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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#034;Que Faire ?&#034;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire ?</title>
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		<title>&#192; l'Ouest, questions de strat&#233;gie</title>
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		<dc:date>2010-06-22T20:21:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Artous, Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le ouvrier</dc:subject>
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		<dc:subject>H&#233;g&#233;monie</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

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&lt;p&gt;De divers cot&#233;s, Gramsci est revendiqu&#233; comme le principal penseur marxiste s'&#233;tant pench&#233; sur les sp&#233;cificit&#233;s de la r&#233;volution en Occident. En effet, ses apports sont indispensables &#224; toute r&#233;flexion strat&#233;gique mais ne sauraient &#234;tre isol&#233;s des d&#233;bats initi&#233;s par L&#233;nine et Trotsky dans l'Internationale des ann&#233;es vingt. &lt;br class='autobr' /&gt; Gramsci est souvent pr&#233;sent&#233; comme le seul dirigeant communiste de l'entre-deux-guerres qui aurait per&#231;u, en ce qui concerne la r&#233;volution en Occident la n&#233;cessit&#233; d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/Controle-ouvrier" rel="tag"&gt;Contr&#244;le ouvrier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/Hegemonie" rel="tag"&gt;H&#233;g&#233;monie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/Lenine" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L108xH150/arton227-620dd.jpg?1296169370' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De divers cot&#233;s, Gramsci est revendiqu&#233; comme le principal penseur marxiste s'&#233;tant pench&#233; sur les sp&#233;cificit&#233;s de la r&#233;volution en Occident. En effet, ses apports sont indispensables &#224; toute r&#233;flexion strat&#233;gique mais ne sauraient &#234;tre isol&#233;s des d&#233;bats initi&#233;s par L&#233;nine et Trotsky dans l'Internationale des ann&#233;es vingt.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gramsci est souvent pr&#233;sent&#233; comme le seul dirigeant communiste de l'entre-deux-guerres qui aurait per&#231;u, en ce qui concerne la r&#233;volution en Occident la n&#233;cessit&#233; d'un tournant strat&#233;gique fondamental par rapport &#224; Octobre 17. Ann&#238;ck Jaulin, dans le num&#233;ro 9 de la revue : &lt;i&gt;M&lt;/i&gt; consacr&#233;e &#224; Gramsci, &#233;crit ainsi p&#233;remptoirement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution de 1917, loin d'&#234;tre le mod&#232;le pour l'avenir, est le dernier &#233;v&#233;nement d'une &#233;poque qui a commenc&#233; en 1789 : mais &#034;la guerre de mouvement&#034; est termin&#233;e, commence ''la guerre de position'. Ainsi le marxisme n'existe pas mais est &#224; inventer comme philosophie de la praxis et le l&#233;ninisme est un combat d'arri&#232;re-garde qui laisse enti&#232;rement &#224; penser ce que pourrait &#234;tre une h&#233;g&#233;monie dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; la soci&#233;t&#233; civile est plus &#233;tat que l'&#201;tat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Revue M. Num&#233;ro 9, mars 1987, consacr&#233; &#224; l'anniversaire de la mort de Gramsci.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notre propos n'est pas de discuter ici des textes de Gramsci lui-m&#234;me - nous renvoyons de ce point de vue au court et remarquable essai de Perry Anderson publi&#233; en 1978, malheureusement peu discut&#233; en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perry Anderson. Sur Gramsci. Petite collection Maspero, 1978&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - mais de revenir sur certaines extrapolations faites &#224; partir de ses &#233;crits et pr&#233;sent&#233;es comme des &#233;l&#233;ments cl&#233;s de ce tournant strat&#233;gique. Par l&#224;, nous &#233;largirons la discussion aux questions de lutte pour le pouvoir dans les pays capitalistes avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'abord de revenir en arri&#232;re, vers les ann&#233;es vingt. Non pour en appeler &#224; une orthodoxie de l'Internationale Communiste allant de soi, mais pour comprendre comment cette derni&#232;re a abord&#233; la question de la r&#233;volution en Occident. Ce terme d&#233;signant &#224; l'&#233;poque les pays capitalistes de l'Ouest, en opposition aux pays de l'Est, &#224; &#171; l'Orient &#187;, dont la Russie est pr&#233;sent&#233;e comme un exemple type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour historique est doublement n&#233;cessaire. Parce que Gramsci lui-m&#234;me l'indique, en mettant explicitement en relation sa notion de &#034;guerre de position&#034;, et le tournant sur le front unique amorc&#233; en 1921. Et aussi parce que la tradition est tenace, en particulier pour de nombreux militants li&#233;s au Parti communiste, qui occulte cette p&#233;riode et fait d&#233;marrer l'&#233;laboration de l'IC sur la r&#233;volution en Occident avec la politique des Fronts populaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Est et l'Ouest&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors de son Premier Congr&#232;s (1919), I'IC a une vision simple de l'extension du processus r&#233;volutionnaire vers l'Occident. Pas seulement parce que ses militants ont &#034;mal assimil&#233;&#034; l'exp&#233;rience des bolcheviks, L&#233;nine lui-m&#234;me, dans les th&#232;ses qu'il &#233;crit pour ce congr&#232;s, r&#233;sume ainsi la t&#226;che principale des partis communistes, l&#224; o&#249; le pouvoir des soviets n'existe pas : &#233;duquer les masses sur la n&#233;cessit&#233; d'une nouvelle d&#233;mocratie prol&#233;tarienne qui doit remplacer la d&#233;mocratie bourgeoise. Pour ce faire : &#171; &lt;i&gt;&#233;largir et organiser des soviets dans tous les domaines &lt;/i&gt;[et]&lt;i&gt; conqu&#233;rir &#224; l'int&#233;rieur une majorit&#233; communiste, sure et consciente &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Quatre Premiers Congr&#232;s de l'IC. Maspero.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que cette perspective s'appuie sur l'exp&#233;rience de la Hongrie, de l'Allemagne de 1918, o&#249; le processus r&#233;volutionnaire, comme en Russie, semble mettre imm&#233;diatement &#224; l'ordre du jour le pouvoir des soviets. Mais lorsque s'ouvre le IIIe Congr&#232;s (1921), la vague r&#233;volutionnaire n&#233;e de la guerre marque le pas. Des exp&#233;riences comme celle de la r&#233;volution allemande font apparaitre une s&#233;rie de probl&#232;mes d'orientation nouveaux. Lors de ce congr&#232;s. L&#233;nine et Trotsky font bloc autour de la d&#233;fense d'une politique de front unique. Celle-ci sera approfondie les mois suivants, ils n'abordent pas la question en termes g&#233;n&#233;raux de fa&#231;on &#224; permettre de penser syst&#233;matiquement la diff&#233;rence entre l'Est et l'Ouest, ils ne donnent que des indications. Pour L&#233;nine, le processus sera plus lent et plus complexe. Pour Trotsky, le pouvoir sera plus difficile a conqu&#233;rir (mais plus facile &#224; garder) qu'en Russie o&#249; les bolcheviks ont en un certain sens culbut&#233; les classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs pr&#233;occupations sont en fait plus directement politiques. II s'agit de battre les partisans de &#8220;l'offensive&#8221;, qui, en Allemagne (mars 1921), viennent de se lancer dans une action aventuriste de lutte directe pour le pouvoir. Ces courants sont certes h&#233;t&#233;roclites, mais dominent les jeunes partis communistes et une partie de l'appareil de I'IC : L&#233;nine et Trotsky craignent d'&#234;tre minoritaires et se voient m&#234;me contraints de passer des compromis, par exemple sur l'appr&#233;ciation de l'action de mars donn&#233;e par l'IC. Ces courants ont en commun de ne pas comprendre l'inflexion qui vient de se produire dans la situation politique, ils partagent une m&#234;me vision lin&#233;aire du processus de radicalisation des masses et de ce que doit &#234;tre la tactique des partis communistes (&#8220;l'offensive&#8221;). Ils refusent, ou pour le moins, r&#233;sistent fortement &#224; la politique de front unique propos&#233;e par les deux principaux dirigeants de la R&#233;volution russe. Si ceux-ci gagnent la bataille, ils le doivent davantage &#224; leur prestige qu'au fait qu'ils auraient r&#233;ellement convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, &#224; l'&#233;poque, Gramsci refuse cette tactique : ce n'est que plus tard qu'il verra dans ces courants les repr&#233;sentants typiques de la &#8220;guerre de mouvement&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Gramsci et Bordiga face au Komintern (1921-1926), Quintin Hoare : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le front unique, c'est d'abord l'insistance sur la n&#233;cessit&#233; de gagner la majorit&#233; dans les masses pour faire la r&#233;volution et le besoin de l'unit&#233; d'action avec la social-d&#233;mocratie. Mais, au fur et &#224; mesure qu'elle va se d&#233;velopper, cette orientation va en fait avoir des cons&#233;quences sur tous les terrains : question syndicale, premi&#232;res syst&#233;matisations concernant les revendications transitoires, probl&#232;me du gouvernement ouvrier. Une s&#233;rie de caract&#233;ristiques propres sont alors prises en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Radek, lors du IVe Congr&#232;s (1922), indique explicitement que c'est la diff&#233;rence entre l'Est et l'Ouest qui est &#224; la racine des probl&#232;mes. &#8220;&lt;i&gt;Le gouvernement ouvrier&lt;/i&gt;&#8221;, &#233;crit-il, &#8220;&lt;i&gt;n'est pas la dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&#8221;. Transition qui n'est pas une n&#233;cessit&#233;, mais une &#233;tape possible : &#171; &lt;i&gt;Ce point de d&#233;part possible consiste en ce que les masses ouvri&#232;res en Occident ne sont pas politiquement amorphes et inorganis&#233;es comme en Orient.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elles sont organis&#233;es dans des partis et attach&#233;es &#224; ces partis. &#192; l'Est, en Russie, il est plus facile, lorsque commence la temp&#234;te r&#233;volutionnaire, de les amener directement dans le camp du communisme. C'est beaucoup plus difficile chez vous&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Pierre Frank in l'Histoire de l'Internationale communiste, La Br&#232;che.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus tard, Gramsci, &#224; propos de l'Est, parlera de &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile primitive et g&#233;latineuse &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Pierre Frank in l'Histoire de l'Internationale niste, La Br&#232;che.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec allemand de 1923, cette r&#233;flexion sur la r&#233;volution en Occident, amorc&#233;e &#224; partir du front unique, fut abandonn&#233;e au profit d'une ligne &#224; dominante, sectaire et gauchiste, qui culmina au cours de la &#8220;troisi&#232;me p&#233;riode&#8221; stalinienne des ann&#233;es trente. Mais, d&#232;s le Ve Congr&#232;s (1924), sous la houlette de Zinoviev et de certains anciens partisans de la th&#233;orie de &#8216;l'offensive&#8221; on trouve des germes d'une telle orientation. Ce qui indique que cette derni&#232;re avait des racines profondes et qu'on ne peut la r&#233;duire &#224; un simple effet direct de la prise de pouvoir dans l'IC par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1924, Trotsky m&#232;ne bataille contre ce type d'orientation, au nom, pr&#233;cis&#233;ment, de la continuit&#233; avec la politique de front unique qu'il approfondit alors et syst&#233;matise. Lorsque Gramsci formule sa notion de &#171; guerre de position &#187;. il fait r&#233;f&#233;rence au front unique des ann&#233;es vingt et, en outre, critique en des termes identiques &#224; ceux de Trotsky, les positions, &#8220;classe contre classe&#8221;, de I'IC et de la majorit&#233; du Parti communiste italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous deux se prononcent pour le front unique dans la lutte contre le fascisme. Tous deux pensent qu'il y aura une p&#233;riode de transition, entre la chute de ce dernier et la dictature du prol&#233;tariat et que, dans ces conditions, le mot d'ordre de Constituante rev&#234;t une grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/milices.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH226/milices-640f8.jpg?1296169371' width='500' height='226' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise r&#233;volutionnaire et &#171; &lt;i&gt;mod&#232;le d'Octobre&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chez L&#233;nine, la notion de crise r&#233;volutionnaire est cl&#233;. D&#232;s 1915, dans la Faillite de la II&#232;me Internationale, il &#233;crit : &#8220;&lt;i&gt;Pour un marxiste, il est hors de doute que la r&#233;volution est impossible sans une situation r&#233;volutionnaire, mais toute situation r&#233;volutionnaire n'aboutit pas &#224; une r&#233;volution&lt;/i&gt;&#8221;. Dans les ann&#233;es vingt, autour de cette id&#233;e, plusieurs d&#233;bats vont se t&#233;lescoper dans l'IC. D'abord une confusion, quasi in&#233;vitable, entre cette id&#233;e de situation r&#233;volutionnaire, en tant que notion strat&#233;gique et le &#8220;mod&#232;le russe&#8221; c'est-&#224;-dire la forme concr&#232;te prise par le processus r&#233;volutionnaire en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite. la confusion entre &#171; l'actualit&#233; de la r&#233;volution &#187; comme donn&#233;e d'une nouvelle p&#233;riode historique (celle de l'imp&#233;rialisme) et &#171; l'actualit&#233; de la r&#233;volution &#187; au sens conjoncturel du terme : en l'occurrence les crises qui suivent la fin de la guerre 1914-1918. Sur ce second point, les d&#233;bats que m&#232;nent L&#233;nine et Trotsky contre les partisans de l'offensive, les conduisent &#224; lutter contre toute vision &#171; catastrophiste &#187; de la crise. D&#232;s le deuxi&#232;me congr&#232;s de I'IC, L&#233;nine avait pol&#233;miqu&#233; &#224; la fois contre , les &#233;conomistes bourgeois, qui pr&#233;sentent la crise comme un simple malaise, et &#8220;&lt;i&gt;les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;volutionnaires [qui] s'efforcent parfois de d&#233;montrer que cette crise est sans issue, pour la bourgeoisie. Or c'est une erreur. Il n'existe pas de situation absolument sans issue&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oeuvres, t. 31, p. 233&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1914 au sein de la II&#232;me Internationale domine une id&#233;ologie de la marche, in&#233;luctable, au socialisme r&#233;sultant de la croissance sociale et politique (et donc &#233;lectorale) du prol&#233;tariat. Les &#171; partisans de l'offensive &#187; reproduisaient une vision en quelque sorte sym&#233;trique : sous les coups de la &#171; crise sans issue &#187; du capitalisme, de sa crise historique, la radicalisation des masses ne pouvait qu'aller in&#233;luctablement &#224; &#171; gauche &#187;, vers des positions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour leur r&#233;pondre que Trotsky, lors du III&#232;me Congr&#232;s, prononce le c&#233;l&#232;bre discours dans lequel il distingue, du point de vue de l'actualit&#233; de la r&#233;volution, p&#233;riode et conjoncture et critique les visions m&#233;canistes th&#233;orisant une crise in&#233;luctable, produit direct de la crise &#233;conomique. Il explique que le capitalisme peut r&#233;ussir une stabilisation temporaire sur la base des &#233;checs - ou des limites - de la lutte du prol&#233;tariat. Il est int&#233;ressant de noter que plus tard, en 1929, Trotsky reprendra une partie de cette argumentation dans une pol&#233;mique contre l'orientation et la pratique du Parti communiste fran&#231;ais qui d&#233;veloppe alors une vision lin&#233;aire de la radicalisation des masses.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La troisi&#232;me erreur de l'Internationale syndicale rouge &#187;.&amp;#13;Publi&#233; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de crise chez L&#233;nine doit donc &#234;tre d&#233;connect&#233;e de toute vision &#171; &#233;conomiste &#187;. Ce que soulignait, &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, Christine Buci-Gluksmann, souvent pr&#233;sent&#233;e en France comme une th&#233;oricienne des positions &#171; euro-communistes de gauche &#187;. Mais elle ajoutait, comme d'autres, que L&#233;nine serait rest&#233; enferm&#233; dans une vision donn&#233;e : &#171; &lt;i&gt;La crise de l'&#201;tat reste le point le plus &#233;lev&#233;, le plus global d'une crise nationale, qui est d'embl&#233;e une crise r&#233;volutionnaire entrainant une destruction radicale de tout l'ancien appareil d'&#201;tat, sa suppression et la constitution d'un 'appareil nouveau, populaire, authentiquement d&#233;mocratique, celui des soviets &#187;&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, la crise des dictatures (Portugal, Gr&#232;ce, Espagne), comme la crise de l'&#201;tat en France et en Italie, tendent &#224; montrer que crise r&#233;volutionnaire et crise de l'&#201;tat ne co&#239;ncident plus, du moins au d&#233;part, et selon un mod&#232;le d'attaque frontale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le concept de crise de l'&#201;tat et son histoire, in la Crise de l'&#201;tat, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on en croit la premi&#232;re remarque, L&#233;nine serait rest&#233; prisonnier de l'exp&#233;rience russe, celle d'une r&#233;volution o&#249;, d'embl&#233;e, l'&#201;tat tsariste s'est effondr&#233; tandis que se d&#233;veloppaient massivement les soviets. Reste que dans un texte comme la Maladie infantile, dans lequel L&#233;nine reprend et explicite cette notion de crise, la d&#233;marche n'est pas celle d&#233;crite par Christine Buci-Giuksmann. L&#233;nine ne cherche pas du tout &#224; &#233;laborer un mod&#232;le des formes de la crise r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avance simplement un certain nombre de crit&#232;res, au demeurant tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, susceptibles de permettre &#224; un parti r&#233;volutionnaire de juger si une situation est m&#251;re - ou non - et pose la question de la lutte ouverte pour le pouvoir. Il reprend, souvent assez exactement, les id&#233;es avanc&#233;es d&#232;s 1915 dans sa pol&#233;mique avec les r&#233;formistes. &#192; aucun moment l'id&#233;e de crise n'est r&#233;duite &#224; un mod&#232;le. Il insiste sur l'id&#233;e qu'une crise r&#233;volutionnaire, pour se d&#233;velopper pleinement, n&#233;cessite une crise profonde de la domination bourgeoise. Ce qui ne veut pas dire d'embl&#233;e l'effondrement du pouvoir d'&#201;tat et l'&#233;mergence des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Buci-Glucksmann ajoute que le probl&#232;me nouveau, apparu &#224; la fin des ann&#233;es soixante, vient de ce que, crise r&#233;volutionnaire et crise de l'&#201;tat ne co&#239;ncident plus, tout au moins au d&#233;part, et selon un mod&#232;le &#171; d'attaque frontale &#187;. Or, c'est justement &#224; ce type de situation r&#233;volutionnaire, effectivement diff&#233;rent de l'exp&#233;rience russe, que l'IC, en particulier au travers de l'exp&#233;rience allemande, avait commenc&#233; &#224; r&#233;pondre par la politique de front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Trotsky traite explicitement du probl&#232;me, dans ses textes des ann&#233;es trente de pol&#233;mique avec le Parti communiste allemand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le contr&#244;le ouvrier et la coop&#233;ration avec l'URSS &#187; in&amp;#13;Comment vaincre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il distingue, sur la base de l'exp&#233;rience pass&#233;e, deux formes possibles du processus r&#233;volutionnaire. L'une, qui voit un effondrement rapide de l'&#201;tat bourgeois et le surgissement des soviets. En quelque sorte le mod&#232;le russe. Cette hypoth&#232;se lui apparait la moins probable. L'autre envisage un processus plus complexe, dans lequel la crise de l'&#201;tat n'existe pas, &#8220;d'embl&#233;e &#187;, alors qu'une logique de double pouvoir se d&#233;veloppe &#224; partir des comit&#233;s d'usine et sur la base du contr&#244;le ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines circonstances, &#233;crit-il, le contr&#244;le ouvrier peut devancer consid&#233;rablement la dualit&#233; de pouvoir dans le pays. Hypoth&#232;se la plus probable en Allemagne, selon lui, compte tenu de l'existence d'un &#201;tat fort, d'une tradition d'organisation des ouvriers dans l'entreprise, de la puissance de la social-d&#233;mocratie, etc. Pour reprendre l'expression de Christine Buci-Gluksmann : &#171; &lt;i&gt;crise r&#233;volutionnaire et crise de l'&#201;tat ne co&#239;ncident plus, au moins au d&#233;part &lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les quatre derniers mots ont leur importance. Trotsky, pas plus que Gramsci, n'envisageait que l'on puisse faire l'&#233;conomie d'un affrontement avec l'&#201;tat, ni que cet affrontement se r&#233;duirait &#224; sa seule crise propre... M&#234;me s'il s'agit d'un autre d&#233;bat, il n'est pas possible de le contourner en le masquant derri&#232;re une pr&#233;tendue vision &#8220;russe&#8221;, de la crise r&#233;volutionnaire, cens&#233;e &#234;tre celle de L&#233;nine et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Coercition&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;consentement&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'IC des ann&#233;es vingt commence &#224; prendre en compte, du point de vue de l'orientation politique, la diff&#233;rence entre l'Est et l'Ouest, la r&#233;flexion concernant l'analyse des formes de domination de la bourgeoisie dans ces pays et la d&#233;mocratie bourgeoise est, en revanche, peu pouss&#233;e. Certains ont cru trouver dans les textes de Gramsci, sensible &#224; ce probl&#232;me, une distinction entre &#171; &lt;i&gt;coercition &#187;&lt;/i&gt; et &#171; &lt;i&gt;consentement &#187;&lt;/i&gt; qui permettrait de th&#233;oriser cette diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, l'&#201;tat tsariste, r&#233;pressif et policier, fonctionnait &#224; la &#171; coercition &#187;. &#192; l'Ouest, la domination passe surtout par le &#171; consentement &#187;, c'est-&#224;-dire l'acceptation par les classes exploit&#233;es des normes id&#233;ologiques, culturelles, de la classe dominante. La d&#233;finition, qui serait celle de L&#233;nine, de l'&#201;tat r&#233;duit, en derni&#232;re analyse, &#224; une bande d'hommes arm&#233;s, serait en quelque sorte une projection de la r&#233;alit&#233; de l'&#201;tat tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette typologie nous semble inad&#233;quate. En premier lieu, la vision qu'elle donne de l'&#201;tat tsariste est unilat&#233;rale. Certes, lors des explosions r&#233;volutionnaires de 1905 et 1917, la fonction directement r&#233;pressive de celui-ci appara&#238;t brutalement. Mais, en p&#233;riode &#171; normale &#187;, il serait illusoire de ne pas voir que, malgr&#233; sa crise structurelle, cet &#201;tat fonctionne aussi &#224; la l&#233;gitimit&#233;, m&#234;me si ses formes de l&#233;gitimit&#233;, compte tenu de son caract&#232;re &#171; &lt;i&gt;f&#233;odal&lt;/i&gt; &#187; (L&#233;nine), ne sont pas les m&#234;mes que celles de la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Perry Anderson souligne avec raison que ce dosage entre &#171; coercition &#187; et &#171; consentement &#187; ne permet pas de rendre compte de la r&#233;alit&#233; de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#171; &lt;i&gt;Si nous revenons &#224; la probl&#233;matique d'origine de Gramsci, la structure normale du pouvoir politique capitaliste dans les d&#233;mocraties bourgeoises est en fait, simultan&#233;ment et indivisiblement, domin&#233;e par la culture et d&#233;termin&#233;e par la coercition. