;mai rampant&#034; toutes ses caract&#233;ristiques propres. Les manifestations nationales en France ont pris rapidement dans la conscience populaire la caract&#233;ristique p&#233;jorative de simples &#034;promenades&#034; insuffisantes &#224; faire fl&#233;chir l'&#201;tat dans un moment o&#249; celui-ci est engag&#233; dans un processus de d&#233;molition de toutes les protections sociales. Il y a eu la m&#234;me chose en Italie. Par contre, les gr&#232;ves aux objectifs particuliers des agents portuaires, des raffineurs, des &#233;boueurs... ont toutes fusionn&#233; dans un seul mouvement pour s'affronter ensemble au gouvernement. Exactement l'inverse du &#034;mai rampant&#034; italien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_290 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/1259487989849_6bomba1-b71f3.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et lorsque le mouvement red&#233;marrera en France, quel que soit le sujet, il aura d&#232;s le d&#233;part cette conscience &#034;g&#233;n&#233;ralisante&#034; et politique &#224; l'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8232;En Italie, le 6&#160;septembre, ce sont les ouvriers m&#233;tallurgistes, de la chimie et du b&#226;timent qui sont en gr&#232;ve, le 11&#160;septembre de nouveau les m&#233;tallos. Le 16&#160;septembre, les ouvriers de la chimie et du ciment et les m&#233;tallos des industries &#224; participation d'&#201;tat. Le 17, encore le b&#226;timent. Le 19 de nouveau les m&#233;tallurgistes du secteur d'&#201;tat. Le 24&#160;, la direction de Pirelli lock-oute, entra&#238;nant les jours suivants une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Milan. Le 8&#160;octobre, Fiat Mirafiori est en gr&#232;ve. Le 9&#160;octobre, c'est la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans le Frioul. Le 10&#160;octobre, c'est une gr&#232;ve nationale de plus de 250 000 salari&#233;s dont 10 000 de la Mirafiori. En m&#234;me temps &#224; G&#234;nes, un des p&#244;les sid&#233;rurgiques italiens, des dizaines de milliers de m&#233;tallurgistes en gr&#232;ve d&#233;filent dans la ville. Les gr&#232;ves se succ&#232;dent, non seulement &#224; Milan et &#224; Turin mais aussi dans cent autres villes. Les 15 et 16&#160;octobre, gr&#232;ve &#224; Milan contre la vie ch&#232;re et th&#233;&#226;tre de violents affrontements. Le 17&#160;octobre, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale nationale &#224; laquelle participent des millions de travailleurs. Le 19&#160;novembre, &#224; nouveau Milan. Le 27&#160;novembre, 1 000 ouvriers bloquent la production de Fiat Mirafiori, rejoints par 7 000 &#233;tudiants devant les grilles de l'usine. Le 28&#160;novembre, manifestation nationale des m&#233;tallos &#224; Rome.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les affrontements sont de plus en plus f&#233;roces au fur et &#224; mesure que l'automne avan&#231;ait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En encourageant le foisonnement et la diversit&#233; des luttes, tout en emp&#234;chant leur coordination sur un terrain politique, il s'agissait pour les syndicats et les partis de gauche d'emp&#234;cher l'&#233;tape suivante d'une contestation explicite du pouvoir et de g&#234;ner par la m&#234;me occasion la cr&#233;ation de partis politiques r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat. En novembre et d&#233;cembre, les syndicats r&#233;ussirent &#224; faire approuver peu &#224; peu les conventions collectives secteur par secteur. Le 7&#160;novembre, ils signaient le contrat collectif du b&#226;timent, le 7&#160;d&#233;cembre le contrat de la chimie, le 8 celui des m&#233;tallos du secteur public. C'est le 21&#160;d&#233;cembre, dans un climat politique d&#233;sormais profond&#233;ment modifi&#233; par l'attentat de la Banque de l'Agriculture quelques jours plus t&#244;t, que la signature de la convention de la m&#233;tallurgie met fin &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'automne chaud&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans bien des entreprises, m&#233;contents de structures syndicales tr&#232;s hi&#233;rarchiques et loin de leur contr&#244;le, les travailleurs avaient commenc&#233; &#224; &#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce terrain, les directions syndicales firent le n&#233;cessaire pour reprendre le contr&#244;le d'une base qui commen&#231;ait &#224; leur &#233;chapper. Elles allaient retourner la situation en institutionnalisant ces d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier sous forme de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conseils d'usine&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elles propos&#232;rent un syst&#232;me d'organisation par d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers. Conscients que c'&#233;tait leur seul moyen de garder un quelconque contr&#244;le sur les luttes, les syndicalistes devaient se proposer comme d&#233;l&#233;gu&#233;s devant des assembl&#233;es pour ensuite se r&#233;unir pour une r&#233;union du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pour d&#233;tourner la col&#232;re ouvri&#232;re, elles agit&#232;rent le chiffon de l'unit&#233;. Ces &#034;conseils&#034; devaient en effet devenir l'organe de base du syndicat unitaire que les trois conf&#233;d&#233;rations syndicales, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGIL&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CISL&lt;/span&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UIL&lt;/span&gt;, s'annon&#231;aient d&#233;cid&#233;es &#224; construire ensemble. La promesse de l'unit&#233;, celle des trois conf&#233;d&#233;rations, allait devenir un moyen de mieux contr&#244;ler la base. Mais une fois le mouvement retomb&#233;, l'unit&#233; fut &#233;videmment bien vite oubli&#233;e.&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;sultats du mouvement furent modestes, des am&#233;liorations de salaires et d'horaires, un notable progr&#232;s en mati&#232;re de possibilit&#233;s politiques et syndicales avec la fin, au moins pour quelque temps, de l'autoritarisme patronal sans piti&#233; qui avait r&#233;gn&#233; depuis les ann&#233;es 1950 dans les usines. En 1971 l'ensemble s'institutionnalisera avec le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;statut des travailleurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; conc&#233;d&#233; par le gouvernement. &lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bombe de Piazza Fontana et la fin de &#034;l'automne chaud&#034; A partir de novembre, alors que la combativit&#233; ouvri&#232;re s'&#233;puisait dans les divisions de la tactique syndicale, la bourgeoisie, d'abord surprise et effray&#233;e par l'intensit&#233; des luttes ouvri&#232;res, commence &#224; orchestrer une campagne de presse contre les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;extr&#233;mistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La premi&#232;re occasion en est les &#233;v&#233;nements du 19&#160;novembre &#224; Milan, quand des affrontements entre manifestants et policiers aboutissent &#224; la mort d'un policier. Le 12&#160;d&#233;cembre, une bombe explosait dans le hall de la Banque de l'Agriculture, Piazza Fontana &#224; Milan, faisant 16 morts. Dans les jours qui suivirent, l'attentat fut attribu&#233; &#224; des anarchistes. L'un d'eux, Giuseppe Pinelli, mourut dans les mains de la police milanaise. En fait, l'attentat de Piazza Fontana n'allait &#234;tre que le premier d'une s&#233;rie d'actions du m&#234;me type &#233;manant de l'extr&#234;me droite et de certains milieux de la police et de l'arm&#233;e, politique que l'on allait baptiser &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la strat&#233;gie de la tension&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: une partie de l'appareil d'&#201;tat &#233;tait le si&#232;ge de troubles complots visant, si la tension sociale continuait, &#224; pr&#233;parer un tournant vers un gouvernement autoritaire. Il n'y en eut en fait pas besoin, les organisations syndicales suffirent comme gardiens de l'ordre capitaliste. La pr&#233;occupation des partis de gauche et des syndicats n'&#233;tait pas de pr&#233;parer la classe ouvri&#232;re &#224; faire face &#224; ce danger. Elle &#233;tait de mettre un terme au plus t&#244;t &#224; l'agitation sociale. Le 21&#160;d&#233;cembre, peu de jour apr&#232;s l'attentat, la signature du contrat collectif des m&#233;tallos du secteur priv&#233;, qui avaient &#233;t&#233; l'avant-garde de l'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;automne chaud&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, apparaissait comme une capitulation politique devant la menace d'un &#201;tat fort et mettait un point final &#224; cette saison de luttes. La centralisation de l'&#201;tat bourgeois avait eu raison de l'absence de centralisation et g&#233;n&#233;ralisation du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_291 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L353xH470/Roma68-3243f.jpg' width='353' height='470' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles le&#231;ons de &#034;l'automne chaud&#034;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts acharn&#233;s des organisations syndicales pour maintenir les revendications sur le plan &#233;conomique, &#034;l'automne chaud&#034; donna naissance &#224; un mouvement qui, se faisant l'&#233;cho des aspirations des jeunes ouvriers et &#233;tudiants, remettait en cause l'exploitation capitaliste elle-m&#234;me. De nombreux groupes r&#233;volutionnaires ont &#233;merg&#233; en 1968-1969. Deux d'entre eux qui avaient choisi de s'orienter vers les ouvriers se sont d&#233;velopp&#233;s au cours de l'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;automne chaud&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les faisant passer d'un r&#233;seau d'intellectuels-militants