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par culture ou id&#233;ologie, il ne faut pas simplement entendre l'int&#233;riorisation de certaines normes par les individus, mais des r&#233;alit&#233;s bien mat&#233;rielles : la forme de l'&#201;tat, comme &#171; &lt;i&gt;&#201;tat repr&#233;sentatif&lt;/i&gt; &#187;, qui produit l'illusion que les masses s'auto-gouvernent, et l'organisation de la &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt; &#187;. Le terme de soci&#233;t&#233; civile d&#233;signe non pas &#171; &lt;i&gt;la sph&#232;re des besoins mat&#233;riels&lt;/i&gt; &#187;, l'&#233;conomie, mais les institutions publiques et priv&#233;es qui structurent la soci&#233;t&#233; et qu'il faut distinguer de l'&#201;tat au sens strict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ajouter, surtout pour les analyses portant sur la p&#233;riode qui suit la Seconde Guerre mondiale, l'instauration d'un certain nombre de &#171; &lt;i&gt;droits sociaux&lt;/i&gt; &#187; (sant&#233;, &#233;ducation, travail, etc.). Ils sont certes le produit de rapports de forces entre classes, mais ils sont per&#231;us comme des &#171; &lt;i&gt;droits d&#233;mocratiques&lt;/i&gt; &#187;, produits de l'&#233;volution logique de la d&#233;mocratie. Et d'ailleurs, comme les &#171; &lt;i&gt; libert&#233;s d&#233;mocratiques&lt;/i&gt; &#187;, ils repr&#233;sentent un acquis effectif et important pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#171; &lt;i&gt;historiquement, et c'est l&#224; l'essentiel, le d&#233;veloppement de toute crise r&#233;volutionnaire d&#233;place l'&#233;l&#233;ment dominant, au sein de la structure du pouvoir bourgeois, de l'id&#233;ologie vers la violence&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Gramsci, p. 72 et p. 75.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute strat&#233;gie r&#233;volutionnaire pour les pays capitalistes avanc&#233;s doit prendre en compte cette domination par la &#171; culture &#187; &#8212; nous y reviendrons &#8212;, mais elle ne peut oublier la d&#233;termination derni&#232;re par la &#171; coercition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II est vrai que l'exp&#233;rience des luttes de classes que nous avons connues entre 1968 et 1978 en Europe posait surtout le probl&#232;me de la conqu&#234;te de l'h&#233;g&#233;monie. Encore qu'il ne faille pas &#233;vacuer l'exemple du Chili, pays non europ&#233;en, mais o&#249;, pourtant, la tradition de d&#233;mocratie bourgeoise &#233;tait dominante, contrairement &#224; d'autres pays d'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re remarque pour qu'il n'y ait pas d'&#233;quivoque : il ne peut &#234;tre question d'extrapoler, &#224; partir du fonctionnement normal de la soci&#233;t&#233;, les conditions d'affrontement avec l'&#201;tat bourgeois sous la forme d'une vision &#171; militariste &#187;, une sorte de face-&#224;-face entre le mouvement r&#233;volutionnaire et les corps r&#233;pressifs. Dans ces conditions, les choses seraient vite jou&#233;es. En fait, une crise ouverte provoque des &#233;branlements d&#233;cisifs, y compris dans les appareils r&#233;pressifs : le comprendre et travailler en ce sens est une question d&#233;terminante de toute strat&#233;gie. Question &#171; classique &#187; au demeurant, si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; la &#171; tradition l&#233;niniste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la revue &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;, Andr&#233; Tosel, voulant synth&#233;tiser l'apport de Gramsci, critique son &#171; &lt;i&gt;usage instrumental, lib&#233;ral-d&#233;mocrate&lt;/i&gt; [qui] &lt;i&gt;servit de garant au tournant euro-communiste, initi&#233; par le PCI et partag&#233; un instant par le PCF et le PCE&lt;/i&gt; &#187;. II y oppose &#171; &lt;i&gt;l'h&#233;ritage le plus f&#233;cond de Gramsci, la perspective d'une r&#233;forme continue, unit&#233; d'une r&#233;forme intellectuelle et morale et de transformation &#233;conomique, unit&#233; aussi de la d&#233;mocratie directe et de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/barricades.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH225/barricades-f0eb9.jpg?1793580232' width='500' height='225' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;mocratie repr&#233;sentative et d&#233;mocratie directe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si certaines extrapolations faites &#224; partir de Gramsci sont permises par ses textes, on chercherait en revanche en vain chez lui une strat&#233;gie visant &#224; articuler d&#233;mocratie repr&#233;sentative et d&#233;mocratie directe. Certainement parce que, d&#232;s 1917, il savait que la perspective de la &#171; d&#233;mocratie combin&#233;e &#187; avait &#233;t&#233; formul&#233;e comme une alter- native &#224; la strat&#233;gie l&#233;niniste. Aussi bien pour la R&#233;volution russe que pour la r&#233;volution allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IC n'a cess&#233; de s'en d&#233;marquer. L&#233;nine reprochait aux partisans de la &#171; d&#233;mocratie combin&#233;e &#187; de vouloir articuler deux formes de pouvoir politique. Celui de la d&#233;mocratie bourgeoise (Parlement, Constituante) et celui de la dictature du prol&#233;tariat (soviet). Et donc de sou- mettre la seconde, les soviets, &#224; la premi&#232;re. On voit d'ailleurs, nous y reviendrons, que ce n'est pas la m&#234;me chose que de parler des liens entre d&#233;mocratie repr&#233;sentative et d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas au nom de la &#171; d&#233;mocratie mixte &#187; qu'argument&#233;, en 1974, Ingrao, un dirigeant &#171; de gauche &#187;du Parti communiste italien : &#171; &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement des structures d'auto-organisation de type conseilliste pose le probl&#232;me d'une instance g&#233;n&#233;rale de v&#233;rification des volont&#233;s et de d&#233;cision. Le Parlement &#233;lu au suffrage universel peut &#234;tre cette instance (...) il est utopique de penser qu'on peut sauter par-dessus ce moment de formation de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien recueilli par Henri Weber dans le Parti communiste italien : aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on conna&#238;t la politique du PCI, on comprend que ces d&#233;clarations couvrent un r&#233;formisme des plus classiques. Mais prenons en compte l'argumentation. Elle repose finalement sur la n&#233;cessit&#233; du Parlement pour &#171; &lt;i&gt;d&#233;gager la volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;&lt;/i&gt;, les conseils ouvriers n'&#233;tant capables d'exprimer que des points de vue particuliers, &#171; corporatistes &#187; selon l'expression employ&#233;e &#224; l'&#233;poque par les tenants de ces positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est alors occult&#233;, ce sont les conditions m&#234;mes de formation de la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;. On sait, dans la tradition marxiste, que la fonction de l'&#171; &#201;tat repr&#233;sentatif &#187; dans la d&#233;mocratie bourgeoise est de produire une pr&#233;tendue volont&#233; g&#233;n&#233;rale exprim&#233;e par les citoyens : &#171; &lt;i&gt;La formeg&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat repr&#233;sentatif &#8212; dans une d&#233;mocratie bourgeoise &#8212; est en elle-m&#234;me l'arme id&#233;ologique principale du capitalisme occidental ; son existence m&#234;me prive la classe ouvri&#232;re de l'id&#233;e du socialisme entra&#238;nant un autre type d'&#201;tat, et les moyens d'information et autres m&#233;canismes de contr&#244;le culturel renforcent d&#232;s lors cet 'effet' id&#233;ologique central. (...) L'existence de l'&#201;tat parlementaire constitue donc le cadre formel de tous les autres m&#233;canismes id&#233;ologiques de la classe dirigeante&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perry Anderson. Op. cit. , p. 46.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie socialiste ne peut donc &#234;tre qu'une autre forme de pouvoir politique : dans ses aspects institutionnels, dans les rapports &#233;tablis entre le &#171; politique &#187;, le &#171; social &#187;, l'&#171; &#233;conomique &#187;, que le capitalisme pr&#233;- sente comme des ordres totalement s&#233;par&#233;s. L'opposition n'est donc pas entre deux principes : un syst&#232;me repr&#233;sentatif et la d&#233;mocratie directe. M&#234;me si la confusion est souvent faite.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut donc, en toute rigueur, faire appel &#224; Rousseau pour fonder les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie directe, c'est le refus de c&#233;der une quelconque parcelle de la &#171; souverainet&#233; &#187; &#224; un repr&#233;sentant et donc le principe du mandat imp&#233;ratif. Il est facile pour ceux qui en font la base de la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187; (nous ne parlons pas ici d'une soci&#233;t&#233; sans classe) de montrer qu'une telle d&#233;mocratie est certes possible ponctuellement, pour repr&#233;senter des mobilisations, mais qu'elle est utopique (au mauvais sens du terme) s'il s'agit d'&#233;tablir les r&#232;gles de fonctionnement d'un pouvoir politique plus stable. Il ne resterait donc plus qu'&#224; se rabattre sur des formes de d&#233;mocratie repr&#233;sentative bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde les textes &#171; classiques &#187; de Marx ou de L&#233;nine sur la dictature du prol&#233;tariat, il est surtout question de r&#233;vocabilit&#233; des &#233;lus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore que dans la Guerre civile en France, Marx fasse r&#233;f&#233;rence une fois au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;f&#233;rence &#224; une dialectique entre d&#233;mocratie directe et d&#233;mocratie repr&#233;sentative ne r&#232;gle donc rien. Elle cache souvent, comme chez Ingrao, la soumission &#171; des structures d'auto-organisation de type conseilliste &#187; &#224; la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; du Parlement bourgeois. Rel&#233;guant les conseils au seul r&#244;le d'expression de points de vue particuliers, elle ne peut en fait envisager de nouvelles formes de pouvoir politique li&#233;es &#224; un projet diff&#233;rent de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche est totalement diff&#233;rente lorsque Gramsci traite de l'exp&#233;rience des conseils ouvriers de Turin en 1919. Pour lui, la forme d'organisation des conseils s'oppose &#224; la structuration produite par la soci&#233;t&#233; capitaliste qui fait d'un c&#244;t&#233; du prol&#233;taire un &#171; esclave &#187; salari&#233; et, de l'autre, un citoyen d&#233;sincarn&#233;. Avec les conseils, &#171; &lt;i&gt;la dictature du prol&#233;tariat peut s'incarner dans un type d'organisation sp&#233;cifique de l'activit&#233; propre aux producteurs. (...) Sa raison d'&#234;tre est dans le travail, dans la production industrielle, c'est-&#224;-dire dans un fait permanent, et non pas dans le salaire, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;dans la division des classes, c'est-&#224;-dire dans un fait transitoire qu'il s'agit de d&#233;passer. (...) Le conseil d'usine est le mod&#232;le de l'&#201;tat prol&#233;tarien&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ecrits, t. 1, Gallimard, 1974.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ces formulations, que l'on trouve dans de nombreux textes de dirigeants de l'IC de l'&#233;poque, sont lapidaires. Elles supposent r&#233;solue la s&#233;paration de l' &#171; &#233;conomique &#187; et du &#171; politique &#187;, certes sp&#233;cifique au syst&#232;me capitaliste, mais qui ne peut &#234;tre abolie du jour au lendemain. De telles affirmations ne sont pas &#233;trang&#232;res &#224; la vision que Gramsci &#8212;comme d'autres &#8212;a de l'imp&#233;rialisme, nouveau stade du capitalisme, qui fusionne politique et &#233;conomie et rompt ainsi avec la p&#233;riode &#171; lib&#233;rale &#187;. C'est consid&#233;rer comme r&#233;alis&#233; ce qui n'est qu'une tendance : &#171; &lt;i&gt;Puisque le r&#233;gime de la concurrence a &#233;t&#233; aboli par la phase imp&#233;rialiste du capitalisme mondial, le Parlement national a achev&#233; son r&#244;le historique&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 323.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le processus historique en Russie s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; de fa&#231;on plus complexe avec l'apparition de deux structures bien distinctes : les soviets et les comit&#233;s d'usine. Certains virent dans l'existence de ces deux institutions les effets d'une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne non &#171; pure &#187; qui devait prendre en compte l'existence des paysans. Les soviets, sous un certain aspect, &#233;taient bien un instrument d'alliance de classe avec la paysannerie. Pourtant, la r&#233;volution allemande de novembre 1918 vit &#224; nouveau appara&#238;tre ces deux structures. C'&#233;tait bien la preuve que la dictature du prol&#233;tariat ne pouvait, d'un seul coup, fusionner dans une seule forme de repr&#233;sentation socio-politique l'ensemble des niveaux de la r&#233;alit&#233; sociale et qu'une instance de repr&#233;sentation politique distincte &#233;tait n&#233;cessaire. L'IC des ann&#233;es vingt distingua ces deux niveaux. Il ne s'agit pas de reprendre ici tous les d&#233;bats de l'&#233;poque sur les formes d'organisation de la dictature du prol&#233;tariat : la place exacte des comit&#233;s d'usine et celle des syndicats, les discussions, moins connues, avec l'opposition ouvri&#232;re qui, en 1921, proposait &#171; &lt;i&gt;un congr&#232;s des producteurs&lt;/i&gt; &#187;, s&#233;par&#233; des soviets, afin de d&#233;finir les grandes lignes de la construction &#233;conomique. Il convient, par contre, de souligner ce que nous avons indiqu&#233; plus haut. La d&#233;mocratie socialiste suppose une organisation du pouvoir politique et des formes de repr&#233;sentation qu'on ne peut r&#233;duire &#224; la notion de d&#233;mocratie directe, ni m&#234;me &#224; la simple construction de la &#171; &lt;i&gt;pyramide des conseils&lt;/i&gt; &#187;. Ce qui supposerait que la soci&#233;t&#233; pourrait, du jour au lendemain, devenir transparente &#224; elle-m&#234;me et &#171; &lt;i&gt;absorber le politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le d&#233;bat entre les bolcheviks et Rosa Luxemburg sur la Constituante. On sait que Rosa &#233;crivait en prison une brochure dans laquelle elle d&#233;non&#231;ait la dissolution de cette assembl&#233;e. Avec raison ? On voit mal comment auraient pu coexister deux institutions &#8212; les soviets et la Constituante &#8212;, se d&#233;finissant chacun comme l'expression du pouvoir politique central. D'autant qu'&#224; l'&#233;poque, derri&#232;re la Constituante, se regroupaient clairement les forces de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, &#224; peine sortie de prison, lors de la r&#233;volution de novembre 1918, Rosa ne laissa subsister aucune ambigu&#239;t&#233; lorsqu'il fallut trancher du point de vue strat&#233;gique. Soit le pouvoir aux conseils ouvriers, soit, comme le d&#233;fendait la bourgeoisie, la social-d&#233;mocratie, et aussi les partisans de la &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie mixte&lt;/i&gt; &#187;, le pouvoir &#224; la Constituante. Il faut distinguer le choix de sa bataille, juste, contre la majorit&#233; gauchiste du jeune Parti communiste allemand qui choisit de boycotter les &#233;lections &#224; la Constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la brochure de Rosa appara&#238;t sp&#233;cialement pertinente dans sa critique de la fa&#231;on dont les bolcheviks ont fait de n&#233;cessit&#233; vertu en sous-estimant l'importance des libert&#233;s d&#233;mocratiques &#171; formelles &#187;. Question qui, &#224; l'&#233;vidence, constituait sa pr&#233;occupation premi&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne traitons pas dans cet article des questions actuelles concernant les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion sur les formes de repr&#233;sentation poli- tique ne peut &#233;viter la question du &#171; &lt;i&gt;parti unique de la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. L'id&#233;e d'un tel parti &#233;tait dominante dans l'IC de l'&#233;poque. Ce qui n'avait rien &#224; voir avec les th&#233;ories et pratiques staliniennes ult&#233;rieures, et n'avait pas comme logique automatique l'interdiction des autres partis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/police.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH225/police-a501f.jpg?1296169372' width='500' height='225' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Parti unique et pluripartisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, en fait, d'une notion qui n'a rien de particuli&#232;rement &#171; bolchevik &#187; et plonge plut&#244;t ses racines dans les traditions de la IIe internationale. La social-d&#233;mocratie d'avant 1914 se pense comme le parti de la classe ouvri&#232;re, son repr&#233;sentant politique, qui doit int&#233;grer les autres formes d'organisation de la classe : syndicats, coop&#233;ratives, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout naturellement, face &#224; la faillite de la social- d&#233;mocratie, dans leurs premi&#232;res ann&#233;es, les partis communistes se con&#231;oivent comme les repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re, en quelque sorte rempla&#231;ant la IIe internationale faillie. La r&#233;alit&#233; s'av&#233;ra plus complexe et la politique de front unique introduit partiellement une logique de rupture avec cette probl&#233;matique : n'implique-t-elle pas, en effet, de reconna&#238;tre le partenaire comme un parti de la classe ouvri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky, dans les ann&#233;es vingt, partage cette vision. Il avance, en ce qui concerne la Russie, des formulations beaucoup plus p&#233;remptoires que L&#233;nine. En 1927, la plate-forme de l'Opposition de gauche maintient toujours cette id&#233;e du parti unique. Pourtant, Trotsky, dans la &lt;i&gt;R&#233;volution trahie&lt;/i&gt; (1936), sera le premier et le seul dirigeant communiste de l'entre-deux-guerres &#224; rompre explicitement avec cette notion. Gramsci, lui, la conservera. Perry Anderson souligne m&#234;me que ses conceptions sur &#171; &lt;i&gt;la guerre de position&lt;/i&gt; &#187; s'articulent avec une d&#233;finition autoritaire du r&#244;le du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remise en cause de la part de Trotsky ne constitue pas une simple r&#233;action &#171; lib&#233;rale &#187; face au stalinisme, mais se fonde sur une argumentation plus profonde. Pour lui, l'identit&#233; classe-parti est fausse, pas seulement parce qu'un parti peut trahir sa classe et qu'il faut alors le remplacer par un autre, mais parce qu'un parti peut s'appuyer sur plusieurs fractions de la classe et l'exp&#233;rience a montr&#233; que l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la classe ouvri&#232;re impliquait l'existence possible de plusieurs partis. D&#233;marche qui nous semble d&#233;cisive. Elle ne fonde pas le pluralisme n&#233;cessaire sur une cat&#233;gorie morale ou sur les n&#233;cessit&#233;s du march&#233;, mais sur les conditions m&#234;mes d'existence de la classe ouvri&#232;re. Pour un parti r&#233;volutionnaire, gagner l'h&#233;g&#233;monie ce n'est plus simplement une question de bon rapport p&#233;dagogique avec la classe ouvri&#232;re de la part d'une organisation qui est la repr&#233;sentante de cette classe m&#234;me si celle-ci l'ignore encore. La d&#233;mocratie politique &#8212;comprise non seulement comme &#171; &lt;i&gt;libert&#233; de discussion &lt;/i&gt; &#187;, mais comme lutte de partis, avec tous les droits que cela suppose &#8212; n'est donc pas un suppl&#233;ment d'&#226;me au regard de la d&#233;mocratie socialiste, alors qu'elle constituerait une caract&#233;ristique de la d&#233;mocratie bourgeoise. Dans l'un et l'autre cas, elle s'enracine dans des n&#233;cessit&#233;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de ce fait est &#224; souligner face &#224; tous ceux qui expliquent que rompre avec &#171; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative bourgeoise &#187; induit une in&#233;luctable logique politique de marche au &#171; totalitarisme &#187;. Arguments qui ne sont pas seulement pr&#233;sents dans la droite lib&#233;rale ou dans la social-d&#233;mocratie. &#192; preuve ce qu'&#233;crivait, en 1977, Poulantzas, partisan d'un passage au socialisme articulant d&#233;mocratie repr&#233;sentative et d&#233;mocratie directe. Il expliquait que la perspective de destruction de l'appareil d'&#201;tat, au sens &#171; classique &#187; que ce terme avait chez Marx et L&#233;nine, signifiait &#171; &lt;i&gt; l'&#233;radiction de toute forme de d&#233;mocratie repr&#233;sentative et des libert&#233;s dites formelles, au profit exclusif de la d&#233;mocratie directe &#224; la base, et des libert&#233;s r&#233;elles. La seule d&#233;mocratie directe, &#224; la base ou au mouvement autogestionnaire (...), conduit in&#233;luctablement, &#224; plus ou moins long terme, &#224; un despotisme &#233;tatique ou &#224; une dictature des experts &lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poulantzas, l'&#201;tat, le pouvoir, le socialisme, PUF, p. 283 et&amp;#13;289.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel raisonnement suppose d'identifier la &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie socialiste&lt;/i&gt; &#187; &#224; la seule d&#233;mocratie directe &#224; la base et les libert&#233;s d&#233;mocratiques &#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative bourgeoise. Alors, en effet, l'argumentation appara&#238;t in&#233;luctable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne les libert&#233;s d&#233;mocratiques pour les anciennes classes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Puisqu'il est question d'autogestion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette red&#233;finition des formes du pouvoir politique doit naturellement s'accompagner de profonds bouleverse- ments socio-politiques : rupture avec la domination de la loi de la valeur (qui n'est pas synonyme de suppression de tout march&#233;), redistribution de l'espace de la vie sociale par une diminution du temps de travail, processus de mise en oeuvre de socialisation de l'&#233;conomie... Sans s'engager dans le d&#233;tail de &#171; l'&#233;conomie de transition &#187;, soulignons une remarque qui a son importance par rapport aux ann&#233;es vingt : apr&#232;s une r&#233;elle exp&#233;rience de contr&#244;le ouvrier, les bolcheviks r&#233;organis&#232;rent le travail dans l'usine de fa&#231;on plut&#244;t autoritaire. Certes, il est toujours difficile de faire la part entre ce qui est d&#233;termin&#233; par les conditions socio-&#233;conomiques catastrophiques et ce qui rel&#232;ve des probl&#232;mes d'orientation. N'emp&#234;che que le marxiste-r&#233;volutionnaire tch&#232;que Petr Uhl a raison d'&#233;crire : &#171; &lt;i&gt;Si les r&#233;volutionnaires acceptent le mot d'ordre d'Engels &#8212;'en entrant dans l'usine, abandonne toute id&#233;e d'autonomie' &#8212;, comme l'ont accept&#233; en pratique les bolcheviks russes, alors la soci&#233;t&#233; humaine ne brisera jamais ses cha&#238;nes &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Uhl. Le Socialisme emprisonn&#233;, La Br&#232;che, Paris, 1980, p. 60. Voir aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il de ces transformations possibles lorsque la bourgeoisie est encore &#233;conomiquement et politiquement dominante ? En France, Mai 68 et les ann&#233;es qui suivirent ont peu apport&#233; &#8212;hormis quelques exemples tel celui de Lip &#8212; sur les probl&#232;mes de contr&#244;le ouvrier. Une situation d&#233;j&#224; rencontr&#233;e en juin 36, et qui p&#232;se sur les traditions du mouvement r&#233;volutionnaire dans notre pays.En Italie, par contre, au cours de la m&#234;me p&#233;riode, des luttes &#224; dynamique de contr&#244;le ouvrier sur les conditions de travail ont jou&#233; un r&#244;le important. Durant la r&#233;volution portugaise, les exp&#233;riences de contr&#244;le sont all&#233;es plus loin : comptabilit&#233;, stock, embauche... On a m&#234;me vu les huit cents travailleurs d'une entreprise de l'automobile reconvertir la production et fabriquer des r&#233;frig&#233;rateurs. Dans une situation de ce type, il n'y a pas de Muraille de Chine entre contr&#244;le et passage &#224; la gestion directe, lorsque la r&#233;alit&#233; de l'entreprise le permet, ou bien par des coordinations de branches avan&#231;ant des propositions de nouvelles orientations &#233;conomiques. Refuser une telle dynamique, sous pr&#233;texte que le pouvoir politique n'est pas encore aux mains de la classe ouvri&#232;re, serait stupide ; c'est pr&#233;cis&#233;ment ainsi que se r&#233;alise l'apprentissage d'un nouveau pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'exp&#233;rience sociale n'a pas plus apport&#233;, concernant la crise r&#233;volutionnaire que ce qui nous avons discut&#233; dans les pages pr&#233;c&#233;dentes. Trotsky pol&#233;miquait, rappelons-le, avec les staliniens de la &#171; troisi&#232;me p&#233;riode &#187;, (mais aussi lors de la pr&#233;paration du projet de programme de l'IC en 1928 avec les positions de Boukharine) contre une vision restrictive du contr&#244;le ouvrier et une compr&#233;hension des revendications transitoires qui n'admettrait leur validit&#233; qu'en fonction de l'imminence de l'affrontement d&#233;cisif avec l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent soulign&#233;, &#224; juste titre, les potentialit&#233;s &#171; &lt;i&gt;autogestionnaires &#187;&lt;/i&gt; d'une classe ouvri&#232;re qui, par rapport au pass&#233;, s'est consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233;e en force sociale et en niveau culturel. Il faut pourtant indiquer un autre aspect : le laminage, par le d&#233;veloppement du capitalisme, de toutes les sph&#232;res qui autrefois permettaient au prol&#233;tariat de d&#233;velopper des pratiques &#171; &lt;i&gt;d'autonomie&lt;/i&gt; &#187; ou de &#171; &lt;i&gt;gestion &#187;&lt;/i&gt; ouvri&#232;re. Au sein de l'entreprise, d'abord, par la dislocation des collectifs ouvriers, de leurs cultures et de leurs formes de ma&#238;trise du proc&#232;s de production. Et aussi par la p&#233;n&#233;tration des rapports capitalistes dans l'ensemble des secteurs. Alors que, jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, le d&#233;veloppement des coop&#233;ratives constituait un point d'appui important du mouvement ouvrier et du processus de constitution du prol&#233;tariat en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IC ne s'oppose pas &#224; ce mouvement coop&#233;ratif, mais son d&#233;clin s'amorce entre les deux guerres et, apr&#232;s 1945, son espace &#233;conomique disparait. Lorsque des coop&#233;ratives se maintiennent, elles ne rev&#234;tent pas de caract&#233;ristiques radicalement diff&#233;rentes des entreprises capitalistes. Nous ne parlons pas ici de telle ou telle exp&#233;rience li&#233;e &#224; des luttes ou de caract&#232;re artisanal, mais d'une &#233;volution g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;ratives de consommation &#8212;une tradition forte dans le mouvement ouvrier &#8212; r&#233;sistent parfois plus longtemps. Mais, avec la p&#233;n&#233;tration du capital dans ce secteur, elles disparaissent ou deviennent des cha&#238;nes de distribution classiques. Dans l'apr&#232;s 68, les exp&#233;riences qui ont eu lieu sur ce terrain, y compris la mise en &#339;uvre d'autres circuits (voir les march&#233;s rouges italiens), sont rest&#233;es ponctuelles et li&#233;es &#224; des mobilisations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'&#201;tat, le patronat et les consommateurs, Michel Wieviorka, PCJF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; potentialit&#233;s autogestionnaires &#187; ne peuvent donc s'exprimer que lors de crises du syst&#232;me au sens large du terme. Nous retrouvons l&#224; tous les probl&#232;mes strat&#233;giques discut&#233;s au long de cet article et que ne peut r&#233;gler la seule r&#233;f&#233;rence &#224; l'autogestion. Cette notion, que nous reprenons &#224; notre compte, exprime la vieille id&#233;e d'&#171; auto-gouvernement &#187; que, d&#232;s sa naissance, le mouvement ouvrier a port&#233;e. Face &#224; l'exp&#233;rience stalinienne et &#224; la r&#233;alit&#233; des &#201;tats bureaucratiques, elle conserve toute son importance. Pourtant, elle traduit davantage une aspiration qu'elle ne constitue une r&#233;ponse. On sait que s'est d&#233;velopp&#233;e une version r&#233;formiste de l'autogestion qui &#233;vacue les questions de la rupture et de l'&#201;tat. D'un point de vue r&#233;volutionnaire, elle ne r&#233;sout pas les probl&#232;mes des formes de pouvoir de la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187; tels que nous les avons abord&#233;s dans les pages pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que, quelle que soit l'importance des aspirations qu'elle traduit, cette notion ne constitue pas par elle-m&#234;me une nouvelle donn&#233;e strat&#233;gique susceptible de bouleverser les coordonn&#233;es &#171; traditionnelles &#187; du mouvement ouvrier et la ligne de partage entre r&#233;forme et r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977, Poulantzas reprochait &#224; la Ligue communiste et, plus largement, &#224; tous les partisans d'une &#171; strat&#233;gie de double pouvoir &#187; de concevoir la constitution de ce nouveau pouvoir &#171; dans une ext&#233;riorit&#233; absolue &#187; par rapport &#224; l'&#201;tat. Il ajoutait, prenant l'exemple de la r&#233;volution portugaise : &#171; &lt;i&gt;Je pense que rupture il y aura, mais ce n'est pas forc&#233;ment entre l'&#201;tat en bloc et son ext&#233;rieur, les structures de pouvoir populaire &#224; la base. &#199;a peut se passer entre une fraction de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re qui, elle, appuy&#233;e aussi, par ailleurs, par des pouvoirs populaires &#224; la base, par les luttes syndicales ou des comit&#233;s de soldats, une fraction enti&#232;re de l'arm&#233;e d'&#201;tat donc, peut rompre avec sa fonction traditionnelle et passer au peuple. C'est comme &#231;a que que &#231;a s'est pass&#233; au Portugal : il n'y a pas eu du tout affrontement avec les milices populaires, d'une part, et l'arm&#233;e bourgeoise de l'autre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Poulantzas ajoute : &#171; &lt;i&gt;Je trouve difficile qu'une situation classique de double pouvoir se repr&#233;sente en Europe, en raison pr&#233;cis&#233;ment du d&#233;veloppement de l'&#201;tat, de sa puissance, de son int&#233;gration dans la vie sociale, dans tous les domaines, etc. D&#233;veloppement et puissance qui en m&#234;me temps le rendent tr&#232;s fort face &#224; une situation du double pouvoir, et tr&#232;s faible aussi, car le deuxi&#232;me pouvoir peut d&#233;sormais se pr&#233;senter aussi &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat en quelque sorte ; les ruptures peuvent passer aussi &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat, et c'est &#231;a sa faiblesse &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview par Henri Weber in Critique communiste, juin 1977.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/manif.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH224/manif-84f91.jpg?1793580232' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tat et double pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, ces id&#233;es ont quelque chose d'&#233;tonnant. Ainsi celle sur l'arm&#233;e au Portugal. Elle illustre parfaitement la remarque faite plus haut sur la fa&#231;on de concevoir les fonctions d'affrontement avec l'&#201;tat bourgeois, et en particulier avec ses corps r&#233;pressifs : des crises et des diff&#233;renciations en leur sein sont indispensables. Faut-il rappeler que la prise du pouvoir en octobre 1917, dans ses aspects militaires, ne s'est pas effectu&#233;e sous la forme d'une bataille rang&#233;e entre les milices ouvri&#232;res (&#171; &lt;i&gt; la garde rouge &lt;/i&gt; &#187;) et une arm&#233;e intacte ? Elle fut victorieuse parce que des r&#233;giments entiers, les armes &#224; la main, pass&#232;rent du c&#244;t&#233; de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Portugal, cette crise de l'institution militaire a pris des formes assez particuli&#232;res, avec des fractures importantes dans la hi&#233;rarchie et l'existence du MFA. Cela prouve que, m&#234;me si l'on prend en compte des donn&#233;es sp&#233;cifiques du Portugal, les arm&#233;es modernes peuvent subir des &#233;branlements tr&#232;s importants. Ce qui, pour des r&#233;volutionnaires, est plut&#244;t rassurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une question d'orientation d&#233;cisive : non pas l'opposition frontale entre milices et arm&#233;e, mais une politique d'approfondissement des fractures au sein de l'arm&#233;e par la pression du mouvement populaire, la constitution de comit&#233;s de soldats contre les r&#233;formistes qui militaient en d&#233;fense de l'unit&#233; de l'arm&#233;e et du MFA... C'&#233;tait l&#224; une condition pour que &#171; des officiers r&#233;volutionnaires &#187;, h&#233;sitant &#224; mettre compl&#232;tement en cause cette unit&#233;, s'engagent plus profond&#233;ment dans le processus r&#233;volutionnaire, pour &#171; &lt;i&gt;qu'une fraction enti&#232;re de l'arm&#233;e d'&#201;tat passe au peuple&lt;/i&gt; &#187;. En ce qui concerne la remarque de Poulantzas sur le d&#233;veloppement de l'&#201;tat, &#171; &lt;i&gt;son int&#233;gration dans la vie sociale&lt;/i&gt; &#187;, il conviendrait de discuter en d&#233;tail cette description qui, en fait, recouvre des r&#233;alit&#233;s qui ne peuvent &#234;tre totalement confondues. D'une part, des institutions directement li&#233;es &#224; l'extension de certaines fonctions de l'&#201;tat : que l'on songe, par exemple, &#224; la place prise par des administrations li&#233;es &#224; tel ou tel minist&#232;re. Il existe aussi d'autres institutions, plus ou moins li&#233;es &#224; l'&#201;tat selon les pays, et d&#233;terminantes dans la structuration de la soci&#233;t&#233; civile : &#233;cole, t&#233;l&#233;vision... Sans parler des entreprises de services qui fonctionnent quelquefois comme soci&#233;t&#233;s priv&#233;es ou comme &#171; services publics &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile, de ce point de vue, de remarquer que la situation a chang&#233; par rapport &#224; la Russie de 1917 ou m&#234;me &#224; l'Allemagne des ann&#233;es vingt. Le mouvement ouvrier a d'ailleurs depuis longtemps p&#233;n&#233;tr&#233; ces institutions dans lesquelles travaillent de nombreux salari&#233;s. On voit mal comment une situation de double pouvoir pourrait se constituer &#171; &lt;i&gt;en totale ext&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis d'elles&lt;/i&gt; &#187; ! Poulantzas signale qu'en p&#233;riode de crise, c'est l&#224; un point de faiblesse extr&#234;me pour l'&#201;tat bourgeois et une possibilit&#233; de sa paralysie. Mai 68 en France en a largement apport&#233; la d&#233;monstration. Il s'agissait pourtant d'une simple gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, et non de la mise en &#339;uvre au sein de ces institutions de pratiques de contr&#244;le, voire de gestion directe. Cette discussion &#8212;en termes &#171; d'ext&#233;riorit&#233; &#187; ou non &#8212; est &#224; vrai dire quelque peu circulaire. Comme celle que nous relevions dans les pages pr&#233;c&#233;dentes par rapport &#224; Christine Buci-Glucksmann, elle repose sur une ambigu&#239;t&#233; fondamentale : l'analyse de l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux auteurs, avec d'autres, partaient en guerre contre une vision &#171; &lt;i&gt;instrumentaliste&lt;/i&gt; &#187; de l'&#201;tat, qui aurait domin&#233; la IIIe Internationale, en particulier apr&#232;s la mort de L&#233;nine. Une telle vision &#233;tant d&#233;nonc&#233;e comme inapte &#224; comprendre les crises et les contradictions propres au niveau de l'&#201;tat. Les analyses de l'IC des ann&#233;es trente &#233;tant pr&#233;sent&#233;es comme exemple type de cette conception r&#233;ductrice ne prenant pas en compte les contradictions au niveau des diff&#233;rentes formes politiques et d&#233;bouchant sur l'orientation que l'on conna&#238;t. Ce n'est pas nous qui allons contredire ce dernier constat. Regrettons, une fois de plus, que, lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur &#171; &lt;i&gt;le marxisme de la IIIe Internationale&lt;/i&gt; &#187;, les analyses de Trotsky sur les diff&#233;rentes formes de pouvoir capitaliste ne soient pas prises en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, l'id&#233;e que l'&#201;tat serait un simple instrument entre les mains d'une classe bourgeoise d&#233;j&#224; constitu&#233;e nous semble fausse. Citons Gramsci : &#171; &lt;i&gt;La classe bourgeoise n'est pas une entit&#233; hors de l'&#201;tat (...) L'&#201;tat am&#232;ne &#224; composition, sur le plan juridique, les dissensions int&#233;rieures des classes, les d&#233;saccords entre int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s ; il unifie et mod&#232;le l'aspect de la classe tout enti&#232;re &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crits, t. 1, p. 151.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Il faut ajouter que, par rapport &#224; la classe ouvri&#232;re, l'&#201;tat n'est pas en simple rapport d'ext&#233;riorit&#233; et/ou de r&#233;pression. Il a une fonction de division et d'atomisation, c'est-&#224;-dire d'organisation en fonction de la logique du syst&#232;me. L'&#201;tat repr&#233;sentatif est donc tout &#224; la fois un cadre d'unification de la bourgeoisie et, comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;, par sa forme politique m&#234;me, &#171; &lt;i&gt;l'arme id&#233;ologique principale du capitalisme occidental&lt;/i&gt; &#187;. Il n'est pas une simple technique politique- juridique &#8212;un syst&#232;me de d&#233;mocratie repr&#233;sentative oppos&#233; &#224; la d&#233;mocratie directe &#8212; mais la forme de domination politique de la bourgeoise ou, dit autrement, la fa&#231;on dont la soci&#233;t&#233; capitaliste s'organise politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas de fermer les yeux sur les contradictions sp&#233;cifiques que peut produire ce type d'&#201;tat ou d'ignorer comment certaines d'entre elles renvoient &#224; des rapports de forces entres classes. Il est, en l'occurrence, de comprendre dans quel cadre elles fonctionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poulantzas, pour se d&#233;barrasser de cette vision de &#171; l'&#201;tat comme chose, la vieille conception instrumentaliste de l'&#201;tat, outil passif, sinon neutre, totalement manipul&#233; par une seule fraction &#187;, explique : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat capitaliste ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une entit&#233; intrins&#232;que, mais, comme c'est d'ailleurs le cas pour le capital, comme un rapport, plus exactement une condensation mat&#233;rielle (l'&#201;tat-appareil) d'un rapport de forces entre classes et fractions de classes telles qu'elles s'expriment, de fa&#231;on sp&#233;cifique toujours (s&#233;paration relative de l'&#201;tat et de l'&#233;conomie donnant lieu aux institutions propres de l'&#201;tat capitaliste), au sein m&#234;me de l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les transformations actuelles de l'Etat in La Crise de l'Etat, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finition ambigu&#235; qui laisse la porte ouverte &#224; une transformation de la nature de cet &#201;tat par l'&#233;volution, en son sein, de ce rapport de forces. Faut-il rappeler que le capital n'est pas simplement &#171; &lt;i&gt;la condensation mat&#233;rielle&lt;/i&gt; &#187; d'un rapport de forces entre classes, mais un rapport social, capitaliste justement. Bien s&#251;r jouent en son sein les rapports de forces entre classes, les contradictions dans un cadre qu'il faut briser, et pas seulement faire &#233;voluer en faveur de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'indiqu&#233; finalement la perspective strat&#233;gique de destruction de l'&#201;tat bourgeois, c'est-&#224;-dire sous un autre terme, la dictature du prol&#233;tariat. Destruction qui ne signifie pas simplement affrontements in&#233;vitables avec le &#171; noyau dur &#187; de l'appareil d'&#201;tat, mais aussi fondation de nouvelles formes de pouvoir politique, d'un &#201;tat nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de conclure, nous voudrions indiquer une des difficult&#233;s importantes rencontr&#233;es dans la bataille pour l'h&#233;g&#233;monie : ce que l'on pourrait appeler une perte d'autonomie culturelle profonde du prol&#233;tariat dont Emest Mandel, dans &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me &#194;ge du capitalisme&lt;/i&gt;, d&#233;gage les racines : &#171; &lt;i&gt;Les conqu&#234;tes culturelles du prol&#233;tariat (livres, journaux, formation culturelle, sport, organisation), garanties effectivement par l'essor et les luttes du mouvement ouvrier moderne, perdent les caract&#233;ristiques de volontariat, d'ind&#233;pendance et d'autonomie vis-&#224;-vis du proc&#232;s de production et de circulation marchandes capitalistes qu'elles avaient acquises &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme classique (en Allemagne surtout dans la p&#233;riode 1890-1933). Avec la r&#233;cup&#233;ration de la production et la circulation marchande des besoins culturels du prol&#233;tariat, c'est une reprivatisation profonde de la sph&#232;re des loisirs de la classe ouvri&#232;re qui se produit. Elle &lt;/i&gt;&lt;i&gt;repr&#233;sente une rupture brutale avec la tendance &#224; l'&#233;largissement des activit&#233;s collectives ou solidaires, c'est-&#224;-dire l'auto-activit&#233; du prol&#233;tariat, &#224; l'&#233;poque du capitalisme de libre concurrence et de l'imp&#233;rialisme classique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Troisi&#232;me &#194;ge du capitalisme, 10-18, t. 2, p. 402.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconqu&#234;te de cette autonomie n'est pas chose facile. Que l'on se souvienne de l'exp&#233;rience italienne des radios libres. Dans un premier temps, en lien avec les mobilisations populaires, elle semble reproduire le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne &#8212;avec des techniques diff&#233;rentes&#8212; que la presse ouvri&#232;re du d&#233;but du si&#232;cle : un lieu d&#233;cisif d'affirmation d'une autre identit&#233; et d'une autre culture. Mais, avec le recul des luttes, elles deviennent le point d'appui d'une nouvelle forme d'appropriation capitaliste de l'espace. Les rapports aux grands m&#233;dias modernes (radio, t&#233;l&#233;vision) illustrent bien la situation contradictoire du mouvement ouvrier face &#224; des institutions cl&#233;s de la soci&#233;t&#233; civile. Des exp&#233;riences comme celle de la cr&#233;ation de radios &#224; Longwy durant la lutte des sid&#233;rurgistes ne peuvent remplacer une &#171; &lt;i&gt;demande d'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187; qui renvoie finalement &#224; la place contradictoire de ces institutions publiques ou para-publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur existence traduit la n&#233;cessit&#233; de &#171; socialisation &#187; (de prise en charge des besoins par l'ensemble de la soci&#233;t&#233;) &#8212;d'o&#249; l'id&#233;e de &#171; service public &#187;&#8212; mais on ne peut ignorer qu'il s'agit aussi d'institutions bourgeoises. On rencontre un probl&#232;me similaire avec l'&#233;cole. Sur ces terrains comme sur d'autres, les exp&#233;riences de lutte de classe qui se sont d&#233;velopp&#233;es en Europe entre les ann&#233;es 1968 et 1978 apportent des indications pr&#233;cieuses. Pourtant, il faut bien faire un constat : celui des limites de ces processus r&#233;volutionnaires. Nous voulons dire par l&#224; que, si l'on compare avec le pass&#233;, m&#234;me celui du Portugal o&#249; la chose est all&#233;e le plus loin, les crises ont profond&#233;ment &#233;branl&#233; la bourgeoisie, sans radicalement remettre en cause, aux yeux des grandes masses, la l&#233;gitimit&#233; de sa domination, sans crise profonde de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan de l'exp&#233;rience sociale elle-m&#234;me fixe donc des limites aux discussions sur les formes de crise r&#233;volutionnaire en Occident &#224; notre &#233;poque. Et, de toute fa&#231;on, nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, notre d&#233;marche n'est pas de construire des mod&#232;les, mais d'expliciter certaines &#171; &lt;i&gt;hypoth&#232;ses strat&#233;giques&lt;/i&gt; &#187; qui nous semblent, jusqu'&#224; preuve du contraire, incontournables pour la d&#233;finition d'un projet r&#233;volutionnaire. Le travail sur les ann&#233;es vingt et trente est n&#233;cessaire parce que &#171; &lt;i&gt;les querelles internationales qui, sur ces probl&#232;mes, rassembl&#232;rent et divis&#232;rent Rosa Luxemburg, L&#233;nine, Lukacs, Gramsci, Bordiga ou Trotsky sont les marques du dernier grand d&#233;bat strat&#233;gique du mouvement ouvrier &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Perry Anderson, op. cit., p. 140.