autour de revues &#224; des organisations nationales de dizaines de milliers d'ouvriers et d'&#233;tudiants en l'espace d'un an avec une implantation dans la classe ouvri&#232;re industrielle plus forte que celle de presque tous les autres courants de la gauche r&#233;volutionnaire internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais faute d'une politique s'adressant &#224; tous les travailleurs, capable de se saisir de chaque instant pour renforcer le camp ouvrier, ils ne r&#233;ussirent pas &#224; passer au stade du parti r&#233;volutionnaire. S'il y a bien une le&#231;on du mai rampant c'est qu'il s'est &#034;effiloch&#233;&#034; faute d'avoir pu trouver le chemin de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, et que c'est faute de cette politique permettant de passer de l'&#233;miettement &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que les groupes n'ont pas pu passer au stade de parti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce fait, d&#233;courag&#233;s, une partie d'entre eux a gliss&#233; vers le &#034;compromis historique&#034; c'est-&#224;-dire un passage pacifique au socialisme &#224; travers une insertion des forces populaires dans les institutions en r&#233;int&#233;grant le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt; et son soutien &#224; la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne, l'autre vers le &#034;brigatisme&#034; des brigades rouges cens&#233; faire pi&#232;ce au terrorisme &#034;noir&#034;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tirer les le&#231;ons de ce pass&#233;, ce n'est pas tenter d'additionner ces h&#233;ritages dans une esp&#232;ce d'association de r&#233;formistes et de r&#233;volutionnaires par la baguette magique d'une &#034;gu&#233;rilla pacifique&#034; et l'addition de G.Sorel &#224; R.Luxembourg. Ce n'est pas &#224; cette fin, utiliser le non aboutissement du &#034;mai rampant&#034; pour s&#233;parer le mouvement de ses objectifs, l'&#233;conomique du politique, le socialisme de la r&#233;volution, la r&#233;volution sans sa violence. Chaque lutte actuelle prend sa signification dans le mouvement g&#233;n&#233;ral de l'ensemble des luttes europ&#233;ennes. Ce n'est pas sociologiser le mouvement sans pouvoir individualiser dans le prol&#233;tariat un sujet historique, c'est-&#224;-dire sans pouvoir dire aux ouvriers autre chose que ce qu'ils savent d&#233;j&#224; depuis longtemps par leur quotidien. La g&#233;n&#233;ralisation du mouvement n'a pas qu'un sens tactique, technique, mais est aussi un renvoi &#224; des objectifs plus vastes, socialistes que la p&#233;riode permet de dire, en &#233;tant compris par de larges secteurs des classes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tirer les le&#231;ons du mouvement des retraites &#224; la lumi&#232;re du pass&#233;, c'est comprendre par l'analyse de la p&#233;riode, du cycle historique dans lequel nous sommes rentrons et dont le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NPA&lt;/span&gt; devrait chercher &#224; se faire l'expression, ce que signifie mener une politique ouvri&#232;re socialiste ind&#233;pendante, c'est-&#224;-dire comment des r&#233;volutionnaires peuvent en s'appuyant sur les sentiments populaires les plus simples, quotidiens, lier les mod&#233;r&#233;s par un programme transitoire &#224; la locomotive des radicaux pour avancer vers la construction d'un rapport de forces tels qu'il pose de lui-m&#234;me la question du pouvoir et de l'avenir de la soci&#233;t&#233;. Car les r&#233;volutionnaires ne &#034;font&#034; pas la r&#233;volution, ni la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;, ils ne commandent pas aux faits, ils permettent &#224; ceux-ci d'accoucher de ce qu'ils portent. Ils ne sont pas violents, c'est la soci&#233;t&#233; qui l'est. Ils ne sont pas pour le &#034;tout ou rien&#034;, c'est le gouvernement Sarkozy qui l'est et le sera de plus en plus. Plus que jamais, la situation liera le quotidien, le d&#233;tail du mouvement au renversement g&#233;n&#233;ral du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#231;a, me semble-t-il, &#034;l'intelligence de la situation&#034; que demande Ph. Corcuff.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le fossoyeur de la dictature</title>
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		<dc:date>2011-03-12T14:24:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Alexander</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Double pouvoir</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve de masse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements d'&#201;gypte ont suscit&#233; des commentaires tr&#232;s contrast&#233;s. Anne Alexander affirme que la classe ouvri&#232;re est la force-cl&#233; de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne dans la marche en avant de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Double-pouvoir" rel="tag"&gt;Double pouvoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Greve-de-masse" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve de masse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton259-43960.jpg&#034; width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements d'&#201;gypte ont suscit&#233; des commentaires tr&#232;s contrast&#233;s. Anne Alexander affirme que la classe ouvri&#232;re est la force-cl&#233; de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne dans la marche en avant de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; peine &#226;g&#233;e de quelques semaines, la R&#233;volution &#233;gyptienne voit le nombre des &#233;tiquettes contradictoires dont on l'affuble cro&#238;tre &#224; un rythme &#233;tourdissant. Elle est d&#233;peinte dans les m&#233;dias occidentaux comme la r&#233;volution &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;du jasmin&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; un exemple tout &#224; fait sympathique d'&#233;ruption spontan&#233;e de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pouvoir populaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sans dirigeants. Une fraction consid&#233;rable de l'opinion n&#233;oconservatrice am&#233;ricaine, prenant ses d&#233;sirs pour des r&#233;alit&#233;s, voit dans le renversement du dictateur Hosni Moubarak une confirmation de la pertinence des efforts de Georges W Bush pour imposer la d&#233;mocratie au Moyen-Orient &#224; la pointe des ba&#239;onnettes. Les analystes militaires de Stratfor et une grande partie des journalistes de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BBC&lt;/span&gt; semblent croire qu'il s'agit d'un coup d'&#201;tat militaire &#224; l'ancienne. Des voix s'&#233;l&#232;vent pour affirmer que nous en sommes en pr&#233;sence d'une r&#233;volte dirig&#233;e par internet, pendant que d'autres proclament qu'il s'agit d'une sinistre conspiration islamiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pr&#233;sent article adopte une perspective diff&#233;rente. Je pense que la R&#233;volution &#233;gyptienne d&#233;montre, avec une vigueur sans pr&#233;c&#233;dent dans le monde arabe depuis plus d'un demi-si&#232;cle, que la force qui peut v&#233;ritablement lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; par en bas est dans la classe ouvri&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gr&#232;ves qui se sont r&#233;pandues comme une tra&#238;n&#233;e de poudre &#224; travers l'&#201;gypte au cours des journ&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la chute de Moubarak ont rendu visible le pouvoir des travailleurs. Cela dit, ce sont des processus, plus profonds et &#224; plus long terme, de changement &#233;conomique, sur le plan &#224; la fois mondial et local, qui ont fractur&#233; l'&#201;tat &#233;gyptien et cr&#233;&#233; les conditions de la r&#233;volte. En particulier, la r&#233;action chimique entre les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales mises en place par le fils de Moubarak, Gamal, et ses comparses, et les cons&#233;quences de la crise &#233;conomique mondiale a jou&#233; un r&#244;le central dans la rupture mat&#233;rielle et id&#233;ologique des travailleurs d'avec le r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant la premi&#232;re phase de la r&#233;volution &#8211; les 18 jours de mobilisation, &#224; une &#233;chelle rappelant la R&#233;volution de 1848 ou la Russie de f&#233;vrier 1917 &#8211; &#233;tait aussi le produit de la 'culture de protestation' &#233;gyptienne, nourrie par une d&#233;cennie d'affrontements de rue entre l'&#201;tat et le peuple. Les journalistes occidentaux et les conseillers d'Obama peuvent avoir &#233;t&#233; pris au d&#233;pourvu par la soudaine &#233;ruption de col&#232;re contre un de leurs alli&#233;s les plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;stables&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais ceux qui ont &#233;t&#233; attentifs aux flux et aux reflux des protestations depuis 2000 &#8211; sur la Palestine, contre la guerre en Irak, pour la d&#233;mocratie et la r&#233;forme constitutionnelle, pour des augmentations de salaires ou les droits syndicaux, aussi bien que contre la torture pratiqu&#233;e par la police &#8211; n'avaient aucune raison d'&#234;tre surpris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'analyse de la dynamique du soul&#232;vement lui-m&#234;me montre que la r&#233;volution du 25&#160;janvier &#233;tait bien plus que l'agr&#233;gat de revendications &#233;conomiques et politiques disparates. C'est plut&#244;t l'&#233;chelle de la mobilisation &#224; la base, et la pression qu'elle a exerc&#233;e sur l'&#201;tat, qui a transform&#233; et approfondi le lien entre les luttes &#233;conomiques et le combat politique. Dans les derniers jours de Moubarak, c'est le d&#233;ploiement de la puissance sociale des travailleurs contre l'&#201;tat, et en particulier la vague de gr&#232;ves qui a