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Non pas regret d'un &#194;ge d'or, mais constat historique. Ce travail est aussi utile car il peut en partie nous permettre d'avancer dans l'actualisation de ces donn&#233;es strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons vu &#224; propos des textes de Trotsky traitant des formes possibles du processus r&#233;volutionnaire en Allemagne, et du d&#233;calage entre des exp&#233;riences de double pouvoir apparaissant dans la soci&#233;t&#233; autour du contr&#244;le ouvrier et de la crise de l'&#201;tat proprement dite. Une donn&#233;e de fond de la r&#233;volution en Occident semble bien &#234;tre la n&#233;cessit&#233; pour les masses de faire l'exp&#233;rience pratique et prolong&#233;e, avant l'affrontement in&#233;vitable, d'une d&#233;mocratie sup&#233;rieure &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise. (Une n&#233;cessit&#233; qui plonge ses racines dans les formes de domination bourgeoise mais aussi dans ce qui les renforce : l'exp&#233;rience du stalinisme et du &#171; &lt;i&gt;socialisme r&#233;ellement existant&lt;/i&gt; &#187;. &#192; la veille du bicentenaire de la R&#233;volution fran&#231;aise, concluons par un rappel : la n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;volution n'implique en rien l'oubli de la diff&#233;rence profonde entre &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution bourgeoise&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; &#187;.Dans le premier cas, les rapports de production capitalistes peuvent se d&#233;velopper dans l'ancienne soci&#233;t&#233;, dans le second, la classe ouvri&#232;re ne peut occuper des positions durables de pouvoir au sein du syst&#232;me capitaliste. D'o&#249; la place centrale, pour elle, de la lutte pour le pouvoir politique qui, en fait, d&#233;termine toute transformation en profondeur de l'ordre social. Telle est, en dernier ressort, la donn&#233;e de base des &#171; hypoth&#232;ses strat&#233;giques &#187; dont nous avons parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es soixante, Lucien Goldmann, qui se r&#233;clamait du &#171; r&#233;formisme-r&#233;volutionnaire &#187;, introduit en France par Andr&#233; Gorz et Serge Mallet, savait bien qu'en toute rigueur la d&#233;fense d'une telle position signifiait la mise en cause de cette donn&#233;e de base. Ce qu'il fit en expliquant qu'existait une &#171; nouvelle classe ouvri&#232;re &#187; capable de prendre des positions de pouvoir, &#233;conomique et social, dans le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors,&#171; &lt;i&gt;le sch&#233;ma marxiste traditionnel d'un prol&#233;tariat n'ayant aucune possibilit&#233; de conqu&#233;rir des positions sociales et &#233;conomiques importantes &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; capitaliste, ne saurait arriver au socialisme que par une r&#233;volution politique, une conqu&#234;te de l'&#201;tat pr&#233;alable &#224; toute r&#233;forme fondamentale de la structure &#233;conomique, se trouve profond&#233;ment modifi&#233;. Des conqu&#234;tes qualitatives orient&#233;es vers le contr&#244;le de la production et l'autogestion ne supposent plus n&#233;cessairement une conqu&#234;te pr&#233;alable de la machine &#233;tatique et la marche vers le socialisme prendra un chemin analogue au d&#233;veloppement de la bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien Goldmann, Marxisme et Sciences humaines, Id&#233;es, NRF, 1970, p. 352.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Or, m&#234;me si ce n'est pas le lieu ici de discuter des transformations et de l'&#233;volution de la classe ouvri&#232;re en Occident, il nous semble clair que rien, ni dans l'analyse, ni dans l'exp&#233;rience, ne prouve l'existence d'une &#171; &lt;i&gt;nouvelle classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &#187; occupant la place que lui donnait Lucien Goldmann.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://orta.dynalias.org/critiqueco/home" class="spip_out"&gt;Paru &#224; l'origine dans Critique Communiste n&#176;sp&#233;cial, 1987&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Revue &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;. Num&#233;ro 9, mars 1987, consacr&#233; &#224; l'anniversaire de la mort de Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Perry Anderson. Sur Gramsci. Petite collection Maspero, 1978&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Quatre Premiers Congr&#232;s de l'IC. Maspero.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Gramsci et Bordiga face au Komintern (1921-1926), Quintin Hoare : &#171; &lt;i&gt;Toute l'histoire du PCI entre 1921 et 1924 fut marqu&#233;e par une s&#233;rie de d&#233;saccords [avec le Komintern] tournant autour de la question du front unique. Le maximum que les communistes italiens &#233;taient dispos&#233;s &#224; accepter &#8212;sur ce point, Gramsci et Togliatti &#233;taient en accord avec Bordiga &#8212;c'est ce qu'ils appelaient le front uni &#224; la base&lt;/i&gt; &#187;, in num&#233;ro des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; sur Gramsci, f&#233;vrier 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Pierre Frank in &lt;i&gt;l'Histoire de l'Internationale communiste&lt;/i&gt;, La Br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Pierre Frank in l'Histoire de l'Internationale niste, La Br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Oeuvres&lt;/i&gt;, t. 31, p. 233&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La troisi&#232;me erreur de l'Internationale syndicale rouge &#187;.&amp;#13;Publi&#233; in &lt;i&gt;l'Internationale syndicale rouge&lt;/i&gt;, Maspero, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le concept de crise de l'&#201;tat et son histoire, in &lt;i&gt;la Crise de l'&#201;tat&lt;/i&gt;, sous la direction de Nicos Poulantzas, PUF politiques, 1976,&amp;#13;p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le contr&#244;le ouvrier et la coop&#233;ration avec l'URSS &#187; in&amp;#13;&lt;i&gt;Comment vaincre le fascisme&lt;/i&gt;, Buchet-Chastel, p. 211. Et, surtout, au sujet du contr&#244;le ouvrier sur la production, &lt;i&gt;Anthologie sur le contr&#244;le ouvrier, les conseils ouvriers et l'autogestion&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e par E. Mandel, Maspero 1970, p. 281.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur Gramsci&lt;/i&gt;, p. 72 et p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien recueilli par Henri Weber dans &lt;i&gt;le Parti communiste italien : aux sources de l'eurocommunisme&lt;/i&gt;. Christian Bourgois, 1977, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Perry Anderson. &lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;. , p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ne peut donc, en toute rigueur, faire appel &#224; Rousseau pour fonder les principes de &#171; &lt;i&gt;la d&#233;mocratie socialiste&lt;/i&gt; &#187; comme le fait Lucio Colleti : &#171; &lt;i&gt;La th&#233;orie politique marxiste d&#233;pend, pour l'essentiel, de Rousseau&lt;/i&gt; &#187; (in &lt;i&gt;De Rousseau &#224; L&#233;nine&lt;/i&gt;. Gramma, 1974, p.257). Marx en ayant simplement fourni les &#171; &lt;i&gt;bases &#233;conomiques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore que dans la Guerre civile en France, Marx fasse r&#233;f&#233;rence une fois au mandat imp&#233;ratif, m&#234;me si ce n'est pas le centre de son argumentation. L&#233;nine, dans les passages de &lt;i&gt;l'&#201;tat et la R&#233;volution&lt;/i&gt;, qui traitent de ce texte de Marx sur la Commune, &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas &#224; d&#233;truire les organismes repr&#233;sentatifs et le principe &#233;lectif (...) Nous ne pouvons concevoir une d&#233;mocratie, m&#234;me une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, sans organismes repr&#233;sentatifs : mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme&lt;/i&gt; &#187;. Il serait de toute fa&#231;on vain de vouloir chercher dans ces deux textes une th&#233;orie quasi achev&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat et d'escamoter certains probl&#232;mes qu'ils contiennent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ecrits&lt;/i&gt;, t. 1, Gallimard, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, p. 323.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne traitons pas dans cet article des questions actuelles concernant les pays de l'Est. Par exemple, de la revendication apparue en Pologne d'une double Chambre. Nous croyons simplement que ce type de perspective n'a que peu &#224; voir avec celle des partisans de &#171; &lt;i&gt;la d&#233;mocratie mixte&lt;/i&gt; &#187;en syst&#232;me capitaliste. Car dans ces pays o&#249; les principaux moyens de production et d'&#233;change ont &#233;t&#233; expropri&#233;s et o&#249; existe une planification (bureaucratique), la revendication d'une double Chambre tend &#224; se remplir d'un contenu d&#233;mocratique et social diff&#233;rent de ce qui se passe dans une &#233;conomie de march&#233;, lorsque la bourgeoisie contr&#244;le les principaux moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poulantzas, &lt;i&gt;l'&#201;tat, le pouvoir, le socialisme&lt;/i&gt;, PUF, p. 283 et&amp;#13;289.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne les libert&#233;s d&#233;mocratiques pour les anciennes classes poss&#233;dantes, L&#233;nine expliquait dans la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky que le retrait du droit de vote aux membres des anciennes classes poss&#233;dantes &#233;tait une mesure &#171; &lt;i&gt;russe&lt;/i&gt; &#187; et non une norme de la dictature du prol&#233;tariat. En&amp;#13;1933, Trostky &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;II n'est pas du tout exclu qu'ayant pris le pouvoir, les ouvriers d'Allemagne se trouvent assez puissants pour accorder la libert&#233; de r&#233;union et de presse &#233;galement aux exploiteurs de la veille (...) M&#234;me pour la p&#233;riode de la dictature du prol&#233;tariat, il n'existe pas un principe de base pour limiter &#224; l'avance la libert&#233; de r&#233;union et de presse aux seules masses laborieuses &#187; &lt;/i&gt;(&#171; Fascisme et mots d'ordre d&#233;mocratiques &#187;, in &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, t. 1, p. 240, EDI).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Uhl. &lt;i&gt;Le Socialisme emprisonn&#233;&lt;/i&gt;, La Br&#232;che, Paris, 1980, p. 60. Voir aussi Zbigniew M. Kowalewski, &lt;i&gt;Rendez-nous nos usines&lt;/i&gt;, La Br&#232;che, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'&#201;tat, le patronat et les consommateurs,&lt;/i&gt; Michel Wieviorka, PCJF politiques 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview par Henri Weber in &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt;, juin 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, t. 1, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les transformations actuelles de l'Etat in &lt;i&gt;La Crise de l'Etat&lt;/i&gt;, op. cit., p. 38. Notons toutefois que Poulantzas rejette explicitement l'id&#233;e r&#233;formiste classique que l'Etat aurait une &#171; &lt;i&gt;double nature&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Troisi&#232;me &#194;ge du capitalisme&lt;/i&gt;, 10-18, t. 2, p. 402.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Perry Anderson, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien Goldmann, &lt;i&gt;Marxisme et Sciences humaines,&lt;/i&gt; Id&#233;es, NRF, 1970, p. 352.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi se souvenir de 68 ?</title>
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		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>PCF</dc:subject>

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&lt;p&gt;Intellectuel militant, parmi les fondateurs de la Jeunesse Communiste R&#233;volutionnaire (1966), puis de la Ligue Communiste (1969) devenue Ligue Communiste R&#233;volutionnaire en 1973, Daniel Bensa&#239;d (1946-2010) a &#233;t&#233; un passeur pr&#233;cieux de la m&#233;moire collective de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise. Professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; de Paris VIII, il a oeuvr&#233;, &#224; contre-courant durant les ann&#233;es 1980, &#224; d&#233;fendre un marxisme vivant, nourri des luttes sociales. R&#233;cemment, inspir&#233; par les vagues de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/que-faire-no03-mars-avril-2010" rel="directory"&gt;Que Faire ? - n&#176;03 - Mars/Avril 2010&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L101xH150/arton194-b9e44.jpg?1793542158' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intellectuel militant, parmi les fondateurs de la Jeunesse Communiste R&#233;volutionnaire (1966), puis de la Ligue Communiste (1969) devenue Ligue Communiste R&#233;volutionnaire en 1973, Daniel Bensa&#239;d (1946-2010) a &#233;t&#233; un passeur pr&#233;cieux de la m&#233;moire collective de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise. Professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; de Paris VIII, il a oeuvr&#233;, &#224; contre-courant durant les ann&#233;es 1980, &#224; d&#233;fendre un marxisme vivant, nourri des luttes sociales. R&#233;cemment, inspir&#233; par les vagues de luttes en France, il avait &#233;t&#233; moteur pour reconstruire une gauche radicale ouverte. Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s nombreux &#224; &#234;tre inspir&#233;s par lui au cours du processus de cr&#233;ation du Nouveau Parti Anticapitaliste. Dans cette intervention publique, Bensa&#239;d revient sur sa propre exp&#233;rience des mouvements de 1968, avec le souci de lui donner sens pour les g&#233;n&#233;rations militantes actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes rentr&#233;s dans le printemps des c&#233;l&#233;brations, des comm&#233;morations et, si l'on regarde ce qui est la tonalit&#233; dominante de la part des v&#233;t&#233;rans fourbus de 68, c'est de r&#233;p&#233;ter &#171; &lt;i&gt;68 c'est fini&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, 68 c'est fini et depuis longtemps. Mais le probl&#232;me en histoire c'est que le dernier mot n'est jamais dit, il y a toujours une suite. Insister sur le fait que 68 est fini, c'est la manifestation d'une crainte que &#231;a puisse recommencer. C'est une mani&#232;re de conjurer le souvenir et le spectre de 68. Le vrai probl&#232;me est de savoir pourquoi on parle encore de cette vieillerie qui a plus de 40 ans, c'est &#224; dire qui est beaucoup plus loin dans le pass&#233; pour vous que ne l'&#233;tait pour nous le Front Populaire ou la lib&#233;ration et la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des dynamiques d&#233;ploy&#233;es &#224; &#233;chelle mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais d'abord insister sur les raisons pour lesquelles c'est un &#233;v&#233;nement qui nous parle et en m&#234;me temps mesurer la distance et la diff&#233;rence qui nous en s&#233;pare. D'abord si on parle de 68 on ne peut pas rester braqu&#233;s dans le petit univers de l'hexagone fran&#231;ais. Si 68 a un &#233;cho, c'est que 68 pr&#233;cis&#233;ment est un &#233;v&#233;nement international. On &#233;tait dans une s&#233;quence, les ann&#233;es soixante et le d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, o&#249; beaucoup de gens voulaient changer le monde, d'abord parmi les peuples qui avaient &#233;t&#233; domin&#233;s, &#233;cras&#233;s, m&#233;pris&#233;s pendant la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait dans la grande vague des luttes d'ind&#233;pendance et de lib&#233;ration : l'Alg&#233;rie, Cuba, l'Indochine... En f&#233;vrier 68 ce qu'on a appel&#233; l'offensive du T&#234;t a failli renverser l'occupation am&#233;ricaine et le r&#233;gime fantoche de Saigon. Il a fallu sept ans de plus pour qu'il tombe pour de bon. 68 c'&#233;tait un an apr&#232;s le coup d'arr&#234;t &#224; la r&#233;volution culturelle en Chine et la commune de Shanghai, quelques mois apr&#232;s l'assassinat de Guevara en Bolivie et c'&#233;tait l'ann&#233;e o&#249; &#231;a bougeait aussi &#224; l'est, o&#249; il y avait des mouvements &#233;tudiants en Pologne. Et surtout, c'&#233;tait le printemps de Prague qui avait commenc&#233; au d&#233;but de l'ann&#233;e 68. Enfin en Europe occidentale, apr&#232;s des ann&#233;es cinquante qui avaient &#233;t&#233; des ann&#233;es de creux du point de vue du mouvement et des luttes ouvri&#232;res, on voyait une renaissance se d&#233;velopper &#224; partir des gr&#232;ves belges de 61, de la gr&#232;ve des mineurs en France de 63 et surtout en 66-67 une jeune classe ouvri&#232;re souvent d'origine rurale qui commen&#231;ait &#224; faire valoir ses droits avec de v&#233;ritables gr&#232;ves et &#233;meutes pratiquement urbaines &#224; Besan&#231;on, &#224; Caen, au Mans, &#224; Redon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris ces trois exemples, les luttes de lib&#233;ration nationale, les luttes en Europe de l'est, la reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res en Europe occidentale pour dire que sur trois fronts, pratiquement dans le monde entier, quelque chose bougeait et quelque chose qui se trouvait des points communs. On manifestait pour le Vietnam, pour la Pologne et on consid&#233;rait que les &#233;tudiants de Berlin, les &#233;tudiants de Prague ou les &#233;tudiants de Mexico, c'&#233;tait finalement nos compagnons, nos camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me trait caract&#233;ristique a &#233;t&#233; un soul&#232;vement plan&#233;taire de la jeunesse, qui allait depuis le grand mouvement &#233;tudiant de Mexico de l'&#233;t&#233; 68, des luttes de toute l'ann&#233;e 68-69 au Br&#233;sil, mais &#233;galement au Pakistan et dans certains pays d'Asie. Ce soul&#232;vement de la jeunesse traduisait un changement radical, m&#234;me dans les pays issus de la colonisation, de la fonction des universit&#233;s, du besoin d'&#233;largir le public promis &#224; une certaine qualification pour un travail intellectuel, le d&#233;veloppement des services. Ce n'&#233;tait pas encore les 50 &#224; 60% de bacheliers, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; un &#233;largissement avec l'arriv&#233;e &#224; l'universit&#233;, et c'&#233;tait notre cas, d'&#233;tudiants d'origine plus modeste. Les universit&#233;s n'&#233;taient plus seulement des universit&#233;s d'&#233;lites. Il y avait des revendications sur la mixit&#233; de la cit&#233; universitaire, il y avait d&#233;j&#224; des revendications contre les r&#233;formes universitaires qui nous &#233;taient impos&#233;es, et il y avait aussi une tr&#232;s forte critique des cours et surtout l'id&#233;e, en sciences humaines, de ne pas devenir les chiens de garde de la paix sociale. Un des &#233;l&#233;ments cl&#233;, qui a pr&#233;par&#233; l'explosion &#224; Nanterre, c'&#233;tait la critique des cours, le refus d'&#234;tre les pacificateurs de l'ordre bourgeois et de la soci&#233;t&#233; de consommation qui commen&#231;ait &#224; se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me &#233;l&#233;ment qu'il faut comprendre sur 1968, c'est &#233;videmment la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale la plus longue et la plus massive de l'histoire. &#199;a ne va pas vous dire grand chose mais on a chiffr&#233; le nombre de journ&#233;es de gr&#232;ve en France en 68 &#224; 150 millions, c'est quelque chose d'in&#233;gal&#233;. On nous demande parfois si ce n'&#233;tait pas le dernier soubresaut du mouvement ouvrier du XIXe et XXe si&#232;cle. En partie pour ce qui est de la sid&#233;rurgie par exemple mais c'&#233;tait surtout l'annonce des gr&#232;ves du XXe si&#232;cle, dans les services, &#224; l'ORTF, m&#234;me dans certaines &#233;quipes de foot ! C'est effectivement une gr&#232;ve charni&#232;re entre deux types de mouvement sociaux, il y a la culture de l'ancien mais qui pose d&#233;j&#224; les jalons de ce qui allait commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est ce sur quoi on insiste le plus dans les c&#233;l&#233;brations officielles, c'est le c&#244;t&#233; culturel, la r&#233;volution sexuelle, musicale, qui traduisait une aspiration de l'individu &#224; exister, aspirant &#224; davantage de libert&#233;s dans sa vie amoureuse. Mais &#224; l'&#233;poque, cette explosion d'aspiration ne s'opposait pas aux solidarit&#233;s. Je dirais que c'&#233;tait l'av&#232;nement et la naissance de l'individu solidaire et non pas d'un individu solitaire, m&#233;fiant ou &#233;go&#239;ste que promet aujourd'hui l'individualisme concurrentiel et lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_67 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/mai_68_mai_2008.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH748/mai_68_mai_2008-496af.jpg?1296303456' width='500' height='748' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La signification de l'exp&#233;rience fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors la question qui vient est quel a &#233;t&#233; le moment et la possibilit&#233; de 68 ? Est-ce que c'&#233;tait une r&#233;volution ? Est-ce que tout, comme nous l'avons dit, &#233;tait possible ? Tout, peut-&#234;tre pas. Si on compare nos m&#233;moires collectives, on se souvient des acquis du Front Populaire &#8211; les cong&#233;s pay&#233;s &#8211; de la lib&#233;ration &#8211; la s&#233;curit&#233; sociale &#8211; etc. Et 1968, la plus grosse gr&#232;ve, &#231;a a donn&#233; quoi ? Pas rien, on a eu des augmentations jusqu'&#224; 30 voire 50% dans certains endroits, il y a eu des droits syndicaux de la section syndicale d'entreprise, mais rien d'aussi fort symboliquement, rien d'aussi marquant pour la m&#233;moire collective que l'avaient &#233;t&#233; les gains de 1936 ou de 1945. Autrement dit, c'est vrai que dans une p&#233;riode qui &#233;tait une longue p&#233;riode de croissance, il y avait un c&#244;t&#233; &#171; rattraper le retard &#187;, mieux partager ce qu'ils appelaient, les dirigeants, les fruits de la croissance. &#199;a explique qu'avec un r&#233;sultat modeste, par rapport &#224; ce qui aurait &#233;t&#233; possible, finalement le retour au travail, organis&#233; principalement &#224; l'&#233;poque par le Parti communiste et la CGT, s'est fait sans trop de casse et sans trop de rupture. Il n'y a eu qu'un dirigeant CGT d&#233;missionnaire, un dirigeant du comit&#233; central du PC d&#233;missionnaire, mais il n'y a m&#234;me pas eu par exemple de ruptures significatives, comparables &#224; ce qui s'&#233;tait pass&#233; en 1947, apr&#232;s les gr&#232;ves de Renault Billancourt. Donc peu de fractures parce que finalement ce rattrapage avait eu lieu. Maintenant on peut comprendre que c'&#233;tait une aspiration largement partag&#233;e. Alors tout n'&#233;tait peut-&#234;tre pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Waldeck Rochet, qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque le dirigeant du Parti communiste, disait que le choix c'&#233;tait soit faire aboutir &#224; des revendications modestes mais importantes, soit l'insurrection et la guerre civile. Il ne s'agissait pas de &#231;a, mais il y a eu une p&#233;riode de crise, une p&#233;riode de trois jours. Et &#231;a ce n'est pas que de l'histoire, c'est important d'y r&#233;fl&#233;chir pour l'avenir. Une p&#233;riode de trois jours o&#249; effectivement ceux d'en haut ont paniqu&#233;. Quand De Gaulle a disparu &#224; Baden Baden, il y a eu un moment de vide. Et celui qui l'a compris c'&#233;tait un politicien bourgeois de l'&#233;poque. C'&#233;tait Fran&#231;ois Mitterrand. Il ne faut pas laisser le vide et il a propos&#233; un &#171; &lt;i&gt;gouvernement populaire sans n&#233;gociations ni dosages&lt;/i&gt; &#187;. Mitterrand n'&#233;tait pas le secr&#233;taire du PS. Il pr&#233;sidait un petit groupe, je dirais de centre gauche, qui n'avait pas de base sociale, un groupuscule d'une certaine mani&#232;re, mais il avait &#233;t&#233; institu&#233; en 1965 par l'&#233;lection pr&#233;sidentielle comme l'incarnation de la gauche, ce qui lui donnait un r&#244;le disproportionn&#233;, d&#233;mesur&#233;, sans troupes, et il a servi d'alibi &#224; la passivit&#233; du PC. Le gouvernement populaire &#171; &lt;i&gt;sans dosages ni n&#233;gociations&lt;/i&gt; &#187;, &#231;a voulait dire qu'il mettrait, et il le dit explicitement, un ou deux ministres communistes. Non seulement &#231;a n'effrayera personne mais &#231;a sera plut&#244;t rassurant car ce sont des gens qui ont le sens de l'ordre. Il annon&#231;ait le programme qu'il accomplirait treize ans plus tard quand il arriva au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors tout n'&#233;tait pas possible. Mais par exemple Daniel Cohn Bendit dit que l'erreur de 68 avait &#233;t&#233; de penser qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale aurait pu &#234;tre suivie d'une prise de pouvoir. Pour lui, le v&#233;ritable acquis de 68, ce sont les n&#233;gociations de Grenelle. Celles-l&#224; m&#234;mes qui ont &#233;t&#233; rejet&#233;es massivement par les travailleurs &#224; l'assembl&#233;e de Renault, vous verrez &#231;a dans les films documentaires : comment Segui, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, se fait huer par une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale d'ouvriers &#224; Renault. &#199;a c'&#233;tait un &#233;v&#233;nement effectivement. Alors le Grenelle, qui pour nous &#224; l'&#233;poque, y compris Cohn Bendit, &#233;tait exactement ce qui allait casser la gr&#232;ve, devient aujourd'hui le mod&#232;le des acquis de 68. En revanche c'&#233;tait une erreur juv&#233;nile de penser qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pouvait &#234;tre suivie d'une prise de pouvoir. Une prise de pouvoir peut &#234;tre pas mais ce qui &#233;tait vraiment possible c'&#233;tait de renverser le pouvoir gaulliste par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_68 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/briardounnet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH309/briardounnet-a41b6.jpg?1793542159' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le des r&#233;volutionnaires en 1968&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions &#224; l'&#233;poque un vrai groupuscule, et il n'&#233;tait pas question d'installer les soviets partout, les quelques cas d'auto-organisation, de conseils de coordination, &#224; Nantes, &#224; Ch&#226;telet, on en a d'autant plus parl&#233; qu'ils &#233;taient exceptionnels. C'&#233;tait pas la g&#233;n&#233;ralit&#233;, dans la plupart des cas les directions syndicales ont parfaitement gard&#233; le contr&#244;le de la situation, il y eut peu d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, il y eut peu de d&#233;l&#233;gu&#233;s utiles ; en gros les appareils ont fonctionn&#233;. En revanche &#224; ce moment-l&#224;, o&#249; le pouvoir vacillait, renverser le pouvoir gaulliste par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, m&#234;me s'il en &#233;tait sorti un gouvernement Mitterrand ou Mend&#232;s France, &#231;a changeait beaucoup de choses pour la suite, non seulement pour ce qui s'en serait suivi en France mais y compris pour la dynamique des luttes de la d&#233;cade des ann&#233;es soixante-dix en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est &#231;a pour nous qui est important, c'est de dire qu'il y a eu trois jours, et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui se pr&#233;sente dans l'histoire, des moments rares, exceptionnels o&#249; il faut savoir se d&#233;cider o&#249; il faut savoir oser. Bien s&#251;r on n'est jamais s&#251;r de gagner, &#231;a serait trop simple si l'histoire &#233;tait &#233;crite d'avance, mais il y a des moments o&#249; le rapport de force permet d'oser. Par ailleurs m&#234;me les fameuses barricades dont on va parler maintenant avec lyrisme, celles du 10 mai 68, franchement je sais pas si, avec ce qu'on a appris depuis, on les aurait faites. D'ailleurs personne n'en avait d&#233;cid&#233;, tout d'un coup on l'a entendu voil&#224; on construit des barricades, personne n'a d&#233;cid&#233; la prise de la Bastille en 1789, personne n'a d&#233;cid&#233; de monter des barricades. Dans un mouvement, &#224; un moment donn&#233; &#231;a surgit, la responsabilit&#233; c'est ce qu'on fait par rapport &#224; &#231;a. Est-ce qu'on va se coucher comme ont fait certains ? Ou est-ce qu'on se dit que quelque chose est en train de se passer, que personne ne contr&#244;le, mais qui va cr&#233;er un &#233;v&#233;nement, qui va changer quelque chose du rapport de force, et prendre ses responsabilit&#233;s dans ces situations-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_69 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L345xH519/retour_morale-6858f.jpg?1296303456' width='345' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les avanc&#233;es de 1968 : qu'en reste t-il ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque on marchait main dans la main avec les anarchistes &#224; Nanterre, mais il est dit dans ce texte du Nouvel observateur que c'est culturellement qu'on a gagn&#233;. Nom de Dieu ! Quand on est en 2008, avec la soci&#233;t&#233; dans laquelle on vit, de dire cela ! Mais qui a gagn&#233; ? Qui sont les gagnants et les perdants de cette histoire de quarante ann&#233;es ? Et culturellement on a gagn&#233;, mais socialement a-t-on gagn&#233;, avec 3 millions de ch&#244;meurs aujourd'hui, 7 millions de travailleurs pauvres dans ce pays, avec les Restos du c&#339;ur qui font chaque ann&#233;e plus de repas que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente ? C'est vraiment un sentiment de satisfaction d'une toute petite couche qui sont les b&#233;n&#233;ficiaires et les gagnants de 68. Ce qui nous int&#233;resse nous c'est ceux qui ont perdu pendant ces quarante ann&#233;es-l&#224;. Donc qu'est-ce qui a chang&#233; depuis, en France ? Il y avait hier &#224; la t&#233;l&#233;vision un petit sujet sur Henin Baumont, o&#249; des salari&#233;s d'une entreprise &#224; qui on propose ou le licenciement ou d'aller travailler au Br&#233;sil pour 200 euros par mois. On leur demande donc maintenant de s'exporter, on d&#233;localise les travailleurs pour leur imposer les conditions d'exploitation des travailleurs br&#233;siliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas par hasard, m&#234;me s'il faut prendre les sondages avec des pincettes, que pour la premi&#232;re fois, plus de 50% de la population de ce pays d&#233;clare que les g&#233;n&#233;rations futures vivront plus mal que les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es. En plus, 50% des sond&#233;s disent qu'ils n'excluent pas de pouvoir se retrouver un jour ou l'autre dans une situation de SDF. Le mouvement &#233;tudiant de 68, c'&#233;tait contre une soci&#233;t&#233; moraliste. Ce n'est pas le contexte du CPE. Le lien entre les &#233;tudiants et les salari&#233;s, c'est la lutte commune contre la pr&#233;carit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les choses vont pas mieux non plus dans le monde, on sait tr&#232;s bien ce que sont les fl&#233;aux des ann&#233;es &#224; venir : la flamb&#233;e des prix des mati&#232;res premi&#232;res, les crises alimentaires en &#201;gypte, au Mali, au S&#233;n&#233;gal. Un quart de l'humanit&#233; est ou va &#234;tre priv&#233; d'eau potable, ce qui a des cons&#233;quences sur l'hygi&#232;ne, sur l'alimentation, sur la sant&#233;. Mike Davis, a publi&#233; &lt;i&gt;Le pire des mondes possibles&lt;/i&gt;, sur le ph&#233;nom&#232;ne des bidonvilles sur la plan&#232;te. Il pr&#233;voit que d'ici trente ans, 1,8 &#224; 2 milliard d'individus, entre un quart et un tiers de la population mondiale vivront dans des bidonvilles. Ils ont d&#233;clar&#233; la guerre aux pauvres, pas seulement la guerre en Irak, mais &#233;galement le d&#233;mant&#232;lement m&#233;thodique de tout ce qui avait pu &#234;tre gagn&#233; en termes de protection, de droits sociaux, de code du travail, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_70 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://quefaire.lautre.net/IMG/jpg/flics.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH659/flics-42055.jpg?1793542159' width='500' height='659' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1968 : une m&#233;moire contradictoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte-l&#224;, une des raisons pour lesquelles tout d'un coup on s'est r&#233;veill&#233; sur 68, c'est Sarkozy appelant &#224; liquider 68. Il s'agit d'un exercice d'exorcisme, il faut trouver un bouc &#233;missaire. Apr&#232;s la d&#233;faite de 1940, le P&#233;tainisme a fait du Front Populaire le bouc &#233;missaire de la d&#233;faite, parce que la gauche n'avait pas pr&#233;par&#233; la guerre etc. Et l&#224; on a chez Sarkozy un discours de type versaillais, de revanche. Pour Sarkozy c'&#233;tait dire &#224; son &#233;lectorat que s'il y a des probl&#232;mes, le p&#233;ch&#233; originel c'est 68. Or il a rat&#233; son coup. Dans un sondage r&#233;cent du CSA dans le &lt;i&gt;Nouvel observateur&lt;/i&gt;, 75% des personnes interrog&#233;es pensent que 68 a &#233;t&#233; positif. Certains pensent que &#231;a a apport&#233; le droit &#224; l'avortement, m&#234;me si on aurait pu l'obtenir sans une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, comme &#231;a s'est pass&#233; aux &#201;tats-Unis, en Su&#232;de et dans bien d'autres pays. Mais il y a aussi les travailleurs dont les acquis de l'&#233;poque leur ont &#233;t&#233; retir&#233;s depuis. Et deuxi&#232;me question pos&#233;e dans le sondage : de quel c&#244;t&#233; auriez- vous &#233;t&#233; en 68 ? 77% r&#233;pondent du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants et des gr&#233;vistes. Y compris dans des milieux ruraux, dans les petits commerces, etc. Je ne dis pas que &#231;a pr&#233;pare un nouveau 68, de toutes fa&#231;ons les choses ne se passent jamais comme on l'a imagin&#233;, et puis l'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas tout &#224; fait ou alors elle se r&#233;p&#232;te en farce, nous on veut inventer une histoire nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut imaginer le bouleversement que signifie dans le monde, la disparition en quinze ans, de ce que l'on appelait &#224; l'&#233;poque le camp socialiste. On pouvait critiquer l'Union sovi&#233;tique, soutenir Cuba, etc. Mais on avait le sentiment qu'il y avait un camp socialiste. Finalement avec ses d&#233;fauts, &#231;a permettait des alliances et les pays issus de la d&#233;colonisation, pouvaient, en s'appuyant sur la concurrence entre l'Union sovi&#233;tique et les &#201;tats-Unis, y trouver un espace propre. Ca ne veut pas dire que c'&#233;tait mieux, mais il faut imaginer qu'&#224; l'&#233;poque, la CGT (qui a aujourd'hui, et avec les retrait&#233;s peut &#234;tre 700 000 ou 800 000 adh&#233;rents) envisageait de regrouper 3 millions d'adh&#233;rents. C'&#233;tait l'objectif. Le Parti communiste &#233;tait &#224; 20 ou 25% dans les &#233;lections ; pour aller diffuser un tract &#224; la porte des usines Renault ou dans une manif du 1er mai, il fallait se battre physiquement. Aujourd'hui &#231;a n'existe plus, et &#231;a n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233;. Donc il y a un c&#244;t&#233; positif, on n'a pas &#224; affronter cette muraille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on a d&#233;barqu&#233; en manifestation, je crois que c'&#233;tait le 17 mai, de la Sorbonne &#224; pied, devant Renault Billancourt, on croyait fraterniser avec les ouvriers, mais la m&#233;fiance &#224; laquelle on pouvait se heurter &#233;tait r&#233;elle. Cette barri&#232;re-l&#224; elle n'existe plus, mais en revanche il existe beaucoup de ruines &#224; partir desquelles il faut reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors par rapport &#224; &#231;a, &#224; l'&#233;poque on a os&#233;. Je crois que c'&#233;tait un pari improbable, la majorit&#233; des camarades qui ont cr&#233;&#233; la Ligue communiste r&#233;volutionnaire ont &#233;t&#233; exclus du Parti communiste ou des jeunesses communistes en 1965-66. On &#233;tait, au d&#233;but des &#171; &lt;i&gt;&#233;v&#233;nements&lt;/i&gt; &#187; , pas plus de trois cents. On a jou&#233; un r&#244;le, petit mais disproportionn&#233; justement par rapport &#224; notre nombre et notre r&#233;alit&#233;, mais disons qu'on a os&#233;. On nous disait qu'en dehors du Parti communiste il n'y a pas de salut, et pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_71 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L345xH647/poing_leve-ab4aa.jpg?1296303457' width='345' height='647' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle vague d'espoir : transformer l'essai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis, les vraies ann&#233;es difficiles, pour moi c'&#233;tait les ann&#233;es 1980. Depuis 95, avec l'apparition du mouvement zapatiste au Mexique, les forums sociaux, les gr&#232;ves de 95, le CPE, les gr&#232;ves de 2003, il y a quelque chose qui s'est remis en marche. Et maintenant il faut oser, et ce n'est pas un pari fou de dire qu'il faut un nouveau parti. C'est quelque chose d'urgent car Sarkozy veut mettre la France aux normes du lib&#233;ralisme europ&#233;en et mondial. Malgr&#233; tout, ce pays a encore r&#233;sist&#233; plus que tout autre aux reformes lib&#233;rales, parce qu'il y a eu les luttes de 95, de 2003, le &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum, parce qu'il y a eu le CPE. Mais aujourd'hui on nous dit qu'il faut aligner la gauche fran&#231;aise, en tout cas son parti majoritaire le parti socialiste, sur le Labour de Tony Blair en Angleterre, sur le nouveau centre en Allemagne, ou sur le nouveau Parti d&#233;mocrate italien. Et &#231;a c'est un d&#233;fi pour nous et pour vous parce que c'est l'avenir qui se joue l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis que maintenant il faut oser, c'est que la continuit&#233; d'une organisation minoritaire comme la n&#244;tre, &#231;a a &#233;t&#233; rare. Mais il faut franchir un palier, parce qu'avoir r&#233;sist&#233; comme &#231;a c'est bien, mais &#231;a rend fou aussi parfois : toutes les minorit&#233;s produisent aussi leurs pathologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a la possibilit&#233; et le devoir de franchir ce pas-l&#224;, on a gagn&#233; le droit de recommencer. Toujours dans le &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, il y a un article tr&#232;s &#233;mouvant sur les &#233;lections municipales &#224; Quimperl&#233;, c'est exactement ce qu'on veut construire. Une personne en 2006, membre de la LCR, victime des licenciements de Nestl&#233;, s'est reconnue dans ce que nous faisons et a mont&#233; une liste aux municipales en deux ans qui fait 15% des votes et est maintenue au deuxi&#232;me tour. Le PS a perdu la municipalit&#233;, mais je crois qu'il faut assumer ce d&#233;fi et refuser les tractations avec un PS qui a m&#233;pris&#233; les gens qui se sont r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_72 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH336/otan-1be0e.jpg?1793542159' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;but d'un chemin qu'on va tracer avec la patience qu'il faut, pas la routine. L'histoire que nous avons port&#233;e, nous pourrons la transmettre. Et si jamais on n'y arrivait pas, ou que partiellement, au moins on se sera &#233;pargn&#233; la honte de ne m&#234;me pas avoir essay&#233;. Moi je suis plut&#244;t convaincu, vu le creux qu'on vient de passer, vu ce qui se pr&#233;pare et vu la g&#233;n&#233;ration qui vient, qu'aujourd'hui la transition se fait. Et il y a toutes chances qu'on arrive, peut-&#234;tre pas la r&#233;volution tout de suite mais en tout cas &#224; reconstruire un mouvement de r&#233;sistance, transformer les rebelles d'aujourd'hui en r&#233;volution- naires et on le fera ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un &#233;trange bilan</title>
		<link>https://quefaire.lautre.net/Un-etrange-bilan</link>
		<guid isPermaLink="true">https://quefaire.lautre.net/Un-etrange-bilan</guid>
		<dc:date>2009-09-28T15:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d, Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'article d'Antoine Artous et Stathis Kouv&#233;lakis, publi&#233; dans Viento Sur, est consacr&#233; en fait, pour l'essentiel &#224; expliquer que la politique d&#233;cid&#233;e par la majorit&#233; de la LCR a non seulement g&#226;ch&#233; des potentialit&#233;s importantes, mais est de ce fait responsable de la victoire &#233;crasante de Sarkozy. Il est rare de lire une analyse aussi subjectiviste : comment une petite organisation comme la LCR pourrait-elle transformer un boulevard en ruelle ? Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives, la gauche dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no06-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;06 - Septembre / Novembre 2007&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://quefaire.lautre.net/France-2007-les-lecons-d-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'article d'Antoine Artous et Stathis Kouv&#233;lakis&lt;/a&gt;, publi&#233; dans &lt;i&gt;Viento Sur&lt;/i&gt;, est consacr&#233; en fait, pour l'essentiel &#224; expliquer que la politique d&#233;cid&#233;e par la majorit&#233; de la LCR a non seulement g&#226;ch&#233; des potentialit&#233;s importantes, mais est de ce fait responsable de la victoire &#233;crasante de Sarkozy. Il est rare de lire une analyse aussi subjectiviste : comment une petite organisation comme la LCR pourrait-elle transformer un boulevard en ruelle ? Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives, la gauche dans son ensemble est &#224; un niveau historiquement bas, et une telle d&#233;b&#226;cle doit s'analyser avec autrement plus de s&#233;rieux. La raison pour laquelle nos camarades se sont laiss&#233;s aller &#224; des analyses aussi approximatives est tr&#232;s probablement li&#233;e &#224; ce qu'ils devraient sinon revenir sur la stup&#233;fiante surestimation des potentialit&#233;s apr&#232;s le succ&#232;s du non au r&#233;f&#233;rendum. Nul doute pourtant que, les faits &#233;tant t&#234;tus, un bilan plus lucide finira par s'imposer. Le pr&#233;sent texte a pour seul objectif de raccourcir ce d&#233;lai, et de contribuer &#224; clarifier les choses pour un public &#233;tranger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est peut-&#234;tre lassant - d'autant qu'il y a bien d'autres urgences et priorit&#233;s - de revenir sur une discussion qui a d&#233;j&#224; fait l'objet d'innombrables textes, discussions, tribunes de presse, sans que les termes du d&#233;bat aient &#233;volu&#233; le moins du monde par la prise en compte du d&#233;roulement m&#234;me et des r&#233;sultats de la campagne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons &#224; ce propos aux multiples d&#233;clarations d'Olivier Besancenot (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, comme l'article des camarades est appel&#233; &#224; circuler dans les r&#233;seaux du Projet K, il semble utile d'apporter &#224; nouveau quelques pr&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de l'article ne pose pas, avec le peu de recul dont nous disposons, de probl&#232;mes majeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;sultats de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en France marquent un tournant politique majeur&#8230;&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;cl&#244;t le cycle politique antilib&#233;ral qui marquait la vie politique et sociale depuis 1994-1995&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet un tournant politique majeur &#224; plusieurs titres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nicolas Sarkozy est clairement mandat&#233; par le Medef pour appliquer le programme de &#171; &lt;i&gt;refondation sociale&lt;/i&gt; &#187; exig&#233; par Seilli&#232;res depuis 1999. Ce n'est pas une question proprement nationale, mais une exigence europ&#233;enne incluse dans l'agenda de Lisbonne, confirm&#233;e par le sommet de Barcelone, transcrite en mati&#232;re de politiques de formation et d'&#233;ducation par la r&#233;union de Bologne. Il suffit de lire la presse &#233;conomique pour comprendre que l'objectif d&#233;clar&#233; de la bourgeoisie industrielle et financi&#232;re est d'en finir avec les &#171; &lt;i&gt;rigidit&#233;s sociale&lt;/i&gt; &#187; qui font encore obstacle &#224; la concurrence non fauss&#233;e, notamment en Allemagne et en France. En Allemagne, le probl&#232;me est en passe d'&#234;tre r&#233;solu avec l'Agenda 2010 mis en route par Schr&#246;der et &#233;nergiquement appliqu&#233; par la coalition autour de Merkel. En France, les r&#233;sistances ont jusqu'&#224; pr&#233;sent entrav&#233; ou retard&#233; les r&#233;formes programm&#233;es. Ce n'est pas en raison de l'intransigeance, voire des nostalgies &#171; &lt;i&gt;lutte de classe&lt;/i&gt; &#187;, des dirigeants socialistes, comme le rab&#226;chent les modernisateurs en tous genres, mais du fait des r&#233;sistances sociales r&#233;p&#233;t&#233;es (1995, 1997, 2003, le Non au r&#233;f&#233;rendum, le soul&#232;vement contre le cpe). La nette victoire de Sarkozy ouvre la voie &#224; une acc&#233;l&#233;ration de ces r&#233;formes et &#224; un alignement de la situation fran&#231;aise sur les rapports de forces sociaux europ&#233;ens.