d&#233;ferl&#233; le 8&#160;f&#233;vrier, qui a donn&#233; le coup de gr&#226;ce au r&#233;gime. Le fait que les gens &#233;taient encore dans la rue lorsque Moubarak a &#233;t&#233; forc&#233; d'abandonner le pouvoir ouvre des possibilit&#233;s d'extension du processus r&#233;volutionnaire dont on a d&#233;j&#224; eu un aper&#231;u dans la semaine qui a suivi la chute du dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fracture de l'&#201;tat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les officiers subalternes de l'arm&#233;e qui, en 1952, ont renvers&#233; la monarchie et pris le pouvoir ont mis l'&#201;gypte sur une voie de d&#233;veloppement qui &#233;tait celle du capitalisme d'&#201;tat. Sous la direction de Gamal Abdel Nasser, ils ont utilis&#233; les ressources de l'&#201;tat pour cr&#233;er des industries lourdes, pris le contr&#244;le du Canal de Suez pour financer la construction du barrage d'Assouan, et stimul&#233; une activit&#233; manufacturi&#232;re tourn&#233;e vers le march&#233; int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette strat&#233;gie &#233;conomique s'accompagnait de la cr&#233;ation d'institutions politiques visant &#224; lier les ouvriers et les paysans &#224; l'&#201;tat. Les travailleurs se virent offrir un contrat social dans lequel, en &#233;change de la renonciation &#224; leur ind&#233;pendance politique, ils pouvaient esp&#233;rer des avantages tels que l'aide au logement, l'&#233;ducation, d'autres &#233;l&#233;ments de protection sociale et une relative s&#233;curit&#233; de l'emploi. Le discours nass&#233;rien, en particulier dans sa derni&#232;re p&#233;riode, id&#233;alisait les ouvriers pour leur contribution au d&#233;veloppement national. Mais l'&#201;tat de Nasser brisa les organisations ouvri&#232;res ind&#233;pendantes, construisant &#224; leur place une f&#233;d&#233;ration syndicale officielle aux ordres du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conditions qui avaient permis &#224; Nasser et ses alli&#233;s de poursuivre cette strat&#233;gie particuli&#232;re de d&#233;veloppement &#233;conomique commenc&#232;rent &#224; changer &#224; la fin des ann&#233;es 1960, les classes dirigeantes mondiales se mettant &#224; chercher des alternatives au d&#233;veloppement pilot&#233; par l'&#201;tat. Apr&#232;s la mort de Nasser, en 1970, son successeur, Anouar el Sadate, rompit avec l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; et avait, &#224; la fin de la d&#233;cennie, scell&#233; une nouvelle alliance avec les &#201;tats-Unis. Sadate inaugura une politique d'&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ouverture &#233;conomique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;infitah&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) dans le but de recevoir des pr&#234;ts des institutions financi&#232;res internationales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es Moubarak, le processus d'&lt;i&gt;infitah&lt;/i&gt; continua en s'approfondissant, avec l'imposition d'un programme d'ajustement structurel apr&#232;s la Guerre du Golfe de 1991. Le pourcentage de travailleurs employ&#233;s par le secteur &#233;tatique passa de 40% en 1981 &#224; 32% en 2005. En fait, ces chiffres dissimulent une r&#233;alit&#233;, plus dramatique, de mont&#233;e du ch&#244;mage, d'ins&#233;curit&#233; croissante de l'emploi et de destruction de larges pans de la protection sociale. Entre 1998 et 2006, le pourcentage de salari&#233;s b&#233;n&#233;ficiant d'un contrat de travail chuta de 61,7% &#224; 42%, pendant que la proportion de ceux qui &#233;taient couverts par les assurances sociales passait de 54,1% &#224; 42,3% au cours de la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nasser avait construit un syst&#232;me politique qui, malgr&#233; les am&#233;nagements op&#233;r&#233;s par Sadate et Moubarak, lui surv&#233;cut pendant des dizaines d'ann&#233;es. M&#234;me si ses h&#233;ritiers ont permis &#224; une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;opposition&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; factice d'exister &#8211; du moment qu'elle restait faible et soumise au parti au pouvoir &#8211; ils n'ont pas chang&#233; fondamentalement le syst&#232;me politique de base. Jusqu'&#224; la r&#233;volution de 2011, l'&#201;gypte avait un syst&#232;me &#233;lectoral &#224; deux classes, les ouvriers et les paysans &#233;lisant un coll&#232;ge de repr&#233;sentants parlementaires pendant que les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;professions lib&#233;rales&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la classe moyenne en &#233;lisaient un autre. Ainsi, la f&#233;d&#233;ration syndicale contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat n'&#233;tait pas seulement un instrument de contr&#244;le social sur les lieux de travail, mais aussi une gigantesque machine &#233;lectorale dirigeant les partisans du r&#233;gime vers les bureaux de vote et fabriquant des foules de travailleurs acclamant Moubarak et ses affid&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au niveau id&#233;ologique aussi, le nass&#233;risme a surv&#233;cu &#224; son cr&#233;ateur pendant des dizaines d'ann&#233;es. L'identification des travailleurs &#224; un d&#233;veloppement national pilot&#233; par l'&#201;tat &#233;tait visible y compris dans les moments les plus aigus de la lutte de classe. La r&#233;sistance des travailleurs explosait bien de temps &#224; autre &#8211; par exemple en 1984 &#224; Mahalla al-Kubra, dans les aci&#233;ries de Helouan en 1989 et &#224; Kafr al-Daouar en 1994. Mais plut&#244;t que de poser les outils et d'arr&#234;ter la production, les travailleurs choisissaient g&#233;n&#233;ralement de mettre en place des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;work-ins&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - un geste destin&#233; &#224; d&#233;montrer qu'&#224; l'inverse de leurs dirigeants, ils &#233;taient toujours engag&#233;s dans une vision de sacrifice collectif pour le bien de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nation&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;formes mises en place &#224; partir des ann&#233;es 1990 ont fractur&#233; le syst&#232;me nass&#233;rien &#224; plusieurs niveaux diff&#233;rents. La privatisation a pr&#233;lev&#233; des centaines de milliers de salari&#233;s des industries d'&#201;tat et transf&#233;r&#233; leurs primes et leurs allocations sociales, bas&#233;es sur le lieu de travail, sur le compte en banque d'actionnaires priv&#233;s. Priv&#233;e de son r&#244;le de courroie de transmission de l'&#201;tat-providence, la f&#233;d&#233;ration syndicale a commenc&#233; &#224; se d&#233;composer de l'int&#233;rieur. Elle continuait &#224; mobiliser les ouvriers pour les meetings &#233;lectoraux du parti dirigeant et &#224; harceler ceux qui tentaient d'organiser la r&#233;sistance par en bas, mais dans des r&#233;gions enti&#232;res sa structure organisationnelle &#233;tait une coquille vide, faite de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;membres sur le papier&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et d'une poign&#233;e de bureaucrates au service de leurs propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la fin 2006, une gr&#232;ve d'environ 25.000 travailleurs du textile de la &lt;i&gt;Misr Spinning and Weaving Company &lt;/i&gt;de Mahalla al-Koubra inaugura une vague prolong&#233;e de mobilisations ouvri&#232;res. Les gr&#232;ves se r&#233;pandirent rapidement d'un secteur &#224; un autre, et, parmi certains groupes de travailleurs comme les ouvriers du textile de Mahalla et les agents percepteurs du fisc, prirent un caract&#232;re ouvertement politique, exigeant le droit d'organiser des syndicats ind&#233;pendants et revendiquant une augmentation du salaire minimum national. L'adoption g&#233;n&#233;ralis&#233;e des gr&#232;ves comme mode de combat, &#224; la place des &lt;i&gt;work-ins,&lt;/i&gt; t&#233;moignait d'une mutation dans la conscience des travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est important de comprendre que ces d&#233;veloppement ne sont pas seulement le produit de facteurs locaux, mais sont intimement li&#233;s &#224; des processus globaux. L'imposition de programmes de r&#233;forme &#233;conomique d'inspiration n&#233;olib&#233;rale dans toute une vari&#233;t&#233;s de r&#233;gimes capitalistes-&#233;tatiques a &#233;t&#233; mise en place &#224; l'&#233;chelle mondiale. Des chocs &#224; court terme ont &#233;galement jou&#233; un r&#244;le central, notamment l'augmentation mondiale du prix des denr&#233;es alimentaires, qui a provoqu&#233; les protestations de salari&#233;s contre l'augmentation en spirale du co&#251;t de la vie bien avant l'&#233;clatement de la crise &#233;conomique globale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des br&#232;ches dans la muraille de la dictature&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La vague de gr&#232;ves de 2006 a &#233;clat&#233; dans un contexte qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; modifi&#233; par la protestation populaire. M&#234;me si, compar&#233; aux millions de manifestants qui ont pris part &#224; la r&#233;volution du 25&#160;janvier, le nombre des protestataires &#233;tait souvent relativement modeste, la fermentation de la rue depuis la seconde Intifada palestinienne de la fin 2000 &#233;tait la marque d'un changement important dans le paysage politique &#233;gyptien. La premi&#232;re avanc&#233;e r&#233;ellement significative se produisit en 2003, lorsque des dizaines de milliers de manifestants prirent le contr&#244;le de la place Tahrir pour protester contre l'invasion am&#233;ricaine de l'Irak, op&#233;rant une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;br&#232;che dans la muraille de la dictature&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme l'avait formul&#233; &#224; l'&#233;poque un r&#233;volutionnaire &#233;gyptien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres br&#232;ches se firent jour dans la dictature au cours des ann&#233;es suivantes. En 2005, une alliance informelle de nass&#233;riens radicaux, de lib&#233;raux et de socialistes &#8211; soutenus par certains &#233;l&#233;ments des Fr&#232;res Musulmans &#8211; lan&#231;a une campagne pour s'opposer &#224; une nouvelle candidature de Moubarak &#224; la pr&#233;sidence et &#224; sa tentative de transmettre le pouvoir &#224; son fils Gamal. Des protestations de rue se cristallis&#232;rent autour du slogan &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Kifaya &lt;/i&gt;- &#231;a suffit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et commenc&#232;rent &#224; attirer des nombres croissants de jeunes. Il est aujourd'hui difficile de se rappeler quelle d&#233;marche courageuse cela constituait pour les faibles forces des groupes radicaux oppositionnels. Ils osaient franchir la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ligne rouge&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; emp&#234;chant toute critique du pr&#233;sident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante vit une r&#233;volte de juges scandalis&#233;s par la fraude &#233;lectorale &#233;vidente et la pers&#233;cution de ceux qui la condamnaient. Des centaines de magistrats rev&#234;tus des insignes de leur fonction d&#233;fil&#232;rent dans les rues du Caire pour protester contre les mesures disciplinaires inflig&#233;es &#224; deux membres d'esprit r&#233;formiste de la Cour de Cassation. Le sentiment de voir un &#201;tat en lutte avec lui-m&#234;me &#233;tait pr&#233;sent alors que les policiers matraquaient les juges sur les marches de leur club et tiraient des grenades lacrymog&#232;nes sur les gens ordinaires qui soutenaient leur campagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mont&#233;e du niveau des luttes ouvri&#232;res entra en intersection avec un regain de la mobilisation de la jeunesse en 2008, o&#249; l'on vit le r&#233;gime faire face &#224; ses d&#233;fis les plus importants avant la r&#233;volution de 2011. Un appel &#224; la gr&#232;ve d'ouvriers du textile de &lt;i&gt;Misr Spinning&lt;/i&gt; &#224; Mahalla fut repris par un r&#233;seau de jeunes militants. Un groupe Facebook soutenant les travailleurs de Mahalla et appelant &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de solidarit&#233; recruta environ 70.000 membres. Le 6&#160;avril 2008, la gr&#232;ve r&#233;elle de Mahalla fut bris&#233;e par la police, mais la r&#233;pression exerc&#233;e contre les manifestants d&#233;clencha une quasi-insurrection dans la ville. Pendant ce temps, la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gr&#232;ve Facebook&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; trouva un &#233;cho dans de grandes manifestations sur la plupart des campus universitaires et fit fermer les boutiques dans toute la capitale. La derni&#232;re mont&#233;e de protestation pr&#233;-25&#160;janvier eut lieu &#224; l'&#233;t&#233; de 2010, lorsque le meurtre d'un jeune militant, Khaled Said, par la police d&#233;clencha des manifestations de milliers de personnes dans sa ville natale d'Alexandrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il serait facile, avec le recul du temps, de tracer une courbe rectiligne de la lutte de 2000 &#224; 2011. En r&#233;alit&#233;, ces vagues de protestations &#233;taient essentiellement discontinues, une s&#233;rie de manifestations connaissant l'&#233;chec, ou &#233;tant chass&#233;e des rues par les matraques, quelques mois avant l'&#233;ruption de la suivante. L'&#233;cart entre les revendications &#233;conomiques des travailleurs et les demandes tr&#232;s politiques des repr&#233;sentants de la classe moyenne appelant &#224; une r&#233;forme constitutionnelle &#233;tait, selon certains, un signe que toute tentative d'unifier les opposants &#224; Moubarak &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sortil&#232;ge de la peur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, la derni&#232;re d&#233;cennie de Moubarak joua un r&#244;le crucial dans sa chute. C'est sur la base de ces protestations disparates qu'une g&#233;n&#233;ration de militants venus de traditions politiques diff&#233;rentes &#8211; islamistes, nass&#233;riens, lib&#233;raux et socialistes &#8211; apprirent les techniques de l'organisation politique. Dans l'espace de ces dix ans, les groupes radicaux d'opposition acquirent une exp&#233;rience soutenue de l'organisation des protestations, de la maintenance de r&#233;seaux militants et de la construction d'alliances transcendant des traditions politiques diff&#233;rentes. Par dessus tout, ils bris&#232;rent le sortil&#232;ge de la peur de la politique dans la rue, que le r&#233;gime avait aliment&#233;e pendant plus d'une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toutes les protestations, c'est la vague de gr&#232;ve qui mit en place une dynamique, ce que la r&#233;volutionnaire polonaise Rosa Luxemburg appelait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'action r&#233;ciproque&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, entre les luttes &#233;conomiques et politiques contre le r&#233;gime. Comme Luxemburg l'avait observ&#233; pendant la R&#233;volution russe de 1905, l'interaction entre les luttes &#233;conomiques et les luttes politiques ne pouvait simplement se comprendre comme une progression lin&#233;aire des revendications &#233;conomiques &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alimentaires&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; jusqu'&#224; la question politique du pouvoir d'&#201;tat. Le processus d'&lt;i&gt;action r&#233;ciproque&lt;/i&gt; pouvait &#234;tre vu &#224; l'&#339;uvre dans un mouvement pendulaire entre les luttes politiques et &#233;conomiques, disait-elle, lorsque &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;apr&#232;s chaque vague &#233;cumante d'action politique un s&#233;diment fructueux demeure, &#224; partir duquel des milliers de jeunes pousses de lutte &#233;conomique surgissent du sol&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cela dit, dans le cas des luttes ouvri&#232;res, leur puissance sociale et leur organisation collective conf&#233;raient y compris &#224; leurs luttes quotidiennes sur le lieu de travail une dimension politique qui ouvrait de nouveaux horizons d'action politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs &#233;gyptiens ont conquis de haute lutte les droits m&#234;mes que bien d'autres campagnes &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;politiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en faveur de la d&#233;mocratie avaient &#233;t&#233; forc&#233;es d'abandonner sous la pression de l'&#201;tat&#160;: le droit de r&#233;union, le droit de manifestation, la libert&#233; d'expression. La vague de gr&#232;ve cr&#233;a des espaces de discussion et d'organisation dans des milliers de lieux de travail dans tout le pays, r&#233;pandant la lutte en profondeur dans les pores de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s le 25&#160;janvier 2011, des processus qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s au cours de la d&#233;cennie &#8211; la bataille pour le contr&#244;le de la rue avec la police, des revendications mena&#231;ant directement Moubarak, l'interaction croissante entre les luttes politiques et &#233;conomiques &#8211; se trouv&#232;rent soudain comprim&#233;s dans l'espace de quelques jours. Les initiatives vinrent de militants d'opposition qui saisirent l'opportunit&#233; offerte par le renversement de Ben Ali en Tunisie pour appeler &#224; des manifestations nationales. Un groupe Facebook appelant aux manifestations, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nous sommes tous Khaled Said&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, d'apr&#232;s le nom du militant assassin&#233; par la police d'Alexandrie &#224; l'&#233;t&#233; 2010, rassembla de centaines de milliers de correspondants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un alignement des groupes oppositionnels radicaux prit forme, rassemblant des socialistes r&#233;volutionnaires, des lib&#233;raux, des militants pro-d&#233;mocratie, des nass&#233;riens, des syndicalistes ind&#233;pendants et finalement les Fr&#232;res Musulmans. Les organisateurs des manifestations se mirent d'accord sur une nouvelle tactique pour mettre en &#233;chec les barrages policiers&#160;: toute une s&#233;rie de points de ralliement diff&#233;rents, plut&#244;t qu'un d&#233;fil&#233; ou un rassemblement central.