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette normalisation de la singularit&#233; (plut&#244;t que de &#171; &lt;i&gt;l'exception&lt;/i&gt; &#187; fran&#231;aise) concerne l'avenir de la gauche. Le Parti socialiste n'a plus de r&#233;serves &#233;lectorales ni d'alli&#233; de poids &#224; sa gauche. Une majorit&#233; de ses dirigeants (encourag&#233;s par leurs alli&#233;s europ&#233;ens, comme par une partie significative des m&#233;dias nationaux &#8211; Nouvel Obs, Marianne, Lib&#233;) se pr&#233;pare &#224; tirer pr&#233;texte de la d&#233;faite pour parachever sa mue blairiste et son alignement sur le social-lib&#233;ralisme de centre-gauche &#224; la Prodi. S'il se heurte encore &#224; des contradictions au sein de son prorpe appareil et &#224; des rivalit&#233;s de leadership, le processus semble d&#233;sormais d'autant plus in&#233;luctable que les forces de r&#233;sistance &#224; ce cours interne au PS sont faibles et sans v&#233;ritable projet r&#233;formistes alternatif (qui les obligerait, entre autre, &#224; remettre en cause le cadre actuel de construction de l'Union europ&#233;enne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;sultat de l'&#233;lection l&#233;gislative et pr&#233;sidentielle confirme la logique des r&#233;formes institutionnelles (quinquennat et inversion du calendrier) auxquelles a activement collabor&#233; le gouvernement Jospin. Toute la vie politique s'organise plus que jamais autour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, avec pour effet le chantage permanent au vote utile, qui escamote le premier tour et la confrontation sur le fond programmatique. Avec &#224; la clef aussi une bipolarisation renforc&#233;e que va illustrer la pr&#233;sence de deux groupes parlementaires seulement (ou deux groupes et demi avec le nouveau centre) &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il est convenu d'appeler &#171; &lt;i&gt;la gauche antilib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; (nous reviendrons sur les ambigu&#239;t&#233;s de cette appellation au singulier) voit aussi une page se tourner. Non du seul fait franco-fran&#231;ais de l'&#233;chec du projet de candidature unitaire, mais pour des raisons plus profondes et plus g&#233;n&#233;rales. Qu'il suffise de rappeler que deux des piliers fondateurs du &#171; &lt;i&gt;mouvement alter&lt;/i&gt; &#187; - le PT br&#233;silien et les mouvements qui lui sont organiquement associ&#233;s d'une part, Rifundazione comunista de l'autre &#8211; dirigent aujourd'hui ou participent activement a des gouvernements de centre gauche (dans le meilleur des cas), menant des politiques ouvertement social-lib&#233;rales. Cette &#233;volution en moins de six ans est lourde de cons&#233;quence. Le probl&#232;me ne se r&#233;duit pas &#224; la brutalit&#233; de ces conversions (particuli&#232;rement spectaculaire dans le cas de Refondation communiste). Le peu de r&#233;sistances qu'elles ont rencontr&#233; au sein de ces partis doit retenir l'attention et sur les limites des rh&#233;toriques anti-lib&#233;rales et sur la r&#233;signation profonde qu'elles masquaient en partie. Ajoutons, parmi les sympt&#244;mes de cette inflexion (c'est plus prudent que la &#171; &lt;i&gt; fin du cycle&lt;/i&gt; &#187; act&#233;e par AA et SK), la crise du SSP &#233;cossais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation restant instable, il y a aussi les bonnes nouvelles relatives comme la perc&#233;e du SP hollandais ou du Linkspartei lors des &#233;lections du Land de Br&#234;me. Mais il est bien trop t&#244;t pour en d&#233;duire une tendance g&#233;n&#233;rale, d'autant que l'&#233;mergence de diff&#233;rentes formations, de Respect en Angleterre au Bloc des gauches portugais, en passent par l'ODP de Turquie, traduit une crise g&#233;n&#233;rale de la gauche, chaque cas est marqu&#233; par de fortes sp&#233;cificit&#233;s nationales et l'ensemble du ph&#233;nom&#232;ne reste politiquement fort h&#233;t&#233;rog&#232;ne. S'il existe un &#171; &lt;i&gt;espace&lt;/i&gt; &#187; &#224; la gauche de la gauche traditionnelle, du fait de l'effondrement de la plupart des PC et de la conversion lib&#233;rale de la social-d&#233;mocratie, cet espace reste fragile et instable, soumis &#224; jeu de forces qui le d&#233;passent. Les difficult&#233;s et l'avenir incertain de la gauche anticapitaliste europ&#233;enne que nous nous sommes efforc&#233;s de mettre sur pied le montre bien avec les situations italienne et &#233;cossaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc exact de dire que les conditions sont d&#233;sormais r&#233;unies d'une offensive brutale de la droite sous la forme d'un pr&#233;sidentialisme autoritaire &#224; forte dimension populiste. Pr&#233;cisons toutefois que Sarkozy jouera, comme il l'a fait pendant la campagne, de la segmentation du march&#233; du travail et des contradictions entre les victimes de la politique lib&#233;rale : acc&#232;s s&#233;lectif &#224; la propri&#233;t&#233;, concurrence sur le march&#233; du travail, division entre ceux qui veulent travailler plus en croyant gagner plus et ceux qui r&#233;sistent (les Kronenbourg). Le &#171; &lt;i&gt;dialogue social&lt;/i&gt; &#187; annonc&#233; entend jouer sur ces diff&#233;renciations, et l'on peut imaginer que le gouvernement trouvera certains partenaires syndicaux ou de &#171; la soci&#233;t&#233; civile &#187; pour jouer ce jeu (y compris celui de l'&#233;volution vers un march&#233; de l'&#233;ducation sous pr&#233;texte d'autonomie des universit&#233;s). Souligner ces possibilit&#233;s au lieu de se contenter de brandir l'&#233;pouvantail Sarkozy et de miser sur la peur qu'il inspire est donc important. Une politique r&#233;duite au &#171; &lt;i&gt;Tout sauf Sarkozy&lt;/i&gt; &#187;, qui ferait &#233;cho au &#171; &lt;i&gt;Tout sauf Berlusconi&lt;/i&gt; &#187;, peut servir de bonne conscience minimale provisoire &#224; une gauche en d&#233;sarroi, mais elle ne d&#233;finit pas les &#233;l&#233;ments d'une v&#233;ritable politique de r&#233;sistance et d'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &#171; &lt;i&gt;La rupture est donc importante. Pour autant peut-on dire comme on l'entend souvent, et pas seulement dans les m&#233;dias, que le succ&#232;s de Sarkozy est le simple reflet d'une droitisation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ?&lt;/i&gt; &#187; Les camarades r&#233;pondent n&#233;gativement &#224; la question qu'ils posent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'&#233;tant simple en ce bas monde, il ne s'agit pas en effet d'un simple reflet. La politique a ses raisons et son efficace propre. Comme le disent AA et SK, Sarkozy ne se contentera pas de traduire une droitisation pr&#233;existante, mais il est &#171; bien plac&#233; pour la faire advenir et l'inscrire durablement dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;. Autrement dit, des batailles d&#233;cisives seraient encore devant nous. Les camarades citent d'ailleurs le pr&#233;c&#233;dent de Thatcher, dont la victoire &#233;lectorale en 1979 a pr&#233;c&#233;d&#233; la grande d&#233;faite sociale de la gr&#232;ve des mineurs de 1985. Nous sommes d'accord sur un point : la l&#233;gitimit&#233; de Sarkozy est plus fragile que l'arithm&#233;tique &#233;lectorale ne le donne &#224; penser. Bien des probl&#232;mes cruciaux sont irr&#233;solus, et l'instabilit&#233; demeure : budg&#233;tairement son programme est incoh&#233;rent ; les r&#233;sistances sociales sont significatives (comme l'ont montr&#233; les luttes de ces derni&#232;res ann&#233;es y compris pendant la campagne &#233;lectorale) ; la crise europ&#233;enne est loin d'&#234;tre d&#233;nou&#233;e (car elle a des raisons bien plus profondes que le non r&#233;f&#233;rendaire fran&#231;ais ou hollandais) ; enfin, l'avanc&#233;e vers le pr&#233;sidentialisme et le bipartisme reste min&#233;e de contradictions. Il ne s'agit pas en effet d'un pr&#233;sidentialisme &#224; l'Am&#233;ricaine, mais d'une forme originale coul&#233;e dans la tradition bonapartiste fran&#231;aise, o&#249;, comme l'&#233;crivent justement les camarades, le pr&#233;sident entend jouer le r&#244;le d'un &#171; super premier ministre &#187;. A ses risques et p&#233;rils (voir &#224; ce sujet la r&#233;cente tribune de Paul Alli&#232;s dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc juste de dire que la victoire de Sarkozy n'est pas la fin de l'histoire, ou le point d'orgue d'une d&#233;faite d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Elle n'en a pas moins &#233;t&#233; rendue possible par une accumulation de d&#233;faites au cours des 25 derni&#232;res ann&#233;es, que la victoire du Non au r&#233;f&#233;rendum et la victoire sur le CPE sont bien loin d'effacer ou de contrebalancer. Fran&#231;ois Duval en a bien r&#233;sum&#233; les effets dans sa contribution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fran&#231;ois Duval : Quelques remarques post 6 mai 2007.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les contre-r&#233;formes lib&#233;rales, l'individualisation des salaires et de la protection sociale, la flexibilit&#233;, le ch&#244;mage de longue dur&#233;e, la destruction m&#233;thodique des solidarit&#233;s, l'installation de la pr&#233;carit&#233; ont bel et bien atomis&#233; partiellement le salariat, affaibli les rapports de forces, &#233;rod&#233; la conscience de classe au profit de la concurrence de tous contre tous (et toutes). Le type de luttes et leurs maigres r&#233;sultats, le tr&#232;s faible niveau d'organisation syndicale (sans pr&#233;c&#233;dent depuis le d&#233;but des ann&#233;es 30), les effectifs et l'activit&#233; des partis en sont autant d'indicateurs qu'on ne saurait prendre &#224; la l&#233;g&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Sarkozy vient donc de loin et ne peut se ramener aux soubresauts d'une campagne. &#201;tait-elle pour autant in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! L'espace politique n'&#233;tait pas ferm&#233;. Le succ&#232;s inattendu de Bayrou en t&#233;moigne ! (m&#234;me si ce succ&#232;s fut, in&#233;vitablement, &#233;ph&#233;m&#232;re). La victoire de Sarkozy est le r&#233;sultat d'une bataille qu'il a gagn&#233; &#8212; et que le Parti socialiste a perdu. D&#233;but 2006, la droite &#233;tait profond&#233;ment divis&#233;e, l'&#233;lectorat semblait pr&#234;t &#224; sortir une nouvelle fois les sortants tant le rejet des politiques n&#233;olib&#233;rales &#233;tait (et d'ailleurs reste) profond, le PS croyait sa victoire acquise apr&#232;s ses succ&#232;s aux r&#233;gionales et aux europ&#233;ennes de 2004. Ce qui &#233;tait mal per&#231;u &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait l'ampleur que prendrait la participation &#233;lectorale et &#224; quel point ce taux tr&#232;s &#233;lev&#233; de participation allait &#171; &lt;i&gt;ouvrir&lt;/i&gt; &#187; la comp&#233;tition : il ne suffisait plus d'attendre que l'adversaire perde l'&#233;lection (en misant avant tout sur les votes de rejet), il fallait emporter l'adh&#233;sion de l'&#233;lectorat. A ce niveau &#8212; la victoire de la droite &#224; la pr&#233;sidentielle &#8212;, c'est la responsabilit&#233; du PS qui est engag&#233;e. La gauche radicale n'avait pas les moyens d'opposer &#224; Sarkozy une alternative &#233;lectoralement cr&#233;dible ; pas plus qu'elle ne peut faire le travail du Parti socialiste &#224; sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le PS n'a t-il pas su faire &#224; gauche ce que Sarkozy a fait &#224; droite : incarner une alternative (ou du moins, sembler en incarner une) ; &#224; l'heure o&#249; il n'&#233;tait plus suffisant de pr&#233;senter une alternance ? la r&#233;ponse est qu'il ne l'a pas fait parce qu'il ne le peut plus depuis longtemps. Il ne s'agit en effet pas de &#171; &lt;i&gt;gauchir&lt;/i&gt; &#187; un discours le temps d'une &#233;lection. Pour redevenir cr&#233;dible &#233;lectoralement, une alternative de gauche doit s'&#233;prouver, se forger, des ann&#233;es durant dans les luttes sociales, soci&#233;tales, d&#233;mocratiques et politiques. Vu ce qu'il est devenu socialement, le PS en est incapable. En ce sens, il est beaucoup plus proche des autres composantes de la social-d&#233;mocratie (social-lib&#233;rale) europ&#233;enne que ne le pr&#233;tendent la plupart des &#171; &lt;i&gt;politologues&lt;/i&gt; &#187; en vogue. En ce sens aussi, la victoire de Sarkozy s'inscrit logiquement comme la cons&#233;quence pr&#233;sente des abandons historiques du PS. Mais non, le PS n'&#233;volue pas &#171; &lt;i&gt;malgr&#233; lui&lt;/i&gt; &#187;, par la faute de la gauche radicale et de ses divisions, vers le centre. Il n'est pas un parti irresponsable, navire sans ancre voguant au gr&#233; des vents contraires. M&#234;me avec une gauche radicale plus puissante et plus unie, il aurait &#233;t&#233; incapable d'incarner une alternative de gauche (et pas seulement une alternance &#224; gauche &#8212; ou plut&#244;t au centre gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de vouloir mettre en cause les &#171; &lt;i&gt;diviseurs&lt;/i&gt; &#187; &#224; la gauche de la gauche, les critiques de la LCR en oublient de rendre &#224; C&#233;sar ce qui est &#224; C&#233;sar et au PS ses responsabilit&#233;s. Ils restent aussi fort discrets sur le r&#244;le des principales directions syndicales en 2005-2006. Or, les rapports de forces de la pr&#233;sidentielle se sont aussi jou&#233;s sur le terrain des luttes sociales. La victoire du non au projet de Constitution europ&#233;enne avait ouvert une br&#232;che et donn&#233; une impulsion politique. Nous &#233;tions nombreux alors (c'&#233;tait notamment un leitmotiv de la LCR) &#224; savoir que la question qui se posait alors &#233;tait : est-ce que les mobilisations sociales vont prendre le relais et &#233;largir cette br&#232;che, renforcer cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est venue &#224; l'automne 2005 : le relais n'a pas &#233;t&#233; saisi. La responsabilit&#233; des directions des grandes conf&#233;d&#233;rations est ici directement engag&#233;e : elles n'ont rien fait pour utiliser la dynamique du &#171; n&lt;i&gt;on de gauche&lt;/i&gt; &#187; pour reprendre l'initiative sociale. &#192; ce niveau, &#224; nouveau, ni de petites organisations politiques comme la LCR ni les syndicats &#171; &lt;i&gt;minoritaires&lt;/i&gt; &#187; ne pouvaient palier aux abandons des directions syndicales &#171; &lt;i&gt;majoritaires&lt;/i&gt; &#187;. Si l'on discute de ce qui aurait permis d'&#233;viter l'&#233;lection de Sarkozy, ce qui pouvait jouer dans la cr&#233;ation du meilleur rapport des forces possible, la mobilisation sociale &#233;tait un facteur cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est juste de combattre le d&#233;faitisme ou l'ultra-pessimisme en insistant sur les contradictions irr&#233;solues et les luttes qu'elles peuvent susciter. Mais on aurait tort de sous-estimer les d&#233;faites subies pour justifier les envol&#233;es lyriques sur &#171; &lt;i&gt;le score &#224; deux chiffres&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;la gagne possible&lt;/i&gt; &#187;, &#224; la seule condition que se produise une cristallisation politique autour d'une gauche anti-lib&#233;rale unitaire. Dans une r&#233;ponse &#224; Samy Johsua, Pierre Khalfa explicite et maintient cette invraisemblable logique en d&#233;pit des r&#233;sultats de la pr&#233;sidentielle (et des l&#233;gislatives !) : &#171; &lt;i&gt;Tout prouvait que nous pouvions &#234;tre dominants, pour commencer &#224; gauche, et peut-&#234;tre dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; La formule pose bien des probl&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous pouvions&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Nous, qui ? La gauche antilib&#233;rale ? C'est attribuer &#224; cette gauche une unit&#233; et une homog&#233;n&#233;it&#233; que rien ne permet de confirmer. Le non antilib&#233;ral au r&#233;f&#233;rendum se d&#233;compose en plusieurs orientations possibles : celle des socialistes du &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; synth&#233;tisables dans le s&#233;gol&#233;nisme (de Fabius &#224; Montebourg en passant par Emmanuelli), celle du Parti communiste pour seule gauche rassembl&#233;e infl&#233;chie l&#233;g&#232;rement &#224; gauche, celle de la gauche des Verts qui souscrivent au pacte de Nicolas Hulot sur une &#233;cologie au-del&#224; des classes et du clivage gauche-droite. L'espace de la gauche de la gauche est bien un champ de forces en dispute. Il n'y a pas une mais des gauches anti-lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;&#8230;&#234;tre dominants&lt;/i&gt; &#187;. Politiquement ? &#201;lectoralement ? Politiquement, dans la situation sociale et les rapports de forces mondiaux r&#233;ellement existants, c'est prendre ses d&#233;sirs pour la r&#233;alit&#233;, ou, plus probablement h&#233;las, la r&#233;alit&#233; pour ses d&#233;sirs. &#201;lectoralement, c'est une illusion &#171; &lt;i&gt;&#233;lectoraliste&lt;/i&gt; &#187; pure et simple. Ou bien les camarades qui ont d&#233;fendu (et d&#233;fendent encore) cette id&#233;e ont perdu la t&#234;te, ou bien ils ont voulu faire croire &#224; &#171; &lt;i&gt;la gagne&lt;/i&gt; &#187;, sans y croire eux-m&#234;mes, et c'est irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;&#202;tre dominants &#224; gauche&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Sur quelle orientation politique ? Avec quelles alliances ? S'il en fallait confirmation, les indices se sont multipli&#233;s pendant la pr&#233;-campagne, et malgr&#233; l'impact du non de gauche, montrant qu'un antilib&#233;ralisme cons&#233;quent (jusqu'&#224; s'attaquer, au del&#224; de la r&#233;partition des richesses, au r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, car l'un ne va pas sans l'autre) &#233;tait loin d'&#234;tre dominant : le congr&#232;s du Mans, l'intronisation triomphale de S&#233;gol&#232;ne, les municipales de Bordeaux, la crise d'Attac. Dans ces conditions, il est peu probable que les sociaux lib&#233;raux se rallient &#224; l'antilib&#233;ralisme, et infiniment plus probable qu'une partie des antilib&#233;raux se rallient au social lib&#233;ralisme. Les prochaines municipales ne manqueront pas de le v&#233;rifier en r&#233;p&#233;tant tr&#232;s probablement &#224; grande &#233;chelle le mod&#232;le Bordeaux. Autrement dit : si les dominants ne viennent pas &#224; eux, bien des antilib&#233;raux iront aux dominants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. [Pour le PS] &#171; &lt;i&gt;une crise de refondation est en train de s'ouvrir dont il est trop t&#244;t pour d&#233;finir les contours pr&#233;cis. Toutefois, compte tenu du ph&#233;nom&#232;ne Bayrou et de l'affaissement des anciens partenaires de gauche (PCF, Verts), la tendance largement dominante de l'appareil sera celle d'un tournant vers le centre dans le sens d'une rencontre entre le social-lib&#233;ralisme et le lib&#233;ralisme social qui se d&#233;veloppe au niveau europ&#233;en&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r la tendance dominante. Sa principale difficult&#233; tient d&#233;sormais aux rivalit&#233;s internes et aux disputes de leadership au sein des &#233;quipes dirigeantes socialistes. Mais cette &#233;volution est en marche depuis de longues ann&#233;es (rappelons nous la deuxi&#232;me gauche, le big bang de Rocard, etc.), de m&#234;me que l'affaissement du PC. A lire les camarades, un des facteurs (sinon le principal) qui en pr&#233;cipite le d&#233;nouement probable, c'est &#171; &lt;i&gt;la marginalisation de la gauche antilib&#233;rale lors de ces &#233;lections qui donne naturellement de l'espace pour une telle orientation&lt;/i&gt; &#187;. Le facteur explicatif &#8211; la marginalisation de la gauche anti-lib&#233;rale &#8211; n'explique pourtant rien, s'il n'est lui m&#234;me expliqu&#233; politiquement et non pas ramen&#233; &#224; une &#233;nigmatique pulsion suicidaire (&#171; &lt;i&gt;autosuicidaire&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rissent les camarades AA. et SK qui ne l&#233;sinent pas sur le pl&#233;onasme pour mieux souligner la gravit&#233; de l'acte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le rapport de causalit&#233; &#233;tait inverse : si le cumul des d&#233;faites sociales pass&#233;es, la synth&#232;se du PS autour de S&#233;gol&#232;ne, la d&#233;b&#226;cle du PC, avaient renforc&#233; la pression de la gauche social-lib&#233;rale sur les gauches antilib&#233;rales, comme l'ont illustr&#233; de mani&#232;re pr&#233;visible les tractations PC/PS sur les l&#233;gislatives, et, de mani&#232;re moins pr&#233;visible, la mission royale pr&#233;cipitamment accept&#233;e par Jos&#233; Bov&#233;, sans m&#234;me attendre le verdict du second tour ? Que la fragmentation de la &#171; &lt;i&gt;gauche de gauche&lt;/i&gt; &#187; l&#232;ve un obstacle de plus &#224; la refondation social-lib&#233;rale du PS, c'est un fait, mais un fait &#224; inscrire dans un jeu d'interactions et de r&#233;troactions qui ne commence pas avec l'&#233;pop&#233;e des collectifs unitaires. S'il s'agit de faire contrepoids &#224; la d&#233;rive social-lib&#233;rale (et bien que cette vocation de contr&#244;leur des poids et mesure soit peu enthousiasmante), l'addition des forces ne suffit pas. Il y faut une alternative politique incluant programme, alliances, et fonctionnement d&#233;mocratique. C'est sur ces points que &#171; &lt;i&gt;la gauche antilib&#233;ral&lt;/i&gt;e &#187; s'est divis&#233;e, et non par pulsion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;sultats &#224; gauche du PS&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;La LCR, loin de l&#224;, n'est pas la seule responsable de ce bilan, mais compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La LCR n'est donc pas &#171; &lt;i&gt;la seule responsable&lt;/i&gt; &#187; ? Cette formule de politesse est bien la moindre que l'on puisse attendre de la part de deux de ses militants. Mais, &#233;crivant en priorit&#233; sur ce qu'ils sont cens&#233;s conna&#238;tre, ils se &#171; &lt;i&gt;contenteront&lt;/i&gt; &#187; de quelques remarques sur la politique de la LCR. Les lecteurs (&#233;trangers, rappelons-le) de leur article devront doc s'en contenter avec eux. Curieuse mani&#232;re soliloquante d'aborder un bilan politique. Si la politique est jeu constant d'interactions &#224; plusieurs acteurs, comment tirer le bilan des uns sans prendre en compte les initiatives, les marches et contre marches des autres ? Myst&#232;re. R&#233;duire le bilan d'une campagne &#224; multiples acteurs &#224; un &#171; &lt;i&gt;solo fun&#232;bre&lt;/i&gt; &#187; de la Ligue permet de lui attribuer des responsabilit&#233;s exclusives, donc accablantes. Reprenons donc, en le suivant pas &#224; pas, le bilan &#224; sens unique tir&#233; par les camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Seul Olivier Besancenot tire son &#233;pingle du jeu (gagnant m&#234;me 200 000 voix), sur la base d'une campagne qui a eu un &#233;cho r&#233;el et a vu venir &#224; ses meetings des jeunes &#233;tudiants et salari&#233;s, dont c'&#233;tait souvent la premi&#232;re exp&#233;rience politique, et qui compose une partie significative de son &#233;lectorat.&lt;/i&gt; &#187; Olivier a en effet &#171; &lt;i&gt;tir&#233; son &#233;pingle du jeu&lt;/i&gt; &#187;, c'est la formule consacr&#233;e des m&#233;dias. Mais pourquoi ? La diff&#233;rence, comparativement &#224; la mauvaise campagne de Buffet et &#224; celle d&#233;sastreuse de Bov&#233;, tient elle au look, au bagout, &#224; l'&#226;ge du capitaine ? Ou bien a-t-elle un quelconque rapport avec le contenu d'une campagne construite autour de l'urgence sociale et de l'ind&#233;pendance intransigeante envers le PS ? Les camarades se contentent, sans aborder le sujet, d'enregistrer les r&#233;sultats comptables (affluence aux meetings et r&#233;sultat &#233;lectoral &#8211; minor&#233; de 100 000 voix, puisque Olivier a recueilli malgr&#233; l'&#233;norme pression du &#171; &lt;i&gt;vote futile&lt;/i&gt; &#187; 300 000, et non 200 000 voix de plus qu'en 2002). Ce qu'il importe de souligner, c'est qu'il ne s'agit plus tout &#224; fait du m&#234;me &#233;lectorat (la moiti&#233; environ des &#233;lecteurs de 2002 n'ont pas revot&#233; pour lui), mais d'un &#233;lectorat nettement plus populaire et ouvrier (attest&#233; par la r&#233;partition g&#233;ographique des scores), et jeune (50% des &#233;lecteurs ont moins de 35 ans et 28% moins de 25 ans). C'est une diff&#233;rence majeure par rapport aux &#233;lectorats vieillis du PC et de LO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de d&#233;tail, y compris sur le vote des syndiqu&#233;s, voir le bilan dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; partir du r&#233;sultat brut, les camarades rel&#232;vent &#171; &lt;i&gt;deux fa&#231;ons de pr&#233;senter ces r&#233;sultats qui renvoient &#224; des analyses diff&#233;rentes de la conjoncture&lt;/i&gt; &#187;. La premi&#232;re, celle de la direction de la LCR &#171; ne se contente pas de se f&#233;liciter du bon r&#233;sultat de son candidat, elle souligne sa port&#233;e quasi historique. Tout d'abord, dans l'&#233;volution des rapports de force au sein de l'extr&#234;me gauche. Le cycle &#233;lectoral d'Arlette Laguiller est bien termin&#233;, alors que celui d'Olivier Besancenot ne fait que commencer. Par ailleurs, toujours selon cette logique, un processus de d&#233;cantation se serait op&#233;r&#233; &#224; gauche du PS. Certes, la LCR aurait men&#233; une bataille pour l'unit&#233; de la gauche antilib&#233;rale. Mais les divergences &#233;taient trop importantes avec des courants qui n'ont pas clairement affirm&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS. De surcro&#238;t, il faut bien constater que ces courants et militants &#171; &lt;i&gt;&#224; gauche de la gauche&lt;/i&gt; &#187; sont le produit de l'exp&#233;rience pass&#233;e, alors que la LCR, elle, gr&#226;ce notamment &#224; la candidature Olivier Besancenot, est en phase avec les nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moins que l'on puisse dire c'est que le r&#233;sum&#233; et l'interpr&#233;tation des arri&#232;re-pens&#233;es de la direction de la LCR est des plus libres. Mieux vaudrait lui demander ce qu'elle pense vraiment en s'appuyant sur des faits et des textes. La Ligue a bien r&#233;sist&#233; dans un contexte de d&#233;faite g&#233;n&#233;rale de la gauche et d'effondrement du PC et des Verts. C'est bien. C'est int&#233;ressant. Il y a quelques pr&#233;cieuses le&#231;ons &#224; en tirer pour l'avenir. Mais il n'y a ni de quoi triompher, ni de quoi y voir un r&#233;sultat &#171; &lt;i&gt;de port&#233;e historique&lt;/i&gt; &#187; (&#224; moins d'entendre par histoire la toute petite : le fait, par exemple, non n&#233;gligeable en soi, qu'Olivier devance Buffet parmi les c&#233;g&#233;tistes &#8211; ce qui aurait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, il y a vingt ans encore, comme un &#233;v&#233;nement historique). En revanche, qu'il y ait un effet g&#233;n&#233;rationnel Besancenot est un fait constatable. Cela ne veut pas dire qu'il y ait un &#171; &lt;i&gt;cycle Besancenot&lt;/i&gt; &#187;, apr&#232;s un cycle Arlette. Nous n'avons pas l'habitude d'indexer les cycles de la lutte des classes sur l'&#226;ge des individus, et si l'apparition d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration militante est vitale, elle ne signifie pas que l'exp&#233;rience des anciens soit devenue superflue, au contraire notre capacit&#233; &#224; lier des exp&#233;riences g&#233;n&#233;rationnelles diff&#233;rentes devrait &#234;tre pour la Ligue un objectif conscient et un atout pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que &#171; &lt;i&gt;les divergences &#233;taient trop importantes avec des courants qui n'ont pas clairement affirm&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS&lt;/i&gt; &#187;, cela nous l'assumons tout &#224; fait au vu de la campagne. On nous a dit et r&#233;p&#233;t&#233; que la question &#233;tait pr&#233;matur&#233;e et qu'il serait temps de la poser apr&#232;s la pr&#233;sidentielle. On nous a aussi r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle &#233;tait r&#233;solue par les formulations diplomatiques rejetant la participation &#224; un gouvernement &#171; &lt;i&gt; sous h&#233;g&#233;monie social-lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;. Alors que l'on connaissait la candidate socialiste et son programme, il eut &#233;t&#233; plus simple et plus clair de rejeter explicitement toute coalition parlementaire ou gouvernementale autour d'une telle candidate et d'un tel programme. Puisque c'&#233;tait la condition pos&#233;e par la Ligue, s'il n'y avait r&#233;ellement aucune divergence &#224; ce sujet, mais seulement des m&#233;fiances injustifi&#233;es ou des confusions de formulation, il aurait d&#251; &#234;tre facile de la satisfaire. On a pu v&#233;rifier, au contraire, que l'ambigu&#239;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment entretenue par le PC pour m&#233;nager ses futures n&#233;gociations avec le PS s'est confirm&#233;e tout au long de la campagne, par l'appel r&#233;p&#233;t&#233; au rassemblement de toute la gauche, par l'engagement anticip&#233; au d&#233;sistement (qui contribuait &#224; rendre effectivement inutile le vote du premier tour), par l'orientation de r&#233;&#233;quilibrage d'une nouvelle gauche plurielle. Elle s'est aussi v&#233;rifi&#233;e, de fa&#231;on plus inattendue, par l'attidue de Jos&#233; Bov&#233; entre les deux tours.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Notre analyse est diff&#233;rente. Le bilan est un &#233;chec pour l'ensemble de la gauche unitaire antilib&#233;rale radicale eu &#233;gard au enjeux politiques que repr&#233;sentait la n&#233;cessit&#233; d'une candidature qui, de plus, &#233;tait possible. Le faible r&#233;sultat de l'ensemble des voix &#224; gauche du PS renvoie principalement &#224; l'absence d'une alternative unitaire cr&#233;dible. Le &#171; vote utile &#187; pour S&#233;gol&#232;ne Royal, qui, selon les enqu&#234;tes, &#224; touch&#233; pr&#232;s de la moiti&#233; de l'&#233;lectorat de l'extr&#234;me gauche de 2002, traduit lui-m&#234;me la perception du vote pour l'un(e) des multiples candidats de la gauche radicale comme un &#171; vote inutile &#187;, &#233;troitement identitaire ou protestataire, incapable de peser sur le rapport de forces d'ensemble et d'ouvrir une perspective de rupture &#224; gauche. Car l'enjeu se situait bien &#224; ce niveau, et c'est pourquoi l'abandon de la perspective unitaire &#233;quivalait &#224; un abandon du terrain de l'alternative politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les deux positions est d'autant plus ais&#233;e que la seconde s'oppose &#224; une premi&#232;re &#8211; celle de la direction &#8211; largement imaginaire et taill&#233;e sur mesure pour les besoins de l'argumentation. L'&#233;chec (d'une candidature unitaire d&#233;clar&#233;e souhaitable par 80% de l'organisation lors de la CN de juin 2006)&#8230; est un &#233;chec. C'est tautologiquement imparable. D'autant plus, selon les camarades, que le n&#233;cessaire &#233;tait possible. Or, c'est tout le probl&#232;me : ce qui distingue une possibilit&#233; abstraite d'une possibilit&#233; d&#233;termin&#233;e ! Comme les camarades refusent de prendre en consid&#233;ration les raisons pour lesquelles ce fut concr&#232;tement impossible, et ne veulent y voir que mauvais pr&#233;texte, l'impossibilit&#233; ne peut renvoyer selon eux qu'aux pulsions suicidaires irrationnelles ou au sectarisme conservateur de la Ligue (puisque tous les autres ont particip&#233; au vote biais&#233; dans les collectifs). Tout d&#233;coule d&#232;s lors de &#171; &lt;i&gt;l'absence d'une alternative unitaire cr&#233;dible&lt;/i&gt; &#187; : la force du vote utile, et la d&#233;faite de la gauche. Rien que &#231;a ! La mauvaise volont&#233; de la Ligue aurait pes&#233; plus que toutes les d&#233;faites sociales accumul&#233;es depuis 1983, plus que 25 ans de droitisation du PS, plus que la d&#233;composition du PC enseveli sous les gravats du Mur de Berlin. Que le c&#233;l&#232;bre &#171; &lt;i&gt;facteur subjectif&lt;/i&gt; &#187; - ou le facteur tout court &#8211; ait sa part dans la d&#233;termination d'une situation, cela va de soi. Qu'il soit &#224; ce point d&#233;terminant tourne au subjectivisme forcen&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;L'abandon de la perspective unitaire &#233;quivalait &#224; un abandon du terrain de l'alternative politique&lt;/i&gt; &#187; ? On peut essayer de d&#233;finir ce qu'est une politique alternative, mais un terrain de l'alternative ? Qu'il suffirait d'occuper au lieu de l'abandonner ? Mais sur quelle orientation ? Avec quels alli&#233;s ? Pour quoi faire ? On y revient : la perspective unitaire a-t-elle &#233;t&#233; abandonn&#233;e, comme on quitte un champ en friche, ou bien a-t-elle explos&#233; en raison de divergences r&#233;elles ? La dynamique unitaire ne tient pas &#224; la simple addition de (petits) capitaux &#233;lectoraux, mais de l'orientation qui la porte. On sait de longue date (depuis L&#233;nine au moins) que la politique ne rel&#232;ve pas de l'arithm&#233;tique, mais de l'alg&#232;bre. Ceux qui se contentent d'additionner les scores des candidatures antilib&#233;rales veulent l'ignorer. M&#234;me si elle avait &#233;t&#233; possible, la candidature unitaire souhaitable n'aurait pas &#233;t&#233; une candidature &#171; &lt;i&gt;&#224; deux chiffres&lt;/i&gt; &#187;. Sur une base politique solide et clairement ind&#233;pendante du PS, elle aurait peut-&#234;tre pu atteindre un r&#233;sultat sup&#233;rieur &#224; 5 ou 7%, mais certainement pas la somme Besancenot+Buffet+Bov&#233;. Et si ce gain r&#233;el mais modeste, avait vol&#233; en &#233;clats d&#232;s le soir du premier tour, comme l'attitude des uns et des autres en confirme la probabilit&#233;, il aurait co&#251;t&#233; un prix exorbitant : la d&#233;moralisation aurait &#233;t&#233; bien plus importante que le gain &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La LCR s'en sort certes nettement mieux que les autres, mais, justement, cela montre la place qu'elle occupe et les responsabilit&#233;s particuli&#232;res qui sont les siennes. Il semble difficile de consid&#233;rer que le maintien d'Olivier Besancenot autour de 4% des suffrages soit un r&#233;sultat &#224; la hauteur des potentialit&#233;s d'une p&#233;riode de mobilisations sociales et &#233;lectorales exceptionnelles, parfois m&#234;me victorieuses, et alors que, pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies, le social-lib&#233;ralisme &#233;tait ouvertement bouscul&#233; sur sa gauche par le &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum et, surtout, par la force de la campagne unitaire du &#171; non &#187; de gauche. Enfin, il est illusoire de croire qu'une nouvelle force politique va se construire essentiellement &#224; partir de &#171; jeunes &#187; qui font leur premi&#232;re exp&#233;rience, en contournant les courants politiques issus du cycle pass&#233;. La LCR, loin de l&#224;, n'est pas la seule responsable de ce bilan. Mais, compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avant de voir comment nous pouvons exercer au mieux &#171; &lt;i&gt; les responsabilit&#233;s particuli&#232;res&lt;/i&gt; &#187; qui sont les n&#244;tres, il serait utile d'examiner pourquoi et comment nous les avons acquises. Il existe probablement un rapport entre les deux. On peut s'interroger ind&#233;finiment sur le fait de savoir si les 1 500 000 voix d'Olivier sont &#224; la hauteur des &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Tout d&#233;pend de la mani&#232;re on d&#233;termine les potentialit&#233;s concr&#232;tes, et non les potentialit&#233;s sp&#233;culatives, d'une situation donn&#233;e. Il semble qu'existe une nuance &#8211; au moins - sur ce point, en particulier sur la fa&#231;on d'indexer directement le niveau des potentialit&#233;s sur le r&#233;sultat du Non de gauche. Le Non l'a emport&#233;, et dans le Non, le Non de gauche a pris le dessus sur le Non de droite. C'&#233;tait, dans les circonstances, une grande victoire. Dont il faut cependant nuancer la port&#233;e. D'abord, un r&#233;f&#233;rendum n'est pas une &#233;lection sur un programme pour gouverner le pays. Ensuite, le Non l'a emport&#233;, mais on aurait tort d'oublier la part du non de droite dans cette victoire. Enfin et surtout, il importe de se demander pourquoi le clivage du non a &#233;t&#233; si vite et si facilement effac&#233;, dans le PS d'abord, d&#232;s le congr&#232;s du Mans, et escamot&#233; ensuite de la campagne pr&#233;sidentielle, au point d'appara&#238;tre r&#233;siduel dans les motivations de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En revanche, on peut &#234;tre d'accord pour consid&#233;rer &#171; &lt;i&gt;illusoire de croire qu'une nouvelle force politique va se construire essentiellement &#224; partir des jeunes qui font leur premi&#232;re exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;. &#192; condition toutefois de souligner l'adverbe &#171; &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; &#187;, et d'ajouter qu'il serait encore plus illusoire de croire qu'elle puisse se construire essentiellement &#224; partir des vieux soixante-huitards qui font leur derni&#232;re exp&#233;rience. Ce qu'a permis la campagne d'Olivier s'est d'int&#233;resser &#224; la politique une couche non n&#233;gligeable de jeunes. C'est une diff&#233;rence importante par rapport au PC ou &#224; LO. Et c'est une condition, certes insuffisante, mais n&#233;cessaire &#224; la construction d'une nouvelle force politique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Retour en arri&#232;re. Pour le dire un peu sch&#233;matiquement, l'&#233;chec des luttes contre la r&#233;forme des retraites en 2003 (comme les effets des difficult&#233;s internationales du mouvement altermondialiste) annonce l'essoufflement de la &#171; phase sociale &#187; et &#171; mouvementiste &#187; du cycle antilib&#233;ral, dans laquelle le mouvement social semblait pouvoir se d&#233;velopper par l'effet de sa seule dynamique propre. S'annonce alors un &#171; retour de la politique &#187; qui s'exprime spectaculairement dans la pouss&#233;e du PS aux &#233;lections r&#233;gionales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous &#171; Un d&#233;calage avec le mouvement r&#233;el &#187;, Critique communiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de l'autosuffisance du mouvement social et l'utopie antipolitique ont du plomb dans l'aile. Certains camarades (comme Francis Sitel) ont contest&#233; la formule du &#171; &lt;i&gt;retour de la question strat&#233;gique&lt;/i&gt; &#187;. Il ne s'agit certes pas du retour &#224; l'identique au d&#233;bat strat&#233;gique des ann&#233;es 70. Nous ne discutons pas de l'&#233;mergence imm&#233;diate de situations de double pouvoir comme on pouvait le faire &#224; propos du Chili ou du Portugal. Mais la question de l'articulation entre mouvement social et d&#233;bouch&#233; politique est &#224; nouveau d'actualit&#233;, et le d&#233;bouch&#233; politique doit &#234;tre en rapport avec une perspective &#224; plus long terme ou avec une hypoth&#232;se strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'avoir trait&#233; s&#233;rieusement la question, une organisation comme Rifundazione peut concilier une rh&#233;torique radicale dans le mouvement social, et un opportunisme &#233;lectoral et politique sans rivage. La question politique est donc bel et bien de retour, en Am&#233;rique latine comme dans certains pays europ&#233;ens. Mais il y a des mani&#232;res oppos&#233;es d'y r&#233;pondre, y compris au sein de la gauche radicale. Et c'est ce qui &#233;tait en jeu dans les campagnes &#233;lectorales et dans le d&#233;bat sur les candidatures unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades estiment que le succ&#232;s relatif de la candidature Besancenot en 2002 &#171; &lt;i&gt;r&#233;sidait dans sa capacit&#233; &#224; &#233;pouser l'aspect multiforme du mouvement social pour, en quelque sorte, se positionner comme son aile radicale&lt;/i&gt; &#187;. La Ligue aurait ainsi surf&#233; sur la vague de la remobilisation sociale, alors que &#171; &lt;i&gt;l'accord et de la campagne LCR et LO, lors &#233;lections r&#233;gionales de 2004, montre que la direction de la LCR a du mal &#224; se repositionner par rapport aux d&#233;placements des conflits sur le terrain politique&lt;/i&gt; &#187;. Autrement dit, il se serait agi d'un accord &#224; contretemps. Nous avons essay&#233; de prolonger et d'&#233;largir l'espace ouvert en 2002, c'est vrai. A tort ? A raison ? On en discutera longtemps. Mais si le &#171; &lt;i&gt; retour de la question politique&lt;/i&gt; &#187; marquait un tournant &#8211; &#171; &lt;i&gt; l'essoufflement de la phase sociale et mouvementiste du cycle antilib&#233;ral&lt;/i&gt; &#187;, comme l'&#233;crivent AA et SK -, alors il marque aussi l'essoufflement d'une gauche antilib&#233;rale n&#233;buleuse qui a accompagn&#233; cette phase mouvementiste sans se doter d'une orientation strat&#233;gique &#224; plus long terme. C'est bien ce probl&#232;me qui est apparu au grand jour dans les d&#233;saccords autour de la candidature unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour la direction de la LCR, tout se passe comme si l'ensemble des courants existant entre le PS et la LCR expriment, au mieux, un simple processus de d&#233;composition politique sans avenir, au pire, un pont tendu vers le social-lib&#233;ralisme. Il ne s'agit pas de nier la difficult&#233; li&#233;e &#224; l'absence de cristallisation nationale de courants significatifs, autonomes vis-&#224;-vis du PS et/ou critiques vis &#224; vis de la direction du PCF, mais la direction de la LCR a tendance &#224; consid&#233;rer tout processus allant dans ce sens comme un obstacle. Pour elle, au-del&#224; des discours, tout se passe comme si la Ligue &#233;tait la seule alternative politique au PS, capable de polariser directement autour d'elle les militants qui veulent s'engager dans la construction d'une nouvelle force politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe et la m&#233;moire d&#233;faille. Le camarade Artous, qui a particip&#233; &#224; de nombreux d&#233;bats sur le sujet, ne peut pourtant pas avoir oubli&#233; les controverses des ann&#233;es 1930 sur la question du centrisme. Le mot peut sembler p&#233;joratif. On peut le laisser tomber. En revanche, le probl&#232;me soulev&#233; par la distinction, alors classique, entre &#171; &lt;i&gt;centrisme juv&#233;nile&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;centrisme s&#233;nile&lt;/i&gt; &#187; demeure. Les ph&#233;nom&#232;nes apparus &#224; partir des gr&#232;ves de 1995 ou de l'&#233;mergence du mouvement alter, avec Attac, avec la radicalisation d'&#233;quipes syndicales, avec les diff&#233;renciations dans le PC, avec un nonisme de gauche dans le PS, traduisait dans une certaine mesure une &#233;volution &#171; &lt;i&gt;juv&#233;nile&lt;/i&gt; &#187;, de droite &#224; gauche, cons&#233;cutive aux mobilisations de 1995 et &#224; leurs suites. Il semble que le balancier soit reparti partiellement dans l'autre sens. C'est clair en Italie. En France, on peut difficilement dire que Salesse, Debons, Drevon, R&#233;my Jean (tous ex de la Ligue), les diff&#233;rentes gauches socialistes, etc, &#233;voluent de droite &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater ce retour de balancier, ou son amorce, ne signifie pas que la Ligue soit &#171; la seule alternative au PS capable de polariser directement autour d'elle les militants qui veulent s'engager dans une nouvelle force politique &#187;. Elle n'est certainement pas &#171; la seule &#187; alternative, mais elle est, en l'&#233;tat actuel des forces, le meilleur levier pour y &#339;uvrer, contrairement &#224; ce que pensent nombre de nos partenaires (et m&#234;me de nos propres camarades) qui la consid&#232;rent plut&#244;t - et son candidat avec elle &#8211; comme un obstacle &#224; une recomposition hypoth&#233;tique. Elle ne pr&#233;tend pas polariser autour d'elle tous les militants susceptibles de s'engager dans une nouvelle force politique, mais elle peut en polariser une partie (ce n'est d&#233;j&#224; pas si mal par les temps qui courent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'&#233;voquer abstraitement les &#171; &lt;i&gt;responsabilit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; qui nous incombent, les camarades devraient voir concr&#232;tement les obligations que nous cr&#233;e l'arriv&#233;e de nouveaux militants avec des caract&#233;ristiques, sociales et g&#233;ographiques, et des attentes bien diff&#233;rentes de ce que la Ligue est en &#233;tat leur donner. Le potentiel du microcosme ancien a son importance, mais il ne doit pas nous cacher &#171; &lt;i&gt;les potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; que la campagne a permis d'explorer parmi les nouvelles g&#233;n&#233;rations militantes. Si nous savons aller &#224; la rencontre ne serait-ce que d'une partie des &#233;lecteurs d'Olivier (voir le blog de campagne), &#224; multiplier les Valence, Aulnay, Lens, etc., et si nous parvenons &#224; r&#233;pondre &#224; ces d&#233;fis nous serons en condition de peser bien mieux sur le contenu du nouveau parti que nous voulons, et surtout d'en faire m&#251;rir les conditions de possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique est affaire de p&#233;dagogie, sans doute et jusqu'&#224; un certain point, mais elle est aussi et surtout affaire de rapports de forces : certains seront convaincus par des arguments et des textes, bien plus le seront par la d&#233;monstration pratique de ce que l'on fait et peut faire. Autrement dit, une Ligue renforc&#233;e est la premi&#232;re condition pour r&#233;sister &#224; l'appel des sir&#232;nes social-lib&#233;rales et au glissement de la gauche vers le centre. Elle est actuellement le meilleur appui pour affirmer la n&#233;cessit&#233; d'un nouveau parti et pour contraindre nos partenaires, locaux ou nationaux, &#224; une discussion sur le fond politique, au lieu de s'&#233;garer d'une succession de &#171; coups &#187; &#233;lectoraux sans suite ni lendemains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Une candidature unitaire &#233;tait possible &lt;/i&gt; &#187; gr&#226;ce &#224; &#171; &lt;i&gt;un r&#233;seau de plusieurs centaines de comit&#233;s unitaires, forts de dizaines de milliers de participants (dont une part importante sans affiliation partidaire) couvrant une large partie du territoire national&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exist&#233; une aspiration unitaire indiscutable et l&#233;gitime dans le prolongement de la campagne du Non de gauche. Elle est importante, mais il est inutile de l'exag&#233;rer en &#233;voquant des &#171; &lt;i&gt;dizaines de milliers de participants&lt;/i&gt; &#187; pour impressionner les lecteurs quant aux &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; suppos&#233;es. Les chiffres sont plus sobres. Il y a eu dans les 12 000 votants (loin d'&#234;tre tous militants au m&#234;me titre) sur le nom du candidat dans les collectifs, dont 60% pour Marie-Georges Buffet. Le pl&#233;biscite internautique (ou bov&#233;thon) en faveur de la candidature Bov&#233; a recueilli plus de 30 000 clics (pour le coup certainement les militants y &#233;taient fortement minoritaires). C'est significatif. Mais si la justesse politique se mesure quantitativement au nombre de clics, autant la mesurer au vote final. On &#233;valuerait alors &#224; 1 500 000 clics le pl&#233;biscite en faveur de la candidature d'Olivier. Ces &#233;valuations comptables ne m&#232;nent pas tr&#232;s loin, car p&#233;titions, votes, et engagement militant dans la construction d'une force politique ne sont pas du m&#234;me ordre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il fallait un contenu &#224; cette unit&#233; et un projet qui permette de structurer politiquement ce d&#233;but de recomposition sur le terrain militant. La question essentielle &#233;tait celle de