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au matin du 25&#160;janvier, il &#233;tait clair que l'&#233;chelle des manifestations &#233;tait sup&#233;rieure &#224; tout ce que l'&#201;gypte avait vu depuis des ann&#233;es, peut-&#234;tre des dizaines d'ann&#233;es. Une douzaine, puis une centaine, puis des milliers de br&#232;ches furent ouvertes dans le mur de la dictature. Des dizaines de milliers de personnes s'engouffr&#232;rent dans ces br&#232;ches&#160;: &#224; Nasr City, &#224; Gizeh et &#224; Choubra, &#224; Alexandrie, &#224; Mansoura, &#224; Suez, &#224; Assiout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les jours suivants, les manifestations prirent de l'ampleur. Le vendredi 28&#160;janvier vit le premier test important du mouvement. La police boucla le centre des villes, et le r&#233;gime coupa les r&#233;seaux de t&#233;l&#233;phonie mobile et internet. Les manifestants utilis&#232;rent les mosqu&#233;es comme points de ralliement et se mirent en marche pour reprendre les rues. Les estimations de leur nombre font &#233;tat de centaines de milliers, des foules &#233;normes de manifestants engageant le combat avec la police. Moubarak renvoya son gouvernement, retira la police de ses commissariats en ruines et d&#233;ploya l'arm&#233;e. Des comit&#233;s populaires locaux viront le jour dans tout le pays, prot&#233;geant les maisons et les quartiers des attaques de voyous, parmi lesquels on reconnut beaucoup de policiers en civil. D'autres manifestations au cours du week-end culmin&#232;rent, le mardi 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;f&#233;vrier, dans une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;marche des millions&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui finalement arracha des concessions &#224; Moubarak. Dans un discours t&#233;l&#233;vis&#233;, il d&#233;clara qu'il ne se repr&#233;senterait pas aux &#233;lections et promit que la constitution serait en partie r&#233;&#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime contre-attaqua le vendredi 2&#160;f&#233;vrier, mobilisant ses nervis en civil pour attaquer les manifestations &#224; Alexandrie et au Caire. Les manifestants de la place Tahrir firent face &#224; un assaut surprise de combattants arm&#233;s de pierres, de couteaux et de cocktails Molotov, mont&#233;s sur les chevaux et les chameaux habituellement utilis&#233;s pour promener les touristes aux Pyramides. Pendant deux jours, la bataille fit rage pour le contr&#244;le de la place, avec des avanc&#233;es et des reculs, et finalement les manifestants prirent le dessus. Des centaines de milliers de personnes manifest&#232;rent &#224; nouveau le vendredi suivant, appel&#233; cette fois le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Jour du D&#233;part&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pendant ce temps, le r&#233;gime recherchait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment des interlocuteurs potentiels pour un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dialogue&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Certains groupes d'opposition, parmi lesquels les Fr&#232;res Musulmans, envoy&#232;rent des repr&#233;sentants rencontrer le nouveau vice-pr&#233;sident nomm&#233; par Moubarak,Omar Souleyman, l'ancien chef de la police secr&#232;te, surnomm&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dracula&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Des sections de la classe dirigeante, notamment des personnalit&#233;s comme les hommes d'affaires Ahmed Bahgat et Naguib Saouiris, commenc&#232;rent &#224; soutenir ouvertement certaines des revendications des manifestants, tout en essayant de se positionner en vue de jouer un r&#244;le politique dans la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;p&#233;riode de transition&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; venir.Des dizaines de milliers de personnes continuaient &#224; occuper le terrain dans les rues et, malgr&#233; la rh&#233;torique violente utilis&#233;e par les porte-parole du r&#233;gime et ses journalistes aux ordres, des gens nouveaux commenc&#232;rent &#224; venir. Des familles avec des enfants en bas &#226;ge se m&#234;l&#232;rent &#224; la foule de la place Tahrir, o&#249; un jeune couple fut mari&#233; l'apr&#232;s-midi du dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les gr&#232;ves&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est le mardi 8&#160;f&#233;vrier que le rapport de forces devait se modifier &#224; nouveau &#8211; cette fois-ci, de fa&#231;on d&#233;cisive, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; Moubarak. Une s&#233;rie de gr&#232;ves se d&#233;veloppa &#224; partir de quelques lieux de travail - les ouvriers de maintenance du canal de Suez, les salari&#233;s des t&#233;l&#233;coms du Caire et les sid&#233;rurgistes d'Hellouan furent parmi les premiers &#8211; gagnant en vigueur en se r&#233;pandant dans toute l'&#201;gypte. D&#232;s le 9&#160;f&#233;vrier, le Centre Egyptien des Droits Sociaux et Economiques estimait &#224; 300.000 le nombre de travailleurs en gr&#232;ve, dans 15 gouvernorats. Des techniciens hospitaliers et des ouvriers des cimenteries aux salari&#233;s des postes et du textile, ils occup&#232;rent et pos&#232;rent les outils, brandissant une mixture puissante de revendications &#233;conomiques et de soutien &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des d&#233;l&#233;gations de gr&#233;vistes rejoignirent alors la foule assembl&#233;e Place Tahrir et devant le palais pr&#233;sidentiel ainsi qu'&#224; l'ext&#233;rieur de l'immeuble de la radio-t&#233;l&#233;vision, au bord du Nil. Au milieu de rumeurs de sa d&#233;mission, Moubarak fit une d&#233;claration t&#233;l&#233;vis&#233;e finale le jeudi 10&#160;f&#233;vrier, mais persistait &#224; refuser de se d&#233;mettre. On aper&#231;ut sur la Place Tahrir un petit nombre d'officiers s'adressant &#224; la foule. Un grad&#233; t&#233;l&#233;phona &#224; Al Jazeera pour d&#233;missionner en direct et annoncer qu'il avait rejoint la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volution du peuple&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pendant que les chefs de l'arm&#233;e conf&#233;raient &#224; huis clos pendant des heures, les foules enflaient de plus belle. Le Caire semblait prendre son &#233;lan pour l'insurrection finale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;difice de l'&#201;tat s'&#233;croula finalement le 11&#160;f&#233;vrier. Les officiers sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e prirent le pouvoir et d&#233;mirent Moubarak de ses fonctions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs sont apparents dans le d&#233;roulement dans la r&#233;volution du 25&#160;janvier. D'abord, les 18 jours de confrontations furent sous-tendus par un grand nombre des dynamiques de protestation n&#233;es au cours de la d&#233;cennie, mais qui oeuvraient plus en profondeur et sur une &#233;chelle de temps bien plus courte. Les manifestants se rendirent ma&#238;tres de zones-cl&#233;s des grandes villes, en particulier la Place Tahrir, et les transform&#232;rent en bases strat&#233;giques du mouvement r&#233;volutionnaire. La Place tahrir, avec ses comit&#233;s de s&#233;curit&#233; autonomes, ses barricades &#233;bou&#233;es, ses m&#233;decins volontaires et ses balayeurs de rues, sa sono, ses tentes et ses banderoles, devint &#8211; comme les centaines d'usines occup&#233;es dans les cinq ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes &#8211; un territoire lib&#233;r&#233;. C'&#233;tait un forum de d&#233;bats, mais aussi un centre d'organisation &#224; partir duquel les militants partaient organiser des discussions pour gagner les usines, les bureaux et les quartiers &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;fense de cet espace reposait non seulement sur le poids m&#234;me de la multitude, mais aussi sur l'organisation politique. Les militants de jeunesse des Fr&#232;res Musulmans, par exemple, jou&#232;rent un r&#244;le central dans la protection de la place contre les attaques des nervis du r&#233;gime et dans les check-points autour du p&#233;rim&#232;tre. Pourtant les Fr&#232;res ne domin&#232;rent pas l'espace int&#233;rieur, coinc&#233;s qu'ils &#233;taient dans leurs propres contradictions &#8211; en &#233;quilibre instable entre l'identification des jeunes membres avec le mouvement r&#233;volutionnaire dans son ensemble et les aspirations de sa direction &#224; conclure un accord avec l'&#201;tat. Cet &#233;quilibre, non seulement permettait de maintenir la rue ouverte pour la protestation, mais aussi cr&#233;ait un espace &#224; l'int&#233;rieur duquel, malgr&#233; leurs nombres plus r&#233;duits, les &#233;l&#233;ments de la gauche r&#233;volutionnaire ont pu toucher une audience et faire des recrues nouvelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En second lieu, si la r&#233;volution s'&#233;tait cantonn&#233;e dans les rues, m&#234;me avec le nombre de ceux qui sont entr&#233;s dans l'ar&#232;ne apr&#232;s le 25&#160;janvier, il n'est pas certain que cela aurai suffi &#224; faire craquer l'&#201;tat par en haut. De la m&#234;me mani&#232;re qu'au cours de la pr&#233;c&#233;dente d&#233;cennie de luttes pour la d&#233;mocratie et les r&#233;formes, l'alliance de diff&#233;rents groupes sociaux et politiques mobilis&#233;s pour le changement ne fit aucune perc&#233;e jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution croise le domaine politique avec le domaine social, des rues aux lieux de travail, poussant les travailleurs &#224; passer &#224; l'action collective, fusionnant leurs revendications avec les vis&#233;es plus larges du mouvement. De plus, les fissures dans la machinerie &#233;tatique de contr&#244;le politique et social qui ont permis &#224; ce processus de se produire ne sont pas simplement apparues le 25&#160;janvier, mais ont bien plut&#244;t leur origine dans l'impact &#224; long terme des r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales sur la structure de l'&#201;tat nass&#233;rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, il y a la question du r&#244;le de l'arm&#233;e. Essentiellement, ce &#224; quoi est parvenu le mouvement de masse par en bas a consist&#233; &#224; forcer une composante de l'&#201;tat &#8211; le Haut Commandement des Forces Arm&#233;es &#8211; &#224; op&#233;rer l'ablation du cancer que Moubarak &#233;tait devenu pour sauvegarder l'&#201;tat dans son ensemble. Il est clair que ce n'est pas la m&#234;me chose que la prise du pouvoir par le mouvement de masse agissant pour son propre compte. Les forces arm&#233;es ne se sont pas non plus d&#233;sint&#233;gr&#233;es verticalement, par l'apparition de divisions entre commandants rivaux, ou horizontalement, selon des clivages de classe comme l'avait fait l'arm&#233;e russe en 1917. Pourtant ce serait une erreur que de consid&#233;rer l'&#233;viction de Moubarak comme un simple coup d'&#201;tat, ou de sous-estimer les difficult&#233;s qu'affronteront les dirigeants militaires