l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS : l'affirmation selon laquelle le candidat unitaire et les forces le soutenant ne participeraient pas ni &#224; un gouvernement, ni &#224; une majorit&#233; parlementaire avec le PS. Cette exigence &#233;tait d&#233;fendue (il faut le souligner) par tous les courants de la Ligue. Et d&#232;s septembre 2006, les collectifs (inclus le PCF) adopt&#232;rent un premier texte allant clairement dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est tout simplement faux. A Saint Denis la direction autoproclam&#233;e des collectifs a au contraire refus&#233; m&#234;me de soumette au vote des amendements en ce sens (dits amendements d'Aubagne). Mais nous sommes donc d'accord sur le fait que l'unit&#233; sans contenu ni projet ne suffit pas, et que la question de l'ind&#233;pendance par rapport &#224; une future majorit&#233; parlementaire &#233;tait d&#233;cisive. En revanche nous n'&#233;tions pas d'accord sur le fait que la question &#233;tait &#171; &lt;i&gt;clairement&lt;/i&gt; &#187; r&#233;gl&#233;e par les formulations diplomatiques et contourn&#233;es adopt&#233;es en septembre pour amadouer un PC. Le texte adopt&#233; &#233;tait tr&#232;s explicitement vou&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;gagner toute la gauche &#224; une perspective antilib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;, y compris donc le PS dans son entier. Le PC choisissait en m&#234;me temps l'alliance avec le PS contre la proposition de liste unitaire aux municipales de Bordeaux. La suite a montr&#233; que notre m&#233;fiance et notre exigence de clart&#233; sur ce point ne relevaient pas de la parano&#239;a critique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait possible d'am&#233;liorer ce texte. Surtout si la direction de la Ligue avait explicitement dit qu'elle serait d'accord pour un candidat unitaire si cette condition &#233;tait remplie. Mais elle ne proc&#233;da jamais ainsi, multipliant les surench&#232;res et refusant obstin&#233;ment de prendre la mesure de l'acquis que constituait l'existence du r&#233;seau de comit&#233;s unitaires. Faisant comme si les positions politiques prises par les comit&#233;s n'existaient pas, s'abstenant de la bataille qui s'y est men&#233;e, elle a centr&#233; ses critiques sur l'orientation politique de la direction du PCF qui, effectivement, poussait dans le sens du maintien d'un accord possible avec le PS. Tout en ayant comme objectif (non d&#233;clar&#233; ) de pr&#233;senter Marie-Georges Buffet comme candidat unitaire de la gauche antilib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici, la discussion est d'abord factuelle. Tout aurait &#233;t&#233; possible si la Ligue avait &#171; &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#187; dit qu'elle serait d'accord pour un candidat unitaire si cette condition &#233;tait remplie ? Non seulement elle l'a explicitement dit, mais elle l'a r&#233;p&#233;t&#233; dans les m&#233;dias par la bouche d'Olivier, dans les r&#233;solutions, dans les tribunes de presse (cf. entre autres la r&#233;ponse &#224; Michel Onfray dans Lib&#233;, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Une r&#233;ponse &#224; Michel Onfray : Histoires de mains&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Non seulement elle l'a explicitement dit, mais elle l'a explicitement vot&#233; lors de sa conf&#233;rence nationale de juin 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;sentions Olivier, parce que c'&#233;tait le meilleur candidat dans la continuit&#233; du non de gauche et des luttes sociales, et parce que l'accord sur l'ind&#233;pendance vis &#224; vis du PS n'est pas pour l'heure r&#233;alis&#233;. Mais, &#233;tant donn&#233; qu'il ne pouvait pr&#233;tendre repr&#233;sentet en tant que candidat l'ensemble des composantes des collectifs, nous retirerions sa tr&#232;s bonne candidature pour une moins bonne si cet accord &#233;tait atteint. Il &#233;tait l&#233;gitime que nous exigions en contrepartie des garanties solides sur l'orientation de la campagne, car nous n'entendions pas, comme on le dit vulgairement, mouiller la chemise pour un ou une candidat qui nous entra&#238;nerait au lendemain du premier tour ou du deuxi&#232;me l&#224; o&#249; nous ne voulions pas aller. C'&#233;tait clair, et honn&#234;te : Olivier serait candidat de la Ligue s'il n'y avait pas d'accord, il ne le serait pas s'il y avait accord. Il n'&#233;tait donc pas candidat &#224; la candidature contre Salesse, Bov&#233;, Autain, Buffet, etc. On pouvait difficilement &#234;tre plus &#171; &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question des alliances &#233;tait aussi &#171; &lt;i&gt;clarifi&#233;e&lt;/i&gt; &#187; que AA. et SK semblent le penser, il aurait &#233;tait facile aux camarades des collectifs de r&#233;pondre positivement &#224; la demande de clarification de la Ligue, m&#234;me si elle leur semblait exag&#233;r&#233;ment tatillonne : &#233;tait-il aussi important de maintenir &#224; tout prix la formulation de non participation &#224; &#171; &lt;i&gt;un gouvernement sous h&#233;g&#233;monie social-lib&#233;rale &lt;/i&gt; &#187; contre le rejet explicite de toute coalition parlementaire ou gouvernementale avec le PS synth&#233;tis&#233; autour du oui et de S&#233;gol&#232;ne ? Quant &#224; la conviction qu'Olivier &#233;tait de loin le meilleur candidat &#8211; non pas &#171; &lt;i&gt;bien qu'&#224; la Ligue&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, comme certains le conc&#233;daient, mais aussi parce qu'&#224; la Ligue ! - par la clart&#233; de sa position, par sa repr&#233;sentativit&#233; sociale, et m&#234;me par son &#171; &lt;i&gt;potentiel&lt;/i&gt; &#187; &#233;lectoral, elle a &#233;t&#233; plus que confirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; expliquer les raisons de cette orientation politique. Au-del&#224; des jeux d'alliance entre divers courants internes de la LCR, deux questions d&#233;cisives apparaissent. La premi&#232;re tient &#224; l'analyse d'ensemble de la conjoncture et de la place de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Manifestement, la direction de la LCR n'a pas compris les enjeux politiques qui s'y cristallisaient du point de vue de la condensation des rapports de forces entre les classes et, en cons&#233;quences, les enjeux que repr&#233;sentait une candidature unitaire de la gauche radicale. Et c'est d'ailleurs une constante de la LCR durant le cycle pass&#233; de sous-estimer les moments politiques de cristallisation des luttes des classes, au profit d'une approche essentiellement &#171; sociale &#187;, &#171; mouvementiste &#187;, (qui n'est en rien contradictoire &#224; un propagandisme politique abstrait) de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a certainement un d&#233;saccord, ou au moins des nuances, avec les camarades sur l'appr&#233;ciation de la situation et les possibilit&#233;s qu'elle recelait. Encore faudrait-il en &#233;valuer la port&#233;e exacte. En revanche, il est carr&#233;ment faux d'affirmer que nous avons sous-estim&#233; la place et les enjeux de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous les estimons &#224; leur juste importance, parce que nous savons &#224; quel point, dans la logique institutionnelle de la Ve r&#233;publique, elle distribue le jeu (a fortiori avec le quinquennat et le calendrier actuel) et d&#233;termine le degr&#233; d'ind&#233;pendance politique et organisationnelle d'un courant politique, que nous avons &#233;t&#233; exigeants sur les conditions d'un compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous pensions, &#224; la lumi&#232;re du contexte international, que la tendance lourde &#224; la transformation blairiste du PS allait s'affirmer et entra&#238;ner dans son sillage une partie de la gauche antilib&#233;rale, que nous avons &#233;t&#233; aussi intransigeants sur la question des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux g&#233;n&#233;ralisations sur &#171; &lt;i&gt;la constante&lt;/i&gt; &#187; qui consisterait, de la part de la Ligue, &#224; sous-estimer &#171; &lt;i&gt;les moments politiques&lt;/i&gt; &#187;, elle m&#233;riterait examen plus attentif. Le moment politique du r&#233;f&#233;rendum a-t-il &#233;t&#233; sous-estim&#233; ? Et la mise en route de la campagne du Non ne doit-elle pas beaucoup &#224; la Ligue ? Il y a certes eu une tendance mouvementiste et syndicaliste de la Ligue dans les ann&#233;es 1980 (non seulement de la part de la majorit&#233;, mais aussi et peut-&#234;tre surtout de camarades qui ont persist&#233; sur cette ligne mouvementiste dans les collectifs et derri&#232;re la candidature Bov&#233; comme candidature du &#171; &lt;i&gt;mouvement&lt;/i&gt; &#187;) et une partie des ann&#233;es 1990. Mais ce que certains camarades regrettent aujourd'hui comme &#171; &lt;i&gt;le tournant de 98-99&lt;/i&gt; &#187;, concr&#233;tis&#233; par la candidature d'Olivier en 2002, traduisait pr&#233;cis&#233;ment une volont&#233; de r&#233;investir le champ politique et d'y r&#233;affirmer la fonction d'une organisation qui ne se r&#233;duise pas un r&#233;seau de militants sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette sous-estimation de la dimension politique &#233;tait &#233;troitement li&#233;e &#224; une compr&#233;hension &#171; statique &#187; de la conjoncture r&#233;cente, qui en sous-estimait les &#233;l&#233;ments de crise et d'instabilit&#233;. Cette vision &#171; pessimiste &#187; para&#238;t aujourd'hui confort&#233;e par la victoire de Sarkozy (qui, comme nous l'avons sugg&#233;r&#233; auparavant, a su trancher &#224; vif, et &#224; droite, dans la crise), mais c'est au prix d'un v&#233;ritable refoulement des potentialit&#233;s de la p&#233;riode &#233;coul&#233;e et des responsabilit&#233;s de la gauche radicale dans une issue qui &#233;tait, &#224; notre sens, tout sauf in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette vision &#171; &lt;i&gt;pessimiste&lt;/i&gt; &#187; (ou simplement lucide) ne &#171; &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; &#187; pas, elle est h&#233;las v&#233;rifi&#233;e par la victoire de Sarkozy, qui n'est pas un accident &#233;lectoral mais rel&#232;ve de tendances plus profondes. Aussi, ce n'est pas parce que nous avions une vision &#171; &lt;i&gt;statique&lt;/i&gt; &#187; de la conjoncture que nous avons d&#233;fendu notre orientation, mais bien parce que nous en avions une vision dynamique. La divergence porte donc, non pas sur une opposition simplifi&#233;e entre statique et dynamique, mais sur l'appr&#233;ciation diff&#233;rente du sens de la dynamique. Bien s&#251;r, l'issue d'une situation n'est jamais &#171; &lt;i&gt;in&#233;luctable&lt;/i&gt; &#187;. Encore faut-il avoir les bons crit&#232;res pour &#233;valuer les chances des possibles assassin&#233;s. La Ligue a des responsabilit&#233;s. &#192; supposer qu'elle s'y soit d&#233;rob&#233;e, une situation aussi riche de &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; aurait certainement d&#251; trouver d'autres voies d'expression (autour de la candidature &#171; &lt;i&gt;unitaire&lt;/i&gt; &#187; de Bov&#233; face &#224; la &#171; &lt;i&gt;bande des onze&lt;/i&gt; &#187;, par exemple, ou autour de la &#171; &lt;i&gt;candidature de la gauche antilib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; de Buffet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord, il n'y a pas de quoi &#234;tre triomphalistes pour 4% - juste satisfaits du travail accompli. Mais imaginons que le r&#233;sultat ait &#233;t&#233; inverse, que nous ayons obtenu 1,3% et une candidature antilib&#233;rale plus de 4%. Notre score aurait alors &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; sans aucun doute par ces m&#234;mes camarades comme une preuve de faillite d&#233;finitive, et les 4% Bov&#233; ou Buffet comme une confirmation &#233;clatante (ou triomphale) des &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s de la dynamique unitaire&lt;/i&gt; &#187; ou du redressement du PC. Pourquoi ne pas consid&#233;rer alors le r&#233;sultat de la campagne d'Olivier comme l'illustration des potentialit&#233;s qui auraient pu &#234;tre plus grandes encore si toute la Ligue avait men&#233; la campagne ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections pr&#233;sidentielles ont ainsi &#233;t&#233; prises dans une vision &#171; routini&#232;re &#187;, dont la fonction principale &#233;tait est de faire appara&#238;tre la LCR dans le champ politique, en s'appuyant sur la personnalit&#233; d'Olivier Besancenot et en g&#233;rant au mieux son capital &#233;lectoral. Au demeurant, il est &#224; pr&#233;sent clair que, d&#232;s le d&#233;but, une partie non n&#233;gligeable de la direction pensait qu'il fallait annoncer tout de suite sa candidature (mais cela aurait &#233;t&#233; minoritaire dans la LCR).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La seule ambition de l'orientation majoritaire aurait donc &#233;t&#233; de s'appuyer sur la personnalit&#233; d'Olivier (de faire une op&#233;ration de com., en somme ?) pour g&#233;rer un bas de laine &#233;lectoral. C'est d&#233;politiser compl&#232;tement le contenu de la campagne et minimiser le travail des militants. La majorit&#233; des militants de la Ligue ne s'est pas content&#233;e de &#171; &lt;i&gt;g&#233;rer un capital &#233;lectoral&lt;/i&gt; &#187; (imaginaire au demeurant, puisque ce que &#171; &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt; &#187; a fondu sous l'effet du vote utile). Elle a ram&#233; pendant des mois, d'abord pour arracher une &#224; une les signatures de maires, ensuite pendant deux mois suppl&#233;mentaires pour convaincre un million et demi d'&#233;lecteurs, malgr&#233; le chantage &#224; la peur de Le Pen/Sarko (qui a march&#233; sur l'&#233;crasante majorit&#233; de l'intelligentsia &#171; &lt;i&gt;anti-lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;), de r&#233;sister &#224; la pression du &#171; &lt;i&gt;vote futile&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;mettre un jugement aussi sommaire, il faut avoir regard&#233; passer le train de la campagne du haut de son balcon. Ce qui, de la part de camarades qui ne se privent g&#233;n&#233;ralement pas de reprocher &#224; la Ligue sa passivit&#233; ou son attentisme, ne manque pas d'ironie. Mais l'essentiel n'est pas l&#224;. Il est dans le myst&#232;re d&#233;voil&#233; : &#171; &lt;i&gt;Il est &#224; pr&#233;sent clair&lt;/i&gt; &#187;, disent les camarades, qu'une partie de la direction pensait d&#232;s le d&#233;but qu'il fallait d&#233;clarer la candidature d'Olivier. Ce n'est pas une r&#233;v&#233;lation. Ce qui est &#171; &lt;i&gt;clair &#224; pr&#233;sent&lt;/i&gt; &#187;, c'est qu'il aurait plut&#244;t fallu adopter la position de la CN de juin d&#232;s le congr&#232;s de janvier 2006 : c'est-&#224;-dire &#171; &lt;i&gt;d&#233;clarer la candidature d'Olivier&lt;/i&gt; &#187; comme la meilleure possible, et non comme un pis aller ou un recours par d&#233;faut en cas d'&#233;chec unitaire, et poser clairement d&#232;s ce moment les conditions auxquelles nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; la retirer. Nous aurions alors pu mener six mois de bataille dans les collectifs et avec nos &#233;ventuels partenaires, au lieu de laisser l'&#233;quipe dirigeante des collectifs esquiver les d&#233;bats de fond par de mis&#233;rables man&#339;uvres dilatoires (la non soumission au vote de la motion d'Aubagne, ou le l&#226;chage de Bov&#233; au moment du vote dans les collectifs, avec l'illusion que Autain ou Salesse seraient plus acceptables par la direction du PC).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et cela &#8211; c'est la seconde question d&#233;cisive - parce que, fondamentalement, sa direction estime que la LCR est la seule alternative politique &#224; gauche du PS.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voici donc la question d&#233;cisive. Nous ne pensons pas que la Ligue soit &#171; &lt;i&gt;la seule alternative &#224; gauche du PS&lt;/i&gt; &#187;. Mais c'est, en l'&#233;tat actuel des choses la plus solide et la plus coh&#233;rente, donc le meilleur levier pour d&#233;velopper une telle alternative. Le bilan de la campagne le confirme. Et si la Ligue n'est pas la seule alternative, encore faut-il faire l'inventaire de ce que sont les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LO ? Les camarades sont horrifi&#233;s &#224; l'&#233;vocation d'un accord &#8211; fusse-t-il simplement &#233;lectoral &#8211; avec cette organisation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Parti communiste en tant que tel ? Ils n'y croient pas plus que nous, et nous aurons l'occasion de voir, avec le congr&#232;s extraordinaire annonc&#233;, la polarisation entre les mutants de la mutation (Hue/Gayssot) et les identitaires (Gerin/Bocquet), tous d'accord pour privil&#233;gier malgr&#233; tout l'alliance subalterne avec le PS et pour refuser toute unit&#233; s&#233;rieuse avec la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les courants du PC, r&#233;novateurs ou rouges vifs ? Il y a des militants, des cellules, de groupes locaux du PC avec lesquels il est possible de travailler - les municipales seront d'ailleurs un test pour savoir au moins dans les grandes villes ce qui l'emporte entre le ralliement aux listes PS ou la construction d'une alternative &#8211; mais il n'existe pas de courant national organis&#233;. Les refondateurs semblent vou&#233;s &#224; reproduire le sch&#233;ma exp&#233;riment&#233; par plusieurs vagues de r&#233;novation : plus critiques dans le bilan du stalinisme, plus ouverts et unitaires, mais finalement plus droitiers d&#232;s qu'ils rompent les amarres avec la maison m&#232;re (de Fiterman &#224; Herzog en passant par Llabres, la liste est longue et n'est certainement pas close).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne a montr&#233; que, malgr&#233; une situation d&#233;favorable, la n&#233;cessit&#233; d'une alternative (ou d'un nouveau parti) murit et qu'&#233;mergent des &#233;l&#233;ments pour sa construction. Mais ces &#233;l&#233;ments ne sont pas articul&#233;s nationalement et ils risquent de se dissoudre dans le repli localiste si nous ne prenons pas d'initiatives audacieuses. D'o&#249; la campagne de propagande initi&#233;e par Olivier sur la question du nouveau parti &#224; laquelle nous devons donner un contenu programmatique (dans le prolongement du Non de gauche et des campagnes pr&#233;sidentielle et l&#233;gislative), une politique d'alliance (d'ind&#233;pendance vis &#224; vis du PS), et une d&#233;finition organisationnelle d&#233;mocratique (dont la &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187; pl&#233;biscitaire informelle des collectifs constitue le contre exemple).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, d'ailleurs, dans la campagne pour les l&#233;gislatives, qui suivent la pr&#233;sidentielle et o&#249; la gauche radicale, sauf quelques exceptions, se pr&#233;sente de fa&#231;on totalement &#233;clat&#233;e, la LCR s'auto-affirme, face au PS, comme la repr&#233;sentante da la &#171; gauche de combat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de la pr&#233;sidentielle, la Ligue est la seule organisation qui se soit adress&#233;e au PC, &#224; LO, aux Collectifs Bov&#233; pour proposer une discussion sur les l&#233;gislatives. Elle n'a re&#231;u &#224; cette proposition &#233;crite que des fins de non-recevoir t&#233;l&#233;phoniques. S'il est juste, au &#171; &lt;i&gt;moment o&#249; le PS annonce qu'il va s'engager dans une refondation en s'ouvrant vers le centre&lt;/i&gt; &#187;, de dire qu'une alternative de la gauche radicale est urgente, se contenter d'affirmer qu'elle &#171; &lt;i&gt;ne peut pas se cristalliser autour de la seule LCR&lt;/i&gt; &#187; est insuffisant. Une simple n&#233;gation (ne peut pas autour de la Ligue&#8230;) ne fait pas une politique : autour de quoi et de qui, dans la situation concr&#232;te, peut-elle se cristalliser ? En politique comme en physique l'attraction est proportionnelle &#224; la masse. Cesser d'h&#233;siter avec les h&#233;sitants, et renforcer la Ligue n'est pas une condition suffisante, mais c'est une condition n&#233;cessaire au d&#233;blocage de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les camarades AA et SK, nous avons un d&#233;saccord, et m&#234;me plusieurs (d'appr&#233;ciation des potentialit&#233;s de la situation, de m&#233;thode, de conception de l'organisation). Attribuer &#224; la majorit&#233; de la Ligue une orientation reconstruite id&#233;ologiquement, sans citer les textes ni interpr&#233;ter les faits pr&#233;cis intervenus en cours de campagne, n'aide pas &#224; cerner ces d&#233;saccords, &#224; les pr&#233;ciser et &#224; les discuter s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duit &#224; un bilan imaginaire d'une politique imaginaire, le &#171; &lt;i&gt;bilan de la gauche du PS&lt;/i&gt; &#187; propos&#233; au lecteur &#233;tranger, revient &#224; attribuer &#224; la Ligue, en escamotant le r&#244;le des autres acteurs, une responsabilit&#233; presque exclusive et d&#233;mesur&#233;e dans le d&#233;labrement de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est certainement pas intentionnel de la part des camarades, mais leur bilan finit ainsi, involontairement sans doute, par devenir un bilan truqu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous renvoyons &#224; ce propos aux multiples d&#233;clarations d'Olivier Besancenot pendant la campagne, aux textes de Pierre Rousset sur le &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4979&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bov&#233;thon&lt;/a&gt; et &#224; sa pol&#233;mique avec Pierre Khalfa, aux textes de Samy Johsua, &#224; la correspondance de Daniel Bensa&#239;d avec Michel Husson, et aux tribunes dans Lib&#233;, au texte bilan de Fran&#231;ois Duval, etc. &#8212; Tous ces textes se trouvent sur le site d'&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ESSF&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Fran&#231;ois Duval : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article5976&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques remarques post 6 mai 2007&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus de d&#233;tail, y compris sur le vote des syndiqu&#233;s, voir le bilan dans Rouge &#8212; sur ESSF : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article5833&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;sidentielle : les r&#233;sultats de la LCR&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6355&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les r&#233;sultats de la LCR : en progr&#232;s, doit poursuivre ses efforts...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous &#171; Un d&#233;calage avec le mouvement r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt; n&#176; 173, &#233;t&#233; 2004 ; Stathis Kouv&#233;lakis &#171; Un nouveau cycle politique &#187;, &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt; n&#176;11, septembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, Une r&#233;ponse &#224; Michel Onfray : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4205&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoires de mains&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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