s'ils cherchent &#224; d&#233;mobiliser le mouvement r&#233;volutionnaire par la force. La situation est fondamentalement diff&#233;rente de celle de 1952, o&#249; un cercle r&#233;duit d'officiers subalternes &#233;tait pass&#233; &#224; l'action apr&#232;s que le mouvement de protestation de masse se soit trouv&#233; temporairement &#233;puis&#233;. Les rues &#233;taient vides lorsque Nasser mena ses troupes prendre le palais, la station de radio et les casernes. Ici, le retour de la lutte sociale devient &#224; nouveau crucial. En f&#233;vrier 2011, la r&#233;volution avait d&#233;j&#224; p&#233;n&#233;tr&#233; dans les lieux de travail lorsque les militaires ont agi. En 1952, une seule gr&#232;ve, celle des ouvriers du textile de Kafr al-Daouar, mena&#231;a le nouveau r&#233;gime militaire et elle fut bris&#233;e par l'arm&#233;e. Une semaine apr&#232;s la chute de Moubarak, des centaines de lieux de travail &#233;taient en gr&#232;ve, parmi lesquels l'usine textile g&#233;ante de Mahalla, avec ses 24.000 ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour qu'il y ait un v&#233;ritable changement pour les millions d'Egyptiens ordinaires, et pas seulement les milliardaires comme Naguib Saouiri et Ahmed Bahgat, la r&#233;volution doit s'approfondir encore. Les travailleurs organis&#233;s deviennent une force sociale dans le mouvement r&#233;volutionnaire en cours de d&#233;veloppement, et ils ont consciemment d&#233;ploy&#233; leur puissance sociale collective pour r&#233;aliser le premier objectif politique du mouvement&#160;: l'&#233;viction de Moubarak. En 18 jours &#224; peine, les travailleurs &#233;gyptiens ont progress&#233; davantage sur la voie de la lib&#233;ration humaine que leurs parents et leurs grands parents dans toute leur vie. Mais il reste encore beaucoup &#224; faire&#160;: virer les cr&#233;atures du parti dirigeant de tous les lieux de travail et de tous les quartiers, construire des syndicats ind&#233;pendants et, par dessus tout, cr&#233;er de nouvelles institutions de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qui peuvent commencer &#224; fonctionner, ne serait-ce que de mani&#232;re embryonnaire, comme des centres alternatifs de pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.socialistreview.org.uk/article.php?articlenumber=11580" class="spip_out"&gt;The gravedigger of dictatorship &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Mai Rampant italien</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>John-Samuel McKay</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve de masse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;John Samuel McKay &#233;claire les d&#233;bats autour de la gr&#232;ve de masse intense sans gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en rappelant l'exemple du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mai rampant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; italien.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/que-faire-no05-novembre-decembre" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - n&#176;05 - Novembre/D&#233;cembre 2010&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://quefaire.lautre.net/Crise" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH102/arton251-717b9.png&#034; width='150' height='102' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier constat que l'on peut faire &#224; la lumi&#232;re du r&#233;cent mouvement contre la r&#233;forme des retraites est que la classe ouvri&#232;re n'a pas &#233;t&#233; en mesure d'imposer le rapport de forces n&#233;cessaire parce que les gr&#232;ves, m&#234;me les plus dures, ne se sont pas g&#233;n&#233;ralis&#233;es dans un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mouvement d'ensemble&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il n'y a pas eu de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais ce constat soul&#232;ve bien des questions concernant les capacit&#233;s de la classe ouvri&#232;re &#224; lutter, et les formes que prendront ces luttes dans la p&#233;riode actuelle. Si l'on &#233;carte l'hypoth&#232;se anti-marxiste selon laquelle les formes de lutte &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;traditionnelles&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la classe ouvri&#232;re -gr&#232;ves et manifestations - sont d&#233;pass&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette hypoth&#232;se gagne du terrain dans des milieux &#171;&#160;gauchistes&#160;&#187;, (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (et que la classe ouvri&#232;re a disparu), la r&#233;ponse &#224; la question de savoir pourquoi la classe ouvri&#232;re n'a pas pu faire converger les luttes dans une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale aurait tendance &#224; &#234;tre une variante d'une des suivantes. Soit que le niveau de conscience de classe est encore trop bas pour poser la question de la r&#233;volution ou m&#234;me de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la p&#233;riode actuelle, soit que le probl&#232;me est simplement la mainmise de la bureaucratie syndicale sur la direction du mouvement et que notre t&#226;che, avant tout le reste, serait de mener une gu&#233;rilla permanente pour la liquider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un bilan plus dialectique du mouvement, de ses formes de lutte comme de son caract&#232;re unifiant et politique, le verrait comme un moment dans une p&#233;riode de conflictualit&#233; de classe aigu&#235; et prolong&#233;e qui prendra des formes multiples. L'incapacit&#233; pour le mouvement, dans un premier temps, de converger dans une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'ensemble des travailleurs qui brise l'ennemi ou se fait briser n'est pas le plus significatif pour la caract&#233;risation de la p&#233;riode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mai rampant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; italien, la p&#233;riode de luttes entre 1969 et 1977 est le contre-exemple de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai-juin 1968 en France. Il r&#233;v&#232;le une p&#233;riode de gr&#232;ve de masse prolong&#233;e cr&#233;ant une situation o&#249; la classe ouvri&#232;re se pose directement comme candidate &#224; la direction de la soci&#233;t&#233;. Mais &#224; aucun moment il n'y eut de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, au sens d'un mouvement de toute la classe ouvri&#232;re au m&#234;me moment avec les m&#234;mes objectifs et pour une dur&#233;e plut&#244;t limit&#233;e (le temps que la classe dominante soit contrainte par le blocage de l'&#233;conomie de c&#233;der aux exigences ouvri&#232;res ou bien que les travailleurs soient bris&#233;s et d&#233;moralis&#233;s et oblig&#233;s de reprendre le travail). Et pourtant le niveau de conflictualit&#233; de classe a &#233;t&#233; qualitativement sup&#233;rieur &#224; celui du mai fran&#231;ais &#8211; tant au niveau de la violence et du niveau de conscience de classe atteint que du d&#233;veloppement de formes de lutte auto-organis&#233;es et de contre-pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les origines&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'il est difficile de placer chronologiquement le d&#233;but du mouvement italien, ses origines sociales sont assez claires. &#192; partir du milieu des ann&#233;es soixante se cristallisait un m&#233;contentement dans la classe ouvri&#232;re. Des dizaines de milliers d'ouvriers, essentiellement des migrants venus du sud de l'Italie sans aucune tradition syndicale, formaient une strate massifi&#233;e du salariat, accomplissant des t&#226;ches non qualifi&#233;es - les plus d&#233;gradantes et m&#233;caniques - dans des grandes usines du nord industriel. Suite &#224; la promesse de n&#233;gociations lors des conventions collectives de 1966, le patronat a impos&#233; un mauvais contrat &#224; tous les ouvriers industriels sans la moindre opposition de la part des conf&#233;d&#233;rations syndicales. Un sentiment d'amertume existait parmi les ouvriers industriels du nord et une s&#233;rie de luttes locales combatives &#233;clata, comme la gr&#232;ve dans la p&#233;trochimie &#224; Porto Marghera en 1967-68, dans l'entreprise de textile Marzotto &#224; Valdagno en 1968 ainsi que dans des centaines d'autres entreprises la m&#234;me ann&#233;e contre les aspects les plus insupportables du travail&#160;: le travail au rendement, les cadences et les classifications impos&#233;es par la hi&#233;rarchie industrielle. Les formes de lutte &#233;taient tr&#232;s radicales. Les ouvriers de Marzotto d&#233;cid&#232;rent d'abattre la statue du comte fondateur de la soci&#233;t&#233; industrielle puis de se rendre &#224; la villa de son descendant pour en briser les vitres avant de se rendre en cort&#232;ge dans la ville pour d&#233;truire &#224; coups de pierre tout ce qui repr&#233;sentait le pouvoir des exploiteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces luttes, &#224; caract&#232;re &#224; premi&#232;re vue partiel et &#233;conomique, avaient une port&#233;e globale bien plus importante que les luttes sociales initi&#233;es par les conf&#233;d&#233;rations syndicales. Toute lutte contre les conditions effrayantes du travail &#233;tait plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;politique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que les journ&#233;es de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale lanc&#233;es par les syndicats car ces luttes signifiaient un refus de toutes les relations existantes entre salari&#233;s et employeurs. Le moment d&#233;cisif de la mise en &#233;vidence d'un mouvement g&#233;n&#233;ral fut le transfert, au d&#233;but de l'ann&#233;e 1969, du centre de la combativit&#233; ouvri&#232;re &#224; l'usine &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt; Mirafiori de Turin, r&#233;gime industriel totalitaire et lieu de concentration de 50&#160;000 ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Turin les ouvriers de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt; rentraient r&#233;guli&#232;rement en contact avec des militants du mouvement &#233;tudiant, en pleine effervescence en 1968-69. Des assembl&#233;es se tenaient o&#249; les ouvriers revendiquaient la lutte contre les cadences &#233;lev&#233;es et contre la surveillance accrue &#224; l'int&#233;rieur de l'usine de la part des chefs d'atelier. Une s&#233;rie de gr&#232;ves &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tournantes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; eurent lieu, pendant lesquelles les travailleurs faisaient gr&#232;ve atelier par atelier pour une dur&#233;e limit&#233;e. Cette strat&#233;gie provoqua des pertes importantes pour la direction tout en minimisant les pertes de salaires pour les ouvriers. Une autre tactique employ&#233;e &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt; mais aussi ailleurs comme &#224; l'usine de Borletti fut celle de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pratique de l'objectif&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Au lieu de revendiquer la fin du travail au rendement, les travailleurs r&#233;duisaient la production eux-m&#234;mes. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;En r&#233;duisant la production, et donc en gagnant pour notre sant&#233;, avec la faible perte de 14 lires &#224; l'heure sans m&#234;me une heure de gr&#232;ve, nous nuisons au patron comme si nous faisions gr&#232;ve 15 jours&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Anna Libera, Italie&#160;: les fruits amers du compromis historique, &#233;ditions la (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_205 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L439xH295/100000000000020000000159B6671AB0-2-52a80.jpg' width='439' height='295' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les conventions collectives et la lutte g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;1969 &#233;tait aussi l'ann&#233;e de la ren&#233;gociation des conventions collectives. Les f&#233;d&#233;rations syndicales de la m&#233;tallurgie, notamment la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIOM&lt;/span&gt; (branche m&#233;tallurgique de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGIL&lt;/span&gt;, principale conf&#233;d&#233;ration italienne), sentant le climat de r&#233;volte monter, entendaient lancer une s&#233;rie de conflits pour anticiper l'&#233;ch&#233;ance contractuelle. Il faut dire que cette strat&#233;gie rentrait souvent en conflit avec celles des conf&#233;d&#233;rations centrales. &#192; la rentr&#233;e 1969 les formes de lutte acquises &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt; ont pu &#234;tre adopt&#233;es par les salari&#233;s d'autres secteurs et d'autres villes, &#224; tel point que les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux &#233;taient oblig&#233;s de les suivre. &#192; Pirelli, centre de l'industrie milanaise, la lutte reprit. Les gr&#232;ves tournantes avaient prouv&#233; leur utilit&#233; ainsi que les cort&#232;ges internes pour d&#233;brayer les autres ateliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si le mouvement &#233;tait au plus fort dans les centres industriels du nord de l'Italie, la pression s'est fait sentir de la part des ouvriers dans le sud au sujet de l'&#233;galit&#233; salariale entre les r&#233;gions. D&#232;s le d&#233;but de 1969 des luttes &#233;clat&#232;rent pour imposer aux conf&#233;d&#233;rations syndicales une n&#233;gociation &#224; ce sujet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que la gr&#232;ve ait pu durer de fa&#231;on offensive entre octobre et d&#233;cembre 1969 dans les grands centres industriels du nord de l'Italie &#233;tait principalement d&#251; aux formes de lutte utilis&#233;es mais aussi &#224; la forte coordination des ouvriers en lutte dans diff&#233;rents ateliers pour contr&#244;ler la production en m&#234;me temps qu'ils organisaient la lutte. Les d&#233;cisions &#233;taient prises dans des assembl&#233;es nomm&#233;es Comit&#233;s Unitaires de Base (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CUB&lt;/span&gt;) et dans des assembl&#233;es d'atelier qui &#233;lisaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Des manifestations de ville eurent lieu, liant souvent les revendications d'usine aux questions de niveau de vie g&#233;n&#233;ral comme le logement ou le prix des transports. Des op&#233;rations d'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;auto-r&#233;duction&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des prix des transports et des refus collectifs de payer les loyers augment&#233;s furent r&#233;ussies. Mais ces actions sociales interprofessionnelles &#233;taient possibles justement parce que la base de l'activit&#233; &#233;tait sur les lieux de travail. La classe ouvri&#232;re se posait de fait comme direction alternative de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; la forte g&#233;n&#233;ralisation et coordination des luttes, il n'y a jamais eu d'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Il y a eu, par contre, des gr&#232;ves &#224; outrance branche par branche, voire (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m&#234;me dans les moments les plus durs de novembre-d&#233;cembre, avant la signature du contrat. Pourtant le patronat &#233;tait contraint de c&#233;der, de faire beaucoup plus de concessions qu'il n'avait &#233;t&#233; pr&#234;t &#224; en donner &#224; cause des &#233;normes pertes pour l'&#233;conomie. Quant au contrat en lui-m&#234;me, m&#234;me s'il repr&#233;sentait une avanc&#233;e consid&#233;rable, c'&#233;tait une victoire bien partielle par rapport au niveau de lutte atteint au cours des mois pr&#233;c&#233;dents. L'analyse du groupe Potere Operaio &#233;tait int&#233;ressante&#160;: l'accord contractuel &#233;tait consid&#233;r&#233; comme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bidon&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; parce qu'il faisait abstraction du processus de lutte en lui-m&#234;me. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Tous les ouvriers ont appris au cours de l'automne rouge &#224; engager contre le patron de larges actions de masse sur des objectifs g&#233;n&#233;raux, et &#224; rejeter la pratique harassante des escarmouches quotidiennes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Diego Giachetti et Marco Scavino, La FIAT aux mains des ouvriers, Les Nuits (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_206 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH334/10000000000006EB0000049E3733CA8A-2-6b64d.jpg' width='500' height='334' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;action frappe mais les travailleurs rel&#232;vent le d&#233;fi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La combativit&#233; de classe, le contr&#244;le des ouvriers sur la production, la perte d'h&#233;g&#233;monie de la classe dominante par la perte d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;partenaire social&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; oblig&#232;rent la bourgeoisie &#224; d&#233;clencher une guerre frontale contre le mouvement ouvrier. C'&#233;tait une strat&#233;gie &#224; deux volets. D'abord le gouvernement de centre-gauche en 1970 d&#233;cida d&#233;lib&#233;r&#233;ment de plonger l'&#233;conomie dans une r&#233;cession pour augmenter le ch&#244;mage. Ensuite, on laissa les secteurs les plus r&#233;actionnaires de la bourgeoisie, encore nostalgiques du fascisme, lancer une campagne de terreur contre toute la soci&#233;t&#233;. Les autorit&#233;s de l'Etat allaient s'en servir comme pr&#233;texte pour lancer une r&#233;pression de fer contre les militants d'extr&#234;me gauche. Le 12&#160;d&#233;cembre 1969 un attentat &#224; la bombe fit 16 morts &#224; Milan. Des dizaines de militants d'extr&#234;me gauche furent arr&#234;t&#233;s. L'anarchiste Pinelli fut assassin&#233; au commissariat d'o&#249; on le poussa par la fen&#234;tre du sixi&#232;me &#233;tage, alors que Valpreda fut retenu en prison pendant quatre ans. C'&#233;tait le d&#233;but de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;strat&#233;gie de la tension&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les n&#233;o-fascistes du Mouvement Social Italien (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MSI&lt;/span&gt;), renforc&#233;s par le climat de tension sociale, gagnaient en soutien populaire. Les dirigeants les plus r&#233;actionnaires du parti au pouvoir, la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne, ne cachaient pas leur volont&#233; de forger une alliance avec les militants fascistes. Puisque le ch&#244;mage augmentait et que l'&#233;cart salarial entre le Nord et le Sud, officiellement &#233;radiqu&#233; &#224; partir de 1972 selon les accords du contrat, &#233;tait encore bien en vigueur, les fascistes tent&#232;rent d'exploiter le r&#233;gionalisme pour pr&#233;senter les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Rouges du Nord&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme responsables de la mis&#232;re. Les attaques des bandes fascistes contre la gauche &#233;taient quotidiennes &#224; Rome. Les attentats meurtriers continuaient, l'Etat pouvait lancer des campagnes pour le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;retour &#224; l'ordre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dirig&#233;es contre la gauche et le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'affrontement et la r&#233;pression politis&#232;rent le mouvement d'une fa&#231;on tr&#232;s nette. L'esprit combatif de l'automne chaud ne disparut pas mais se traduisit par des luttes &#224; caract&#232;re spontan&#233; et violent. Il y eut une plus grande conflictualit&#233; de classe en dehors des lieux de travail. Un mouvement massif contre le ch&#244;mage &#233;clata en 1971 &#224; Naples et dans les villes du Sud, alors qu'&#224; Milan il y eut des occupations de logements vides. Les conflits sur le lieu de production continuaient aussi, comme par exemple les gr&#232;ves des travailleurs chimiques en 1970 et 1972. Les conseils d'entreprises continuaient &#224; cro&#238;tre de mani&#232;re rapide et devenaient des organes qui organisaient la lutte &#224; l'usine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ici nous parlons plus du potentiel des conseils d'usine que de leur (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1970 80 accords avec les entreprises reconnaissent les conseils de d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Libera, p. 206' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le nombre de conseils augmentera jusqu'&#224; ce qu'on en compte 32&#160;000 en 1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin 1971 s'installa un gouvernement de droite dure qui lan&#231;a une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;spirale r&#233;pressive dans les usines, &#233;coles, et particuli&#232;rement contre les militants de la gauche r&#233;volutionnaire... en employant les violences polici&#232;res, les arrestations, les d&#233;nonciations, les licenciements et toute sorte d'intimidations, y compris l'utilisation de bandes fascistes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Chris Harman, The Fire Last Time, p. 196' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; aucun moment dans cette p&#233;riode l'on ne peut parler d'un recul des luttes. La r&#233;pression, le renforcement des groupes fascistes et la r&#233;cession de 1973, en plus des acquis qualitatifs des luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, poussaient le mouvement dans un sens anticapitaliste. Lors des manifestations de rue les morts &#233;taient chose commune. Soit du fait de la police, soit des fascistes. Ou bien c'&#233;tait des fascistes ou policiers qui &#233;taient tu&#233;s par des manifestants. L'&#201;tat autoritaire qui tentait de se mettre en place gr&#226;ce &#224; la strat&#233;gie de la tension &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;bord&#233; et ne pouvait pas se maintenir uniquement avec la seule r&#233;pression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute tentative de briser le mouvement &#233;choua et avait plus tendance &#224; d&#233;clencher une nouvelle s&#233;rie de luttes qu'autre chose. Quand le gouvernement de droite de Fanfani tenta de lancer une campagne id&#233;ologique r&#233;actionnaire en proposant un r&#233;f&#233;rendum sur le divorce en 1974, une immense majorit&#233; vota en faveur du divorce, et cet &#233;v&#233;nement servit &#224; renforcer le mouvement f&#233;ministe naissant en Italie. Ces ann&#233;es &#233;taient &#233;galement celles d'une nouvelle vague de luttes des &#233;tudiants et des lyc&#233;ens. La bourgeoisie &#233;tait tellement aux abois qu'elle conc&#233;da, en p&#233;riode de crise, l'&#233;chelle mobile des salaires sur l'inflation, revendication maintenant pr&#233;sente dans la propagande syndicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour battre en br&#232;che tout ce mouvement la bourgeoisie s'est appuy&#233; sur une r&#233;pression sanglante, mais aussi sur un partenaire qui l'aida &#224; r&#233;tablir son h&#233;g&#233;monie, le Parti Communiste Italien. La strat&#233;gie de la tension fut con&#231;ue aussi pour obliger le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt; &#224; condamner le terrorisme et canaliser le mouvement vers des perspectives institutionnelles, d&#233;sarmant la classe ouvri&#232;re. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt;, joua effectivement ce r&#244;le, avec comme boussole le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;compromis historique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le projet d'un gouvernement de coalition avec la droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_207 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L265xH274/10000000000001840000019033042579-2-1be16.jpg' width='265' height='274' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Organisation et spontan&#233;it&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas faux de dire que pendant cette p&#233;riode de sept ans la question du pouvoir &#233;tait mise au centre de la sc&#232;ne politique. La classe ouvri&#232;re &#233;tait bien organis&#233;e, avait fait l'exp&#233;rience de ses propres formes de pouvoir dans les conseils d'usine, &#233;tait politis&#233;e sur des questions sociales et politiques de nature globale, et avait r&#233;sist&#233; aux contre-offensives de la bourgeoisie. Cette derni&#232;re &#233;tait plong&#233;e dans la pire crise politique depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale. Ces ph&#233;nom&#232;nes donnaient lieu &#224; une situation effectivement pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Cela malgr&#233; le caract&#232;re spontan&#233;, parfois incontr&#244;lable et surtout non centralis&#233; des luttes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un prochain article nous continuerons d'analyser les diff&#233;rentes strat&#233;gies de la gauche anticapitaliste dans cette p&#233;riode, et voir comment la classe ouvri&#232;re aurait pu effectivement &#234;tre en mesure de prendre le pouvoir. Mais cette exp&#233;rience historique, o&#249; la conflictualit&#233; de classe &#224; atteint son apog&#233;e au moment des luttes les plus spontan&#233;es, o&#249; m&#234;me les victoires les plus importantes (l'&#233;chelle mobile des salaires sur l'inflation) ont &#233;t&#233; arrach&#233;es non pas au moment o&#249; les luttes &#233;taient les plus g&#233;n&#233;ralis&#233;es mais apr&#232;s, o&#249; les luttes ont pris des formes politiques multiples, montrant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la conscience de classe, cette exp&#233;rience est peut-&#234;tre l'exemple qui d&#233;montre le mieux ce qu'est une p&#233;riode de gr&#232;ves de masse et quelles sont les formes de lutte dans une p&#233;riode potentiellement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une gr&#232;ve, m&#234;me une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, n'est pas un &#233;v&#233;nement isol&#233; mais un moment qui fait partie d'un processus d&#233;termin&#233; par toute une p&#233;riode historique, celle de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'actualit&#233; de la r&#233;volution&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Rosa Luxembourg expliquait&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ainsi c'est la r&#233;volution qui cr&#233;e seule les conditions sociales permettant un passage imm&#233;diat de la lutte &#233;conomique &#224; la lutte politique et de la lutte politique &#224; la lutte &#233;conomique, ce qui se traduit par la gr&#232;ve de masse. Le sch&#233;ma vulgaire n'aper&#231;oit de rapport entre la gr&#232;ve de masse et la r&#233;volution que dans les affrontements sanglants o&#249; aboutissent les gr&#232;ves de masse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais un examen plus approfondi des &#233;v&#233;nements russes nous fait d&#233;couvrir un rapport invers&#233; en r&#233;alit&#233; ce n'est pas la gr&#232;ve de masse qui produit la r&#233;volution, mais la r&#233;volution qui produit la gr&#232;ve de masse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Rosa Luxembourg, Gr&#232;ve de masse&#160;: parti et syndicat,' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette hypoth&#232;se gagne du terrain dans des milieux &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gauchistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, particuli&#232;rement au sein du mouvement &#233;tudiant, mais aussi chez les adh&#233;rents de partis de la gauche institutionnelle. La conclusion logique de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nouvelle&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; hypoth&#232;se n'a rien de novateur&#160;: la recherche d'un substitut pour les luttes de masse, soit dans une forme d'actions &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conspiratrices&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de blocage, soit par des d&#233;bouch&#233;s institutionnels.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anna Libera, &lt;i&gt;Italie&#160;: les fruits amers du compromis historique&lt;/i&gt;, &#233;ditions la Br&#232;che 1978, p. 198.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a eu, par contre, des gr&#232;ves &#224; outrance branche par branche, voire atelier par atelier, pour une dur&#233;e maximale de quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diego Giachetti et Marco Scavino, &lt;i&gt;La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FIAT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; aux mains des ouvriers&lt;/i&gt;, Les Nuits Rouges, 2005, pp. 183-184&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici nous parlons plus du potentiel des conseils d'usine que de leur efficacit&#233; r&#233;elle. Puisque les principales organisations de la gauche r&#233;volutionnaire refusaient de participer &#224; toute structure bas&#233;e sur des d&#233;l&#233;gu&#233;s, les conseils sont en effet tomb&#233;s sous l'h&#233;g&#233;monie des directions syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Libera, p. 206&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris Harman, &lt;i&gt;The Fire Last Time&lt;/i&gt;, p. 196&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosa Luxembourg, &lt;i&gt;Gr&#232;ve de masse&#160;: parti et syndicat&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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